‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 111 sur 166 · Voir ci-dessus, p. 3G · texte numérisé non relu

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2. Un autre de ses concitoyens, banni comme lui, le général Reynier, de Lausanne, suivit la même carrière, mais l'eut plus longue. Amédée de La Harpe fut tué dans la guerre d'Italie, tandis qu'il commandait une des trois divisions de l'armée victorieuse de Bonaparte.

de la Confédération. Après avoir rédigé un important mémoire (septembre 1797), il adressa au Directoire une pétition signée d'une vingtaine de Vaudois (9 décembre). Il invitait le gouvernement français à faire respecter les libertés du pays, énoncées, selon lui, dans l'acte de cession qu'avait signée, au xvi° siècle, en faveur des villes de Berne et de Fribourg, le duc de Savoie, < prédécesseur » de la République. Celle-ci pouvait aussi bien se considérer, par droit de conquête, comme l'héritière du duc de Savoie que comme celle de l'évèque de Bâle. Le ministre des relations extérieures, Talleyrand, répondit immédiatement par une fin de non-recevoir. Il suivait les traditions de Barthélémy et subissait aussi l'influence de M"" de Staël, à laquelle il devait son retour en France et son entrée au ministère. Ce fut alors que, provoquée également par Pierre Ochs et par La Harpe, l'action des directeurs Barras et Rewbell et du général Bonaparte se fit sentir. Du jour au lendemain, le souple ministre des relations extérieures changea d'avis. Entre temps, on avait appris, par l'historien suisse Jean de Mûller, alors attaché à la chancellerie de Vienne, que le ministre impérial Thugut se désintéressait des affaires intérieures de la Confédération. Le 28 décembre, le Directoire, « ouï le rapport du ministre des relations extérieures », prit sous sa protection les signataires de la pélition La Harpe et rendit un décret qui devait être forcément suivi de l'occupation du pays.

Llnvasion : la guerre de Berne. — Comme dans les autres Etats menacés par la Révolution, celte intervention fut précédée des intrigues nouées avec les agitateurs locaux par les représentants de la République : c'étaient Mengaud à Bàle, Desportes à Genève. Mangourit dans le Valais. Les journaux républicains étaient répandus à profusion pour préparer l'opinion. Puis venaient les plaintes contre la présence d'émigrés et de réfugiés de fructidor. Après les plaintes, les vexations : un blocus alimentaire était formé autour du pays. Enfin on passait aux menaces directes.

L'attaque de Berne devait se faire de deux côtés à la fois : au sud-ouesl, par le pays de Vaud, et au nord-ouest, par les* derniers lambeaux du territoire de l'évèché de Bâle. Le 26 jan-

vier 1798, une des divisions de Tarmée dltalie, commandée d*abord par le général Ménard et bientôt par le général Brune, un pur jacobin, pénétra dans le pays de Vaud, constitué par La Harpe en une république lémanique, qui devait, dans Tesprit de son auteur, devenir le germe de la république helvétique définitive, démocratique et unitaire. Tout en amusant les Bernois par des négociations auxquelles se prêta le pacifique trésorier Frisching, Brune marcha avec une excessive prudence dans la direction de Friboui^. Il ne voulait pas se compromettre avant que la division du Rhin, commandée par le brave général Schauenbourg, se fût présentée sous les murs de Soleure. Au mois de février 1798, Schauenbourg sortit des vallées de Moutier et de Saint-Imier, déjà envahies au mois de décembre précédent. Bienne fut pris, le 7 février, et Berne se trouvait découverte par la perte de tous les passages importants que ses troupes auraient pu garder. Ainsi la révolution du pays de Vaud, comme celle de l'évèché de Bàle, avait ouvert à l'invasion les portes de Fribourg, de Soleure et de Berne.

Grand était le désarroi du gouvernement bernois. Mengaud Tavait sommé d'abdiquer, malgré des changements constitutionnels consentis le 3 février. Le S de ce mois, le Directoire avait rédigé sa déclaration de guerre. Suivant les plans d'Ochs et de La Harpe, Brune et Mengaud ne se contentaient pas seulement de rétablissement d'une constitution cantonale démocratique; ils exigeaient aussi que la Confédération se concentrât en une république une et indivisible. Pendant tout le mois de février les mesures les plus contradictoires se succédèrent à Berne. Les concessions démocratiques ne faisaient qu'affaiblir le gouvernement. Tantôt on voulait combattre, tantôt on voulait négocier. La petite armée que l'on avait réunie autour de la capitale se décourageait et se dispersait. Voyant le parti pacifique de Frisching l'emporter dans la ville, l'ancien Conseil finit par abdiquer. Le belliqueux avoyer Steiger rejoignit la petite armée bernoise commandée par le général d'Erlach, héritier d'un nom célèbre dans les fastes militaires de la Suisse et même de l'Europe. Les négociations et les trêves avaient duré jusqu'au l'^^mars. Brune lança enfin la déclaration de guerre. Cinq jours suffirent

pour anéantir Faristocratie de Berne et Tindépendance de la Suisse.

Le colonel Grafenried, placé à la tète d'un détachement de Tannée bernoise, défendait les passages de la Singine, sur les limites de Fribourg et de Berne. Attaqué par deux brigades du corps de Brune, qui venait de faire capituler Fribourg, il les repoussa Tune et Tautre et remporta deux succès à Laupen et à Neueneck. Il allait poursuivre le cours heureux de ses opérations, quand il apprit que tout était fini à Berne (5 mars 1798). Dès le premier jour du mois, le chef de Tarmée française du nord, Schauenbourg, avait pénétré dans le canton de Soleure et pris cette ville. Le 5 mars, il défit à Fraubrunnen et à Grauholz les quelques centaines de soldats que le général d'Erlach était parvenu à garder près de lui. Et pourtant, plus que les Conseils, le peuple suisse était disposé à une résistance énergique; son landsturm s'était levé plein d'enthousiasme. Criant à la trahison, les soldats d'Erlach massacrèrent leur général. L'avoyer Steiger abandonna le pays et le gouvernement provisoire de Frisching traita avec les Français.

Les trésors, les arsenaux furent mis à sac par le vainqueur. On prit au trésor de Berne sept millions en numéraire et dix-huit millions en valeurs diverses. En outre, une contribution d'une quinzaine de millions fut levée sur les villes suisses, dont les principaux citoyens étaient emprisonnés comme otages. Une partie de l'argent resta aux mains de ceux qui présidaient à ces exactions : le général Brune, le commissaire du Directoire Le Carlier, et surtout son successeur Rapinat*.

Le Valais fut détaché de la Suisse, de môme que les villes de Rottweil et de Mulhouse. Neuchatel, réservé pour l'instant, perdait toute relation avec l'ancienne Confédération. A Genève, le résident Desportes avait préparé l'annexion par le blocus alimentaire dans lequel il enfermait la ville. Il y fît entrer des troupes, le 15 avril 1798. Ces citoyens, si jaloux de leur indé-

i. On se (iemandail :

Si Rapinat vient de rapine, Ou rapine de Rapinat.

pendance nationale, payaient de leur liberté un siècle de stériles agitations politiques.

Constitution de la République helvétique : guerre des petits cantons. — On n*avait pas attendu la conquête définitive de toute la Suisse pour promulguer la nouvelle constitution helvétique. Elle fut proclamée, au mois d*avril i798, dans une assemblée des députés du pays, tenue à Aarau. A Tancienne Confédération suisse, de cantons indépendants entre eux et aristocratiques, succéda la République helvétiquey unitaire et démocratique, où les différentes parties du pays et tous les citoyens obtinrent des droits égaux. Au point de vue administratif, le territoire fut réparti en vingt-deux, puis vingt-trois, enfin dixneuf cantons, dont les autorités dépendaient absolument du pouvoir central. Les anciens bailliages sujets constituèrent de nouveaux cantons : le nom seul était conservé. Le pouvoir central consistait en un directoire exécutif de cinq membres, assisté de quelques ministres, et dans deux chambres législatives. Un tribunal suprême était en outre créé. C'était la constitution française calquée par Pierre Ochs, législateur d'une révolution dont La Harpe s'était fait Tapôtre. Ces différents pouvoirs se mirent tout de suite à Tœuvre pour réaliser des principes dont les plus scabreux étaient l'abolition des dtmes et la création de biens nationaux au moyen de la confiscation. Un fait significatif se passa au début : les députés d'Aarau élurent le directoire helvétique, mais se refusèrent à y appeler Ochs et La Harpe.

Ce fut seulement alors que les petits cantons primitifs, soidisant démocratiques, qui semblaient se tenir à l'écart de la querelle, commencèrent à s'agiter. Animés par leur esprit d'indépendance et leur haine séculaire de toute influence étrangère, ils répondirent à l'appel de leurs curés et de leurs chefs héréditaires. Le Schwytzois Aloïs Keding arma ses hommes et les lança, par-dessus les montagnes, sur les cantons de Lucerne et de Zurich et sur l'Oberland. Survint Schauenbourg : les Suisses durent battre en retraite. Trahi par le curé d'Einsiedeln, qui abandonna son poste au défilé d'Etzel, Reding se borna à protéger son propre pays de Schwytz. Quoique vainqueur à Rothenthurm et à Morgarten, il dut signer un armistice, le

INTERVENTION DU DIUECTOIRE 823

3 mai. Le lendemain, une Landsgemeinde accepta la constitution helvétique, à la condition que la religion catholique serait maintenue dans la Suisse primitive et que Je pays ne serait pas occupé par les Français, ni frappé de contributions.

La République helvétique, le 19 août 1798, si^na un traité d'alliance offensive et défensive avec la grande République française. Ochs et La Harpe, exclus du directoire par le vote des députés suisses, y avaient été intronisés de force par Dapinat, au mois de juin 1798. La Harpe, quoique moins pratique et moins expérimenté que Ochs (il avait vécu pendant seize ans loin de son pays), devint une sorte de dictateur, ne trouvant son appui que dans le Directoire de Paris, poursuivant ses anciens adversaires politiques, patriciens, fédéralistes ou catholiques. Ces abus de force révoltèrent les cantons pi'imitifs, qui refusèrent de nouveau de laisser introduire chez eux ce qu'ils appelaient le livrety c'est-à-dire la constitution. Celle-ci ne faisait qu'un canton unique des Waldstaetten, que l'on dénonçait comme la Vendée de la République helvétique. Le Nidwald remplaça Schwytz comme centre de résistance. Les curés invitèrent les paysans à venir avec eux aux Tuileries « pour y faire cuire leurs pommes de terre ». Le 9 septembre 1798, le général Schauenbourg, généralissime en Suisse depuis le départ de Brune, parvint à renverser les remparts de Stanz. Les Nidwaldais furent complètement écrasés. Les chef^ helvétiques eux-mêmes s'émurent et envoyèrent le philanthrope Pestalozzi pour recueillir les orphelins.

Dictature de La Harpe ; seconde coalition ; bataiUes de Zurich. — Le gouvernement de La Harpe ne parvenait pas à dominer la situation. Il échouait dans ses tentatives de réformes relatives à l'organisation de la justice, de l'instruction publique et des finances, malgré l'activité que déployaient, dans ces deux derniers départements, les nouveaux ministres helvétiques Stapfer et Finsler. Du reste, la guerre allait déranger tous ces plans, et la seconde coalition se formait contre la France. La Harpe, qui avait préparé le traité d'alliance offensive et défensive avec cette puissance, voulut déclarer la guerre à l'Autriche. € L'honneur et l'intérêt de la nation, disait-il, exigent que les

fils de THelvétie prennent part aux victoires de la France. » Sur les 18 000 auxiliaires qu'il devait verser directement dans les rangs des armées de la grande République, il n'en put cependant lever que 5 à 6000. L*insurrection était partout. II parvint toutefois à réunir une armée helvétique indépendante, composée de 20 000 miliciens. Cette guerre allait mettre aux prises, les uns avec les autres, les liommes de la République helvétique et les vieux Suisses attachés à Tancienne Confédération. Les coalisés trouvaient des appuis dans la plupart des cantons. Un comité, établi en Allemagne, présidé par Tavoyer bernois Steiger et par le bourgmestre zurichois Wyss, nouait des intrigues, surtout dans la partie orientale du pays. Masséna, le successeur de Schauenbourg, réussit, au mois de mars 1799, à pénétrer dans les Grisons, qui subissaient Tinfluence autrichienne depuis les débuts de la Révolution. Mais, les Autrichiens et les Russes ayant reconquis TAIlemagne et lltalie, Masséna, très exposé, fut obligé de se replier sur Zurich, d'où Tarchiduc Charles le délogea (première bataille de Zurich, juin 1799).

L'armée helvétique, qui avait assisté Masséna, et dont le noyau était constitué par des bataillons vaudois, se dispersa eu un clin d'œil.Le gouvernement de La Harpe abandonna Lucerne, sa résidence constitutionnelle, et se réfugia à Berne. L'agitation s'étendait partout, encouragée par les succès des alliés. Enfin la seconde bataille de Zurich (septembre 1799) sauva, en môme temps que la France, le directoire helvétique.

La Suisse n'en continua pas moins à s'agiter dans de vaines commotions. Le gouvernement central ne parvint pas plus que naguère à faire sentir son action. Le faible Ochs avait été contraint d'abandonner le pouvoir. Luttant contre les résistances de l'esprit national, accablé d'autre part par les exigences de Masséna, qui venait de décréter un emprunt forcé, La Harpe ne savait recourir qu'aux rigueurs. Il lui manquait une volonté calme, servie par une main souple. Cet esprit chimérique, inspiré par le double exemple de l'autocratie russe et du jacobinisme français, finit par aspirer à devenir le Bonaparte de son

\ . Voir ci-dessus, p. 473.

pays. Il crut pouvoir imiter le coup d*Etat du 18 brumaire en se débarrassant du corps législatif helvétique. Mal lui en prit : Masséna était parti; La Harpe fut renversé au commencement lie Tannée 1800.

Ces crises terribles ne laissèrent pas d'avoir d'heureuses conséquences pour le pays. La Révolution établit Tégalité en supprimant pour toujours la distinction de familles régnantes et de classes gouvernées, d'Etats souverains et de bailliages sujets. Elle proclama la liberté des cultes dans tous les cantons. Les éléments romands, jusqu'alors réduits au rôle de timides alliés ou de simples sujets, obtinrent le rang qu'ils méritaient, et les anciens souvenirs d'une première patrie helvétique, glorieuse aussi, furent remis en mémoire. Ces événements donnèrent aux Suisses l'idée d'unité et de représentation nationale qui leur manquait; enfin, il devait en sortir l'établissement d'une constitution excellente, celle-là même que la Confédération a, pour ainsi dire, gardée jusqu'à ce jour.

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