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l*Hudson (ancien fort Orange) est plus hollandaise encore. Des milliers de chars à bœufs commencent à se diriger de ce point vers les nouveaux établissements de la rivière Mohawk. Philadelphie, 30 000 habitants, est une ville propre, gaie, le séjour de Télégance, même du luxe, au grand désespoir de l'élément quaker. Baltimore, centre de commerce et de plaisir, est la seule ville qui possède jusqu'alors un théâtre. A Boston des acteurs n'oseront se montrer que sous la fin do la première administration de Washington. Au sud du Potomac, les champs de tabac, puis les rizières et les champs de cannes, coupaient Téternelle forêt de pins. Sur les rivières virginiennes et à Charleston s'élevaient de belles demeures en bois et briques, rappelant les mansions anglaises, et dont les occupants conservaient les mœurs, les manières, les modes de vie de la gentry métropolitaine.
Un service de poste, organisé par Franklin aux frais de la confédération, reliait toutes les villes de la côte, de Falmouth à Savannah. Il y avait trois courriers par semaine entre Boston, et cinq entre New- York et Philadelphie. Longtemps un sac suffit à contenir tous les envois à chaque départ. Des voitures commencèrent un service régulier dans la Nouvelle-Angleterre en 1744, entre New- York et Philadelphie en 1756. Le service fut interrompu pendant la révolution. Sous la présidence de Washington, deux diligences et douze chevaux constituaient tout le matériel de transport, pour les voyageurs cl leurs bagages, entre New- York et Boston. La jioste ne se chargeait pas des journaux; les courriers les emportaient par complaisance avec les lettres. Les feuilles de Boston arrivaient vieilles de vingt jours à Charleslon. Il y avait en 1783 quarante- trois journaux aux Etats-Unis; les meilleurs étaient la Gazette de Boston, le Courant du Conneclicul, le Packet de Pensylvanie; ils paraissaient trois fois par semaine. Le premier journal quotidien de Philadelphie fut fondé en 1784, le premier de New- York en 1785, le premier de Boston en 1813.
Une proposition de JefTerson, adoptée par le Congrès en 1786, fît du dollar l'unité monétaire. Comme la monnaie métallique manquait presque partout, la plu[)art des Etats furent pris
de la fièvre du papier-monnaie. Seuls, le Massachusetts, le Connecticut, le Uelaware elle Maryland, y échappèrent.
Collèges, églises. — La guerre ne troubla que très peu les destinées du collège Harvard, mais interrompit brusquement celles des collèges du Roi à New- York et de William and Mary en Virginie. Le collège du Roi fut réorganisé en 1184 avec de nouveaux trustées sous le nom de collège Columbia. Les cours du collège William and Mary furent interrompus en 1776; la plupart des étudiants entrèrent dans l'armée. La guerre finie, les bâtiments, très délabrés, furent réparés, et le collège recouvra un certain éclat, avec un enseignement renouvelé dans un sens scientifique et moderne sous l'influence de Jefferson. Harvard prit un nouveau développement sous la présidence de Joseph Willard (1781-1804). Une école de médecine y fut instituée en 1783, et le collège fut érigé en Université; tous ses anciens biens et privilèges lui furent conservés.
Les non-conformisles dominaient encore dans la Nouvelle- Anglelerrc; le congrégationalisme y retenait, avec lappui officiel, une bonne part de son ancienne influence politique et morale. La liberté religieuse, établie par les quakers, régnait en Pensylvanie et en Delaware. L'église anglicane occupait en 1776 la situation de culte légal et officiel dans le New- York, le Maryland, la Virginie et les autres Etats du Sud. Mais ses tendances tories la rendirent fort peu populaire; elle perdit promplement après la déclaration de Tindépendance l'appui des pouvoirs publics, tout en gardant ses biens fonciers et ses richesses acquises. En 1786, la Virginie vota un bill proposé par Jefferson, le religions Freedom Acty qui abolit toutes taxes paroissiales, toute contribution forcée pour le soutien d'une église quelconque, et consacra sur des principes définitifs la pleine liberté de conscience. Le Maryland imita la Virginie. Dans les Etats où existaient encore des lois contraires au principe de la liberté religieuse, ces lois furent peu à peu abrogées.
Les Eglises épiscopales se relevèrent, après la guerre, du discrédit dont elles avaient été frappées. Séparées définitivement de l'Eglise anglicane, elles vécurent, à partir de 1785, de leur vie propre, sans lien avec l'étranger, ne demandant plus
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à aucun gouvernement américain une part quelconque des revenus publics, et se réunissant chaque année en convenlion générale. Une Eglise prolestante rivale, celle des méthodistes, se rendit également indépendante. Fondée par Wesley en Angleterre *, Whitefield en avait prêché les doctrines en Amérique. En 1783 la secte y comptait déjà 80 prêcheurs et près de 10000 adhérents. Wesley décida alors de séparer TÉglise méthodiste américaine du méthodisme anglais. Coke et Asbury, avec le titre de superintendants, organisèrent en 1784 la branche américaine de la secte. Les congrégationalistes dans la Nou* velle-Angleterre étaient depuis longtemps organisés en pleine indépendance. Les presbytériens, si nombreux dans les États du centre, constituèrent à leur tour leur gouvernement ecclésiastique sous le contrôle d*une assemblée générale.
L'intolérance et le fanatisme perdaient pied partout. Les anciennes restrictions contre les catholiques furent abolies dans tous les Etats; le droit de suffrage leur fut rendu dans le Rhode-Island en 1784; une église catholique fut érigée à Boston en 1789. Trois années auparavant, John CarroU, de Baltimore, avait été nommé par le pape vicaire apostolique aux Etals-Unis. Il fut plus tard évêque et archevêque. On comptait en 1784, dans toute la Confédération, environ 4S000 catholiques, blancs ou noirs, dont 20 000 dans le Maryland, 8 000 dans la Pensylvanie, 2 500 dans les Etats du sud, 1700 dans le New- York, 1 200 entre les Alleghanys et le Mississipi.
Kentucky et Tennessee. — Uès 1774 lord Dummore, gouverneur royal de la Virginie, avait déclaré tout le pays situé au nord de l'Ohio propriété virginiennc, en verhi des termes de la concession terriloriale contenue dans Tancicnne charte royale. Des pionniers qui, vers le même temps, sows la conduite de Richard Henderson, de Daniel Boone et de Rogers Clark, avaient fondé quelques établissements entre les rivières Cumberland et Kentucky, eurent l'idée d'en faire une colonie indépendante qu'ils appelèrent Transylvania; ils envoyèrent même un délégué au Congrès de Philadelphie. Mais cette