‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 123 sur 166 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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En septembre 1773, il eut, à Bénarès, une entrevue avec le gouverneur Hastings. Il demanda que les Anglais lui livrassent les Rohillas, promettant beaucoup d'argent et tout d*abord 400 000 livres sterling pour solder la brigade anglaise dont il sollicitait le concours. Hastings, à qui la Cour des Directeurs ne cessait de réclamer de l'argent, accepta. Mais cet argent que le nabab-vizir offrait de donner aux Anglais, il entendait que ce fussent les Rohillas qui le fourniraient, et cela en vertu du traité d'alliance. Us payèrent, mais presque aussitôt leur pays fut envahi à la fais par les troupes du nabab et par la brigade anglaise (avril 1774). Ils se défendirent bravement. A la fin, ils furent écrasés : 2000 périrent pendant la guerre, 100 000 émigrèrent dans des contrées sauvages où la dent des tigres et les fièvres les décimèrent.

Ilastings avait donc vendu les Rohillas au nabab-vizir et en avait opéré la livraison. Un autre marché fut conclu entre les deux chefs d'Etat. Les Mahratles avaient évacué Korah et AUahabad, un moment reconquis par l'empereur. Hastings ne savait que faire de ces deux villes, trop éloignées du territoire britannique pour qu'on pût aisément les défendre. Le nabab-vizir offrit de les acheter. Il les paya SOOOOO livres sterling, et la spoliation de l'empereur fut consommée. Macaulay a flétri ce trafic de peuples. Les plus récents historiens anglais excusent Hastings en faisant remarquer qu'après tout les Rohillas étaient des étrangers, des intrus, dans le Rohilkhand, et qu'ils y formaient une sorte de caste militaire par qui les populations indigènes étaient durement opprimées. Quant à l'empereur, quels égards méritaient ses éternelles variations?

Difficultés dans le Conseil de Calcutta. — D'ailleurs, la Cour des Directeurs, à qui Hastings envoyait un million de livres sterling, dont il avait augmenté de 450 000 livres les revenus, et qui voyait grossir les dividendes, ne pouvait qu'approuver la politique de son gouverneur. Par le Regulatitiff act de 1773, le parlement subordonna les deux autres présidences à celle de Calcutta et créa le litre de gouverneur général. En 1774, Hastings fut revêtu de ce nouveau titre. Il devait être assisté de quatre conseillers (Barwell, général Cla-

vering, Monson, Francis), qu'il présidait avec voix prépondérante. Une cour de justice indépendante de lui était fondée à Calcutta, composée d'un chief-justice et de trois juges. Tout de suite Hastings fut en conflit avec les conseillers : il n'avait pour lui que Barwell; les trois autres (le « triumvirat ») votaient constamment contre lui. Le plus ardent était Philipp Francis, caractère hargneux, vindicatif, vrai tempérament de pamphlétaire (probablement l'auteur des fameuses Lettres de Junius). Les opposants condamnaient toute sa politique indienne, s'ingéraient (ayant la majorité) de donner directement des ordres, rappelaient son agent de l'Aoude et la brigade anglaise du Rohilkhand, embrouillaient tout et entravaient tout, s'acharnaient à discréditer le gouverneur général.

Ils trouvèrent un allié dans Nuncomar, furieux d'avoir été, par Hastings, écarté de la naïb-soubabie. Francis accueillit une dénonciation de cet intrigant, qui accusait Hastings de recevoir de l'argent pour donner les emplois et faire évader les criminels. Francis osa la produire en plein Conseil. Hastings, indigné, leva la séance; les opposants la continuèrent et écoutèrent les autres dénonciations de Nuncomar. Ils décidèrent que Hastings avait reçu au moins 40 000 livres sterling et qu'il serait sommé de les restituer. Déjà le gouverneur général avait envoyé à Londres son ami Macleam pour y remettre sa démission; déjà Nuncomar était entouré d'une foule d'Indous, courtisans, flatteurs, solliciteurs, dénonciateurs, lorsque soudain se produisit un coup de théâtre. Nuncomar était arrêté, et la Cour de Calcutta, indépendante du Conseil, faisait son procès à cet Indou comme coupable d'avoir falsiflé des papiers. C'était le nouveau chief-justice^ Elyah Impey, un ami dévoué de Hastings, qui entrait en scène. Le Conseil était impuissant à lui arracher sa victime : Nuncomar fut traduit devant un jury de six Anglais, condamné à mort et pendu. Hastings se retrouva niaîlre de la situation.

Par malheur, la Cour des Directeurs, à Londres, avait accepté la démission qu'apportait Macleam et nommé gouverneur le général Clavering. Mais Hastings (Monson étant mort) avait, grâce à sa voix prépondérante et à la fidélité de Barwell,

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reconquis la majorité dans le Conseil. Il cassa les arrêtés pris par rancienne majorité, destitua ses créatures. Se fondant sur la Regulating act de 1774, il fit décider par la Cour de Calcutta que sa démission n^était point valable. Peu de temps après, Clavering mourut, et, bien qu^un nouveau conseiller hostile, Wheeler, fût arrivé d'Angleterre, Ilastings garda la majorité. Il fit librement sa politique à lui. On verra plus loin comment, dans rinde péninsulaire, il sut parer aux dangers dont la domination anglaise fut menacée par le renouvellement de la guerre avec la France et la puissance nouvelle de Haïder-Ali.

Traité avec r Aoude (1775); affaire de Bénarès (1780). — En 1773 mourut le nabab-vizir d'Aoude. Il eut pour successeur son fils Asaf-ud-Daoula. Hastings ne négligea pas une si bonne occasion pour imposer au nouveau souverain un traité qui était un acheminement au protectorat (21 mai) : il lui garantissait la possession de Korah et AUahabad; en échange, il lui faisait céder Bénarès à la Compagnie; enfin Asaf-ud-Daoula s'engageait à entretenir une brigade anglaise, qui assurerait sa sécurité contre les ennemis du dehors et ceux du dedans, mais à l'entretien de laquelle les revenus d'importantes provinces étaient affectés. C'est par l'entretien d'une telle c force subsidiaire » que la Compagnie anglaise a pu amener tant d'Etats indous à la ruine financière, puis au démembrement, quelquefois à l'annexion totale.

La clause relative à Bénarès devait avoir de grosses conséquences. Le souverain de l'Aoude cédait à la Compagnie ses droits sur la ville et la province- Mais quels étaient ces droits? Le radja de Bénarès, Sheït-Singh, était-il un vassal de l'Aoude, ou un souverain indépendant? La question n'a jamais été bien éclaircie. Pour sûr, l'acquisition était importante. Bénarès est, dans l'Inde, la première ville de sainteté et la première ville d'industrie : si sainte, qu'il suffît au croyant de la voir pour être débarrassé de ses péchés, que les bienheureux redescendent du ciel pour y achever leurs pénitences, que des centaines de malades s'y font transporter tout exprès pour y mourir, et que des myriades de pèlerins y accourent de toutes les régions. Elle ne comprenait pas moins de 1700 temples, pagodes ou mosquées.

sans compter les autels, les reposoirs, les idoles, à Tangle de toutes les rues. En outre, Bénarès était célèbre dans le monde entier par ses belles fabriques de soie. Elle est assise sur cette magnifique voie fluviale du Gange. Elle comptait 200000 habitants, et ses richesses étaient réputées incalculables.

Le tribut que devait payer Sheït-Singh avait été fixé une fois pour toutes. Hastings s*était engagé à ne pas Taugmenler. Pourtant, outre son tribut annuel, dès 1778, on exigea de lui 50 000 livres sterling, pour entretenir chez lui trois bataillons de cipayes; en 1779, la même somme, plus une amende de 2000 livres ; en 1780, encore la même somme.

Il se voyait acculé à la ruine. Il fit offrir 10 000 livres à Hastings. Celui-ci les accepta. Qu'en voulail-il faire? Il est certain qu'il garda le secret envers ses collègues du Conseil et la Cour des Directeurs; il n'est pas moins certain qu il versa la somme intégralement dans les caisses de la Compagnie. Puis il se remit à presser le radja de croissantes exigences. Il frappa sur lui une nouvelle amende de 10 000 livres. Il lui demanda un contingent de 2000 cavaliers, quand le prince n*en avait en tout que 1300. Sheït, comprenant qu'on voulait le détruire, offrit d'un coup 200 000 livres. Hastings en exigea 500000.

Pour les encaisser, il marcha sur Bénarès avec une armée et mit Sheït en arrestation (14 août 1781). Mais alors la population, très vigoureuse, fanatique, dévouée à son prince, se leva tout entière. Quatre des compagnies qui escortaient Hastings furent anéanties, les portes du palais enfoncées, le gouverneur général, qui n*eut un moment que 50 hommes autour de lui, en péril de mort. Il ne perdit rien de son énergie. Le radja, qui s'était évadé de sa prison en se laissant glisser dans le Gange à l'aide de turbans déroulés, et qui s'était réfugié sur l'autre rive, à Raunagar, lui fit porter des excuses et des offres d'argent : Hastings ne répondit même pas. La destruction d'un nouveau corps anglais, qui avait assailli imprudemment Raunagar, l'insurrection embrasant la principauté tout entière, éclatant à Aoude même contre le nabab-vizir, gagnant le Béhar, contraignirent enfin Hastings à évacuer Bénarès, à se retirer dans la forteresse de Chunar, tandis que le radja lançait un

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manifeste au peuple de Tlnde, parlant de balayer de son sol sacré les usurpateurs étrangers. Enfin l'arrivée des renforts britanniques permit à Haslings de disperser les insurgés et de réoccuper Bénarës. Sheït dut se réfugier dans le Bundelkhand. Haslings n'osa pas annexer Bénarës, mais le prince qu'il y établit ne fut qu'un pensionnaire de la Compagnie. Celle-ci, à cette opération si hasardeuse, gagna une augmentation annuelle de revenus évaluée à 200 000 livres sterling.

Affaire des Begums de l'Aoude (1782). — Le nouveau souverain de l'Aoude eut à subir les mêmes exigences que son prétendu vassal de Bénarës. Au reste, c'élait un vrai despote asiatique : ignorant, sensuel, vicieux, à la fois rapace et prodigue, haï de ses sujets, méprisé de ses voisins, ne se maintenant sur le trône que par l'appui de la brigade anglaise.

Pourtant il trouvait l'entretien de celle-ci bien lourd à ses finances. Il sollicita la rédnclion de cette charge. Hastings refusant d'y consentir, exigeant, au contraire, toujours plus d'argent, comment le nabab-vizir pourrait-il se tirer d'affaire? Evidemment aux dépens de tiers. La mère du prince et la mëre de son père vivaient encore; elles avaient exercé sur le dernier souverain, leur mari et fils, une grande influence, acquis un douaire splendide, d'immenses domaines, de nombreux sujets; elles avaient gardé le trésor du feu nabab-vizir : 3 millions de livres sterling. Elles avaient pour capitale Fizabad, tandis qu'Asaf-ud-Daoula résidait à Luknow. Peutêtre avaient-elles eu la main dans la récente émeute de Bénarës et dans les tentatives pour renverser le souverain de l'Aoude. Excellent était le prétexte ou la raison. Hastings et Azaf-ud- Daoula tombèrent d'accord : le trésor des deux princesses serait livré à la Compagnie en déduction de la dette d'Azaf-ud-Daoula. Les terres des deux princesses furent confisquées. Pour la saisie du trésor à Fizabad, des troupes britanniques vinrent prêter main-forte. Comme les Begums résistaient, on arrêta leurs eunuques de confiance, deux vieillards. On les tint au cachot pendant deux mois; peut-être furent-ils soumis à la torture. Pour sauver leurs serviteurs, les princesses se résignèrent à payer 1 200 000 livres. Telle est l'histoire de la spolia-

lion des Begums, dont les hisloriens ont tantôt exagéré (Macaulay), tantôt par trop atténué le vilain caraclère.

Politique de Hastings & l'égard des Mahrattes. — Sous Baladji II Badji, le troisième Péshva héréditaire des Mahrattes (1740-1761) S avaient commencé à s'émanciper les chefs des dynasties guerrières, le Guikovar de Baroda, le Holkar dlndore, le Sindhia de Gwalior, le Bhonsla du Bérar. Ce mouvement d'émancipation s'accentua encore sous les Péshvas Madhao Rao (1761-1772) et Madhao II Rao Narayan (1774-1795). Pendant les années de jeunesse de celui-ci, deux hommes se disputèrent le pouvoir réel : le Nana Farnavis, comme tuteur du jeune prince, et son oncle Raghôba (Ragounàth Rao). Battu en rase campagne par son rival Raghôba, Farnavis, fit appel aux Anglais de Bombay et, moyennant la promesse de leur céder le port de Basseïn et l'Etat de Salsetle, s'assura leur secours (traité de Surate). Quoique les troupes de Bombay eussent déjà mis la main sur Salsette, le gouvernement de Calcutta, tout d'abord, désapprouva le traité. Puis Hastings fut amené à en mieux apprécier les avantages; mais les opposants du « triumvirat » persistèrent dans leurs vues. Ils allèrent jusqu'à donner l'ordre aux troupes anglaises de retourner à Bombay et envoyèrent le colonel Upton à Pouna pour négocier la paix. Par le traité de Pourandhar, ils obtinrent l'îlot de Salsetle en échange d'un district voisin de Baroch (Broach) , plus 1 200 000 roupies pour les frais de guerre. Le traité avec Raghôba était annulé. Or le « triumvirat ]» se trouvait en désaccord non seulement avec Hastings, mais avec la Cour des Directeurs, qui avait approuvé le traité de Surate. Raghôba protesta par une lettre au roi d'Angleterre. En mars 1777, arrivait à Pouna le chevalier de Saint-Lubin, qui se donnait pour un envoyé du roi de France, et chargé de conclure une alliance. Farnavis l'accueillit avec empressement.

1. Rappelons la série des Péshvas héréditaires, qui résidait à Pouna et qui avait annulé la dynastie issue de Sivadji le Brigand, confinée à Marcara. Ce sont: Baladji I Rao (1707-1721); Badji-Rao (1721-1740); Baladji II Badji (1740- 1761); Madhao-Rao (1761-1772); Narayan-Rao, frère du précédent, et assassiné en 1773; Madhao II Rao Narayan (1774-1793); Badji-Rao (1795-1818), le dernier des Péshvas. Son fils adoptif fut le célèbre Nana-Sahib, Thoinme de la grande insurrection de 1857.

La première guerre mahratte (1778-1781) : traité de Salbaï (1782). — La Présidence de Bombay s'effraya de ces relations entre la France (on était à la veille de la rupture en Europe) et le régent mahratte. La Cour des Directeurs désapprouvait hautement le traité de Pourandhar. A l'approche de la guerre française, au début de 1778, Hastings occupa Ghandernagor sans difficulté. Il autorisa le gouvernement de Bombay à conclure une alliance avec Raghôba contre Farnavis. Il chargea Alexandre Elliot de conclure un traité avec le Bérar. Une colonne des troupes de Calcutta, sous le colonel Leslie, se mit en marche pour opérer sur la Nerbadda, de concert avec les troupes de Bombay ; le gouvernement de Madras reçut Tordre de coopérer à cette guerre. Les diverses colonnes britanniques agirent sans beaucoup de concert. Celle de Bombay, sous Egerton, arriva, en janvier 1779, à 18 milles de Pouna; mais, Raghoba ne lui ayant amené qu'un renfort insignifiant, elle se trouva dans un péril extrême; harcelée par l'ennemi, elle eut grand'peine à faire retraite sur le village de Wargaon ; là elle eut à subir une convention humiliante (15 janvier 1778), par laquelle toutes les conquêtes faites par les Anglais depuis 1765 durent être restituées au Péshva. La colonne du Bengale, commandée par Goddard, était arrivée sur la Nerbadda. Hastings chargea Goddard d'obtenir par voie de négociations l'annulation de la convention de Wargaon, le retour au traité de Pourandhar, et la promesse que le Péshva n'accueillerait pas les Français sur son territoire. Farnavis refusa; il fit alliance avec Haïder-Ali et le Nizam ; il obtint le secours du Sindhia Madhava Rao et du Holkar Toukadji. Cependant la confédération mahratte n'était pas unanime ; le Bhonsla autorisait le passage des Anglais sur son territoire et le Guikovar signait avec eux un traité pour le partage du Gouzerati.

En 1780, Goddard enleva la ville forte d'Ahmedabad, battit deux fois les troupes du Sindhia et du Holkar, conquit le port de Basseïn. Les troupes de Bombay, sous Harlley, dispersèrent 20000 Mahrattes. Une nouvelle colonne du Bengale, sous Popham, envahit les Etats du Sindhia, enleva ses forteresses de Lahâr et Gwalior. En 1781 (24 mars), dans le Malva, nouvelle

défaite du Sindhia par le colonel Camac. Goddard fut moins heureux et dut battre en retraite devant 60000 Mahrattes.

Hastings estimait très dangereuse cette triple alliance entre les Français, Ilaïder-Âli, les Mahrattes, auxquels menaçait de se joindre le Nizam. A force de négociations, il parvint à détacher le Sindhia de la coalition (13 octobre 1781) et à lui persuader de s'employer à rétablir la paix entre les Anglais et la cour de Pouna. En 1782 (17 mai), il conclut avec lui le traité de Salbaï, auquel adhérèrent la plupart des chefs mahrattes, et, après beaucoup d'hésitations, la cour de Pouna. Par ce traité, le Péshva était formellement reconnu par les Anglais (Raghéba n'obtenant qu'une pension); il recouvrait Basseïn et une partie du Gouzerati; le Sindhia recouvrait tous ses territoires, à l'exception de Gwalior. En revanche, les Mahrattes cédaient aux Anglais les îlots de Salsette et d'Eléphanta. Ils promettaient de n'autoriser sur leur territoire l'établissement d'aucune factorerie européenne (ceci était surtout dirigé contre les Français).

Ilastings témoigna, dès lors, la plus grande estime pour la bravoure et l'esprit politique du Sindhia. 11 fit de lui le pivot de sa politique dans le Nord-Ouest. A quelque temps de là, il reconnut ses prétentions à la possession de Baroch et du Gohad. Ne croyant pas possible, pour l'instant, d'étendre la dominatioa britannique au delà de Bénarès et de TAoude, il résolut de laisser le Sindhia devenir l'arbitre, le maître et, s'il se pouvait, le pacificateur du Nord-Ouest. Il entendait lui laisser les mains libres dans les Etats de l'empereur, dans le Uadjpoutana et le Pendjab, dans la majeure partie des pays mahrattes, à la condition qu'il ne s'attaquât ni à l'Aoude, ni au Nizam, ni aux Etats péninsulaires. En un mot, il consentait à une ligne de séparation entre deux zones d'influence.

L'Inde du Nord & la retraite de VSTarren Hastlngs (1785). — Quand Ilastings quitta Tlnde au printemps de 1785, il laissait le Bengale complètement soumis, Bénarès à peu près annexé, l'Aoude à l'état de pays protégé, la présidence de Bombay agrandie aux dépens des Mahrattes, la présidence de Madras préservée contre la double attaque de la puissance française et des puissances indigènes. En même temps avait

commencé le grand rôle du Sindhia, qui grandira encore sous les successeurs de Hastings, John Macpherson (1785-1786), lord Cornwallis (1786-1793) et John Shore (1793-1798), presque uniquement occupés des affaires de l'Inde péninsulaire.

Puissance du Sindhla dans le Nord-Ouest. — Un simple patel (ou maire de village) du pays de Saltara fut le père de Ranadji le Sindhia, qui, d'abord simple porteur de babouches du Péhsva Baladji I Visnavath, devint, grâce à lui, un chef de guerre, se rendit maître de la moitié du Malva et fonda une des plus puissantes dynasties de llndoustan. Ranadji eut plusieurs fils, dont Tun, Daltadji, fut tué quelque temps avant la bataille de Panipat (1761), et dont l'autre, un fils naturel, Madhava-Rao, n'échappa qu'à grand'peine à cette grande tuerie, où périrent tous ses autres frères. Madhava, âgé de trente ans, resta ainsi le seul héritier du Sindhia. Il prit part à presque toutes les guerres du temps, notamment à la reconquête de Dehli (1771), pour le compte d'Alam II, et à la conquête du Rohilkhand. D'abord un des soutiens de Raghoba, nous l'avons vu signer avec les Anglais la paix de Salbaï.

Quelle politique allait-il suivre envers l'empereur Alam II, restauré depuis 1771 dans Dehli? Devait-il, lui un Indou, de religion indoue, se faire le serviteur du trône mongol, ce monument de la conquête de l'Inde par une autre race et une autre religion? Sans doute une telle politique devait lui répugner; mais, en servant une autorité devant laquelle s'étaient tant de fois inclinés les Anglais eux-mêmes, ne pouvait-il faire légitimer par elle ses plus hautes ambitions?

Un nouveau grand-vizir de l'empereur Alam II, un Persan, le brave et habile Mirza-Nadjaf, travaillait loyalement à la reconstitution de l'empire. D'abord il entreprit de soumettre les Djâts de Bhartpour : il leur livra une bataille sanglante, à Barsana, où, de part et d'autre, des contingents européens prirent part à l'action. Du côté des Impériaux, l'infanterie régulière commandée par René Madec \ le comte de Moidavre, les chevaliers de Crécy et du Drenec ; du côté des Djâts, la brigade de Sombre

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