Voir ci-dessus, t. VI, p
Histoire gem£hai.f.. VIII. 58
renversa des pagodes, opéra de force des conversions à Tislamisme, persécuta ses sujets du Goui^ et du Malabar pour extirper chez eux Tantique usage de la polyandrie. A l'occasion, il fut cruel pour les idolâtres, pour ses prisonniers anglais. Très laborieux, il se levait avant le jour, voulant tout savoir, les finances, Tagriculture, les sciences de TEurope. Il soulagea le pauvre laboureur, releva les industries du pays canarais, se fit aimer du peuple. Les Anglais constataient que le Haîssour était TEtat le mieux gouverné et le plus prospère de Tlndoustan. La cour, si simple sous son père, devint fastueuse sous Tippou : on vantait ses jardins dé Seringapatam, ses éléphants richement caparaçonnés, ses tigres à colliers d'or, les joyaux de son trésor, les danses de ses bayadères. Seul des souverains de l'Inde, il osa prendre les titres royaux {sultan et padishah), frapper la monnaie à son coin, en envoyer, comme par défi, à l'empereur.
Il était aussi brave soldat, aussi hardi cavalier que son père, mais peut-être moins bon stratège. Il mit dans sa politique ce que son père n*y avait pas mis, une passion fougueuse. Il haïssait les Anglais V II les méprisait pour les avoir vus battre tant de fois par son père et par lui. Il ne se rendait pas compte que les temps étaient changés et que, par l'avènement de Gornwallis, les forces d'une Compagnie de marchands allaient avoir pour réserve toutes les forces de la Grande-Bretagne. Tippou fut une des victimes de la Révolution française, car il expia les craintes qu'elle inspirait, pour ITnde, à l'Angleterre,
Ses réformes économiques et financières lui permirent de se constituer un trésor de guerre, que certains évaluaient à deux milliards. Son armée comptait 150 000 hommes, dont beaucoup étaient dressés à l'européenne, 2000 canons, 700 éléphants, plus les corps français, entre autres celui de Lally. Ses principales forteresses étaient Seringapatam, Bangalore, Mangalore, sans compter les nids d'aigle de Savandroug, Holydroug, Raidroug, Outradroug, Chitraldroug.
i. Au Brislish Muséum on montre uu groupe en bois articulé : c'est un tigre qui est en train de dévorer un Européen. Le mécanisme dont le jeu amusait tant le sultan Tippou s'est détraqué.
Première guerre anglaise contre Tippou (1790- 1792). — Entre un gouverneur aussi résolu que Cornwallis et un sultan aussi ardent que Tippou, les occasions de conflit ne pouvaient manquer. Outre les Anglais, Tippou avait trois ennemis naturels : la confédération mahratte, le Nizam, le nabab du Carnatic. Il comptait avant tout sur les Français. Dès 1787, il avait envoyé trois ambassadeurs à Versailles; mais à Versailles on avait alors d'autres soucis que ITndoustan. Bientôt s'élevèrent des litiges à propos du radja de Chirika, vassal de Tippou, et qui tracassait rétablissement anglais de Tallitcherry, situé sur son territoire; à propos du radja de Travancore, allié de la Compagnie anglaise, en lutte contre le radja de Gochin, vassal du sultan; à propos de Granganore et Jaycottah, établissements hollandais, que menaçait le Maïssour. En septembre 1788, lord Cornwallis enjoignit à HoUond, gouverneur de Madras, de s'employer à résoudre les litiges de frontière, mais de considérer toute attaque contre Travancore comme un casus belli. Or, en décembre, la cavalerie de Tippou se mit à dévaster le nord de ce royaume.
Lord Cornwallis n'eut pas d'hésitation. Le 1" juin 1790, il faisait alliance avec les Mahratles; le 4 juillet, avec le Nizam. Ainsi trois puissances : chrétienne, païenne, musulmane. Chacun des trois coalisés ne devait conclure la paix que du consentement des deux autres; les conquêtes seraient partagées également ; les Mahrattes recouvreraient les territoires usurpés par le Maîssour; les radjas du Malabar seraient émancipés de sa suzeraineté. Comme HoUond s'obstinait a prêter à Tippou des intentions pacifiques, il fut remplacé en février 1790 par le général Medows. Cornwallis jugeait nécessaire, en prévision d'un nouveau confit avec la France, de la priver à l'avance de toute complicité dans l'Inde. Au printemps de 1790, Tippou conquérait la partie septentrionale du Travancore et faisait capituler les Hollandais de Cranganore. A Calcutta, la guerre fut aussitôt résolue. Trois armées anglaises furent mises sur pied. Celle du Carnatic, avec Medows, devait occuper Combaïtore, et, par les passes de Goujalhatty, pénétrer au cœur du Maîssour; celle de Bombay, sous Abercromby, opérerait la conquête du
Malabar et ferait jonction avec la première; le reste des forces de Madras, sous le colonel Maxwell, occuperait le Baramahal. Dans Tété de 1790, Tarmée de Medows enleva une série de places fortes et se mit en devoir de forcer les passes de Goujalhalty. Le 13 septembre, ce fut Tippou qui déboucha de ces passes, culbuta la première brigade anglaise, celle de Floyd, et la força de repasser le Cavéry. Mettant Tarmée de Medows en état de blocus autour de Gombaïtore, il se porta sur le Baramahal et en chassa Maxwell (novembre 1790), qui alors rejoignit Medows. Le Carnatic était ouvert à l'invasion des Maïssouriens. Tippou assiégea Tritchinapaly, enleva Trinomaly et Permacoïl, apparut devant Pondichéry, entra en conférence avec notre gouverneur, chargea un Français d*une mission à Paris pour y solliciter un secours de 6000 < soldats à chapeau ». La rapidité de ses mouvements avait disloqué tout le plan d*invasion anglaise ; c'était maintenant le Carnatic qui subissait l'invasion; mais, dans l'Est, Abercromby parvenait à opérer la conquête de Cananore et du Malabar.
En décembre, Gornwallis vint à Madras, rappela les troupes de Medows, contraignit le nabab à lui céder la divanie pour la durée de la guerre, et prit le commandement en chef. Il modifia le plan d'invasion, délaissant la route du sud (par Gombaïtore) qui était trop longue, adoptant la route du nord (par Yellore, Ambour, Bangalorc). Il fallait d'abord enlever Bangalore. Malgré les diversions tentées par Tippou, la place fui prise d'assaut (nuit du 21 au 22 mars 1791). Les Anglais poursuivirent leur route, enlevant les forts qui la barraient, mais au prix ^ de souffrances inouïes, perdant toutes les bêtes de somme, forcés de traîner à bras les canons, harcelés et affamés. Les 10 000 cavaliers envoyés par le Nizam ne servirent qu'à augmenter la disette. Les Anglais durent se replier sur Bangalorc, où ils se ravitaillèrent. lisse remirent en route et, le 13 mai 1791, on atteignit Arikéra, à 18 kilomètres de Seringapatam. Le 15 mai, se livra la sanglante bataille d'Arikéra; les Maïssouriens furent, à la baïonnette, rejetés sur Seringapatam. Mais on avait perdu beaucoup de monde; de nouveau on était sans vivres et sans bêtes de trait. Le siège de Seringapatam parut
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dès lors une témérité. Cornwallis détruisit sa grosse artillerie et ordonna la retraite. Il fit parvenir le même ordre à Tarmée de Bombay, qui cheminait péniblement dans les montagnes, obligée de hisser ses canons avec des poulies. La retraite de Cornwallis fut très laborieuse. En chemin il fut rejoint par 32 000 Mahrattes, sous les chefs Harry Pant et Purseram-Blao. Ils avaient perdu tout leur temps à reprendre aux Maïssouriens les territoires contestés. Du moins ils ravitaillèrent de bétail le camp britannique, mais ne rendirent pas d*autres services.
Tippou avait annoncé, dans tout Tlndoustan, la journée d*Arikéra comme une grande victoire; mais, dès le 17 mai, il avait fait des ouvertures de paix. Cornwallis les déclina. Pourtant, par deux fois, roffensive anglaise avait échoué. Pour réparer ce double échec, Cornwallis déploya une activité prodigieuse, saisit les fonds apportés de Chine par les vaisseaux de la Compagnie et les fit frapper en roupies, passa des traités avec les Lambadi ou Brindjarri, marchands indigènes de grain et de bétail, transporta du Bengale à Madras 100 éléphants, réunit 40 000 buffles de trait, refit son parc d'artillerie. Pour assurer des communications faciles avec le Nizam et les Mahrattes, il enleva une série de places fortes (Nandidroug, Savandroug). De son côté, Tippou occupa Combaïtore (déc. 1791).
Le 1" février 1792, on reprit la marche sur Seringapatam. Cette fois, le Nizam et les Mahrattes furent exacts au rendezvous. Seringapatam fut investi par les trois armées. Celte ville, siluée dans une île du Cavéry, était défendue par 600 canons, 5000 cavaliers, 50 000 fantassins. Le 6 février, Cornwallis résolut de faire franchir le fleuve, en trois colonnes, à Tarmée du Carnatic. Il commandait en personne la colonne du centre; le passage, commencé vers dix heures du soir, réussit : deux redoutes furent enlevées avant que Tippou fût avisé de Tattaque. Il n'eut que le lemps de se retirer dans le fort cenlral. De part et d'autre on passa la nuit sous les armes. Au matin du 8, Tippou envoya deux de ses prisonniers, les lieutenants Chalmers et Nash, ouvrir les négociations. Puis il les traîna en longueur. Le 16, arriva Tarmée de Bombay sous Abercromby.
Le 18, elle enleva un camp situé au nord de File. Le 23, la seconde parallèle fut terminée, 50 gros canons mis en batterie, les mines préparées sous Tenceinte du corps de place, des incendies allumés dans la ville. Le 24, Tippou reprit les négociations et signa des préliminaires. Les conditions étaient dures: cession de la moitié de ses territoires; contribution de guerre égale au double de son revenu annuel; ses deux Gis livrés en otages. La remise des otages eut lieu le 26. Tout à coup des difficultés s*élevèrent : Tippou refusait de consentir à la cession du Courg: il comprenait bien que c*eût été une enclave anglaise dans le Maïssour. Alors les travaux de siège furent repris. Hais le 19 mars 1792, Tippou céda encore. Son royaume fut comme démantelé : le nord aux Mahrattes; les nababies de Kadapali, Karnaoul, Savanore, au Nizam; aux Anglais, le Baramahal (avec Salem), Dindigal, la côte de Malabar (avec Cananore et Calicut).
Toutefois il faut constater la générosité relative de ce traité. Il était au pouvoir de Gornwallis, par un assaut, d'anéantir la puissance de Tippou. Il ne le voulut pas : il craignait de trop accroître celle des Mahrattes. L*existen.ce du Maïssour lui parut nécessaire à l'équilibre de Flnde.
L'Inde française pendant la Révolution : saisie de nos colonies (1793). — Un des premiers actes de la Révolution avait été l'abolition de la Compagnie française des Indes (décret du 13 août 1790) : ses bureaux de Paris furent réunis à ceux du Trésor public; son bureau de Lorient supprimé; la liquidation générale ordonnée. Sous la Convention (décret du 10 octobre 1793), la vente des marchandises de la ci-devant Compagnie fut confiée aux agents de l'Etat. Un épilogue de cette mesure fut le procès intenté à Fabre d'Eglantine, Bazire, Chabot, Delaunay d'Angers, pour falsification du décret. Us furent compris dans une fournée « d'avril 1794 » *. Dans l'intervalle avait eu lieu, sur le rapport de Brissot, la déclaration de guerre à la Grande-Bretagne (1" février 1793). Brissot en avait espéré l'anéantissement total de la domination anglaise
i. Voir ci-dessas, p. 203 et 561.
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dans rindoustan. Ce fut la nôtre qui en disparut. Les divisions des Français dans Tlnde aidèrent à ce résultat.
Le 1" mars 1790, s^était réunie à Pondichéry une < assemblée générale des citoyens » : on avait prêté serment c à la nation, à la loi, au roi ». Un < comité représentatif » de 53 membres fut nommé pour correspondre avec F Assemblée nationale. On élut trois députés à cette assemblée : Kerjean, de TArche, Beylié. Le 3 mars, on fit chanter le Te Deum. Dès 1791, une agitation se manifesta dans la population indigène. Les malubars ou commerçants indous pétitionnaient; les cipayes se mutinaient. La même année fut élue une < assemblée coloniale représentative » (8 juillet). A Karikal, on prétendait s'organiser en municipalité, se séparer de Pondichéry, ne relever que de la métropole. Des rixes éclatèrent. Le chevalier du Fresne, gouverneur de Pondichéry, dut envoyer des troupes à Karikal pour rétablir Tordre. A Mahé, le maire faisait arrêter le commandant de la garde nationale. A Yanaon, les colons chassaient le gouverneur, M. de Sommeret. A Ghandernagor, le gouverneur, M. de Montigny, était destitué par une < assemblée générale » et la suprématie de Pondichéry désavouée. Jusqu'alors, les indigènes avaient été exclus des revendications de liberté. Mais le 14 juillet 1792, à Pondichéry, un grand banquet patriotique réunit € fraternellement » les blancs, les < noirs » et les tapass (métis). La même année, la condamnation injuste d'un indigène par le tribunal de Pondichéry provoquait une insurrection dans la € ville noire ». Il y eut des blessés et des morts.
Le 14 juillet 1793, une armée anglaise, sous Floyd, parut devant Pondichéry. Puis la nouvelle de l'exécution du roi jeta la discorde parmi les assiégés. Les Anglais jetaient des bombes portant l'effigie de Louis XVI avec cette légende : « Je meurs innocent ». L'assemblée coloniale décida de cesser la défense. La foule cria : « Vive le roi! Vive Louis XVII! A bas les Jacobins! A bas la guerre! » Il fallut capituler : la garnison resta prisonnière, les officiers gardant leur épée; les propriétés et les lois étaient garanties; la municipalité, dissoute. Quand les Anglais firent leur entrée, on entendit les Indous crier : « Vivent les habits rouges, nos libérateurs! » (23 août.) Dès le 6 juillet,
Mahé avait capitulé. Karikal, Yanaon, Ghandernagor tombèrent sans coup férir. Tels furent les derniers actes de l'administration de Cornwallis.
Gouvernement de John Shore (1793-1797) : saisie des colonies liollandaises. — Son successeur, John Shore, n'était qu'un employé civil de la Compagnie. Son gouvernement de l'Inde fut très pacifique. Il coïncidait avec un renouvellement presque total du personnel des gouvernants indigènes : dans le Carnatic, mort du vieux nabab Mohammed- Ali, après un règne de cinquante ans; dans le Bengale, mort du soubab Moubarek-ed-Daoula, remplacé sans bruit par son fils Aziz (28 sept. 1793); dans le Nord-Ouest, mort du grand Sindfaia (1794); dans l'Aoude.mort du nabab-vizir Azaf-ed-Daoula (1797), remplacé par son fils Vizir-Ali, puis par son neveu Saadet-Ali (1798). Des grands acteurs de l'âge précédent, il ne restait debout que le sultan Tippou, qui ruminait sa défaite, et le Nizam. Celui-ci était attaqué par le nouveau Sindhia; mais contre les troupes européennes de celui-ci, le Nizam disposait du corps de Raymond, originaire des environs d'Auch, ancien officier de Lally-Tollendal. Ce corps avait été formé d'abord de deux, puis de vingt-trois bataillons avec douze pièces de campagne. Sous des enseignes dilTérentes, les officiers européens se heurtèrent à la bataille de Beder (mars 1795). Elle fut indécise, mais le Nizam, efTrayé par les cris de ses femmes, se réfugia dans le fort de Kourdla, où il dut subir un traité humiliant ^ Il cédait aux Mahrattes la ville et le territoire de Daoulatabad, payait une énorme contribution de guerre, livrait en otage son principal ministre, Azim-el-Omra, ennemi des Mahrattes et ami des Anglais. John Shore avait refusé tout secours au Nizam, malgré le traité de 1769. Le Nizam, irrité, renvoya le contingent britannique qu'on avait empêché de se battre pour lui; en revanche, il accrut le corps < français » de Raymond et le cantonna sur la frontière du Carnatic, ce qui provoqua les récriminations des Anglais. Le Nizam offrait de dissoudre le corps de Raymond, s'ils voulaient s'engager à le défendre contre les Mahrattes. John Shore n'osa prendre cet engagement.