Voir ci-dessus, p. i
2. Même après la deslruclion de sa flotte àAboukir (août 1798; voir ci-dessus, p. i52), Bonaparte espérait pouvoir, sur des bâtiments légers — la mer Rouge et la mer d'Oman étant alors complètement libres d'escadres anglaises, — faire passer des troupes dans l'Indouslan. Le 25 janvier 1799, il écrivait des lettres au • sultan » de la Mecque, à Timam de Mascate, & Tippou-Sahib. Voici la lettre à ce dernier : • Vous avez déjà été instruit de mon arrivée sur les bords de la mer Rouge, avec une armée innombrable et invincible, remplie du désir de vous délivrer du joug de fer de l'Angleterre. Je m'empresse de vous faire connaître le désir que j'ai que vous me donniez, par la voie de Mascate et de Moka, des nouvelles sur la situation politique dans laquelle vous vous trouvez. Je désirerais même que vous puissiez envoyer à Suez, ou au Grand Caire, quelque homme adroit qui eût votre conQance, avec lequel je puisse conférer.
• Bonaparte. •
Anglais de leur victoire navale d*Aboukir; mais il affirmait n*avoir jamais eu dans son royaume plus d^une quaranlaine de Français; d'ailleurs, ils s'étaient dispersés; il protestait de ses intentions pacifiques. Wellesley rappela Thistoire de l'ambassade à Tile de France et somma Tippou de faire, dans les vingtquatre heures, une réponse catégorique. Tippou ne cherchait qu'à gagner du temps : il avait reçu de l'île de France le général du Bue et se préparait à envoyer en France une nouvelle ambassade.
Les forces anglaises s'étaient concentrées a Yellore. En février 1799, l'armée du Carnatic, sous le général Barris, forte de plus de 40 000 hommes *, et l'armée de Bombay, sous le général Stuart, forte de 6420 hommes, dont 1617 Européens, se mirent en mouvement. Les forces de Tippou, depuis le traité de 1792, étaient réduites à 60000 hommes; il n'avait plus, en revenu, qu'un million de livres sterling; son espérance résidait surtout dans les fortifications de Seringapatam, activement réparées et accrues. En mars, il arrêta l'armée de Bombay par un combat de six henres. Celle du Carnatic enleva rapidement quelques forteresses, occupa Bangalore, qui était démantelé, puis souiTrit des mêmes maux qui avaient si souvent entravé les opérations de Cornwallis. Le 25 mars, s'engagea la bataille de Malvelly. La droite des Anglais était formée par les forces du Carnatic; leur gauche par les forces du Nizam et le 33* d'infanterie britannique commandé par Arthur Wellesley (le futur Wellington). Ce fut sur les baïonnettes du 33^ que se brisa l'élan de la garde de Tippou. L'affaire coûta aux Anglais 69 hommes et à Tippou un millier. Toutefois, les Anglais ne purent le poursuivre; même il se plaça sur les derrières de l'ennemi. Les Anglais n'en franchirent pas moins le Cavéry et arrivèrent à 30 kilomètres de Seringapatam. Le 14 avril, les deux armées du Carnatic et de Bombay opérèrent leur jonction. Le 16, on s'aperçut'qu'on n'avait plus de vivres que pour dix-huit jours. A des ouvertures de Tippou, Barris, qui avait
1. Savoir 20 000 hommes de l'armée de la Compagnie, dont 4S3i Européens: 6500 du contingent anglais au service du Nizam; 6300 des autres troupes régulières du Nizam; plus les contingents des Polygars et de Travancore.
les instructions de Wellesley, répondit en exigeant la moitié de ses Etats, ses quatre iils en otages. Il lui donnait quarantehuit heures pour se décider : dès que les batteries de si^ge auraient ouvert le feu, toute proposition de négocier serait déclinée. Tippou ne répondit point; mais il montra dès lors une étrange inaction, négligeant même de harceler et d^affamer les envahisseurs, comme si le fatalisme musulman avait repris ses droits sur lui et comme s*il comptait uniquement sur le secours d'Allah.
Chute de Seringapatam (1799). — A partir du 24 avril, les opérations du siège se poursuivirent régulièrement. Le 28, Tippou essaya de négocier, mais Harris opposa les mêmes exigences. Le 3 mai, la brèche était praticable. Le 4 au matin, les colonnes d'assaut prirent leurs positions; à une heure de Taprèsmidi, le général Baird se mit à leur tête et, sous un soleil torride, enleva successivement les deux enceintes, celle de la ville et celle du fort. Tippou s'était battu comme un soldat, ne cessant de décharger sa carabine sur les Anglais. Quand la première enceinte fut forcée, il voulut se réfugier dans la seconde. Mais, sous la porte, il fut tellement pressé par les fuyards, qui refluaient à la fois de la seconde enceinte et de la première, qu'il dut rester presque immobile sur son cheval. Puis les Anglais arrivèrent à leur tour par les deux bouts de ce passage voûté. Tippou reçut deux balles et tomba de cheval. Ses honimes le placèrent dans un palanquin; l'entassement des blessés et des morts rendit le palanquin immobile. Un sergent anglais, sans reconnaître Tippou, voulut le dépouiller de son riche baudrier, fut blessé par lui et riposta par une balle dans la tempe.
Il restait à occuper le palais, où* étaient les fils et le harem du sultan. S'il était enlevé d'assaut, la famille de Tippou éprouverait toutes les fureurs du soldat. Le major Allan entreprit de la sauver, parlementa, sous les coups de fusil, avec le gouverneur du palais, risqua sa vie en y pénétrant sans armes, en présence d'une masse énorme de guerriers exaspérés, finalement obtint la remise des jeunes princes. Ils furent amenés à Baird, qui leur témoigna tous les égards dus à leur malheur *. On trouva
1. La famille de Tippou fut conduite à Vellore; mais après la MuUny de 1806
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dans le trésor plus d'un million de livres en numéraire ou en bijoux. Il fut distribué en batta (donaiivum) à larmée victorieuse. Arthur Wellesley fut nommé gouverneur de la place conquise. L'empire du Maïssour fut démembré. On en fit quatre parts : 1^ Maïssour et le pays environnant, à peu près l'ancien royaume, furent restitués au rejeton de la dynastie légitime, le fils de Chamradj III (mort en 1796); cet enfant, Mummadi-Krishnaradj, devait régner jusqu'en 1868. La restauration se fit sous le protectorat le plus rigoureux, les Anglais continuant à occuper tous les forts ; — 2^ les Anglais s'attribuèrent deux morceaux : d'une part, tout le littoral de l'ouest; d'autre part, dans l'intérieur, les provinces de Coïmbatore, Darampouram, Seringa* patam, Bangalore, etc. ; — 3^\e Nizam acquit un territoire d'égale étendue, composé des anciennes nababies (Kadapah, etc.); — 4* les Mahrattes obtenaient, dans le nord, un territoire d*égale étendue, avec Souda, etc. Comme, par méfiance des Anglais, ils refusèrent leur lot, il fut repartagé entre les Anglais (pour un tiers) et le Nizam (pour les deux tiers). Plus tard celui-ci, invité par les Anglais à leur inféoder de nouveaux territoires pour l'entretien du corps auxiliaire, préféra restituer tout ce qu'il avait reçu dans les dépouilles de Tippou.
Ainsi fut eiTacé de la carte de l'Inde le plus redoutable Etat de la Péninsule. Cornwallis l'avait ménagé pour conserver un certain équilibre dans l'Inde; Wellesley préféra l'anéantir. Ce qui semble donner raison à la politique du premier contre celle du second, c'est que la disparition de cet Etat laissa sans contrepoids la puissance mahratte. C'est contre elle que Wellesley aura à lutter dans la seconde partie de son administration '.
dans coite ville, les princes furent transférés à Calcutta. Un des plus jeunes fils du sultan, Ghouiam-Mohammed, est mort de nos jours, en qualité de juge de paix indigène, grandement respecté des Anglais et des indigènes pour sa générosité, sa charité, son hospitalité. — Le corps de Tippou, retrouvé sous un amas de morts et de mourants, fut, par les soins des vainqueurs, enseveli auprès de son père; les inscriptions du monument le représentent comme un héros et un martyr. Les Anglais ont même respecté les fresques du palais de Seringapalam , où Tippou avait fait peindre ses victoires sur eux et où ils étaient représentés en caricature. Lord Dalhousie, visitant le pays en 1854, prit soin de faire rafraîchir les peintures.