CHAPITRE V
LA DIPLOMATIE ET LES GUERRES
1. — Suite de la guerre girondine (septembre ijQ2 — janvier ijgS).
Connexion intime des faits de guerre et des événements de rintérieur. — L'histoire intérieure de la Convention nationale a des liens si étroits avec celle de ses relations extérieures qu*il est impossible de les étudier séparément. La Convention a continué la guerre commencée sous l'Assemblée législative. Elle Ta fait avec une énergie sauvage. Elle avait reçu le mandat de sauvegarder à tout prix l'indépendance nationale. Elle a été le gouvernement par excellence de la défense nationale. La France, comme le dit Barère, n'est plus qu'une immense place assiégée; les rigueurs de l'état de siège sévissent partout; le code militaire est seul appliqué. Un courant de vie intense circule sans cesse du Comité de salut public aux armées, et revient constamment au cœur. Les revers ou les succès de ces glorieuses troupes exercent sur la politique intérieure une action prépondérante. Si l'ennemi marche en avant, l'échafaud se dresse; le code militaire punit de mort toute résistance aux ordres des chefs; chaque citoyen est devenu
soldat; on ne discute pas dans les rangs. Ainsi la défaite de Neen%'inden a causé la perte des Girondins; la trahison de Dumouricz a coûté la vie à tous les généraux malheureux parce qu*on ne voulait pas leur laisser le temps de devenir des traîtres. Mais quand Télranger recule au delà de nos frontières, Téchafaud tombe. Fleurus amène la chute de Robespierre et la fin de la Terreur. On ne peut donc appliquer aux conventionnels les règles ordinaires de la justice et de la raison. La France avait remis entre leurs mains son salut. Us ont sauvé la France « comme fait la nature en veillant à la conservation de Tespcce sans se soucier des individus >.
Conséquences de l'établissement de la République. — Au lendemain de Valmy, la Convention abolit la royauté en France et proclama la République. Ce nouveau régime ne pouvait par son nom seul effrayer les souverains étrangers. Ils étaient en relation depuis des siècles avec les républiques de Venise, de Gênes et des cantons suisses; Mazarin avait traité avec la République anglaise au temps de Cromwell, et Louis XVI avec la République des Etats-Unis. Mais la nation, en revendiquant sa souveraineté, rompait d'une façon plus complète avec tous les Etats monarchiques. L*enlente devenait désormais moins facile avec la coalition. Une guerre de principes allait commencer qui ne pouvait finir que par Técrasement de la France ou le triomphe complet de la Révolution.
Politique de Dumourlez : négociations avec la Prusse. — Vaincus à Valmy, les Prussiens ne purent continuer leur marche sur Paris. Dumouriez chercha à les arrêter par d'habiles négociations : il espérait détacher la Prusse de rAulriche. Danton se montrait favorable à Tidée de traiter. Les hostilités furent arrêtées par un accord tacite. Le général Manstein vint au camp français et Thouvenot, le chef d*étatmajor de Dumouriez, alla rendre visite au duc de Brunswick. Cependant cette négociation ne put aboutir : elle permit à Dumouriez de recevoir des renforts, qui élevèrent ses forces à 70 000 hommes. Il se préparait à harceler l'ennemi , à lui couper ses convois. Il n'eut d'autre effort à déployer que de le reconduire à la frontière. Des pluies effroyables avaient
détrempé le terrain et le rendaient impraticable pour la cavalerie. La dysenterie faisait dans Tarmée prussienne des ravages inouïs. Les renforts attendus d'Allemagne n'arrivaient pas. Les paysans français, furieux de voix brûler leurs villages par les émigrés, fuyaient à leur approche et cachaient ou détruisaient les vivres. La disette se joignit à tous les autres maux. La belle armée formée par Frédéric II n'était plus € qu'un hôpital ambulant, traînant une marche lente ». (Gœthe.) « Us sont nus et meurent de faim », écrivait un général républicain. Les généraux prussiens comprirent la nécessité de faire croire à leur sincère désir de la paix pour éviter une attaque des Français. Dumouriez ne voulait pas pousser à bout une armée qu'il savait redoutable malgré sa défaite. Le 12 octobre 1792, Verdun fut remis au général Dillon par l'officier prussien Kalkreuth ; dix jours plus tard, les Prussiens avaient repassé la frontière.
Idée des frontières naturelles. — On ne respira pas seulement en France. Un frémissement général courut parmi tous les peuples voisins. Les Français avaient acquis la liberté et l'égalité : ils prêchaient la fraternité universelle; n'allaient-ils pas aider les peuples encore esclaves à s'affranchir de leurs tyrans? Hors de nos frontières on commentait € les Droits de l'homme » avec le même enthousiasme qu'à Paris. Déjà en 1790 les Belges révoltés contre l'Autriche avaient rédigé Vacte fédéralif des États-ihiis de Belgique. Des patriotes allemands affluaient à Strasbourg, et réclamaient dans les gazettes l'appui de la France contre leurs oppresseurs. Des Savoisiens accourus à Lyon se mêlaient avec nos gardes nationaux sous le nom de « légion des Allobroges », arboraient la cocarde tricolore et prenaient une part active à toutes nos fêtes patriotiques. L'occasion semblait favorable d'accueillir toutes ces bonnes volontés, de répondre à ces élans d'affection. Il suffirait de franchir nos vieilles frontières : on marcherait jusqu'au Rhin, jusqu'aux Alpes. La France pourrait acquérir sans effort les limites de l'ancienne Gaule; c'était l'espoir des Girondins; c'était aussi la politique de Danton qui dirigeait le ministre des affaires étrangères, Le Brun.
Conqudte de la Savoie et de Nice. — La tentation était trop forte : la marche en avant eut lieu à la fois sur toutes les frontières et fut tout d*abord couronnée partout d*un même succès. Dès le 21 septembre, Montesquiou entra en Savoie avec 1800 hommes. Les troupes sardes se retirèrent sans essayer de résister. Les populations accouraient au-devant de nos soldats, acclamaient le drapeau tricolore, chantaient avec eux la Marseillaise et plantaient joyeusement sur la place de chaque village Tarbre de la liberté. < Ce ne fut pas une conquête; ce ne fut rien autre chose qu'un mutuel élan de fraternité. Deux frères longtemps séparés se retrouvent, s'embrassent; voilà cette simple et grande histoire. » (Michelet.) Le syndic Mansord remit lui-même les clefs de Chambéry à Montesquiou en lui disant : « Nous ne sommes pas un peuple conquis, mais un peuple délivré. > Montesquiou garantit le respect des personnes et des propriétés, des lois et de la religion ; il déclara que le peuple allobroge déciderait lui-même de ses destinées : « La marche de mon armée est un triomphe, put-il écrire au ministre de la guerre. Le peuple des campagnes et celui des villes accourent au-devant de nous... J'ai déjà entendu parler de proposer à la France un quatre-vingt-quatrième département, ou une république sous sa protection. »
Plébiscite savoisien. — Des élections eurent lieu le 14 octobre pour nommer € l'assemblée nationale souveraine des AUobroges ». L'union à la France fut solennellement proclamée dans la cathédrale de Chambéry. Le médecin Doppet vint apporter à la Convention le vœu de ses concitoyens. Il commandera les troupes républicaines sous les murs de Lyoïi et sur la frontière des Pyrénées. Son exemple prouve que la Convention prétendait faire des peuples qui se donnaient à la France non des sujets, mais des égaux.
A Nice, l'occupation ne fut pas plus difficile. Mais l'armée était en moins bonnes mains. Anselme, bon soldat et propagandiste ardent, n*avait pas la fermeté de Montesquiou. 11 entra sans résistance à Nice (28 septembre); mais il ne sut pas contenir ses troupes, ni réprimer le pillage ; il songeait à révolutionner l'Italie, à conquérir la Sardaigne. Ces projets chimé-
riques ne devaient être réalisés que plus tard. Les Niçois réclamèrent cependant Tunion à leur primitive patrie, la France, « dont ils n'auraient jamais dû être séparés ».
État des provinces rhénanes. — Sur les bords du Rhin, la déclaration des Droits de l'homme fit tomber les murailles € comme la trompette de Josué ». Dès longtemps les peuples de ces contrées restaient flottants entre TAUemagne et la France. Les trois Electeurs ecclésiastiques avaient une influence considérable à la diète allemande, mais ils étaient en même temps les pensionnés du roi de France et s'associaient le plus souvent à sa politique. Aussi les émigrés avaient-ils été reçus chez eux à bras ouverts. L'archevêque de Cologne Maximilien-François, l'un des nombreux enfants de Marie-Thérèse, surnommé en France Yarchibéte d'Autriche, contenait cependant les émigrés pour la forme, par peur de la Convention. Clément Wenceslas, archevêque de Trêves, les avait accueillis au contraire comme
Louis XIV Jacques II. Coblentz était devenu un petit Ver*
sailles. L'Electeur de Mayence, Frédéric-Charles d'Erthal, avait mis à leur disposition ses palais, ses troupes. Il souffrait que les émigrés payassent un rémouleur pour aiguiser leurs épées sous les fenêtres mêmes de l'envoyé français, t C'était, selon le mot de Forster, la piqûre de la mouche au colosse de la liberté. » L'évêque de Spire, le moins puissant, était le plus enragé de tous contre la France. L'Electeur palatin, le duc de Deux-Ponts, ménageaient le gouvernement de la France nouvelle et cherchaient à ne donner aucun prétexte à l'invasion. Le commandant en chef de l'armée d'Alsace était l'ancien duc de Lauzun, l'aimable Biron, très brave, et très expert aux choses militaires, mais nonchalant, irrésolu, amolli par sa vie de boudoirs et d'aventures romanesques. Son lieutenant Custine lui ravit la gloire d'une expédition qu'il aurait dû tenter. Comme Biron, Custine était un homme de l'ancien régime passé au service du nouveau. Mais il n'avait pas eu l'enfance de Lauzun. Lieutenant dès l'âge de sept ans, il fit son apprentissage militaire dans les deux guerres de Sept ans et dans la guerre d'Amérique. Député de la noblesse de Metz, le comte de Custine se montra grand partisan des réformes. Son air mar-
tial, ses rudes et familières façons Tavaient rendu populaire dans les camps, où on rappelait le général Moustache, Dur avec TofOcier, indulgent au soldat, fier d*ayoir reçu les éloges de Maurice de Saxe, de Frédéric II et de Washington; pérorant à perle de vue, il se croyait Tétoffe d'un César, capitaine, orateur, diplomate, financier, également propre à tout; c'était surtout un général de coups de main, d'une rare intrépidité, d'une audace que rien ne pouvait arrêter, mais trop fanfaron, trop habitué à dénigrer ses collègues ou à rejeter sur eux ses propres fautes.
Custine sur le Rhin. — Custine, nommé général en chef de l'armée des Vosges, proposa d'enlever les approvisionnements de Spire en s'engageant € à pousser jusqu'à la coquetterie les ménagements pour le peuple », de façon à éteindre les vieux souvenirs des ravages du Palatinat. Le 30 septembre, les Français entrent à Spire; le S octobre, à Philippsbourget à Worms. Dans son ordre du jour avant de sortir d'Alsace, le général avait commandé à ses soldats le respect des propriétés et des habitants paisibles : € Le Français, combattant pour la liberté, oiïre d'une main le symbole de la paix, pendant que de l'autre il plonge ses armes dans le sein des oppresseurs; que les soldats qui défendent l'esclavage soient les seuls qui tombent sous nos coups! » Quelques actes isolés de pillage eurent lieu à Spire. Custine, informé, fit fusiller par leur propre bataillon un officier et deux soldais coupables d'avoir dérobé de l'argenterie. Ce fut un exemple du plus salutaire effet : on célébrait la bonne grâce des Français, leur exactitude à payer tout ce qu'ils consommaient. Les biens de l'Electeur, des nobles et du clergé durent payer de grosses taxes ; les indigents au contraire recevaient des secours : « La lutte actuelle, déclarait Custine, est dirigée contre les usurpateurs de pouvoirs et non contre les peuples; vos magistrats doivent seuls porter la contribution. »
Custine semblait donc prendre à tâche d'appliquer les généreuses doctrines des Girondins sur l'affranchissement des peuples. Il semblait comme eux représenter la nouvelle France. Les penseurs et les lettrés de Mayence l'appelèrent. Déjà le juriste Bœhmer et le médecin Wedekin étaient dans son état-
major. L'ingénieur Eckemeyer, le mathématicien Metternich, rhistorien suisse Jean de Mûller et Tillustre savant Georges Forster firent en faveur des Français une propagande ardente. L'Electeur s*était enfui à Wurtzbourg; tous ceux qui pouvaient redouter Tinvasion, chanoines, nobles et émigrés, suivaient pêle-mêle. Il ne restait plus à Mayence qu'une assez faible garnison. Le général Moustache apparut avec une flottille de bateaux sur le Rhin, ses canons en tête et sa troupe déployée, comme s'il disposait de 30 000 hommes. Mayence se rendit à la première sommation (21 octobre); la garnison put se retirer avec les honneurs de la guerre. Gustine annonça aux habitants qu'ils seraient libres de choisir eux-mêmes leur gouvernement. Ce fut un véritable enchantement. Francfort à son tour ouvrit ses portes. Partout fut répandu Y Appel à V Allemagne opprimée, Gustine promettait de ne combattre que les despotes et les privilégiés. Il invitait leurs soldats à venir s'enrôler sous les drapeaux français : le règne était proche de la fraternité et de la liberté. Les banquiers et nobles de Francfort durent payer une contribution de deux millions de florins. Mais le peuple battait des mains. L'aristocratie seule était frappée. Gustine exécutait le programme imposé par la Gonvention.
La Gonvention mayençaise. — Bientôt l'administration de Mayence fut remise à un conseil exécutif de dix membres sous la présidence de Dorsch, ex-chapelain de TElecleur. Un club qui compta plus de 400 membres réunit tous les libéraux mayençais. Le Gazette de Mayence rédigea en faveur de la liberté des articles où le ton et le style étaient montés au diapason des journaux les plus répandus à Paris. Tout d*abord la masse de la population de Mayence, déshabituée de toute action virile par l'absolutisme doucereux de ses prélats, assistait inerte à ce changement de régime. Elle regrettait le train de la cour électorale et le mouvement d'afl'aires qu'avait provoqué la venue des émigrés. Elle ne pouvait comprendre ni les idées, ni le langage des mxitadors qui dirigeaient les journaux et le club. Gependant elle aimait les Français pour leur bonhomie, pour leur entrain, pour leur galanterie, et surtout pour leur admirable discipline. Les Mayençais ne concevaient pas encore
la patrie allemande. Les idées nouvelles venues de France, bien que pénétrant lentement, leur semblaient favorables à leur affranchissement. Des élections générales eurent lieu le 24 février 1793 à Mayence, à Spire, à Woms et dans toutes les localités voisines pour la nomination d'une convention nationale destinée à statuer sur le sort des pays occupés par les Français : € Unissez-vous à la France, disait Forster, à une nation de 25 millions d'hommes assez puissante pour renverser les trônes comme des châteaux de cartes et pour déjouer les aventureux desseins des despotes! Eveillez-vous de votre sommeil ! Prenez courage et devenez des Allemands libres, frères et amis des Français ! > La Convention nationale rhéno-germanique se réunit à Mayence le 17 mars 1793. Le lendemain, entraînée par Forster, elle proclama Tunion avec la France de tout le pays situé entre la Queich et la Nahe, depuis Landau jusqu'à Bingen. Trois délégués, Forster, Lux et Patocki, furent chargés de porter à Paris le décret d'annexion sous la conduite du commissaire français Haussemann. Ils reçurent à la Convention un accueil enthousiaste (30 mars). Forster, admis au club des Jacobins, déclara que le Rhin était la limite naturelle de la France, c L'image du Rhin une fois évoquée ne s'effaça plus. » (A. Sorel.)
Dumouriez en Belgique. — La conquête de la Belgique fut aussi rapide et plus brillante. Dumouriez éclipsa Gustine, grâce à Jemmapes. Tandis que les Prussiens entraient en Champagne, les Autrichiens avaient mis le siège devant Lille. Le duc Albert de Saxe-Teschen ne pouvait l'investir complètement avec ses 15000 hommes, mais il la bombarda cruellement. Du 29 septembre au 5 octobre, cinquante canons et douze mortiers envoyèrent sur la malheureuse place plus de 60 000 boulets rouges, qui firent 2000 victimes et brûlèrent plusieurs quartiers. Aucune défaillance ne se produisit. Le capitaine Ovigneur, apprenant que sa femme est prise des douleurs de l'enfantement et que sa maison brûle, continue de pointer sa pièce : « Je suis à mon poste, s'écrie-t-il, j'y reste; feu pour feu. » Le barbier Maês ramasse un éclat de bombe et s'en sert comme d'un plat à barbe pour raser quatorze personnes au milieu du sifflement
des boulets. Le maréchal de camp Ruault, sommé de se rendre, réplique par ces fières paroles : c La garnison que j*ai Thonneur de commander et moi sommes résolus à nous ensevelir sous les ruines de cette place plutôt que de la rendre à nos ennemis. » Heureusement des secours arrivèrent et larmée de Dumouriez approchait. Les Autrichiens levèrent le siège (1 octobre).
Comme tous les diplomates de tradition, Dumouriez posait en principe que TAutriche est Tenncmie héréditaire de la France. S'il avait ménagé les Prussiens après Valmy, c'était pour mettre en réserve contre TAutriche toutes les forces disponibles de la France. Il s'était montré hostile au projet d'invasion de Gustine, qui gênait ses propres desseins en Belgique. Mais la Convention, ne voulant pas être à la dévotion d'un général trop populaire, autorisa les deux expéditions pour pouvoir opposer l'un à l'autre les deux vainqueurs.
Jenunapes. — Après avoir reçu l'accolade de Danton aux Jacobins, Dumouriez partit pour la Belgique : les esprits y étaient mûrs pour la Révolution. Dumouriez s'avança de Valenciennes sur Mons avec 40 000 hommes; il était soutenu à sa gauche par le corps de La Bourdonnais, 18 000 hommes qui devaient opérer dans la Flandre maritime; à sa droite par les 20 000 hommes de Valence, qui devaient descendre la Sambre jusqu'à Namur. Le duc de Saxe-Teschen avait seulement 20 000 hommes concentrés aux environs de Mons, mais il avait l'avantage d'une forte position, garnie de quatorze redoutes et d'une formidable artillerie. Une bataille acharnée eut lieu le 6 novembre 1792. Elle commença comme la journée de Valmy par une canonnade qui dura trois heures. A gauche, le vieux général Ferrand attaqua avec quelque mollesse le village de Quaregnon. Mais l'intrépide Thouvenot, le très habile chef d'élat-major de l'armée, rétablit le combat. Au centre, où se trouvait Jemmapes, le général Clerfayt porta d'abord le désordre [dans les rangs français. Le jeune duc de Chartres rallia les fuyards, en forma une grosse colonne, son bataillon de Mons, à la tète duquel il chargea impétueusement l'ennemi. A l'aile droite, Beurnonville et Dampiorre luttèrent avec énergie pour déloger les Autrichiens de Cuesmes. Plusieurs fois les
Français plièrent sous le feu de la mitraille. Mais Dùmouriez se montrait partout, ranimait tout par sa présence, entraînant ses soldats, ses enfants, au chant de la Marseillaise, c Quelle nation! s'écriait Dùmouriez; qu'on est heureux de commander à de pareils hommes et de les conduire à la victoire ! » Telle fut cette bataille de Jemmapes ou de Mons, dont le succès après Dùmouriez est dû surtout à la Vigueur et au sang-froid de Thouvenot, du duc de Chartres et de Dampierre.
Comme le siège de Lille, cette brillante victoire a pris bien vite dans l'imagination populaire les proportions d'une légende épique. L'histoire a noté beaucoup de traits héroïques qui s'y rattachent : c'est d'abord le vieux Benoit, accourant de Paris la veUle de la bataille, pour prendre la place de son fils, qui a lâchement déserté; c'est le domestique de Dùmouriez, le brave Baptiste Renard, ralliant au plus fort de la mêlée toute une brigade en déroute et demandant comme unique récompense l'honneur de porter l'uniforme national ; il fut nommé capitaine ; c'est le Sedanais La Bretéche, qui, pour avoir tué sept dragons de Cobourg et avoir sauvé Beurnonville, reçoit une couronue de chêne et un sabre d'honneur; ce sont les deux sœurs Fernig, chevauchant dans l'état-major de Dùmouriez et donnant à tous le plus pur exemple du patriotisme et de la valeur. Tous ces exploits, répétés de bouche en bouche, enflammaient les courages et inspiraient un irrésistible enthousiasme.
La bataille de Jemmapes fut gagnée contre les règles; elle n'en eut pas moins d'immenses résultats. Comme au temps du grand Condé, les places de Belgique n'attendaient € qu'une semonce pour se rendre ». Dujnouriez avait promis d'afl'ranchir le pays, non de le conquérir. Les Belges, enfiévrés par l'espoir delà liberté, ouvrirent d'eux-mêmes les portes. Dùmouriez entre à Mons le 7 novembre aux cris mille fois répétés de « Vive la République! Vive la liberté! » A la suite du petit combat d'Anderlecht, Bruxelles se rend (13 nov.), puis Matines. A Liège, Dùmouriez va loger au palais du prince-évêque. Déjà Valence a forcé Namur grâce à l'intrépidité de son lieutenant Le Veneur, qui, répée sur la gorge, a forcé le général ennemi de le mener aux fourneaux des mines, dont il éteint lui-même les feux.
IllSTOme OCNÉRALB. VI 1[ io
La BouMonnais, maître de toute la Flandre maritime, a établi son quartier général à Gand. Mais il lève des réquisitions sur le pays occupé; les Belges se plaignent; Miranda, un volontaire vénézuélien, ancien compagnon d*armes de La Fayette en Amérique et de Potemkine en Tauride, remplace La Bourdonnais et fait capituler la garnison d*Anvers. L'Escaut est ouvert au commerce. Clerfayt se retire lentement à travers le Luxembourg ruiné. Toute la Belgique est aux mains de Dumouriez (28 nov. 1792).
Théorie girondine de la guerre de propagande. — Quand les magistrats de Bruxelles lui avaient apporté les clefs de leur ville : « Citoyens, leur avait-il dit, gardez vos clefs vous-mêmes et gardez-les bien. Ne vous laissez dominer par aucun étranger; vous n*ètes pas faits pour Fêtre. Joignez vos citoyens aux nôtres pour chasser les Allemands. Nous sommes vos amis, vos frères. » Il fit respecter les propriétés particulières et surtout les églises. Il fit procéder à des élections générales pour substituer des administrations élues aux conseils nommés par les Autrichiens. La déchéance de la maison d'Autriche fut solennellement proclamée par les élus de la nation belge. Ils se prononcèrent i une grande majorité pour la constitution de la Belgique en un État libre, ami de la France, mais ayant sa constitution séparée. Ils envoyèrent des délégués à la Convention pour exprimer à cette assemblée leur reconnaissance et leur désir de former un État distinct. Dumouriez appuyait toutes ces démarches. Il espérait que bientôt la Hollande, la Belgique, Liège, la Savoie formeraient autour de la France une ceinture de républiques indépendantes et alliées.
C'était aussi le programme des Girondins. Dès longtemps Brissot se retrouvait à la tète d'un comité occulte de propagande destiné à prêcher partout la chute des c tyrans ». Chaque jour arrivaient à la Convention des pétitions ou des députaUons 4'étrangers demandant à la France de les aider à conquérir leur liberté. Sans doute Danton et le sage Le Brun, qui dans le Comité exécutif était chargé des affaires étrangères, essayaient de résister à ces suggestions : < Que nous cherchions à priver la maison d'Autriche de ces riches provinces (des Pays-
Bas), tel a éternellement été et tel sera éternellement le droit de la guerre... Mais nous osons dire que la République française est infiniment trop éclairée sur la justice universelle et sur les droits des nations pour adopter de pareils principes de politique. Politique et justice sont deux idées qu'on a trop longtemps séparées , mais que la République est bien déterminée à ne désunir jamais. » Cependant la presse, Topinion, se prononçaient toujours plus nettement en faveur de la guerre de propagande.
Décret du 19 novembre 1792. — Quand la Convention apprit la victoire de Jemmapes, le 9 novembre, ce fut un véritable délire d'enthousiasme. Yergniaud fit décréter une fête nationale : « Je le jure, s'écria-t-il, chacun de vos combats sera un pas fait vers la paix, Thumanité et le bonheur des peuples ! » Le 19 novembre, un député d'Alsace, Rûhl, demanda une déclaration portant que les peuples qui voudraient fraterniser avec la France seraient protégés par la nation française. Barras, La Réveillère, Treilhard, Brissot proposèrent de rendre séance tenante un décret conforme. Il fut voté en ces termes : < La Convention nationale déclare, au nom de la nation française, qu'elle accordera fraternité et secours a tous les peuples qui voudront leur liberté et charge le pouvoir exécutif de donner aux généraux les ordres nécessaires pour porter secours à ces peuples, et défendre les citoyens qui auraient été vexés ou qui pourraient l'être pour la cause de la liberté, i» Ordre fut donné aux généraux de faire imprimer et proclamer ce décret en diverses langues, dans toutes les contrées qu'ils parcouraient avec les armées de la République. La Convention reçut dès lors à sa barre les déj^utations de tous les patriotes des contrées limitrophes, Bataves et Brabançons, Allemands et Savoisiens, présentés par des cosmopolites de Paris, qui venaient apporter leurs vœux de réunion à la France. Le 28 novembre, on vit paraître des Irlandais et même des Anglais protestant contre le gouvernement des rois, et faisant prévoir l'établissement à brève échéance d'une Convention nationale anglaise. Le président de l'assemblée, l'abbé Grégoire, répondit : « Les défenseurs de notre liberté le seront un jour de la vôtre. » Grégoire
espérait le concours unanime des peuples qui briserait facilement la résistance des rois : c Le sort en est jeté ; nous sommes lancés dans la carrière; tous les gouvernements sont nos ennemis, tous les peuples sont nos amis: nous serons détruits ou ils seront libres. » Telles étaient les conséquences de ce programme des Girondins. La France devait combattre toutes les tyrannies et soutenir la révolution cosmopolite. Chimère généreuse, qui convenait aux développements oratoires de la tribune, mais qui ne pouvait passer dans la réalité des faits!
//. — La guerre montagnarde.
Théorie montagnarde. — La guerre de propagande dévia bientôt en guerre de conquête. La Belgique refusait de se donner un gouvernement démocratique. Camus et Danton, envoyés comme commissaires de la Convention, voulurent rimposer de force. Les autorités et les tribunaux locaux furent suspendus. Des municipalités provisoires furent élues. Les clubs installés dans les grandes villes s'affilièrent aux Jacobins, € pour apporter au milieu des glaces de Taristocratie les saintes ardeurs du civisme, pour détruire le fanatisme et la crasseuse hypocrisie ». Les Belges refusaient les assignats; or les lieutenants de Dumouriez ne payaient qu'en assignats tandis qu'ils exigeaient que les impôts perçus fussent versés en espèces sonnantes. Déjà La Bourdonnais, devançant les pratiques de l'avenir, avait appliqué dans les riches provinces de la Flandre le système des réquisitions militaires et des emprunts forcés. Custine s'était aliéné l'opulente bourgeoisie de Francfort par ses taxes. Cambon s'indignait de l'ingratitude des peuples affranchis : « Eh quoi ! nous portons la liberté chez nos voisins et ils refusent nos assignats! » Il demandait la conversion des biens du clergé belge en biens nationaux. Danton prêchait aussi la nécessité d'intéresser le peuple à la Révolution en supprimant de force tous les privilèges. Il se préoccupait de nourrir la guerre par la guerre, nécessité fatale qui s'impose dans toute occupation à main armée.
Décret du 16 décembre 1792. — La Convention résolut de modifier le décret du 19 novembre pour en faire le code de la guerre révolutionnaire. La France travaillerait à TafFranchissement des peuples étrangers, mais elle se ferait payer son secours. Ainsi fut préparé par Cambon le décret du 15 décembre 1792. On y lisait : « Nous ne sommes pas guidés par Tambition turbulente des conquêtes; nous ne voulons dominer ni asservir aucun peuple,... mais toute révolution veut une puissance provisoire qui ordonne ses mouvements désorganisateurs, qui fasse en quelque sorte démolir avec méthode... Ce pouvoir ne peut appartenir qu'aux Français dans les pays où la poursuite de leurs ennemis entraine leurs armées. » En conséquence, dès qu'un pays ennemi sera envahi, les chefs fran- . çais devront casser les autorités aristocratiques, les remplacer par des sans-culottes, confisquer les domaines des abbayes et des évèchés, abolir les droits féodaux et municipaliser les peuples, c'est-à-dire leur appliquer le système de gouvernement de la France. A la théorie girondine de la guerre se substituait la théorie montagnarde. La guerre révolutionnaire allait succéder à la guerre de prosélytisme désintéressé.
Anacharsis Cloots; les légions auxiliaires. — Les doctrines d' Anacharsis Cloots recevaient ainsi une éclatante consécration. On se rappelle V ambassade du genre humain, composée de trente-six étrangers bizarrement affublés de costumes exotiques, au nom de laquelle il avait déclaré à la Constituante, le 19 juin 1790, que le monde entier adhérait à la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen. Cloots, qui faisait d'ailleurs partie du Comité diplomatique, se montra un des plus fougueux partisans de la guerre de propagande avec toutes ses conséquences. C'était un doux sectaire qui, de Paris, demandait aux armées de travailler à l'affranchissement de l'humanité; il réclamait pour la France ses frontières naturelles. D'après lui, la Belgique devait s'unir à la France sous forme de départements nouveaux, au lieu de se constituer en république séparée. D'autres départements seraient créés de même chez les peuples affranchis. Tous prendraient les armes pour concourir à l'acquisition ou à la sauvegarde des frontières naturelles. Les
Romains n avaient-ils pas l'habitude de lever parmi les peuples qu'ils associaient à leur empire des corps d'auxiliaires aussi bien que des tributs en argent? Déjà une légion allobroge s'était spontanément offerte. La garde nationale fut organisée en Belgique et une légion brabançonne voulut servir sous le drapeau français. Un groupe de patriotes hollandais réfugiés à Paris forma un embryon de légion batave. Plus tard d'autres légions, rhénanes et italiques, viendraient grossir les contingents français. Les réquisitions nourriraient l'armée; on frapperait les riches, on déchargerait les pauvres. Querre aux châteaux, paix aux chaumières! c'est le m^t d'ordre nouveau.
Réaction des peuples contre les conquêtes : l"" En Belgique. — Les protestations ne tardèrent pas. Elles augmentèrent en proportion des efforts tentés pour réduire les peuples à la condition de Français. Les commissaires de la Convention en Belgique, Camus, Danton, Delacroix et Gossuin, ayant fait renouveler par le suffrage populaire les administrations provinciales, les élections donnèrent la majorité au parti de l'indépendance des Etats de Belgique. Ils avaient dressé les cadres d'une armée de 40000 hommes qui devaient servir sous le drapeau français : les enrôlements ne purent se faire. Us voulaient imposer les assignats : les Belges refusaient de les recevoir. En vain ils firent jouer des pièces patriotiques comme le Charles IX de Chénier; ils envoyèrent des chanteurs français à Liège et donnèrent à la citoyenne Montansier 20 000 livres c pour conquérir les peuples à la liberté > : les Belges s'abstinrent de ces divertissements imposés. Dumouriez semblait d'ailleurs encourager la résistance. Il proposait de faire de la Belgique une république fédérative, sauf à traiter avec elle pour en obtenir une indemnité des frais de la guerre. Il s'appuyait sur l'aristocratie, refusait de mettre sous séquestre les biens des nobles et de l'Église .• « La France, disait-il, doit allier l'équité à ses intérêts; elle doit se faire aimer... Je ne veux pas être l'Attila, le fléau de la Belgique. » Il hésitait à exécuter le décret du 15 décembre; mais Delacroix le menaça de le faire arrêter sur l'heure; Dumouriez laissa le champ libre aux commissaires de la Convention.
Danton voulut déclarer immédiatement Tincorporation de la Belgique. On lui envoya pour renforcer son action trois collègues nouveaux, Treilhard, Merlin de Douai et Robert. Trente commissaires, soi-disant nationaux, furent dépêchés de Paris pour travailler à Texécution intégrale du décret du 15 décembre. Les « trente » étaient des tètes exaltées plutôt que des êtres féroces. Ils contribuèrent cependant, par leur ignorance des affaires et par leur brutalité, à aliéner les Belges. Leur séquelle de subalternes, clubistes, commis et agents de police, se livra aux pires brigandages. Dès lors le pays fut placé sous la triple oppression des généraux, des représentants en mission et des commissaires nationaux. Les propriétés domaniales et ecclésiastiques furent mises sous séquestre ; la vente des biens nationaux commença. Les assignats circulèrent grâce au cours forcé. Les visites domiciliaires, les emprisonnements de suspects furent multipliés. Les églises même furent profanées. A Bruxelles, le commandant militaire Goguet y apprenait Tcxercice à ses soldats à la fois « pour les préserver des intempéries de Tair et pour détruire peu à peu le fanatisme ». La cathédrale de Sainte-Gudule fut pillée ainsi que plusieurs autres églises sous prétexte d'en transporter largenterie et le trésor à Lille, pour les mettre à Tabri. Quand Topposition eut été ainsi réduite au silence par la force, les « trente » firent voter Tunion de la Belgique à la France par les assemblées primaires des grandes villes. En général, le vote eut lieu dans les églises entourées de soldats. C'est ainsi que, vers la fin de février 1793, la Belgique fut annexée à la France. Mais elle protesta. Grâce aux procédés impolitiques des Jacobins, la Belgique devenait momentanément un foyer d'opposition contre la France.
2<* Dans le Palatinat. — Le Palatinat n'était pas mieux traité. Là aussi Gustine avait soulevé l'opinion contre les Français par ses procédés violents. La taxe de deux millions de florins, exigée des bourgeois de Francfort, les contributions imposées aux princes et aux abbayes, les otages emmenés comme gages de la soumission aux volontés des Français, avaient partout surexcité les haines. Le <i pauvre Conrad » (c'est le Jacques Bonhomme des contrées rhénanes) prit les armes contre ces
pouilleux de Français. On recommença à prêcher contre « l'ennemi hérédilaire ». Ces républicains, disait-on, a étaient les frères des soldats de Louis XIV : gens Gallican gens perfida. » Malgré Gustine, quelques déprédations avaient été commises. On accusa le général Moustache de faire la guerre aux greniers, aux caves et aux cassettes. Les anciens maîtres du pays, si peu recommandables d*ailleurs, redevenaient populaires.
Conséquences diplomatiques de l'exécution de Louis XVI. — L'exécution de Louis XVI vint accroître les dangers qui menaçaient la France. En envoyant le roi à Téchafaud, les conventionnels voulurent faire trembler tous les autres rois. On s'était débarrassé de « M. Capet », mais M. Guelfe, c'est-à-dire le roi d'Angleterre Geoi^e III, n'était peut-être pas moins coupable. Le conventionnel Thomas Paviie l'avait dénoncé comme faisant partie de la conspiration générale des souverains contre les peuples. La sentence portée contre Louis XVI était donc bien la mise en accusation de l'institution monarchique elle-même. La Convention avait voulu jeter « en défi à l'Europe une tête de roi » : l'Europe releva le défi. Non pas que le sort de Louis XVI ftt réellement pitié aux souverains européens, mais ils redoutaient pour euxmêmes la contagion de l'exemple. Le supplice de Louis XVI fut donc une faute à l'égard de l'étranger. Il cimenta l'union de tous les rois contre la France. La croisade contre la République devint générale.
Les déclarations de guerre. — L'Angleterre avait des motifs sérieux de rupture : la France avait annexé la Belgique et rouvert l'Escaut; elle menaçait la Hollande, c La Convention, s'écriait le futur lord Liverpool, vise à la république universelle, comme Louis XIV à la monarchie universelle. La France est notre ennemie naturelle; république, elle est plus ennemie encore qu'elle ne l'était royaume. On sait moins où peut s'arrêter un peuple, qu'où veut s'arrêter un roi. > L'agent français Chauvelin s'épuisait en vains efforts pour faire reconnaître la République. Maret, envoyé en mission secrète, ne fut pas plus heureux. Talleyrand, qui vivait à Londres fort retiré, prodiguait les conseils de prudence et de modération a Le Brun
dans son mémoire Sur les rapports actuels de la France avec les autres Etnts de l'Europe,
L'hostilité croissante se manifesta par la dénonciation du traité de coraraer^îe de 1786 avec la France; par le vote de Yalienbill, destiné à faciliter Texpulsion des étrangers; par la prohibition de l'exportation des blés anglais en France. Le 28 décembre 1792, Pitt signifia à Ghauvelin la rupture de toute relation personnelle avec lui par ce curieux billet : « Je suis obligé de vous prier de permettre que j'évite l'honneur de vous voir. » Ainsi les causes de guerre ne manquaient pas. Mais le prétexte de la rupture définitive fut l'exécution de Louis XVL Quand elle fut connue à Londres (23 janvier), la consternation fut générale. Le roi et toute la cour prirent le deuil. Ghauvelin fut expulsé le 24 janvier. Pitt parla aux Communes de la nécessite de venger c le forfait le plus odieux et le plus atroce qui ait été raconté par l'histoire ». Le l*^' février, sur le rapport de Brissot, la guerre fut déclarée à l'Angleterre. Pitt conclut aussitôt des traités d'alliance et de subsides avec la Russie (25 mars), avec la Hesse-Cassel (8 avril), avec la Prusse (16 juillet), avec la Sardaigne et Naples (juillet). Elle terrorisa et entraîna la Toscane.
La Hollande était menacée d'une révolution démocratique : les mégalomanes de la Convention prêchaient aussi la nécessité de l'occuper militairement pour couvrir la Belgique, pour porter la frontière de la République jusqu'au Rhin et pour enlever aux Anglais tout pied-à-terre sur le continent. Dumouriez venait de recevoir l'ordre d'envahir la Hollande. La guerre fut déclarée au stathouder le même jour qu'au roi George HL
A Rome, l'envoyé français Bassville, qui avait substitué les emblèmes républicains aux fleurs de lis, fut égorgé dans une émeute populaire (13 janvier). ANaples, la reine Marie-Caroline, sœur de Marie-Antoinette, détermina son époux, le pusillanime Ferdinand, à se joindre à nos ennemis. L'Espagne était l'alliée de la France depuis quarante ans; la mort violente du chef de la maison de Bourbon engageait l'honneur de la cour de Madrid. Le roi Charles IV remplaça d'Aranda, le fidèle ami des Français, par l'amant de la reine, Godoy, qui l'excita à la guerre,
malgré les efforts du représentant français Bourgoing. A Paris, le 1 mars, sur le rapport de Barère, la guerre fut déclarée à TEspagne.
Le Saint-Empire n'était pas moins hostile : il ne s'agissait plus désormais des indemnités réclamées par les princes pos* sessionnés d'Alsace. Gustine avait lancé un appel à r Allemagne opprimée. Danton avait déclaré, dans son discours du 31 décembre 1792, que la France devait atteindre ses limites naturelles des bords du Rhin. Beurnonville, descendant la Moselle, avait cherché à s'emparer de Trêves et de Coblentz. Il dut battre en retraite, vaincu plutôt par le froid et par le dénûment de son armée que par la valeur de ses ennemis. Mais l'idée de cette expédition n'était pas abandonnée. La sanglante tragédie du 21 janvier rendit le séjour intolérable à tous les agents français accrédités dans les petites cours d'Allemagne. La diète de Ratisbonne se décida enfin, le 22 mars, à voter la guerre. Toute l'Europe s'unissait sous le prétexte apparent de venger la mort de Louis XYI ; elle voulait en réalité arrêter les empiétements de la France et même, s'il était possible, la démembrer comme la Pologne et la Turquie. Comme au temps de Louis XIV, la France allait avoir à lutter seule contre tous. Il ne resta de neutres que le Danemark, la Suède, la Turquie, Venise, Genève et la Suisse.
En France, l'opinion accueillait avec faveur l'idée de la guerre. Carthage se levait : elle trouverait une autre Rome pour la vaincre. La Hollande prenait les armes : les Français entreraient à Amsterdam, la grande banque européenne, et se saisiraient de la caisse. L'Espagne à son tour se déclarait : < Citoyens, s*était écrié Barère. un ennemi de plus pour la France est un triomphe de plus pour la liberté. >
Dumourlez en Hollande. — Dumouriez fut chargé de la conquête de la Hollande. Il songea d'abord à descendre la Meuse et la Roër pour repousser les Autrichiens au delà du Rhin. Mais son armée était dans un état lamentable. Il comptait d'ailleurs sur la révolution promise à la Convention par les patriotes bataves. Il fallait « étonner l'ennemi, tenter, grftce à la fougue française, des coups de désespoir, faire des choses
impossibles, incroyables ». Dumouriez résolut en conséquence de se porter d'Anvers dans le Brabant hollandais, de marcher au pas de course sur le Biesboch et sur Rotterdam. Miranda, avec 25000 hommes, enlèverait Maëstricht, où les Français avaient des intelligences, suivrait la Meuse et rejoindrait Dumouriez à Utrecht pour entrer avec lui à Amsterdam. Valence, à la tète de 35000 hommes, posté à Aix-la-Ohapelle et sur la Roër, fermerait la marche aux Autrichiens. Plan hasardeux, presque chimérique à réaliser de la part d'une armée désorganisée! Dumouriez avait une confiance illimitée dans son ascendant sur l'armée : « Le soldat français est très spirituel, disait-il; il faut raisonner avec lui, mais dès que le général a le bon esprit de le prévenir des obstacles qu'il rencontrera, il ne pense plus qu'à les vaincre et il s'en fait un jeu. » Dumouriez comptait sur l'imprévu, sur le miracle.
Échecs multipliés : Neer^^nden. — Tout sembla d'abord marcher à souhait. Entré en Hollande le 20 février, Dumouriez prit Bréda et Gertruydenbei^, où se trouvaient d'abondants approvisionnements, tandis que Miranda bombardait Maëstricht. Mais l'avant-garde de Dumouriez, faute de bateaux, ne put se porter sur Dordrecht. Maëstricht, défendu par un corps d'émigrés, refusa de se rendre. Valence, héroïque soldat, mais général médiocre, ne fît rien pour concentrer ses troupes disséminées derrière la Roër. Les Autrichiens s'ébranlèrent alors pour couper en deux l'armée française. Leur général, le prince de Cobourg-Saalfeld, était tout l'opposé de Dumouriez. Il avait « la santé faible, la mémoire faible, la vue faible ». Mais il avait d'excellents lieutenants, le feldgzeugmeister Colloredo, Alvinzi, l'archiduc Charles, surtout Mack, son chef d'état-major, auquel on attribuait un génie militaire transcendant. Il franchit la Roër, battit Valence au combat d'Aldenhoven, enleva Aix-la- Chapelle et rejeta les Français en désordre sur Liège. Miranda, découvert par cette retraite, leva le siège de Maëstricht. L'armée était rejetée en désordre sur Tongres et Saînt-Trond; elle fondait à vue d'œil : dix nHlle hommes désertèrent à l'intérieur. Cobourg entra à Liège et frappa le pays d'une contribution de 600 000 florins; les biens des révolutionnaires furent taxés au
quadruple. La Belgique s'apprêtait à chasser les Français. Tout le fruit de la belle campagne de Jemmapes semblait perdu (20 février-8 mars 1793).
« Notre rêve est fini en Hollande, écrivait Valence à Duraouriez... Volez ici, mon général, il faut changer le plan de campagne; les minutes sont des siècles. » Dumouriez, abandonnant son camp « de castors », accourut. Il prit des mesures énergiques pour arrêter la désorganisation de la Belgique et de l'armée, chassa ou fit arrêter plusieurs agents subalternes de la Convention, ferma les clubs; les officiers et soldats dispersés ou déserteurs furent contraints sous les peines les plus sévères à regagner leur poste. Il chercha immédiatement, par une offensive hardie, à rendre la confiance aux troupes; à la suite de quelques combats heureux, il frappa le coup décisif le 18 mars à Neerwinden. Les Autrichiens s'étaient retranchés sur des hauteurs hérissées d'artillerie : 30000 hommes s'entassèrent dans ce retranchement. Ce fut, comme au temps du maréchal de Luxemboui^, une lutte acharnée à la baïonnette. Trois fois les formidables positions ennemies furent enlevées; trois fois elles furent reperdues. Cependant la droite et le centre s'étaient repliés en bon ordre et gardaient leurs positions, résolus à reprendre la bataille le lendemain. Mais à la gauche, Miranda, assailli par des troupes très supérieures en nombre, avait été mis en pleine déroule. Les Autrichiens cherchaient à l'envelopper. Dumouriez dut se mettre en retraite. Battu de nouveau à Diest et à Louvain (21 mars), il évacua Bruxelles et ne garda plus que la ligne de l'Escaut. Ses troupes occupaient un demi-cercle très étendu depuis Gertruydenberg par Bréda, Anvers, Courtray, Toumay, jusqu'à Mons ; appuyées sur une bonne ceinture de places fortes, elles offraient encore un front redoutable.
Trahison de Dumouriez. — Dumouriez, voyant son armée découragée, son prestige diminué, ne songeait plus à battre l'ennemi, mais à détruire la République. Dès le lendemain de Jemmapes, il avait été en perpétuel conflit avec les commissaires de la Convention, et avec le ministre de la guerre, Pache. Vaincu, il osa condamner dans une proclamation officielle le décret du 15 décembre. Les représentants en mission. Camus,
Gossuin, Treilhard et Merlin de Douai, lui reprochèrent d'outrepasser ses pouvoirs. Dumouriez leur répliqua en leur lisant sa fameuse lettre du 12 mars à la Convention. Il accusait dans les termes les plus violents les trente commissaires nationaux d avoir exaspéré les Belges par leurs violences, volé le trésor des églises, insulté à la religion, opéré à coups de sabre et de fusil la réunion du Hainaut, soulevé contre la France tout le pays. Il adjurait la Convention d'ouvrir les yeux à la vérité et d approuver les mesures qu'il avait prises « pour sauver l'armée française, l'honneur de la nation et la République elle-même i>. Les commissaires accusèrent Dumouriez de jouer au César : < Si vous étiez César, lui dit Camus, je serais Brutus. — Mon cher Camus, répondit Dumouriez, je ne suis pas César, vous n'êtes pas Brutus, et la menace de mourir de votre main est pour moi un brevet d'immortalité, j»
Désavoué par la Convention, renié par l'armée, condamné par l'opinion, qui comprenait qu'alors toute conspiration victorieuse aboutirait fatalement au retour de l'ancien régime et au démembrement de la France, Dumouriez fut entraîné à la pente irrésistible de la trahison.
Le 23 mars, il dépêcha au prince de Cobourg son aide de camp Montjoie, pour l'informer de son dessein de marcher contre les scélérats de Paris et de rétablir la monarchie. Mack fut envové pour traiter avec Dumouriez. Ils soupèrent ensemble à Ath, le 25 mars. Dumouriez, pour acheter la neutralité, du prince de Cobourg, consentit à évacuer toute la Belgique. Ces manœuvres ténébreuses furent vite connues. Désormais le doute n'était plus possible : Dumouriez voulait être un Cromwell ou un Monck. Une dernière tentative fut faite : le ministre de la guerre Beurnonville et quatre commissaires nouveaux. Camus, Quinetle, Lamarque et Bancal, auxquels devait se joindre Carnot, furent délégués auprès de Dumouriez ; ils avaient à le ramener dans le devoir ou aie cfecrocAer de l'armée. L'entrevue eut lieu à Tournay. Des hussards autrichiens gardèrent les portes. Les commissaires sommèrent Dumouriez de venir à Paris se justifier à la barre de la Convention. Il refusa nettement de quitter son armée, de livrer sa tête au Tribunal révolutionnaire ; et comme
Camus lisait d'une voix ferme le décret qui suspendait le général au nom de la Nation et de la Loi : < Hussards, cria Dumouriez en allemand aux Autrichiens, arrêtez ces hommes... Mon cher Beurnonville, vous êtes arrêté aussi, mais vous garderez vos armes. Messieurs, vous me servirez d'otages. 9 Les cinq représentants étaient prisonniers des Autrichiens.
L'état-major de Dumouriez approuvait son général. Mais l'armée refusa de le suivre. Les soldats avaient une idée très simple et très nette de leur devoir. Les mots de Convention, de patrie, de loi, firent leur efîet sur ces âmes loyales. Les généraux Le Veneur, Lescuyer, Lesage, qui commandaient des corps séparés, subirent cette salutaire influence et réprouvèrent la trahison. A Lille, à Valenciennes, les représentants Bellegarde, Cochon, Lequinio, Carnot surtout, organisèrent la résistance et remplacèrent Dumouriez par Dampierre. Dumouriez harangua ses soldats : ils lui répliquèrent par ce cri : < La République ou la mort! 9 Davout fit tirer son bataillon de volontaires sur le traître, qui se rendait à une suprême entrevue avec Cobourg et qui n'échappa que grâce à la vitesse de son cheval. Dans cette entrevue, il obtint de Cobourg qu'il l'aiderait à rétablir la monarchie constitutionnelle en faveur de Louis XVII. Cobourg occuperait plusieurs places du nord de la France jusqu'au moment où le nouveau gouvernement serait suffîsamment affermi. Le lendemain 5 avril, Dumouriez, au camp de Maulde, réussit à entraîner deux régiments de ligne au cri de < Vive le Roit j» Mais l'artillerie, les volontaires refusèrent de pousser ce cri; la ligne elle-même fit cause commune avec ses camarades. Dumouriez n'a bientôt plus autour de lui que son étatmajor avec quelques centaines d'hommes attachés à sa fortune et son escorte de hussards autrichiens. Il gagne la frontière en un temps de galop, accompagné de Valence, du duc de Chartres et de Thouvenot. La trahison est consommée.
Le châtiment de Dumouriez fut de voir qu'il était joué. Le baron de Thugut, qui dirigeait la diplomatie autrichienne, fit désavouer Cobourg. L'armistice fut rompu par ordre de l'EImpereur. En vain Dumouriez protesta; il fut éconduit, ainsi que Valence, l'autre traître. Successivement chassé de la Suisse,
du Wurtemberg, de Cologne, de la Belgique, il erra misérablement dans le Holstein et en Russie. Il se fixa enfin en Angleterre, où il vécut jusqu'en 1823, d'une double pension que lui faisaient l'empereur d'Autriche et le roi d'Angleterre. Jusqu'au dernier jour, il encombra les chancelleries de ses projets de négociations, les états-majors de ses plans de guerre. Il ne pouvait se résigner à faire le mort. Il finit comme il avait commencé, en aventurier.
Revers de Gustine. — Sur le Rhin, Custine fut plus honnête, mais ne fut pas plus heureux. Il avait affaire aux Prussiens du duc de Brunswick et aux Autrichiens de Wurmser, avec une armée dénuée de tout, et réduite à l'excès par la fuite et l'insubordination des volontaires. Dès le 2 décembre 1792, Brunswick reprit Francfort. Il s'avançait avec une excessive lenteur, redoutant un nouveau Valmy. Les échecs de Dumouriezlui rendirent courage. L'ennemi franchit le Rhin à Bacharach et à Lorch (27 mars), entra àBingen et força Custine à abandonner sans essayer de les défendre les places du Palatinat. Ce fut une véritable < poussée de lièvres ». Les riches approvisionnements de Worms, de Frankenthal, de Spire furent la proie des vainqueurs. Custine rentra à Landau, qu'il avait quitté six mois auparavant plein d'espérance (1" avril). Onl'accusa de trahison ; mais ses protestations de civisme touchèrent les Jacobins. Robespierre le défendit. La Convention déclara qu'il n'avait pas cessé de mériter sa confiance et son estime^ et lui donna la succession de Dampierre à l'armée du Nord. Il devait bientôt expier sa défaite surl'échafaud.
Siège de Mayence. — De toutes les places qu'avait occupées Custine, une seule n'avait pas capitulé : Mayence. Elle opposa aux efforts des Prussiens une résistance héroïque de près de quatre mois. Les chefs français y déployèrent une brillante valeur. D'Oyré, ancien officier de la guerre d'Amérique, suspect comme noble, mais très attaché à ses devoirs, dirigeait la défense. Il était digne de commander à des lieutenants tels que Jtfeusnier, un savant, membre de l'Académie des sciences, impétueux jacobin, partisan d'une offensive hardie et de sorties téméraires; au chevaleresque Aubert-Dubayet ; à Marigny,
rintrépide capitaine de la légion des Francs, qui fit à Tennemi une guerre de sorties meurtrières; à Kléber, cette âme d^élite dans un corps d'une vigueur et d'une beauté exceptionnelles. Celui-ci, entré à Mayence simple adjudant-major d'un bataillon de volontaires, en sortit général. La légende a accumulé sur lui tout rhonneur de cette Iliade. Il n'est que juste de restituer à ses compagnons de danger la part de gloire qui leur revient. Deux représentants de la Convention animèrent les patriotes de Mayence par la parole et par l'exemple : l'énergique Rewbell et Merlin de Thionville. Celui-ci, petit, alerte, robuste avec sa grande moustache et ses longs cheveux bouclés, ceint d'une large écharpe aux trois couleurs, bravait la mitraille avec Tinsouciance sloïque du vieux soldat. On le vit souvent dégainer son grand sabre aux avant-postes. Souvent il pointa les pièces comme le plus brave des canonniers; les Prussiens l'avaient surnommé le « diable de feu » ; offlciers et soldats rivalisaient d'ardeur pour mériter ses éloges.
Les Prussiens procédèrent aux opérations du siège avec leur lenteur habituelle. Arrivés dès le mois de décembre, ils ne commencèrent le bombardement qu'au mois de juin. Alors les assiégés durent cesser leurs sorties si meurtrières. Les bombes et les biscaïens faisaient rage. Meusnier fut blessé à mort l'un des premiers. Le parc d'artillerie fit explosion; le théâtre, la prison, plusieurs églises, d'innombrables maisons particulières furent brûlés. Les travaux d'approche se resserraient de plus en plus : les Mayençais subirent alors une des plus affreuses disettes dont l'histoire militaire ait fait mention : Kléber offrit un jour, comme un régal, à son état-major, un chat entouré de douze souris. Cependant la belle société de Francfort allait en partie de plaisir narguer les souffrances des Mayençais; les émigrés, Sombreuil, Turpin et autres, répondaient par de lugubres « Ça n'ira pas i» aux gais « Ça ira » des fantassins français. Quand les vivres manquèrent complètement, quand les munitions furent sur le point de faire défaut, il fallut bien se rendre. La capitulation fut signée le 23 juillet. La brave garnison devait sortir avec les honneurs de la guerre, emmenant avec elle tous ceux des Mayençais qui s'étaient compromis par
leur zèle pour les Français; elle s'engageait seulement à ne point servir de toute une année contre les armées de la coalition. Cette défense de Mayence, avec des forces bien inférieures à celles de l'ennemi, au milieu d'une population hostile, est un brillant fait de guerre. Tout d'abord la Convention fut sur le point de désavouer la capitulation. Beauharnais et Houchard approchaient de Mayence et auraient peut-être délivré la place quelques jours plus tard. Mais Rewbell et Merlin défendirent crânement leurs compagnons d'armes et ramenèrent si bien l'opinion qu'un vote solennel de la Convention décréta que la garnison de Mayence avait bien mérité de la patrie.
Danger extrême de la France. — La perte de Mayence coûta la vie à Beauharnais, qui n'avait pas su la secourir à temps; à Custine, qui avait promis que Mayence serait le palladium de la France, et qui ne sut pas mieux empêcher la perle de Condé, ni celle de Yalenciennes. La résistance de celte dernière place fut aussi glorieuse que celle de Mayence. Les Autrichiens y jetèrent 84 000 boulets, 20 000 obus et 48 000 bombes. Yalenciennes capitula cinq jours après Mayence (28 juillet 1793). Vers le même moment les Français cherchaient vainement à s'emparer du camp de Saorgio, pour rejeter les Piémontais au delà du col de Tende. Les Espagnols franchissaient la frontière aux deux extrémités des Pyrénées et s'avançaient jusqu'à Perpignan et à Bayonne. Toutes les conquêtes étaient perdues. La frontière même n'était plus sauve.
Cinq armées étrangères entraient sur le territoire français; et en même temps la guerre civile sévissait partout àTintérieur '. La Vendée, soulevée, ouvrait aux émigrés et aux Anglais le chemin du centre de la Fr«ance. Les Anglais bloquaient nos ports, inondaient la France de faux assignats. Ils espéraient entraîner la Normandie, grâce à Tinsurrection girondine de Caen. L'insurrection girondine de Bordeaux pouvait leur donner accès dans le Sud-Ouest. Lyon était en révolte et appelait les Piémontais. Toulon livrait son admirable rade à Tescadre anglaise. La Corse se donnait à Paoli, qui comptait sur Tappui