Voir ci-dessus, t. V, p
parfaitement capable de résister aux exigences de ses voisins asiatiques, même du grand empire chinois, dont les frontières sud n'avaient jamais été paisibles depuis le principal de Ou Sankouei, c'est-à-dire jusqu'à l'époque de K'ang-hi. Les campagnes deK'ien-long prouvèrent qu'elles n'étaient pas plus sûres de son temps qu'elles ne l'avaient été sous ses prédécesseurs. La Chine ne se rendait pas compte que sa frontière sud-ouest avait changé de maître et elle crut pouvoir agir en 1763 comme sous les Mongols. Elle se trompa. Les Chinois s'avancèrent par la route naturelle du Yun-nan, c'est-à-dire par Momein, et s'emparèrent de Bhamo, au confluent du ïa-ping et de l'Irraouaddy, dernier point navigable de cette rivière. Sans entrer dans le détail de cette lutte, nous dirons que trois invasions chinoises en Birmanie se suivirent, la dernière, en 1767, sous le commandement de Ming-Jouei, qui d'ailleurs périt dans la campagne. Le général birman Maha Thihathura battit complètement les Chinois, et, rejoint par son collègue Maha Sithu, les contraignit à repasser la Salouen, par la vallée de laquelle ils s'approvisionnaient (mars 1768). Le général birman regagna Ava, la capitale. K'ien-long n'était pas homme à remporter un afl^ront pareil. Bientôt une quatrième invasion chinoise, plus formidable que les autres, pénétrait par l'Irraouaddy. Trois armées birmanes (1769) quittaient Ava au mois de septembre : la première, sous les ordres de ïhihathu, marchait par la rive gauche sur Mogaung; une seconde, commandée par Maha Thihathura, remontait le fleuve, espérant retrouver l'ennemi au confluent de ce dernier et du Ta-ping, à Bhamo; un troisième groupe, formé de cavaliers et d'éléphants, suivait la rive orientale de l'Irraouaddy, conduit par le Momit Soabwâ et Kyoteng Radja. La défaite des Chinois fut complète. Ils consentirent, le 13 décembre 1769, à signer à Kaung-tun une convention de paix, d'amitié et de commerce. Ce fut un véritable désastre : les débris de l'armée chinoise, escortés par les Birmans, mouraient de faim et de fatigue dans les hautes montagnes qui séparent la Birmanie du Yun-nan. Il est probable que l'artillerie birmane, dirigée par des métis portugais et français, ne fut pas étrangère au succès delà campagne. Ces événements n'empêchèrent pas les Birmans
— qui s'emparaient peu de lemps après du royaume de Siam
— d'envoyer en 1790 une ambassade pour complimenter Tempereur K*ien-long lors du quatre-vingtième anniversaire de sa naissance. Un envoyé chinois fut chaîné de répondre à cette politesse, et il fut convenu que les Birmans enverraient tous Iw> dix ans un tribut à la cour de Péking.
Transmigration des Tourgoutes. — Nous avons Tait plusieurs fois allusion à une ambassade chinoise dirigée parTou Li-chen * qui se rendit par la Sibérie, en 1712, vers le Volga, envoyée par K'ang-hi, aux Kalmouks Tourgoutes, branche des Kéraïtes.Le résultat de ce voyage ne se produisit qu'en 1771. Les Russes exigeaient de cesTatars des soldats, leur réclamaient des otages, et causaient aux Tourgoutes, bouddhistes, de telles vexations à propos de leur religion, que le chef de ceux-ci, Oubacha, fils de Donduk-Taîshi, petit-fils de Chakdorshap et arrière-petit-fils de ce même Ayouka que visita Tou Li-chen, se décida à retourner dans le pays de ses ancêtres '. Parti du Volga, au commencement de la onzième lune de la trente-cinquième année de K*ien-long, il côtoya le Balkhach et arriva dans le pays d'Ui à la fin de la sixième lune de la trente-sixième année de K'ienlong, c'est-à-dire en août 1771. L'empereur de la Chine autorisa les Tourgoutes à s'établir dans la région, et il fut tellement satisfait de leur retour dans l'Asie centrale qu'il fit graver sur pierre, en quatre langues différentes, l'histoire de leur transmigration.
Réduction des Miao-tseu. — La Chine, loin de former, comme on le croit généralement, un pays homogène, comprend, en dehors des éléments ethniques considérables qui, malgré leurs profondes différences, constituent le peuple chinois, un grand nombre de races qui occupent non seulement les parties montagneuses de l'Empire, mais débordent encore dans Tlndo- Chine, particulièrement dansl'Annam et le Laos. Ces races sont représentées par de petits peuples dans la montagne qui généralement les mettait à l'abri des envahisseurs. A l'époque qui nous occupe (1775), l'un des plus considérables de ces groupes
i. Voir ci-(les^us, l, VI, p. 922.