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LA CHINE 94i
sauvages était particulièrement répandu dans la région difficile de Kin-lcliouen, sur les frontières des provinces du Se-lchouen et du Kouei-tcheou. Ils étaient divisés en deux petits États, Siao Kin-tchouen et Ta Kin-tchouen. Chacun avait son chef, qui, lorsque le besoin de vivre se faisait sentir, n'hésitait pas à descendre des hauteurs et à lancer ses guerriers sur les possessions chinoises pour se ravitailler.
Aujourd'hui encore, Tenclave des Miao-tseu est une des meilleures sources de revenu de grandes villes du Kouang-si, comme Nan-ning. Il fallait réduire ces pillards; on mit à la tête des troupes impériales un général célèbre, A-Kouei, qui s'était distingué dans la guerre des Eleuthes, sous le général Fou-té. Malgré des difficultés énormes de terrain, les sauvages, en dépit de leur résistance héroïque, furent obligés après des pertes considérabes de se soumettre. Le P. Félix da Rocha, qui fut président du Tribunal des mathématiques après le P. von Hallerstein, était parti de Péking le 20 août 1774, pour dresser la carte du pays des Miao-tseu. Cette campagne; que Vempereur K'ien-long voulut célébrer dans un poème écrit par lui-même, fait peu d'honneur aux Chinois; K'ien-long souilla la victoire par le massacre des chefs miao-tseu envoyés prisonniers à Péking. Le grand effort fait dans la circonstance ne correspondait pas à un résultat utile, et les Miao-tseu continuent encore aujourd'hui une existence moins précaire peut-être que celle des princes de la dynastie qui a cherché à les annihiler. Les peuples sauvages désignés sous le nom générique de T'ou-Se sont nominalement administrés par des fonctionnaires chinois, maïs, en réalité, ce sont leurs propres chefs qui les dirigent.
Le Tibet. — Le Tibet est le vaste plateau d'Asie, borné au nord par les Kouen-loun, qui le séparent du désert de Gobi et de la vallée du Tarim; au sud, parles Himalaya, qui établissent une barrière formidable entre les Indes et cette haute région d'où descendent les grands fleuves du Sud et de l'Ouest de l'Extrême-Orient. Les Chinois désignent ce pays sous le nom de Si'Tsang et les indigènes sous celui de Bod-juL Ce pays nous est signalé dans les relations arabes et persanes ainsi que
par Benjamin de Tudèle, mais il nous était surtout connu par la description de Marco Polo au xui® siècle et le voyage d'Odoric de Pordenone au xiv® siècle. Depuis lors, terre restée à peu près inconnue aux Européens, le Tibet fut « redécouvert » en 1624 par le jésuite Antonio de Andrade, lequel lui donna le nom de Catliay, qui appartenait en réalité à la Chine du Nord au moyen âge. Depuis ce temps, d'autres jésuites, comme Jean Grueber et HippolyteDesideri, des capucins, tels que Francesco Orazio della Penna di Billi, le Hollandais Samuel van de Putte (mort le 27 septembre 1745), l'Anglais George Bogie (1774), ajoutèrent aux connaissances restreintes que nous avions sur ce pays.
Le bouddhisme avait pénétré au Tibet en 407, mais ce ne fut qu'au vni* siècle, sous le règne de Thisrong de Tsan, qu'il fut officiellement reconnu. Un réformateur, Tsongkhabà, né à Sining en 1417, mort en 1478, appuyé par, les Ming, ramena le bouddhisme, en pleine décadence par suite de la corruption des bonzes, à une forme plus en rapport avec les préceptes de Çakya-Mouni. Tsongkhabà laissa deux disciples qui continuèrent son œuvre sous les titres de Dalaï-Lama et de Panchen- Lama. Le sixième de ces Panchen-Lama, Lobtsang Tanichi, fui invité par l'empereur K'ien-long en 1779 à venir à Péking pour assister aux fêtes du soixante-dixième anniversaire de sa naissance. L'empereur alla au-devant du lama jusqu'à Si-ning du Kan-sou et le ramena en grande pompe à Péking. Malheureusement ce grand-prètre mourut de la petite vérole le 12 novembre 1780. Son corps fut renvoyé .dans un cercueil d'or l'année suivante à Lhassa, et l'empereur fil ériger en sa mémoire un magnifique monument en marbre blanc, en dehors de la ville de Péking, où l'on peut le voir encore. Cependant les incursions des habitants du Népal obligèrent le Dalaï-Laroa à avoir recours à l'aide puissante de son voisin chinois. K'ienlong profita de la circonstance pour établir son autorité personnelle dans le pays en plaçant des garnisons dans les points principaux, et en installant dans la capitale tibétaine un résident impérial, désigné sous le nom de Tchou-Tsang Ta-Tchen, qui dépend du bureau du ministère désigné sous le nom de Li Fan
Vouent et qui a un rang égal au gouverneur du Sc-Tchouen. En 1192, K'ien-long compléta son œuvre en décrétant que dorénavant les dalaï-Iama seraient tirés au sort au lieu d*être désignés par des cérémonies qui devaient indiquer quel était Télu, censé un avatar du défunt. Le Tibet était désormais une annexe de la Chine.
Campagne d'Annam. — Nous aurons plus loin Toccasion de parler, à propos de TAnnam, de la grande révolte des Tâys'on, dirigée par trois frères, dont le second, Nguyôn Vàn Huê, ayant envahi le Tong-King (Tonkin), le vingt-septième et dernier roi de la dynastie Le, Le Chièu-thông (1786), fit appel à la Chine. Le vice-roi des deux Kouang, Soun Chei et le fou-taï du Kouang-si, Soun Yong-tsing, faisaient un rapport à l'empereur sur les événements. En novembre 1788, Soun-Chei était investi du commandement d'une armée considérable, chargé d'opérer contre les Tày-s'on, tandis que son collègue du Yun^ nan et du Kouei-tcheou, Fou Kang-ngan, devait faire le ravitaillement des troupes chinoises. Soun s'empara de Hanoï, mais un retour offensif de Hué (26 janvier 1789) le mit en fuite. Son adversaire réussit à s'entendre avec le gouvernement impérial, et le malheureux Le Chièu-thông ne put accepter qu'une retraite médiocre à Péking, où il mourut en 1791.
Les étrangers & Canton. — L'établissement portugais de Macao * n'était pour les navires étrangers qu'une escale, ou pour mieux dire un port d'attente : le commerce se faisait à Canton et, malgré les quelques essais dont nous parlerons plus loin, il y fut confiné jusqu'au traité de Nanking de 1842. Canton, dont le nom n'est que la forme adoptée par les Portugais de la province de Kouang-toung, dans laquelle cette ville est située, s'appelle en chinois Koiiang-tcheou : c'est la ville que les Arabes désignaient au moyen âge sous le nom de Sin Kilân, adopté avec des variantes à l'époque mongole par les voyageurs européens comme Odoric de Pordenone, Canton est situé sur la rive nord du Tchou-Kiang (rivière de la Perle), qui est formé du Si-Kiang (rivière de l'Ouest) et du Pe-Kiang