‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 138 sur 166 · Voir ci-dessus, t. V, p · texte numérisé non relu

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(rivière du Nord), qui se réunissent au nord de la ville et du Toung-Kiang (rivière de TEst), qui arrive à Whampou. L'embouchure principale du fleuve s'appelle Hou-men, bouche du tigre, que les Portugais ont traduit par Bocca Tigris et les Anglais par the Bogue. A cette entrée, un nombre considérable d'îles connues sous le nom de Ladrones (voleurs), à cause des nombreux pirates qui les fréquentaient, forme des points d'attache dont Lampacao, Macao et Hongkong, un peu plus à Test, font partie. Sauf le Portugal, dont le monopole commercial qui appartenait à la Couronne ne fut abandonné qu'une fois en 1731, les étrangers étaient. représentés (il n'était pas question de consuls à l'époque) par leurs grandes Compagnies. Us n'avaient pas le droit de circuler librement dans la ville. Ils ne séjournaient à Canton que le temps strictement nécessaire pour leurs aflaires, c'est-à-dire pendant une période assez courte de l'année, puis ils retournaient à Macao. 11 leur eût donc été difficile, si la chose même ne leur eût été interdite par les autorités chinoises, d'amener leurs familles avec eux.

Le « Co-hang » et les factoreries. — Il y avait des raisons locales pour empêcher le commerce étranger de se rendre dans des ports plus septentrionaux. Le vice-roi des deux Kouang (Kouang-toung et Kouang-si), qui réside à Canton, avait charge de l'Annam et des peuples venus de TOuest par mer, par conséquent des Européens, sauf les Russes naturellement qui, venant par terre et du Nord, dépendaient du Li fan youen, bureau de la capitale chargé des affaires de la Mongolie. Ce fonctionnaire fort important tirait de gros revenus des étrangers et il avait tout intérêt à ce que celte ressource ne pût lui échapper, pour passer à l'un de ses collègues du Fou-kien, du Kiang-nan, ou du Tche-li. Le mandarin chargé de l'intermédiaire avec les étrangers était désigné par eux sous le nom de hojrpo ou de Aowpou; c'était prendre le Pirée pour un homme ou, tout au moins, le nom d'un ministère pour celui d'un de ses agents. Le houpou^ en Chine, est un des six ministères, celui des finances, qui est chargé du recouvrement des impôts, du cadastre, etc., et Ton donnait par suite à l'agent du fisc a Canton le nom même du département ministériel chargé des droits de douane.

Les marchands étrangers étaient en quelque sorte parqués dans des magasins ou hong^ rangés (danois, espagnol, français, américain, impérial, suédois, anglais, hollandais) sur la rive gauche de la rivière de la Perle, sur une étendue de plus de 330 mètres, formant une sorte de square'.

Pour éviter des relations trop nombreuses entre les indigènes et les étrangers, dès 1702, un Chinois, appelé le Marchand de Vempereur, fut choisi pour être le seul intermédiaire entre lés indigènes et les Européens. Le chiffre des affaires étant extrêmement considérable, ce négociant privilégié fut obligé de céder une portion de son monopole à quelques confrères moyennant une redevance de 5000 taëls par navire que ceux-ci lui payaient. Naturellement les étrangers protestèrent contre un état de choses qui leur était extrêmement onéreux. Les Chinois qui prenaient part à ce commerce formèrent une sorte de société en 1720, qu'on désigna sous le nom de Co-hong ou Co'hangy présidée par le hoppo. Le nombre des membres de celle association privilégiée varia suivant les époques : les hong merchants, comme disaient les Anglais, ou marchands hannistes, comme les appelaient les Français, étaient 10 en 1777, 12 en 1793, 14 en 1808, et 13 en avril 1834, époque à laquelle finit le monopole de VEasl-India Company en Chine. Ces hannistes étaient responsables vis-à-vis des autorités chinoises, non seulement des transactions commerciales, mais ^encore des faits et gestes des officiers et de l'équipage du navire dont Tun d'eux s'était chaîné. Les amendes pleuvaient dru sur eux et parfois leur vie était menacée. D'ailleurs tous ces marchands s'entendaient enlre eux pour la répartition des marchandises importées et le chargement des navires.

Par suite, ils étaient un peu le fer entre le marteau et l'enclume, c'est-à-dire entre leurs mandarins et les étrangers. Lorsque lés premiers, embarrassés pour payer leurs dettes, occasionnées souvent par l'achat de leur charge, s'adressaient au hour-pou pour avoir de l'argent, celui-ci pratiquait un squeeze sur les hannistes, qui ne pouvaient échapper à la ruine ou à des

i. Toutes ces factoreries furent brûlées et pillées, le 12 décembre lHr»6, par les Chinois, à la suite du bombardement de Canton par sir Michael Seymour.

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châtiments qu'en ayant recours à leur lour aux étrangers qui leur prêtaient les fonds nécessaires. Lies dettes des marchands hannistes vis-à-vis des Occidentaux augmentaient ainsi d*année en année, et en 1771, le Co-hang fut aboli soi-disant pour liquider la situation; mais comme les mêmes errements continuèrent, le passif des Chinois s*élcva à près de H millions de livres tournois, et les Anglais intervinrent en 1779 pour obtenir le règlement de leurs dettes.

Les Anglais ù, Canton. — A plusieurs reprises, les Anglais, les plus intéressés d'ailleurs dans le commerce, avaient eu maille à partir avec les autorités locales, et roii pourrait presque dire que chaque date que nous pouvons donner est celle d'un affront, causé moins par la haine de l'étranger que par la coalition (par exemple en 1721) entre les marchands chinois pour régler les prix d'achat et de vente des marchandises. Deux ans plus tard (1723), le subrécargue du navire Wnlpole découvrait à Macao que les fonctionnaires chinois, ayant fait la rafle des thés, avaient, par suite, donné euxmêmes à leurs denrées une plus-value exagérée et que les malheureux intermédiaires chinois étaient obligés de leur emprunter de l'argent à 30 0/0 pour faire face aux difficultés de la situation. Aussi n'est-il pas étonnant de voir les Anglais chercher un port moins inhospitalier que celui de Canton. Amoy, sur la côte du Fou-Kien, leur offrait un abri favorable et, le 22 avril 1727, un certain nombre de négociants se décidèrent à s'y rendre. Le Aow-pow, inquiet de ce départ et des pertes qui en résulteraient pour lui, fît de belles promesses et le projet avorta. Même comédie en 1735. En 1742, arrivait le célèbre commodore Anson, qui remonta la rivière de Canton avec le navire le Centnrion ; malgré le service qu'il avait rendu en éteignant un feu dans la ville indigène, il n'obtint aucun résultat pratique. La position était vraiment intolérable, et l'on se décida à adresser des réclamations directement à Péking. Un certain Flint réussit à se rendre dans la capitale en 1761; mais, grâce aux pots-de-vin versés par les fonctionnaires de Canton, sa mission, bien accueillie dans la métropole, fut la cause de son emprisonnement pendant trois ans lors

de son retour dans le Kouang-toung^, et Tindigëne qui avait rédigé sa pétition à Tempereur fut décapité. La mollesse des Anglais en cette circonstance leur attira naturellement de nouvelles insultes. Nous avons dit plus haut que les dettes des hannistes ayant augmente d^une façon considérable, les Anglais intervinrent : sur Tordre do Tamiral Sir E. Vernon, le capitaine Panton fut envoyé à Canton pour régler la question d'intérêt; par ses menaces, il obtint un arrangement par lequel il était convenu que les créanciers des Chinois se contenteraient de 30 0/0 de leurs dettes qui seraient réglées par une annuité de dix ans, sans intérêt. Les Chinois n'eurent rien de plus presse que de tâcher de se dérober à leurs obligations. Sous le tilre de Consoo Fund (1779) un nouvel impôt fut établi sur les étrangers pour payer les dettes des négociants indigènes, banqueroutiers, moins par leur faute que par celle de leurs administrants. Ajoutez à ces questions d'intérêt des vexations, comme la défense à tout Chinois d'enseigner sa langue à n'importe quel diable d'Occident \ la peine du talion, homme pour homme, était même appliquée dans toute sa sévérité. En 1773, un nommé ScoU, contre lequel il n'y avait aucune preuve de crime; en 1784, un canonnier de la Lady Hughes, qui avait tué involontairement un Chinois dans une salve; eu 1780, un Français, qui, dans une rixe, avait tué un Portugais, furent livrés aux autorités chinoises qui les mirent à mort. Ces difficultés devaient forcément amener des revendications, qui auraient dû se produire à coups de canon : on préféra user de diplomatie; nous verrons plus loin quels furent les rcsuUats de l'ambassade de lord Macartney.

Les Français & Canton. — La réunion des difTérents intérêts français dans une seule Compagnie des Indes Orientales, en mai 1719, n'eut pour le commerce de la Chine que de bons résultats, et il eût été à souhaiter que notre commerce n'ait jamais plus souffert que dans les pires années de nos expéditions de Chine : on gagnait de 67 à 116 p. 100 *. La des-

1. Morellet, dans son Mémoire sur la Compagnie des Indes, nous marque l'élal des bénéfices de 1 achat à la vente du commerce de Chine depuis 1725 ; de n^ii à 1736, ce bénéfice est de 104 J p. 100; de 1*30 à l"i3, de 141 | p. 100; de 1743

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truclion de la Compagnie des Indes en 1770 devait forcément nous amener à une transformation dans la manière de gérer nos intérêts à Canton, c'est-à-dire à imiter notre propre exemple, quand le roi érigea en consulat le comptoir de la Compagnie des Indes à Surate, dans le Gouzerati, à l'entrée du golfe de Cambaye. Il ne restait à l'époque comme membre de l'ancien Conseil de la Direction de Canton qu'un sieur Thimotée, deuxième subrécargue depuis 1753, qui se trouvait être chef du comptoir. Il était d'ailleurs en fort mauvais termes avec son second, le sieur de Robien, troisième subrécargue, fort jaloux de lui — et dans les meilleurs termes avec J. Pierre Clouel, qui formait le troisième membre du Conseil. Lorsque le roi, par ordonnance du 3 février 1776, décida qu'il serait « créé un Consul de la nation françoise à Canton et lieux en dépendants, à l'instar des Consuls de la nation françoise résidents auprès des Princes delà Barbarie », Thimotée fut nommé consul et Clouet chancelier. Pour des raisons personnelles, ces agents n'ayant pu accepter leurs nouvelles fonctions, on fit choix pour les remplacer de C. Vauquelin, ancien subrécargue de la Compagnie des Indes, et de Philippe Vieillard, protégé du baron de Juigné. Lorsque Vauquelin mourut le 23 septembre 1782, Vieillard prit, comme vice-consul, la gérance du Consulat, aidé par un vice-chancelier, Paul-François Coslar, fils d'un ancien secrétaire général de la Compagnie des Indes, et par un interprète, Jean-Charles-François Galbert. Celui-ci eut pour successeur comme Vieillard lui-même, rentré en France (nous retrouvons son nom comme électeur de Paris sous la Révolution), De Guignes le fils, qui fut notre dernier agent à Canton jusqu'à la Restauration.

Le fait le plus important de notre Consulat pendant les dernières années fut la mission du chevalier d'Enlrecasleaux. Escortée de la Subtile, commandée par le vicomte de la Croix de Castries, neveu du ministre de la Marine, la Résolution^ battant pavillon du chevalier d'Entrecasteaux, jeta l'ancre devant Macao, le 7 février 1787, après soixante jours de traversée

à 1730, «le M6 J p. 100; en 1764, de 83 p. 100; en 1765» île 81 \ p. 100; en 1766, *^^ "'^ î p. 100; en 1767, de 68 p. 100; et en 1768, de 67 | p. 100.

depuis Batavia. M. de la Pérouse était parti de Macao le 5 février pour se rendre à Manille, sans se douter que, deux jours plus lard, son collègue, chargé d'une mission du roi, mouillerait dans les mêmes eaux que lui. Ce ne fut qu'en avril, à Manille, que La Pérouse apprit avec élonnement l'arrivée d'Entrecasteaux à Canton et qu'il reçut une lettre de lui l'informant des molifs de son voyage. Le but réel de la mission de d'Entrecasteaux et la seule partie secrète de sa mission était de faire connaître à la Chine les futurs desseins des Anglais contre le grand Empire. C'est ce que nous montre une lettre du P. de Grammont adressée à Péking au P. de Ventavon, que son confrère charge de prévenir le gouvernement de la capitale. Le but apparent et en somme le seul qui pût avoir un résultat pratique était le règlement des dettes des Chinois envers les Français. Les plus hautes autorilés de Canton élaient absentes. Le gouverneur général {(song-tou) s'était rendu à Tch'ao-Tcheou pour venir au secours de son collègue de la province du Fou-Kien, chargé de réprimer une insurrection formidable qui avait éclaté dans l'île de Formose, en 1786, et qui ne fut terminée qu'en 1788. Le gouverneur (fou-taï) était à Péking, et, comme le dit le P. de Grammont : « Parmi les grands qui restent aujourd'hui à Canton il n'y a pas une tète; ce sont tous gens timides, embarrassés, peu versés dans les affaires, incapables d'en saisir et d'en terminer aucune sans prendre conseil et à qui par conséquent la prudence ne permettait pas que l'on communiquât les vrais molifs de l'arrivée des deux frégates. » Il advint donc de la mission d'Entrecasteaux comme de celle du commodorc Anson : elle n'eut pas de résultat pratique. On verra à propos de l'Annam que l'année 1787 fut particulièrement fertile en événements.

Ambassade de lord Macartney. — L'importance du commerce anglais à Canton, les vexations dont avaient été l'objet dans cette ville les sujets britanniques, avaient donné à lord Melville, président du Bureau du Contrôle, l'idée d'une ambassade en Chine. Une première mission envoyée par le colonel Cathcart à bord de la Vestale périt en mer (1788). Le 3 mai 1792, on nommait comme nouvel ambassadeur lord

George Macartney *. Le premier secrétaire d^ambassade clait sir George Léonard Siaunlon, qu'accompagnaient son fils George Thomas Staunlon, le sinologue bien connu, John Barrow, qui servait de secrétaire particulier à Macartney et qui fut son biographe, une escorte militaire commandée par le major Benson et les lieutenants Parish et Crewe, trois médecins, les D'* Gillan, Scott et Dinwiddie, ce dernier chargé des instruments astronomiques destinés en présents, un peintre de portraits, M. Thomas Hickey, un dessinateur, M. Alexander; un nombre considérable de valets de chambre, maîtres d'hôtel, ouvriers, vingt hommes de l'artillerie royale, dix chevaulégers, vingt soldats d'infanterie en dépôt à Chatham formaient une escorte somptueuse. Trois navires, le Lion^ de 64 canons, commandé par Sir Erasmus Gower, YHindostnn^ bateau de la Compagnie des Indes, commandé par le capitaine William Macintosh, et le Jackall, allège du Liouy mirent a la voile de Portsmouth le 16 septembre 1792. Une des grosses difficultés préliminaires avait été, le choix d'un interprète : le seul Anglais qui, maigre les défenses des Chinois, avait pu étudier la langue à Canton, Flint, avait été, comme nous l'avons déjà dit, emprisonné; notre interprète, Galbert, était rentré sans le moindre désir de repartir. Les Anglais s'adressèrent sans succès tour à tour aux Lazarisles et aux Missions-Etrangères. De guerre lasse, ils trouvèrent à Naples, au collège fondé par le P. Ripa, deux jeunes Chinois qui consentirent à servir d'interprètes et dont l'inexpérience ne fut pas une des moindres causes de l'insuccès de la mission. Nous nous contenterons de rappeler que cette ambassade mémorable visita tour à tour Madère, TénériGTe, Rio de Janeiro, Batavia, Poulo-Condor et Tourane. Des Ladrones,

1. II était arrière-petilrfils d*un aulre George Macartney qui avait quitté TEcosse en i()49, pour venir s'installer à Belfast dans le comté crAntrim en Irlande. (Vest dans ce pays, dans la maison familiale de Lissanoure, que naquit George Macartney le 14 mai 1737. 11 avait été envoyé en mission spéciale à la cour de Saint-Pétersbourg, puis comme secrétaire en Irlande, puis comme gouverneur à Grenade et à Madras. Enfin il devait occuper le poste de gouverneur général de Bengale, lorsqu'on lui préféra lord Cornwallis. Néanmoins, comme une sorte de compensation et comme preuve de confiance, on lui confia, sur la recommandation de M. Dundas, secrétaire d'État, cette importante mission en Chine et, avant son départ, il était nommé vicomte de Macarlncv de Dervock, dans le comté d'Antrim.

elle se rendit à Formose, aux Chou-san et à Tien-lsin. Puis, débarquant à Toung-tcheou, elle arriva à Péking le 21 août 1793. Les instructions de lord Macarlney étaient d'obtenir le droit de faire le commerce àNing-po, aux Chou-san et àTien-tsin; le droit d'établir un entrepôt pour les marchandises à Péking, semblable à celui qu'avaient déjà possédé les Russes ; la suppression des taxes de transit entre Canton et Macao etTapplication stricte des droits de douane selon le tarif impérial. Cependant l'empereur était parti pour sa résidence d'été à Dje-hol, en Mongolie, où le suivait rinforluné ambassadeur, sans succès d'ailleurs. Le fils de K'ienlong, l'empereur K'ia-K'ing, a écrit depuis au roi George III, en 1816 : < Ton royaume, situé au loin, par delà plusieurs Océans, nous témoignant sa sincérité et tenant en estime notre influence pour son perfectionnement, avait précédemment, pendant la 58° année K'ien-long(n93), sous le règne du dernier empereur Kao-tsong Choucn-houang-ti, fait passer la mer à ses envoyés, qui étaient venus à notre Cour. Mais à cette époque, les ministres envoyés par ton pays s'étaient conformés à nos rites avec exactitude et respect et n'avaient encouru aucun reproche au point de vue des formes prescrites. Aussi avaientils été les récipiendaires déférents des faveurs et grâces impériales et avaient-ils été appelés à contempler en audience la personne de l'Empereur, à prendre part à des festins ordonnés par Sa Majesté et à en recevoir des dons à profusion. » Le P. de Grammont, qui avait servi d'interprète au chevalier «l'Entrecasteaux, donne les raisons suivantes pour l'insuccès des Anglais : « Ces messieurs, comme sont tous les étrangers qui ne connaissent la Chine que par les livres, ignoraient le train, les usages, l'étiquette de celte cour. Pour surcroît de malheur, ils avaient amené, avec eux, un interprète chinois encore moins instruit, lequel a été cause, en grande partie, qu'ils n'ont jamais pu obtenir d'avoir auprès d'eux un missionnaire européen qui pourrait les instruire, les diriger. De là il est arrivé : 1° qu'ils sont venus ici sans apporter aucun présent, ni pour les ministres d'Etat, ni pour les fils de l'empereur; 2** qu'ils ont manqué au cérémonial du pays dans leur salut fait à l'empereur, sans pouvoir en expliquer la raison

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(l'une manière satisfaisante; 3" qu'ils se sont présentés sous des habits trop simples et trop ordinaires; 4** qu'ils n'ont pas eu soin de graisser la patte aux difTérentes personnes qui avaient soin de leurs affaires; 5" qu'il manquait à leur demande le style, le ton du pays. Une autre raison de leur mauvais succès, selon moi la principale, ce sont les intrigues d'un certain missionnaire [Joseph-Bernard de Almeida] qui, s'étant imaginé que cette ambassade nuirait au commerce de son pays, n'a pas manqué, en conséquence, de semer bien des propos défavorables a la nation anglaise. Ajoutez à tout cela que l'empereur est vieux, qu'il y a des cabales partielles, des artificieux dans tous les pays. D'ailleurs tous les grands, les favoris de l'empereur sont avides de présents, des richesses. »

Quoi qu'il en soit, Macartney, qui avait été considéré comme un « porteur de tributs x», quittait Péking au bout de quarantesept jours, le 1 octobre 1793. Il reprenait la route du Sud, en partie par le grand canal jusqu'à Hang-tcheou. De là, il gagnait les Chousan, et enfin Canton, où il trouvait le Consoo-fund toujours existant, le hou-pou continuant ses demandes exagérées, et il descendait à Macao. Macartney quittait définitivement la Chine le 17 mars 1794, et débarquait à Portsmouth le 5 septembre de la môme année, après un voyage qui avait coûté 80 000 livres sterling et n'avait rien rapporté à son pays.

Ambassade hollandaise de Titsingh. — Le chef du comptoir de la Compagnie des Indes hollandaises à Canton, né à Utrecht en 1739, ancien subrécargue, André Everard van Braam Houckgeest, après avoir servi en Chine, avait émigré aux Etats-Unis, lorsque vers 1784 il accepta sa nouvelle mission dans rExlrème-Orienl. Il nous raconte que, le 2 avril 1794, un envoyé du Ïsong-Tou vint le trouver pour « savoir si la Compagnie des Indes hollandaises n'adopterait pas l'idée d'envoyer à Péking un député pour y féliciter l'empereur, à l'occasion de l'anniversaire de son avènement au trône, que Sa Majesté allait célébrer pour la soixantième fois. Il ajouta que les Anglais, ainsi que les Portugais établis à Macao, avaient manifesté l'intention de prendre part à cet événement remarquable; que la nation hollandaise, étant l'une des pre-

micrcs établies à la Chine, le Tsong-Tou verrait avec une véritable satisfaction que la Compagnie eût un représentant à cette solemnité. » Les Anglais, au contraire, prétendent que rinsuccèsde Tarabassade de lord Macartncy, connu lors de son passage a Canton, fît germer dans l'esprit de Yan Braam Tidée de reprendre pour sa nation l'entreprise anglaise. Quoi qu'il en soit, celui-ci écrivit au Conseil général de Batavia, qui accepta favorablement ses propositions. Il nomma comme premier ambassadeur Isaac Titsingh, son agent au Japon, et, comme second, Yan Braam *.

Titsingh s'embarqua à Canton le 22 novembre 1794, remonta le Kouang-toung et le Kouang-si jusqu'à Kieou-Kiang, près du lac Po-yang; puis, par le Hou-Kouang, le Kiang-nan et le Chan-loung, arriva à Péking le 17 janvier 1795. Le fiasco des Ilollandais fut aussi grand, sinon plus grand, que celui des Anglais. On lit dans les notes mûmes qui accompagnent lerécit de l'ambassade « qu'on trouva une difficulté presque insurmontable à faire concevoir aux Chinois qu'il puisse exister un empire gouverné aulrement que par un seul homme. Aussi voil-on que, malgré toutes les peines prises à cet égard, ils disent : le roi de Hollande, » Titsingh quittait Péking le 15 février et redescendait à Canton par Hang-tcheou et Nan-tchang, après un inutile voyage. Les Ilollandais n'étaient donc pas plus heureux qu'au xvur siècle *.

Autres étrangers à Canton. — Les Portugais, distancés par les autres étrangers, avaient vainement essayé avant les Anglais de regagner par des ambassades à Péking le terrain qu'ils perdaient. Nous notons au xvhp siècle deux de Icurs^ ambassades dans la capitale : l'une sous Jean Y, celle d'Alexandre Metello de Sousa Menezes, arrivée à Péking le 18 mai 1727. et repartie le 16 juillet de la même année; l'autre, sous Joseph- Emmanuel, celle de Francisco de Assis Pacheco de Sampaio,

1. Le reste de l'ambassade élail roniposé du jeune van Branni, en qualilê dtr gentithonmic, de trois secrétaires, D'Qyy. Agio et J)e Guignes te Ots. cpii gérait noire consulat <'i Canton, d'un chirurgien, Blettermann. d'un tiortoger, Petit- Pierre, d'un maître d'hôtel, douze soldats, deux Malais et «Vun certain nombredc cuisiniers chinois, plus trois mandarins.

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