‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 143 sur 166 · Voir ci-dessus, t. VI, p · texte numérisé non relu

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HiSTOlHl GCNÉRALR. VIII. 01

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tiers qu'elle tirait les bois .tout taillés pour des bâtiments qu'elle voulait faire construire à Cbandernagor. On peut voir à ce sujet la lettre de M. Brunau, résident au Pégou, à la date du 5 septembre 1753, par laquelle il annonçait au Conseil de Cbandernagor l'envoi du boot V Oiseau , chargé de boisages et doublages, en prévenant le Conseil par la même lettre qu*il venait de faire lancer à Teau le vaisseau la Fa y onTe; — une autre lettre du même Brunau au Conseil de Cbandernagor, en date du 10 décembre 1755, par laquelle il annonçait Tenvoi du boisage préparé pour le vaisseau le Fleurij^ chargé sur le Diligent (jui venait d'être construit au Pégou. La prise de Cbandernagor, qui suivit de près l'époque de cette dernière lettre, dut sans doute influer sur le sort de l'établissement du Pégou tant que Pondichéry était au pouvoir de la Compagnie; mais une autre cause, survenue quelque' temps après la prise de Cbandernagor, changea la destinée de l'établissement de Syriam. > Dans ces différends entre Pégouans et Birmans, les Français et les Hollandais s'élaient mis du côlo des premiers, tandis que les Anglais semblaient avoir pris parti pour les seconds. Il s*en suivit que, lorsque l'un des deux peuples était victorieux, on pillait à tour de rôle les factoreries étrangères hostiles : elles le furent ainsi toutes. L'établissement anglais fut brûlé par les Pégouans en 1743 et le résident rappelé en 174i. En revanche, Tévêque barnabite de Syriam fut massacré en 1756 par ordre d'Alompra. Ce meurtre fut terrible pour la mission, si prospère depuis 1722; on la transporta en 1760 dans la ville de Rangoon. Créé en 1722, comme nous venons de le dire, le vicariat apostolique d'Ava et de Pégou, rameau du diocèse de Saint-Thomas de Méliapour, comprenait la côlc do Coromandel, l'Orissa, TArakan et le Pégou. Ce même vicariat, en 1866, forma à son tour trois vicariats birmans. Les prêtres des Missions étrangères de Paris et de Milan remplacent les Barnabites qui ont disparu. Darrac raconte de cette façon la perte de nos espérances dans le Pégou : « Les Français établis à Syriam prirent parti dans ces aflaires et se déclarèrent en faveur du roi du Pégou, mais, étant trop faibles pour pouvoir agir par eux-mêmes, ils demandèreAl du secours à Pondichéry. Pondichéry à cette époque (1759) élail

dans la pénurie de troupes : la guerre contre les Anglais absorbait toutes ses ressources en hommes et en argent. Cependant le Conseil de Pondichéry, voulant sauver les Français établis au Pégou, envoya une gabarre et un vaisseau de transport, pour, en cas de non-succès, pouvoir ramener les Français. Ces deux bâtiments arrivèrent la même année au Pégou, au bas de la rivière de Rangoun, mais ils trouvèrent les Birmans établis dans la ville de ce nom. Ceux-ci députèrent auprès du commandant de ces bâtiments un de leurs chefs avec des présents pour prier le commandant de rester neutre dans cette guerre. Le commandant, soit qu*il eût des ordres d'agir, soit qu*il les prît sur lui, renvoya les députés et les présents et fut s'embosser près la ville de Rangoun où il jeta quelques boulets.

« Les Birmans, n'ayant point de moyens de défense contre le canon dont ils ne connaissaient même pas Tusage, firent à la hâte des radeaux chargés de goudron et autres matières inflammables et les firent dériver sur les bâtiments français qui prirent feu. Les équipages, dont les secours furent inutiles, durent se jeter dans des bateaux et gagner à la nage la rive la plus proche. La totalité de Tétat-major et une partie de Téquipage furent massacrés. La partie qui échappa à la mort fut faite esclave et conduite a Ava, où le roi birman se retira après avoir soumis tout le pays. Les chantiers et magasins des Français dans Syriam furent détruits. Les Hollandais qui, à cette époque, avaient aussi un établissement au Pégou et dont la conduite parut suspecte aux Birmans, en furent chassés et n'ont point cherché depuis à s*y établir.

c A la prise de possession des établissements de Tlnde en 1766, le Conseil supérieur de Pondichéry envoya le sieur Lefèvre au Pégou, avec ordre de demander en arrivant dans ce pays de parler au roi, faire les diligences à ce sujet auprès des grands, et remettre au roi les lettres et présents dont il était porteur; et, lorsqu'il parviendrait auprès du roi, lui proposer, en premier lieu, de relâcher tous les prisonniers français détenus au Pégou; secondement, de faire un traité de commerce sur l'ancien pied et avec les mêmes privilèges dont les Français jouissaient au Pégou, sans être assujettis à aucun droit â l'exception des pré-

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senls d'usage selon les circonstances. Le sieur Lefèvre devail aussi, si ce qu*il demandait lui était accordé, faire en sorte d'obtenir la permission de planter le pavillon français sur un terrain qui lui serait accordé, etc.

cr La mission du sieur Lefèvre eut en grande partie un heureux succès. On en voit les résultats dans la lettre que le sieur Lefèvre écrivit au Conseil de Pondichéry, sous la date du 28 avril 1768, une lettre par laquelle il disait avoir été bien accueilli par le roi et que celui-ci avait répondu à ses demandes : < Qu'à la vérité, les Français jouissaient autrefois du droit de franchise, mais que ce droit ne leur avait pas été accordé dans le temps du règne des Birmans, mais que pour le terrain demandé il donna des ordres : 1" pour qu'il en fût donné un à la pointe do Rangoun, de 80 bambous de long sur 50 de large (le bambou contient 12 de nos pieds); 2'' que je pouvais arborer le pavillon français, avantage qui n*a point été accordé à aucune nation, excepté la nôtre, depuis la conquête des Birmans ; 3^ que notre nation serait libre de construire des vaisseaux sur son terrain sans payer les coutumes auxquelles les autres nations sont soumises; 4® qu'il accordait les prisonniers français et qu'ils étaient libres du moment de ma demande; 5® qu'il permettait à la nation d'avoir sur son territoire trente maisons de chrétiens sans payer les droits usités (c'est-à-dire gratis). L'ordre me fut délivré par le premier ministre, concernant les cinq articles que le roi accordait à la nation, lequel est demeuré en dépôt au bureau du sieur Grégoire, dépositaire de tout ce que le Roi accorde aux nations étrangères. J'espère que, si le Conseil a lieu d'être satisfait de moi, il voudra bien me renvover au Pégou, pour y être résident de la Compagnie. Je me propose, messieurs, moyennant cent fusils par an, d'obtenir les vaisseaux sans être assujettis à aucun droit (les vaisseaux paient 10 pour 100 de leur valeur aux douanes). »

< Malgré l'état malheureux auquel le traité de 1763 avait réduit la Compagnie, celle-ci crut devoir relever des magasins et des chantiers au Pégou; mais les vexations, les entraves que son commerce éprouva au Bengale, par suite des entreprises des Anglais et de la souveraineté qu'ils avaient usurpée dans ce

royaume, furent des causes qui durent nécessairement porter atteinte à la prospérité de l'établissement du Pégou, dont la principale utilité était Tarticle des boisages et des constructions. Cette utilité dut suivre la marche du commerce de la Compagnie qui, comme on Ta vu, fut chaque jour en déclinant. Cependant, quoique rétablissement du Pégou ne fût pas dans un état d'activité égal à celui dans lequel il avait élé avant la guerre, il fut néanmoins utile à la Compagnie. Parmi les constructions qui y furent faites, on cite le vaisseau le Lauriston, de 1500 tonneaux» que M. Chevalier y fît construire. Ce vaisseau fut en grande partie gréé à Chandernagor où il remonta. Il était en bois do teck, ainsi que sa mâture, et percé pour 50 canons. Il fut construit à deux fins, pour le commerce et pour la guerre. Aussi pendant la guerre de 1778, ce bâtiment armé se mit en ligne en rade de Pondichérv. Il combattit avec l'escadre commandée par M. de Tronjoly et soutint le feu avec beaucoup plus d'avantage qu'aucun des autres bâtiments, quoique celui-ci eût été le plus exposé. Il était commandé par M. Lefèvre, de Saint-Malo.

€ La guerre de 1778 paralysa rétablissement du Pégou. Il dut même être abandonné faute d'utilité après que les établissements fran(;ais de l'Inde furent tombés aux mains des Anglais.

« Cet établissement ne fut point réoccupé à la reprise de possession de 1785. Depuis cette époque le temps a tout détruit et il n'existe plus aujourd'hui que quelques traces de cet Etablissement. Le seul objet qui soit resté sur pied est le monument qui fut élevé par les Français envoyés en 1766 sur l'emplacement où furent égorgés l'état-major et partie de l'équipage des deux bâtiments envovés de Pondichérv au secours du roi de Pésrou en 1759. Ce monument élevé à la mémoire de ces victimes se voit encore aujourd'hui, 1822, à l'entrée de la rivière de Rangoun. »

Les Anglais au Pégou et en Birmanie. — En 1685, y East'India Company, après quelques difficultés avec le soubab du Bengale, avait chargé l'amiral Nicholson de prendre Chittagong, mais l'obligation d'agir au Bengale même, à Hougli, bombardé par les Anglais, retarda jusqu'au xvin" siècle l'interven-

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tion de ces derniers dans cette région. En effet, ce ne fut qu'en 4760 que Chittagong, cette importante portion de la partie orientale de Tesluaire du Bramapoutre, fut cédé à YEast-Indîn Companij, qui contournait ainsi le golfe du Bengale jusqu'à TArakan. Pendant le xvu* siècle, Syriam, ou Than-Lyin, situé sur la rive gauche de la rivière de Pégou, était le seul port ouvert au commerce étranger. Les Portugais d*abord, les Hollandais ensuite y eurent des comptoirs; plus tard, on ignore à quel moment, les Anglais s*y installèrent aussi. Un certain Weldon fut envoyé par eux à l'île de Négrais, en 1681, mais les choses de Tlnde n'intéressaient pas à cette époque les Anglais comme elles le firent un siècle plus tard, et ce fut en 1688 que leur Compagnie des Indes, après Tenvoi d'une lettre adressée par le gouverneur birman de Syriam au gouverneur anglais du fort Saint-George, à Madras, reprit ses relations de commerce avec le Pégou. En 169S, Edward Fleetwood fut envoyé par N. Higginson, gouverneur de Madras, en ambassade au souverain d'Ava avec une lettre demandant l'autorisation d'envover à la mousson suivante un agent à Syriam. Au retour de cette mission, les autorités placèrent à Syriam un agent, Bowyear. En 1709, nouvelle mission anglaise à Ava : Roger Allanson, l'agent, était porteur d'une lettre du gouverneur de Madras, Thomas Pitt, grand-père de lord Chatham.

Les Anglais, par suite de nos difGcultés, allaient pouvoir agir sur un terrain libre; néanmoins ils eurent beaucoup d'ennuis, malgré une lettre adressée au roi d'Angleterre par Alompra et confiée, en 1757, à un certain Dyer, de Rangoun.

Un traité signé la même année, au mois de juin, par le lieutenant Newton, ou pour mieux dire par l'enseigne Lister, n'améliora pas la situation.

Les agents de Negrais durent se retirer en 1759 et les Birmans massacrèrent en octobre ceux qui étaient restés. En 1760, le capitaine Alves fut envoyé par le gouverneur de Madras pour avoir raison de cet attentat et offrir en même temps des présents pour rendre les négociations plus aisées. Mais Alves arrivait à un mauvais moment : Alompra était mort dans sa campagne de Siam, Ava en révolte était assiégé par son fils Naung-

doagyi. Aussi Alves mécontent dut-il s'en retourner, après avoir été maltraité et ^voir eu tous ses bagages pillés. Les Birmans poursuivaient toujours leurs conquêtes. Deux nouvelles guerres contre les Siamois, en mi et 1786, avaient amené une paix signée en 1793, qui abandonnait aux Birmans la côte de Tenasserim tout entière et les ports de Mergui et de Tavoy. Les Birmans s'étaient auparavant emparés de TArakan. La chose était importante, car, de cette province, ils pénétrèrent à Chittagong, appartenant aux Anglais depuis 1760. Ceux-ci envoyèrent une mission spéciale en Birmanie. Sir John Shore, gouverneur général des Indes*, nomma comme agent plénipotentiaire Michael Symes, capitaine, ensuite major au 76' régiment de Sa Majesté britannique, pour aller traiter avec Badoun- Meng, roi d*Ava, fondateur d'Amarapoura, (ils d'Alompra, d'une part, et, d'autre part, s'informer dans les contrées qu'il devait parcourir de la situation des sujets anglais. Symes s'embarqua à Calcutta le 21 février 1795 sur le Sea-Horse, croiseur armé appartenant à VEasl-India-Company, et commandé par le capitaine Thomas. Un secrétaire, Wood, un chirurgien, docteur Buchanan, le secondaient. Quatorze cipayes, conduits par un sergent et un caporal indigènes, un pandit et plusieurs subalternes accompagnaient Michael Symes dans cette mission qui comprenait plus de soixante-dix personnes. Le récit de cette mission est extrêmement intéressant, mais nous dirons seulement que, parfaitement accueilli, reçu avec des marques de politesse plus ou moins vraie, l'envoyé anglais signa ou crut signer, en septembre 179S, avec le roi d'Ava, un traité qui devait assurer à la Compagnie des Indes de grands avantages commerciaux. Aussi le gouverneur général sir John Shorc, voulant mettre à profit les avantages résultant du voyage de Michael Symes, envoya l'année suivante à Rangoun, comme résident, le capitaine Hiram Cox, de l'infanterie indigène du Bengale. Arrivé à Rangoun le 8 octobre 1796, Cox fut très bien reçu en février 1797 par Badoun-Meng. Comme on le voit par le récit même de Cox, son voyage fut très curieux. Il raconte que,

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