Voir ci-dessous, chap. vi, Europe orientale
sance du second ordre, qui ne sera plus redoutable à personne et on fera ainsi disparaître le foyer de la démocratie qui a pensé embraser TEurope. »
La situation semblait désespérée. La France était cernée par terre et par mer, mise hors la loi par les puissances, affamée par la défense d'importer des blés chez elle, déchirée par la guerre civile. Les étrangers la menaçaient du démembrement; les émigrés, d'une contre-révolution sanglante. Pour résister à tant de périls : un gouvernement à 750 tètes, que la discorde semblait rendre impuissant; des armées désorganisées par la désertion des hommes, par la trahison des généraux ; un papiermonnaie dont personne ne voulait!
IIL — La défense nationale.
Causes du salut de la France : l"" Division des puissances. — Le salut de la France fut dû à trois causes : les divisions dans la coalition, Ténergie de la Convention, l'organisation d'une armée redoutable. La coalition n'existait qu'en apparence. Les puissances n'apportaient dans la conduite des hostilités contre la France aucune communauté de vues, aucune direction générale et suivie. Leurs intérêts étaient en opposition marquée. Leurs divisions croissantes paralysèrent leurs efforts et contribuèrent au salut de l'ennemi qu'elles prétendaient anéantir.
L'Angleterre. — L'Angleterre seule combattit énergiquement et avec succès, parce que, seule, elle apporta dans la lutte des forces analogues à celles de la France révolutionnaire : le principe de la liberté et l'amour de la patrie. Depuis Cromwell sa politique étrangère n'avait pas changé : c'était la poussée constsmte vers la mer, la poursuite acharnée de la domination coloniale. Elle avait sur le continent sa clientèle d'États secondaires qu'elle enrôlait à prix d'argent dans les guerres 'contre la France. La Hollande la suivait aveuglément; le Portugal était comnie une colonie britannique en Europe. L'Angleterre payait
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les services mercenaires tantôt de la Prusse, tantôt de rAutriche, souvent des deux grands Etats allemands, quand elle pouvait les réunir dans une action commune contre la France. Sa position insulaire lui permettait, comme Tobservait déjà Montesquieu, < d*insulter partout impunément ». Enfin un grand ministre se rencontra, qui résumait en lui le génie national. William Pitt a été sans contestation l'adversaire le plus acharné et le plus dangereux de la Révolution '. Il ne put réaliser son rêve de prendre et de garder Dunkerque. Mais il acheva la ruine de notre marine et de nos colonies.
L'Autriche et la Prusse. — En Autriche, Tincohérence du gouvernement augmentait le manque de cohésion des peupies. G*était un corps d'Etat en léthargie. La lenteur proverbiale des armées dégénérait plus que jamais en inertie. Sans élan pour Tatlaque, elles n'étaient propres qu'à la défense. Un Mack, si petit devant Napoléon, y passait pour un génie transcendant. La diplomatie se consumait en projets trop ambitieux, en combinaisons trop subtiles. Un Gobentzel, un Thugut, un Spielmann, s'imaginaient, du fond de leurs palais de Vienne, mener l'Europe; ils n'en étaient que les jouets. Par le traité de Reichenbach, l'Autriche avait renoncé aux conquêtes en Turquie, pour mieux veiller sur la France, de concert avec la Prusse. Les hommes d'Etat autrichiens ne pénétrèrent pas le double jeu de leur allié Frédéric-Guillaume en Pologne. Le traité secret des cours de Prusse et de Russie pour un nouveau partage de la Pologne, publié le 23 janvier 1793, fut un coup de massue pour la cour de Vienne. L'empereur François II entra dans une violente colère à la nouvelle de ce démembrement^. Il chassa Gobentzel et appela, pour diriger sa diplomatie, le baron de Thugut, l'ancien confident de Kaunitz.
La Prusse, entre les mains du polygame et piétiste Frédéric- Guillaume II ', tombait dans une décomposition lamentable. L'armée y était trop séparée de la nation, excellente pour l'attaque, incapable d'une défense efficace du territoire national,