‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 17 sur 166 · Voir ci-dessous, le chap. xx, SuUse · texte numérisé non relu

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fit offrir au baron Yiguet d abandonner la Savoie, Nice et la Sardaigne à la France. Victor-Amédée recevrait en compensation Gènes et tout ce qu'il pourrait conquérir du Milanais sur rAutriche. Les avances de TAngleterre empêchèrent cette négociation d'aboutir : Pitt faisait espérer au roi de Sardaigne comme part des dépouilles de la France tous les départements français au delà du Rhône. Victor-Amédée promit d'envoyer 20000 hommes envahir la Provence quand le comté de Nice serait repris. Mais l'invasion n'eut pas lieu et l'hostilité de ce prince ne servit qu'à entrs^îner nos armées à la conquête fatale de l'Italie du Nord.

L'Espagne faisait à la France une guerre de principes, par point d'honneur pour venger la mort du roi. Deux comités révolutionnaires furent formés à Perpignan et à Bayonne pour municipaliser TEspagne, c'est-à-dire préparer son annexion. Danton comprit l'imprudence de cette politique : il transforma ces deux comités en comités espagnols d'instruction publique. La chevaleresque Espagne, une fois sa protestation épuisée, n'avait plus aucune raison pour rester éloignée de la France. Elle se montra disposée, une des premières, parmi les puissances à abandonner la coalition.

Le Danemark, où le francophile ministre André de Bernstorff était tout-puissant, repoussa toute idée de guerre contre la France. En Suède, Gustave III avait été assassiné (mars 1792), au moment où il allait se mettre à la tête de la croisade des rois contre la Révolution. Le duc de Sudermanie, régent pour son neveu Gustave IV, se montra d'abord hostile aux Français ; mais bientôt, effrayé des intrigues du parti russe, il en disgracia les chefs les plus influents, reçut en secret le nouveau ministre de France, Verninac, et envoya à Paris le baron de Staël, qui, par sa femme, était depuis longtemps rallié à la cause française. Staël négocia avec Le Brun un projet de traité qui fut approuvé le 16 mai par le Comité de salut public, et qui reconnaissait la République française. Les échecs subis par la France firent hésiter le régent à approuver le traité que lui soumettait son ambassadeur. La Suède se contenta d'observer une stricte neutralité.

La Russie était nettement hostile ^; mais quand on lui demandait des subsides en argent ou des secours en hommes pour renforcer la coalition, ses ambassadeurs restaient muets.

En somme, les souverains de TEurope s'étaient unis dans une coalition contre nature pour combattre une propagande qui pouvait leur être également dangereuse à tous. Mais les intérêts opposés de chaque couronne devaient amener bientôt les scissions et les conflits.

2'* Énergie de la Convention nationale. — D'ailleurs, en présence de Timmense péril que faisaient courir à la France la guerre civile et la guerre étrangère, la Convention ne s'abandonna pas : elle déploya cette audace que lui demandait Danton. Le gouvernement fut remis au terrible Comité de salut public. Ses adversaires furent livrés au Tribunal révolutionnaire. Après la défaite des Girondins, les Montagnards purent organiser un gouvernement très puissant et très concentré qui appliqua le code militaire aux factions de Tintérieur, nourrit la multitude grâce au maximumy alimenta les armées par les réquisitions et sauva la France par la terreur *.

3*" Organisation de l'armée : inconvénients des volontaires. — La Convention a organisé Farmée nouvelle. Elle a créé l'instrument de la victoire. Déjà en 1792, devant la menace de l'invasion, la Législative avait décrété la formation des bataillons de volontaires. La plupart des volontaires sortaient des rangs de la garde nationale. Ils furent constitués en bataillons de marche. Les autorités départementales furent chargées de les enrôler, de les équiper, de leur payer la prime d'engagement. Ils y eut bientôt deux cents bataillons de ces jeunes soldats animés d*un excellent esprit. Dumouriez les fondit dans les anciennes troupes, les triant avec soin, renvoyant tous ceux qui étaient trop âgés, infirmes ou hors d'état de servir, punissant de mort les déserteurs, faisant raser les maraudeurs et les chassant tondus de l'armée. Il en fit une armée homogène et forte. Ce furent les vainqueurs de Valmy et de Jemmapes. Montesquiou, qui les avait bien en main, les préférait aux troupes de ligne.

\. Voir ci-<Iessous, chap. vi, Europe orientale.

2. Voir l'histoire intérieure «le la Convention au chapitre iv.

Cependant les inconvénients de ces levées hâtives ne tardèrent pas à paraître. Les départements ne mirent pas tous le même zèle à recruter, à équiper, à instruire leurs volontaires. Les plus riches payaient un remplaçant. Les volontaires nommaient à l'élection leurs officiers; leur choix tombait le plus souvent sur les plus beaux parleurs et les patriotes >les plus exaltés; beaucoup de clubistes devinrent officiers; mais leur ostentation de civisme ne pouvait remplacer les qualités militaires. Enfin les volontaires n'étaient enrôlés que pour une campagne : le terme de leur engagement expirait au 1** décembre de chaque année. A la fin de Tannée 1792, Tarmée sembla fondre en quelques semaines. Les routes qui mènent de la Belgique et des bords du Rhin en France étaient pleines de volontaires, officiers et soldats, qui regagnaient leurs foyers. Beurnonville se plaignait que plusieurs de ses bataillons ne comptaient plus que 120 hommes. Le 27 décembre, une de ses compagnies était réduite à un sous-lieutenant et à un sergent. «.J'ai beaucoup trop de ceux qui mangent, écrivait Birou, et pas assez de ceux qui servent. » En vain la Convention chercha à faire honte à ceux qui abandonnaient Tarmée : c La loi vous permet de vous retirer, le cri de la patrie vous le défend. » La désertion continua. En vain la Convention permit aux soldats de se marier sans l'autorisation de leurs chefs. Toutes les femmes des camps trouvèrent aussitôt un mari qui légitima leur présence, et les désordres dont elles étaient la cause ne furent pas moindres.

Les ministres de la guerre : Pache, Beurnonville, Bouchotte. — Au début de la Convention, les ministres contribuèrent par leur incapacité à augmenter le désarroi de l'armée. Pache, le successeur de Servan, poussé par Roland à la direction de la guerre, était un travailleur désintéressé, mais sournois et ambitieux; sous prétexte de montrer son austérité, il alTectail des allures débraillées et cyniques. Il eut quelques bons auxiliaires, comme Meusnier et CafTarelli. D'autres, comme Hasenfratz et Vincent, qui voulaient garder leur influence dans les clubs, désorganisaient les services sous prétexte d'y infuser l'esprit nouveau des sans-culottes. Dans celte armée du Rhin,

OÙ la manie de Témigralion était portée à rextrème et détruisait tous les cadres, ils voulaient achever Tépuration des étatsmajors, chasser tous les officiers nobles, casser tous les commissaires accusés de favoriser la contre-révolution. Ils appelaient cela pairiotiseï* Tarmée. Pache, en instituant un -directoire des achats pour toutes les fournitures, désorganisa complètement le service des vivres en Belgique!. 11 arrêta la course victorieuse de Dumouriez et il se trouva que les nouveaux munitionnaires ne spéculaient pas moins que les anciens ; mais, de plus, ils laissaient Tarmée mourir de faim. Beurnonville réclamait des bas et des chaussures : on lui en envoya pour tailles d^enfants. c Nourrissez-nous et habillez-nous ou laissez-nous partir », disaient les volontaires. Dumouriez vint à Paris, au commencement de Tannée 1793, et réussit à faire tomber Pache (4 février). Beurnonville fut élu à sa place par la Convention. On pouvait reprocher à YAjoj) français d'être trop vaniteux et vantard ; mais il était actif, bien intentionné : il avait commandé et il connaissait bien larmée. Il eut plus de tenue que Pache; il fit plus de cas des qualités militaires des chefs que de leur naissance ou de leur exaltation révolutionnaire. Il prit des mesures sévères pour renvoyer à leur corps les officiers et soldats qui l'abandonnaient sans permission. Il resta peu de temps à la tète de ce grand service : au bout de deux mois il était livré par Dumouriez aux Autrichiens. Bouchotte se servit des mêmes agents que Pache et s'efforça comme lui d'infuser à l'armée le plus pur esprit jacobin. Mais on lui doit cette justice qu'il a exécuté avec beaucoup de vigueur les décisions du Comité de salut public. Malgré les attaques dont il a été souvent l'objet, on doit reconnaître qu'il a une très grande part dans l'œuvre de la défense nationale. Le 12 germinal an II, le Conseil exécutif provisoire et les six ministères qui le composaient furent supprimés. Les pouvoirs du ministre de la guerre furent alors répartis entre les deux commissions executives de la guerre : l'une était chargée de l'organisation et du mouvement des armées ; l'autre des approvisionnements. Elles fonctionnaient sous la surveillance du Comité de salut public ; Carnot y exerçait une influence prépondérante.

Gamot. — Son œuvre est gigantesque. Il préluda à son rôle à* organisateur de la victoire en inspectant toutes nos frontières les plus menacées, en organisant partout la défense de nos places fortes. Il savait choisir les hommes, discerner leurs aptitudes, les soutenir, diriger pratiquement leurs efforts vers le succès. Il s*entoura de collaborateurs excellents qui avaient servi dans l'ancienne armée et qui organisèrent la nouvelle : d'Arçon, Favart, Lacuée de Cessac, etc. Il sut les défendre conlre les basses jalousies et les calomnies intéressées. Il dressait des plans de campagne, et il aidait à les exécuter comme il fit a Hondschoote et i Wattignies. Il détourna les yeux autant qu'il put des sanglantes tragédies de Tintérieur, ne s*associant aux proscriptions du Comité que par la cruelle nécessité de la signature. Toute son attention était concentrée sur Tarmée. Aidé de Dubois-Crancé et de son compatriote Prieur de la Côte-d*Or, anciens officiers comme lui, bien secondé par Bouchotte, il arriva à mettre sur pied en une année ces quatorze armées, ces i 200000 hommes qui délivrèrent le sol national et agrandirent la France jusqu'au Rhin.

Lia levée de 300 000 hommes. — Au début de l'année 1193, l'armée ne comptait plus que 228 000 hommes. La Convention dut recourir à des mesures inusitées. Le 24 février, à la suite d'un rapport fortement motivé de Dubois-Crancé, elle décréta une levée de 300 000 hommes; 82 commissaires furent envoyés dans les départements c à l'effet d'instruire leurs concitoyens des nouveaux dangers qui menacent la patrie ». Ils devaient hâter les levées. Mais la Convention eut le tort d'autoriser encore le remplacement : c II est impossible de calculer les maux qu'a produits la faculté du remplacement pour les recrues. Il en résulte que les hommes se sont accoutumés à se vendre cinq ou six fois dans divers bataillons, et que des gens robustes, qui avaient été désignés pour marcher, se sont fait remplacer par des boiteux, des crapuleux, des gens perdus de mœurs. » (Rapport de Carnot et de Duquesnoy.)

La levée en masse. — La levée de 300 000 hommes semblait insuffisante à l'opinion. La constitution de 1793 venait de décréter que tous les Français étaient soldats : c'était le

devoir militaire imposé à tous sans distinction de naissance, ou de condition, sans possibilité de remplacement. Si la constitution ne pouvait pas être immédiatement appliquée dans son ensemble, n'était-il pas urgent tout au moins d'en détacher Tarticle relatif au service obligatoire? C'était Tidée de la levée en masse. Les délégués provinciaux qui vinrent à Paris apporter les résultats du plébiscite approuvant la constitution de 1193 étaient les principaux adeptes de cette idée. Cependant le Comité de salut public avait peur d'un excès d'encombrement. Comment armer, comment nourrir du jour au lendemain les multitudes énormes que la levée en masse allait mettre en mouvement? Quelle figure feraient devant l'ennemi ces soldats dépourvus de tout? A la suite de la fête du 10 août 1793, les délégués des communes de France, réunis aux commissaires des sections de Paris, allèrent demander à la Convention la levée en masse : « Une nation de 25 millions d'hommes, disaient-ils, bien décidée à défendre sa liberté est invincible si l'on sait utiliser toutes ses forces pour les jeter sur l'ennemi... Que le tocsin de la liberté sonne dans toute la République à heure fixe. Que le cours des affaires soit interrompu, que la grande et unique aiTaire des Français soit de sauver la République. » La Convention subit la pression de l'opinion : elle adopta le principe de la levée en masse (16 août 1793) et chargea les délégués (les communes, qui semblaient gênants à Paris, d'aller en surveiller l'application dans les dé|iartemenls. Le 23 août, sur un rapport célèbre de Barère, l'assemblée vota la mesure. « Que chacun, disait-il, occupe son poste dans le mouvement national et militaire qui se prépare. Les jeunes gens combattront. Les hommes mariés forgeront les armes, transporteront les bagages et Tartillerie, prépareront les subsistances. Les femmes travailleront aux habits des soldats, feront des tentes et porteront leurs soins hospitaliers dans les asiles des blessés. Les enfants mettront le vieux linge en charpie, et les vieillards, reprenant la mission qu'ils avaient chez les anciens, se feront porter sur les places publiques; ils enflammeront le courage des jeunes guerriers, ils propageront la haine des rois et l'amour de la République. » En conséquence de ce décret, les Français de

dix-huit à quarante ans furent mis en c réquisition permanente ». Mais les non mariés ou veufs sans enfanta de dix-huit à vingtcinq ans devraient être seuls enrôlés au début; les autres successivement suivant les besoins de la défense. Ce fut lapremièf^e réquisition, D*autres pourraient suivre s*il était nécessaire. Ainsi le système de la réquisition régla le principe de la levée en masse. Chaque district dut former un bataillon dont le drapeau porterait cette inscription : « Le peuple français debout contre les tyrans. » — « La réquisition fut à Tordre du jour, dît Mignet : on recruta les armées avec des réquisitions d'hommes; on les nourrit avec des réquisitions de vivres. »

Cette obligation imposée à tous du devoir militaire produisit un grand effet moral. Le Comité de salut public, qui avait le sens des nécessités pratiques, adopta le principe et le rendit applicable grâce au sage correctif de la réquisition. La première réquisition fournit 450 000 hommes. D'autres furent appelés à mesure que de nouvelles armées partaient pour la frontière. A la fin de 1793, 642000 hommes étaient sous les armes et leur nombre s*accrut rapidement. Les réquisitionnés furent bien supérieurs aux volontaires. Ils se savaient responsables du salut de la patrie; en courant faire leur dev<ûr à la frontière, ils échappaient au triste régime de la Terreur qui sévissait à rintérieùr. L*armée devenait ainsi l'image la plus noble de la patrie française et de Tidée républicaine.

L'amalgame : Dubois-Grancé. — Mais une armée ne s'improvise pas; malgré l'élan patriotique et l'enthousiasme révolutionnaire, il y faut des hommes exercés et capables de supporter les fatigues d'une campagne. Les volontaires et les réquisitionnés étaient des troupes sans cadres. Au contraire, malgré l'émigration des officiers nobles, l'armée de ligne comptait encore dans tous les grades une pléthore d'officiers ou de sous-officiers rompus au service. C'étaient des cadres sans troupes. Depuis longtemps les chefs avaient proposé la fusion intime des nouvelles avec les anciennes troupes. Narbonne, Kellermann, Custine l'avaient réclamée. Dumouriez l'avait opérée partiellement. Dubois-Crancé fit décréter cette fusion, connue sous le nom d'amalgame, dès le 23 février 1793, et

cette mesure si juste et si pratique fut immédiatement appliquée par un assez grand nombre de généraux. Tout d*abord, certaines résistances se produisirent; des duels eurent lieu entre les cuU blancs (armée de ligne) et les bleuets (volontaires). L'habit blanc fut aboli sous peine de mort, le 29 août 1793, et remplacé par rhabit bleu, devenu bien vite glorieux et populaire. L*amalgame, autorisé le 11 juin 1793, décrété le 12 août, appliqué en grand surtout à Tarmée du Rhin, fut enfin rendu obligatoire et étendu à toute Tarmée par le décret du 8 janvier 1794. Deux bataillons de conscrits furent associés à un bataillon de vieilles troupes pour former une demi-brigade (nom qui remplaça l'ancien nom de régiment), c'est-à-dire l'unité tactique par excellence. Chaque bataillon comprenait 1067 hommes, répartis en neuf compagnies, dont une de grenadiers et huit de fusiliers. A la fin de l'embrigadement, le 21 mars 1794, l'infanterie compta 196 demibrigades de ligne et 22 demi-brigades d'infanterie légère avec 1176 pièces de campagne. La cavalerie se composait de 27 régiments de carabiniers et cuirassiers et de 59 régiments de cavalerie légère, soit 90 000 chevaux. L'artillerie eut un effectif de 15 000 hommes et garda son ancienne oi^anisation ainsi que les 5300 soldats du génie. On arrivait ainsi au début de 1794 à un effectif de plus de 850 000 hommes.

L'administration de Tannée. — On a vu plus haut quelles furent, au Comité de salut public, les attributions militaires de Carnot, de Prieur de la Côte-d'Or et de Robert Lindet. < Je regarde la partie des subsistances comme aussi essentielle à un général que la partie militaire », écrivait avec raison Dumouriez. Le meilleur moyen de ravitailler l'armée n'était pas d'arrêter tous les munitionnaires sous prétexte qu'ils étaient des spéculateurs et des fripons, comme le pensaient Cambon et Jeanbon Saint-André. Cependant il était nécessaire de prendre des mesures révolutionnaires pour faire face à une situation sans précédents. Dès le début de 1793, les transactions commerciales furent en grande partie entravées par l'établissement du cours forcé des assignats et du maximum. Les généraux, depuis le décret du 15 décembre 1792, furent invités à recourir aux réquisitions; mais plusieurs réquisitions successives rui-

naient un pays; il fallait les étendre sans cesse et alors le prix des transports absorbait toutes les ressources. Robert Lindet fit décréter (12 février 1794) que la commission des subsistances pourrait seule à Tavenir user du droit de réquisition. Cette commission exigea qu*on versât les grains, de district en district» en divergeant du centre vers les armées. Les charrois imposés aux cultivateurs furent réduits à moins de dix lieues. La commission n'eut pas recours à des moyens coercitifs qui auraient pu échouer. Elle appela à Paris les représentants des municipalités opposées au système et leur ûi comprendre que cette combinaison pouvait seule assurer le salut commun. Dès lors les armées reçurent plus régulièrement les vivres indispensables. Les pays occupés furent soulagés d'autant.

Pour armer ces énormes contingents, il fallut créer un important matériel de fabrication et recourir à tous les procédés nouveaux qu offrait la science. 258 forges et 15 ferreries furent établies à Paris et fournirent un millier de fusils par jour. Clouet, professeur de chimie à l'école de Mézières, organisa quatre grandes forges dans les Ardennes. Les fonderies de canons fournirent en un an 7000 pièces de bronze et 13 000 pièces de fonte. La poudrerie de Grenelle, grâce à des procédés nouveaux, put fabriquer en trois heures ce qu'on mettait auparavant plus d'un jour à produire. Elle livra 30 000 livres de poudre par jour (elle ne sauta que le 31 août 1794). Les savants étaient mis en réquisition pour les besoins de la défense nationale, comme les cordonniers et les armuriers ou forgerons. Fourcroy trouva de nouveaux procédés pour la fonte de l'acier, pour la fabrication rapide des baïonnettes et des sabres. Les cloches furent fondues et se changèrent en canons. BerthoUet découvrit qu'on peut obtenir du salpêtre en lavant les vieux murs ^ ; ce fut un enthousiasme général. Des cours révolutionnaires furent ouverts pour enseigner les procédés nouveaux d'extraction et de raffinage du salpêtre et la fabrication de l'acier et du bronze. Guyton de Morveau, Monge, Fourcroy, BerthoUet les professèrent. Ainsi toute la vie nationale était suspendue ; ainsi tous les efforts de

1. Voir ci-dessous, chap. zi, Créations teientifiques de la Révolution.

chacun étaient consacrés à la défense de la patrie dans Tordre du travail où il pouvait le mieux la servir. Barëre, dans son célèbre rapport du 13 août, avait proclamé éloquemment cette nécessité de tout approprier au souci de la défense : c Les maisons nationales seront converties en casernes, les places publiques en ateliers; le sol des caves servira à préparer le salpêtre; tous les chevaux de selle seront requis pour la cavalerie, tous les chevaux de voiture pour Tartillerie; les fusils de chasse, de luxe, les armes blanches et les piques suffiront pour le service de Tintérieur. La République n*est qu'une grande ville assiégée ; il faut que la France ne soit plus qu'un vaste camp. 9

La tactique nouvelle. — Pendant longtemps encore ces hommes levés à la hâte, souvent insuffisamment armés, à peine et mal nourris, manquèrent de Tinstruction nécessaire, lis ne pouvaient faire une guerre méthodique et réglée. Carnet le comprit et trouva la seule tactique convenable pour ces levées tumultuaires. Il les jeta en masses profondes sur un point donné : aux manœuvres savantes qui n'avaient pas changé depuis la guerre de Sept ans, il opposa Tinondalion à jet continu des bataillons et des demi-brigades. Les généraux français devaient prendre une oiTensive hardie, conforme au tempérament français et à Texaltation révolutionnaire, préluder à Tattaque par une canonnade vivement nourrie, charger à la baïonnette au chant de la Marseillaise ou de Timpétueux Ça ira! étonner Tennemi par leurs coups imprévus, le déborder par le nombre. Ce fut une effroyable consommation d'hommes. De 1792 à 1800 on compte que 2 080 000 hommes furent appelés au service ; 720 000 hommes périrent les armes à la main. Avec les blessés et les malades, la perte totale monta au moins au double. Mais on ne comptait pas les morts; on marchait en avant sans regarder ceux qui tombaient en route. Sur la motion de Jeanbon Saint-André, un code nouveau de la guerre fut promulgué le 18 septembre 1793. Renonçant désormais à toute idée philanthropique, les chefs français n'hésiteraient plus < à exercer à l'égard des pays et des individus subjugués par leurs armes les droits ordinaires de la guerre ». En conséquence, des

otages seraient pris parmi les notables; les habitants seraient désarmés; des contributions seraient levées en nature et en numéraire, principalement sur les riches, les privilégiés et les corporations religieuses, moyennant récépissés. Les propriétés publiques seraient saisies; les forteresses rasées; les ponts, canaux et écluses détruits. G*était décréter non plus la guerre de délivrance, mais la guerre à outrance pour réduire à merci c la coalition des tyrans contre la liberté ».

Lies représentants en mission. — Pour faire régner la plus exacte discipline, pour imprimer Tunité de direction indispensable, pour faire pénétrer partout son invincible énergie, la foi qui réalise les miracles, la Convention envoya à toutes les armées ses représentanls en mission avec des pouvoirs illimités *. Rewbell et Merlin de Thionville avaient déjà donné Fexemple à Mayence . Bourbotte, en Vendée, rivalisa de courage et de grandeur d*âme avec Marceau. Philippeaux sauva et pacifia Nantes. Briez et Cochon à Yalenciennes prolongèrent la résistance pendant quarante jours, malgré le bombardement et 1 émeute. Carnot et Duquesnoy combattirent à Wattignies, Chasles à Warwick, Dubois-Crancé à Tarmée des Alpes, Soubrany et Milhaud à celle des Pyrénées : Fabre (de Tllérault) s*y fit tuer. Robespierre le jeune, Ricord et Salicetti contribuèrent à rteprendre Toulon. Lacoste et Baudot sauvèrent Hoche des calomnies de Pichegru. Saint-Just et Lebas, à Tarmée de Sambre-et-Meuse, ont laissé les modèles les plus parfaits du représentant aux armées, émanation directe du grand Comité de salut public. Enflammer le patriotisme, imposer à tous une règle inflexible, réprimer avec une sauvage rigueur les moindres manquements, frapper les chefs plus sévèrement que les humbles, gagner le soldat en veillant à ses besoins, forcer la population civile à tout sacrifier au bien de Tarmée, tel était le difficile programme qu'ils appliquèrent. Grâce à de nombreux et rudes exemples, la transformation fut rapide et complète : fusillé, tout soldat coupable d'avoir quitté le camp pour passer quelques heures à Strasbourg; cassé et réduit à servir comme

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