Voir ci-dessus, p
mes de robe, à des négociateurs comme Cambacérès, Merlin de Douai, Treilhard, Boissy d*AngIas, Sieyës et Rewbeli. Miot fut chargé de la direction des bureaux des affaires étrangères, avec le titre de commissaire des relations extérieures. Le nouveau Comité eut d*abord à décider quelle serait la conduite à tenir dans les pays occupés. Nos généraux et nos soldats étaient admirables de dévouement et de désintéressement. Mais il fallait faire vivre les armées aux dépens des vaincus. Le Comité de salut public recommanda d'épargner les paysans et les ouvriers, de payer régulièrement les réquisitions en assignats, d'exiger des riches, nobles et prêtres de fortes contributions de guerre, qui seraient soldées en numéraire. Ce sont les procédés ordinaires de la guerre, avec cette différence capitale que les prélèvements, au lieu de ruiner le pauvre, ne firent qu'eniamer la fortune du riche. C'était une nouvelle application de la maxime chère à la Convention : giœn*e aux châteaux, paix aux chanmièi^es.
Débats sur les ik*ontières naturelles. — D'importants débats commencèrent aussi pour savoir si l'on annexerait les pays occupés et où s'arrêterait l'annexion. L'opinion dominante était que la France devait s'agrandir. Des membres du Comité comme Carnet et Cochon, des généraux comme Schérer et Beurnonville étaient partisans d'un agrandissement très modéré en Flandre, dans les pays de Sambre et Meuse, dans le Luxemboui^, dans la région entre Moselle et Sarre. La réunion de la Belgique n'eût soulevé de guerre implacable qu'avec l'Angleterre. L'Autriche eât été indemnisée en Allemagne. D'autre part, l'annexion des pays entre Rhin et Meuse ne pouvait exciter d'hostilité qu'en Allemagne. L'Angleterre y eût souscrit sans difficulté; des compensations auraient été accordées au delà du Rhin aux princes dépossédés. Cependant la tentation était grande de ne rien rendre des pays si rapidement conquis et de réaliser le rêve poursuivi par Richelieu et Louis XIV de refaire l'ancienne Gaule jusqu'au Rhin. A mesure que nos armées s'approchèrent plus près du grand fleuve, Timpulsion de l'opinion devint irrésistible. Dubois-Crancé, dans Mnj>lan de conduite à tenir par le Comité de satut public, Merlin de Douai, Cambacérès, Boissy
(l*Anglas, Sieyès, dans plusieurs discours au Comité, se firent les apôlres de la politique des frontières naturelles : « La République, disait Gambacércs, a des limites naturelles dans les Alpes et les Pyrénées, dans les deux mers et dans un pays libre, notre allié depuis plusieurs siècles. Elle se trouve contiguë, vers le nord, à des possessions étrangères dont la démarcation et des gouvernements jaloux ont causé des siècles de guerre... Vous examinerez si les conseils de la nation et Texpéricnce des siècles ne demandent point que vous traciez d'une main sûre les limiles de la République française, si l'exécution de ce grand dessein ne doit pas être la base et la véritable garantie de la paix universelle. » Pour arriver à ces fins, Dubois-Crancé proposait de rechercher ral)iance de FEspagne, qui céderait à la France Saint-Domingue et la Havane et recouvrerait le Portug-al et Gibraltar; Talliance du roi de Sardaigne, qui obtiendrait le Milanais en échange de Nice et de la Savoie; Talliance de la Prusse, qui s'sigrand irait du Brunswick et de la Silésie autrichienne, en compensation de ses possessions de la rive gauche du Rhin (le duc de Brunswick deviendrait Electeur de Hanovre a la place du roi d'Angleterre) ; enfin Talliance de la Hollande, qui serait érigée en république sœur et constituée à l'image de la France. Beaucoup des articles de ce programme furent réalisés plus tard par Bonaparte. Ce qui en faisait le fond, c'était la continuation d'une guerre à mort contre l'Autriche et contre l'Angleterre.
Cette double guerre était depuis de longs siècles dans les traditions de la politique française. Elle continua avec succès. Après Fleurus, il semble que le Comité ait commis les mêmes fautes qu'on pouvait reprocher aux alliés. Pichegru et Jourdan se séparèrent au lieu d'écraser successivement de leur masse les Anglais et les Autrichiens. Le siège des places de Condé, Landrecies, Le Quesnoy et Valenciennes avait paralysé toutes les opérations jusqu'à la fin de septembre. D'ailleurs la mort de Robespierre avait jeté la consternation parmi les armées révolutionnaires. Elles s'attristaient des cris de joie des royalistes; elles étaient réduites à une profonde misère par les administrateurs intrigants ou incapables qui avaient remplacé Robert
Lindet et Prieur. Elles étaient oblig'ées d^épuiser la Belgique de réquisitions.
Conquête de la Belgique et de la Hollande. — Elles reprirent cependant roffensive en octobre 1794 et déployèrent une intrépidité, une endurance, qui n*ont jamais été égalées. Pichegru recommença la poursuite du duc d*York en Hollande, par la roule qu'avait voulu prendre Dumouriez en 1793. Il s'empara de Berg-op-Zoom, de Bréda, de Bois-le-Duc et de toutes les places du Brabant hollandais, franchit la Meuse à Grave, le Wahal à Nimègue. c Cent mille ennemis, de troupes superbes, ne savaient que se tapir successivement derrière une rivière, une place, un canal sans rien défendre. » L'hiver était venu : nos troupes, presque sans vêtements, exténuées de faim et de fatigue, espéraient pouvoir prendre leurs quartiers d'hiver. Mais voici qu'on apprend qu'une révolution a éclaté en Hollande, que le slalhouder s'est réfugié en Angleterre, que les patriotes hollandais font appel aux sans-culottes de France. Alors ces spectres « amaigris, vêtus d'héroïques lambeaux, malgré un froid de n degrés, s'ébranlèrent de nouveau, passèrent le Lech, entrèrent à Arnheim, à Utrecht, à Amsterdam, où ils furent reçus aux acclamations des habitants ». « Cette cité fameuse par ses richesses vit avec admiration dix bataillons de ces braves sans souliers, sans bas, forcés de couvrir leur nudité avec des tresses de paille, entrer triomphants dans ses murs, au son d'une musique guerrière, placer leurs armes en faisceaux et bivouaquer pendant plusieurs heures sur la place publique au milieu de la glace et de la neige, attendant avec résignation et sans un murmure qu'on pourvût à leurs besoins et à leur casernement » (Jomini) (20 janvier 1795). En arrière Gertruydenberg, Dordrecht, Rotterdam, La Haye, ouvrirent leurs portes sans coup férir. Et pour que rien ne manquât aux merveilles de cette campagne unique, des escadrons de hussards, commandés par Moreau, traversèrent tout le Helder et, s'aventurant sur la glace, forcèrent à se rendre la flotte hollandaise, immobilisée sur la côte de l'île du Texel. La Hollande entière était soumise et demandait l'alliance de la France. Louis XiV était vengé par les soldats de la République. Pichegru semblait être le plus
illustre général des nouvelles armées. Il fut rappelé à Paris par la Convention pour réprimer, à la tète de la garde nationale, rémeute du 12 germinal, et remplacé par Moreau.
Conquête de la rive gauche du Rbin. — Pendant ce temps, Tarmée de Sambre-et-Meuse remportait des succès non moins glorieux. Jourdan avait 115000 hommes disséminés sur la rive gauche de la Meuse, de Namur à Maostricht. L*aile droite commandée par Schérer franchit la Meuse à Namur et força les 58000 Autrichiens de Gobourg à abandonner successivement les lignes de TOurthe, deTAyvaille et de la Vesdre. Une grande bataille, livrée entre Aldenhoven et Juliers, les rejeta au delà de la Roër. Kléber, qui avait pris une grande part à cette belle victoire (2 octobre), fut chargé de rester en arrière pour bloquer Maëstricht; il y fit prisonnier le prince de Hesse-Cassel avec 8000 hommes et renvoya 15 drapeaux a la Convention (4 novembre). Le reste de Tarmée de Jourdan marcha vers le Rhin, culbutant devant elle les Autrichiens, les força à se réfugier au delà du fleuve, entra en triomphe à Cologne, à Andernach, à Coblentz, et donna la main à Farmée du Nord par Clèves, à Farmée de la Moselle par Coblentz. Celle-ci enleva aux Prussiens les défilés de Pirmasens, les rejeta à Manheim au delà du Rhin, prit Trêves, bloqua Luxembourg. L'armée du Rhin, sous Michaux, s'avança dans le Palatinat et vint investir Mayence. De Bàle jusqu'à la mer, nos quatre armées victorieuses occupaient la rive gauche du grand fleuve (janvier 1795).
L'armée des Alpes. — L'armée des Alpes s'était tenue longtemps sur la défensive. Elle avait dû, tout en repoussant une invasion de Piémontais, concourir à la prise de Lyon et de Toulon (oct.-déc. 1793). Elle s'empara ensuite des grands passages des Alpes. Ceux du petit Saint-Bernard et du Mont-Cenis furent occupés sans difficulté. Celui du col de Tende était défendu par le camp piémontais de Saorgio. Depuis deux ans, nos troupes avaient en vain cherché à l'enlever. Le général Dumerbion, suivant à propos les conseils du chef de son artillerie, le jeune commandant Bonaparte, résolut de tourner l'obstacle par les sources du Tanaro. En moins de vingt jours, les Piémontais perdirent Onéglia, Ormea, Garessio, évacué-
rent le camp de Saorgio, laissant entre nos mains 4000 prisonniers et 70 canons. Les Français furent maîtres de toute la crête des Alpes depuis le Mont-Blanc jusqu'à la mer.
L'armée des Pyrénées. — La guerre contre les Espa- ^ols a témoigné d'autant d'acharnement et d'héroïsme de la part des chefs et des soldats. C'était une guerre désordonnée, toute de passion de la part des Espagnols contre « cette république infernale, qui tuait les rois, insui^eait les peuples et reniait Dieu ». L'ancien ministre Servan, chargé de diriger les opérations dans le Sud, essaya vainement de franchir la chaîne des Pyrénées. Il fallut se borner tout d'abord à se défendre. Le général espagnol Ricardos, ayant passé le col de Portel, repoussa l'armée républicaine jusque sous les murs de Perpignan (avril-juillet 1793). Elle souffrait des mêmes maux que les autres armées : le soupçon à l'égard des officiers nobles, les tracasseries jacobines des représentants en mission, le perpétuel changement de direction. Barbantane, Dagobert, Daoust, Thurreau et Doppet se succédèrent en quelques mois au commandement. Aussi la fin de la campagne de 1793 futelle marquée par de nouveaux échecs : malgré plusieurs tentatives de diversions au delà des Pyrénées, sur Puycerda et Campredon, les Français perdirent Yillefranche , le Boulou, Collioure, Saint-Elne et Port-Vendres. Les Français ayant échoué dans toutes leurs tentatives sur le Boulou durent abandonner la ligne du Tech pour se borner à défendre celle du Tet (fin 1793). A l'ouest, le camp de Sarre avait été surpris, Servan avait eu peine à couvrir Saint-Jean Pied de Port el Bayonne.
La campagne de 1794 ramena l'avantage. Le représentant Fabre de l'Hérault s'était fait tuer bravement à la tête d'une colonne d'attaque. Le vieux général Dagobert, qu'il avait destitué à tort, reprit le commandement. Guerrier au front de patriarche, habillé d'un costume antique, appuyé sur son bourdon de pèlerin, Dagobert marchait à l'ennemi sans armes, à la tète de ses soldats qui l'adoraient comme leur père; les balles semblaient ne pouvoir toucher « ce démon des Espagnols ». Il prit Montlouis, descendit dans la vallée de la Sègrc, investit
la Seu d'Urgel, et mourut de fatigue devant cette place. Son successeur Dugommier joignait aux plus beaux dons du général Tautorité du caractère et le prestige de membre de la Convention. Il fut très bien secondé par ses lieutenants Augereau, Sauret, par cet admirable Pérignon, désintéressé autant que brave, et par le nouveau commissaire, le représentant Delbrel. Celui-ci « accourait partout où le danger sévissait; il traversait à dessein avec ses éclatants insignes les passages où la terre fumait sous les balles ». Toute hésitation du soldat se changeait en émulation à la vue de cette splendide bravoure. Dugommier, avec ses 40 000 hommes, chassa les Espagnols de leur camp retranché du Boulou, leur reprit Saint-Elne, Port-Vendres et Collioure, descendit en Catalogne, où il s*empara de Campredon, et, par la victoire de la Montagne noire, força Bellegarde à capituler (mai-sept. 1794). La garnison espagnole s'était rendue à discrétion : Dugommier promit la vie sauve aux prisonniers, malgré les ordres de la Convention, et les représentants Delbrel et Vidal respectèrent la parole du général en chef. Bellegarde prit le nom de Sud libre comme Condé délivré avait été appelé Noj^d libre. Cependant, le général La Union, successeur de Ricardos, avait fait construire, depuis le col de Banyuls jusqu'à Saint-Laurent de la Mouga, une double ligne de 77 redoutes et batteries armées de 250 canons. Ces lignes s'appuyaient en arrière sur le camp retranché et sur la place de Figuières. L'armée française était dans le plus grand dénûtnent : pour vivre, il fallait prendre Figuières. Dugommier fut tué en ordonnant l'assaut. Pérignon, qui prit le commandement, recommença la bataille le lendemain et, avec l'aide d'Augereau, il força les Espagnols à abandonner leurs retranchements. Figuières capitula (18-27 nov.). La place était abondamment pourvue : les Français purent se ravitailler. Eil apprenant que Schérer, venu de l'armée de Sambre-et-Meuse, était investi du commandement suprême, Pérignon approuva ce choix, déclarant qu'on ne doit jamais remplacer un général en chef « par un général de la même armée ». Il demanda modestement à commander la réserve, réclamant pour Augereau l'honneur de rester à la tète de Tavaùt-gardc, où il s'était brillamment dis-
linyuc '. Rosas fut enlevé à la suite d'un sièg^e difficile, puisqu'il avait fallu hisser des canons de vingt-quatre sur des rochers inaccessibles. Sans doute les Espagnols réussirent à reprendre Puycerda et la Cerdagne : mais les places fortes du nord de la Catalog-ne restèrentaux Français.
A Touest, les représentants Garrau, Cavaignac et Pinet aîné réorganisèrent l'armée, réchauffèrent l'enthousiasme. Sous la conduite d'un chef habile, Moncey, la ligne de la Bidassoa fut reprise et franchie par Maya, Elizondo, et Fontarabie. Le Guipuzcoa fut conquis, la Biscaye envahie. Les Français entrèrent en vainqueurs à Bilbao. En môme temps, le général Miollis pénétrait en Navarre et se préparait à faire le siège de Pampelune, quand la paix fut signée. Ainsi les armées d'Espagne ont aussi bien mérité de la patrie que celles du Nord.
Impuissance de la coalition; lassitude de TEurope. — Tant de victoires des Français, tant de revers des puissances coalisées rendaient la paix facile à conclure. Elle était nécessaire à la Convention, qui se montrait impuissante à prévenir les émeutes populaires ou à éviter les coups d'autorité du Comité de salut public, c'est-à-dire à gouverner la France par la liberté. Elle était nécessaire à la France, afin de décider du sort des pays occupés militairement. La paix n'était pas moins indispensable à la coalition. La fin de la Terreur, la conquête de la Hollande et des bords du Rhin, la répression des troubles de la Vendée et des révoltes intérieures, avaient inspiré aux ennemis de la France à l'égard de la République le respect qu'ils avaient rhabitude de professer pour la force triomphante. Déjà la Prusse avait retiré ses armées (16 octobre 1794); l'Angleterre refusait de les entretenir plus longtemps de ses subsides; la grande Catherine et l'empereur François II s'entendaient secrètement pour partager ou s'approprier la Turquie, Venise, la Bavière, la Pologne (3 janvier 1795). Le roi Frédéric-Guillaume 11 avait quitté les bords du Rhin pour ceux de la Vistule. Plutôt que de risquer de nouvelles défaites en se mesurant encore avec les armées de la République, il estimait plus sûr de chercher
1. Voir celle admirable lellre adressée au représentant Lacombe de Saint- Michel dans Fervel, t. Il, p. 295.
(les compensations en Pologne. Il marchait donc à la paix avec la France « pour ainsi dire à reculons, les yeux fixés vers Varsovie ». (A. Sorel.) L* Angleterre allait tenter à la fois d assaillir nos côtes et de provoquer la contre-révolution à l'aide d'un débarquement d'émigrés. L'échec de la tentative de Quiberon devait démontrer une fois de plus son impuissance. Déjà sa tyrannie maritime provoquait les réclamations des neutres. Le baron de Staël négociait au nom de la Suède un traité pour reconnaître la République et s'entendre avec le Danemark, afin de protéger contre l'Angleterre la liberté des mers (marsavril 1795). Les puissances italiennes souhaitaient la paix, et le grand-duc de Toscane l'avait signée le premier (9 février). Beaucoup de princes allemands désiraient sortir de la coalition. La détresse de l'Espagne, les craintes de la Hollande, la jalousie réciproque delà Prusse et de l'Autriche, l'imminente destruction de la Pologne, l'hostilité croissante des neutres contre l'Angleterre, tout concourait à faciliter l'heureuse issue des négocia- I lions engagées par la Convention.
Traités de Bàle et de La Haye. — Des conférences furent ouvertes à Bàle dès le 12 janvier 1795. Barthélémy y représentait la France. C'était un diplomate de carrière, disciple de Yergennes, homme du monde, très au courant de la tradition, qui avait déjà, comme ambassadeur en Suisse, fourni des renseignements très précieux à la Convention; il ne se fit pas faute de donner des conseils au Comité de salut public sur la direction des négociations; mais quand il reçut des instructions définitives, il s'appliqua à les exécuter avec autant de t^ct que de fermeté. Sur les instances de Mœllendorf, qui avait succédé au duc de Brunswick comme chef des armées prussiennes, du prince Henri et de Lucchesini, le roi de Prusse se décida à envoyer à Bàle le- comte de Goltz pour traiter de la paix. Mais Goltz partit malade de Berlin, mourut le 6 février, et fut remplacé par Hardenbcrg. Celui-ci apportait dans la diplomatie les larges aperçus de l'homme d'Etat; mais il avait trop de déférence pour le prestige de la force et trop peu d'obstination dans la volonté. Barthélémy réclamait, au nom de la Convention, la reconnaissance de la République et la frontière du Rhin. La
Prusse ne devait perdre que les comtés de Meurs, de Clëves et de Berg. Hardenberg demanda des compensations en Allemagne aux dépens des princes ecclésiastiques et réclama la neutralisation de TAUemagne du Nord. Hanovrien de naissance, plus Allemand que Prussien, il rêvait d'établir une confédération de l'Allemagne du Nord, dont la Prusse eût exercé Tliégémonie. Le traité fut signé avec une certaine hâte le 5avril 1795 : Barthélémy craignait de nouvelles émeutes à Paris, et il consentit à la neutralisation de l'Allemagne du Nord; Hardenberg avait peur que la tsarine refusât au roi de Prusse des dédommagements en Pologne, et il céda la rive gauche du Rhin.
La France s'engagea à évacuer tous les territoires prussiens occupés sur la rive droile du Rhin; mais elle garda ceux de la rive gauche ; elle promit d'accepter les bons offices du roi de Prusse en faveur de tous les Etats allemands qui réclameraient sa protection. En vertu d'articles secrets, des compensations en Allemagne furent promises à la Prusse lors de la paix générale, et l'Allemagne du Nord devait être neutralisée sous la garantie du roi de Prusse. Les diplomates du Comité voulaient renforcer la Prusse pour en faire une alliée dévouée de la République. L'extension de la France républicaine jusqu'au Rhin devait avoir pour corollaire l'unification de l'Allemagne au delà du Rhin sous le patronage de la Prusse.
La Hollande fut moins bien traitée, quoi qu'elle se fût érigée en république démocratique. Le Comité exigeait la cession des pays au sud de la Meuse, sans proposer de compensation. Siéyès, qui de Paris dirigeait la négociation, prétendait même que la République batave devait être gardée, non comme pays conquis, mais comme c pays allié ». En vain les négociateurs hollandais Blauw et Meyer vinrent à Paris pour fléchir le touU puissant Comité. Us obtinrent seulement qu'il renonçât à la Zélande. Siéyès et Rewbell se transportèrent à La Haye et y signèrent le traité définitif. La Hollande céda toute la Flandre hollandaise avec Flessingue, Berg-op-Zoom , Bois -le -Duc, Grave, Venloo et Maëstricht. L'Escaut fut rouvert, au grand déplaisir des Hollandais, pour être opposé à la Tamise. La République batave s'engagea à fournir i2 vaisseaux, 18 frégates
et 25 000 hommes à la France pour l'aider dans sa guerre contre l'Angleterre et à payer une indemnité de guerre de iOO millions de florins. De vagues compensations étaient promises à la paix générale : mais où les Hollandais pouvaient-ils en espérer? Lu France obtenait donc en réalité tout le territoire au sud de la Meuse, sauf la Zélande, et une coopération erticace contre l'Angleterre de toutes les forces bataves. Jadis traînée à la remorque de l'Angleterre, la Hollande semblait appelée désormais à évoluer dans le sillage de la France. (Traité de La Haye, 16 mai.)
La paix avec l'Espagne fut signée à Bàle. Elle fut préparée par les négociations de Boui^oing à Madrid et d'Yriarte à Paris. Charles IV avait d'abord demandé que Louis XVU, mis en liberté, fût reconnu roi de la Navarre française. La mort lamentable du malheureux dauphin (8 juin 1795) et surtout les progrès de Moncey dans le Guipuzcoa et de MioUis en Navarre terrifièrent la cour de Madrid. Pour sauvegarder sa situation de ministre et de favori de la reine, Godoy se montra tout d'un coup aussi ardent pour la paix qu'il l'avait été auparavant pour la guerre. Le Comité de salut public demanda d'abord la cession du Guipuzcoa et de la Louisiane; il offrait en échange le Portugal. Mais il eût fallu soumettre par la force ce petit pays, très attaché à son indépendance. Les dernières instructions adressées à Barthélémy furent plus conciliantes. Yriarte alla s'entendre avec lui à Bûle et la paix y fut signée le 22 juillet 1795. La France abandonna toutes ses conquêtes en Catalogne, dans la Navarre et le Guipuzcoa; elle reçut en échange la partie espagnole de l'île de Saint-Domingue. Ainsi un Bourbon reconnaissait la République et acceptait de traiter avec les hommes qui avaient signé l'arrêt de mort de Louis XVI !
En face de cet abandon des principes monarchiques par ceux qui devaient donner l'exemple de les respecter, les faibles n'avaient plus aucune raison de prolester. Ils rejetèrent sur l'entraînement résultant de leur faiblesse la faute amèrement regrettée d'être entrés dans la coalition. La Saxe et les deux Hesse avaient été séduites par l'Autriche; le Portugal et le roi de Naples avaient obéi aux suggestions de l'Angleterre; le pape
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et le duc de Parme prétendirent n*avoir jamais été des ennemis. Tous s'empressèrent de reconnaître la République française avec ses nouveaux agrandissements.
De cette guerre formidable contre TEurope coalisée, la France sortait agrandie jusqu'au Rhin. Elle acquérait en trois ans cette frontière de la vieille Gaule perdue depuis le traité de Verdun, que neuf siècles et demi de monarchie n'avaient pu reconquérir. La diplomatie plébéienne du Comité de salut public avait mieux défendu les intérêts nationaux que la somptueuse diplomatie monarchique, trop souvent gênée par les intérêts de la dynastie. Pour consacrer solennellement les agrandissements obtenus, la Convention nationale vola d'acclamation un décret proposé par Merlin de Douai déclarant à jamais réunies à la France ses nouvelles acquisitions (l*"^ ocl. 1795). Ce décret réglait la question étrangère, au moment où la nouvelle constitution de l'an III semblait devoir inaugurer à rintérieur l'établissement définitif de la République. La Convention proclamait le droit nouveau de la France : la République comme gouvernement; les frontières du Rhin et des Alpes comme territoire. Sans doute l'Angleterre et l'Autriche restaient en armes; il fallait continuer la guerre pour les forcer à la paix. Combien la France eût été forte si elle se fût bornée à défendre son patrimoine de l'ancienne Gaule; si elle s'était interdit désormais toute annexion, tout empiétement au delà de SCS frontières naturelles! Aider l'Italie à s'affranchir de l'Autriche, et l'Allemagne à faire son unité, c'était un résultat possible de la prolongation de la guerre; mais vouloir les asservir, quelle chimère! La République a donné à la France les frontières que la nature lui a tracées; la funeste ambition de Napoléon les lui a fait perdre.
BIBLIOGRAPHIE
Nous n indiquerons ici que ce qui se rapporte exclusivement à Thistoire extérieure, le reste ayant trouvé sa place dans la bibliographie de Thistoirc ialéricurc (voir ci-dessus, p. 230.). — Les documents et ouvrages abondent. Le mieux pour se tenir au courant est de consulter la lievue de la Révolution française fondée en 1880 et dirigée par F.-A. Aulard.
HlSTOlRB GiNCRALC. VIII. 20
Documente : 1® Manuscrits. —Les Archives du Dépôt de /a guerre contiennent la correspondance officielle des commandants généraux, les dépèches secrètes des commissaires de la Convention, les pièces des procès de Gustine, de Houchard, etc., les dossiers relatifs aux volontaires nationaux, à la levée en masse et à la réquisition, les notes de Legrand, etc. Consulter ces archives en demandant les pièces relatives aux différentes armées : armée de Sambre-et-Meuse, armée du Midi, etc. — Aux Archivei des affaires élrangèreSf la correspondance politique et les Mémoires et documents (les consulter par année et par pays) ; — les papiers de Barthélémy (ceux-ci publiés par J. Kaalek dans Tlnventaire analytique des affaires étrangères, Paris, 1886-88, 4 vol. in-8), les rapports de Glarke, la correspondance de Cacault, etc. — Aux Archives nationales^ les.actes du Comité de salut public (publiés par Aulard avec la correspondance des représentants en mission dans la Collection des documents inédits, 8 vol. in4 ; se continue). — Procès- verbaux des séances du Directoire exécutif, messages au Conseil des Cinq cents, etc. — Les archives départementales, en particulier celles des départements frontières, contiennent de nombreuses pièces intéressantes ; et aussi les archives des principales villes d'Europe. H. de Sybel a consulté avec fruit les dépêches et correspondances des généraux Brunswick, Mœllendorf, ICanstein, des ministres Haug^eitz, Hardenberg, Buchholz à Berlin ; du prince de Cobourg à Gotha et les archives de Vienne, Londres, La Haye, Bruxelles, Munich, Naples.
â^ Imprimés. — Les histoires de la Révolution ; les collections de Mémoires, et principalement : Barrière et Berrille, Collection des mémoires relatifs à la Révolution française, Paris, 47 vol., continué par de Lescure. — Buohez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution française, Paris. 1833-1838, 40 vol. in-8. — Tous les mémoires militaires et autres publiés à part, en particulier ceux de GouTion Saint-Cyr, de Soult, de Masséna. de Marmont, de Pelleport, Doulcet de Pjontécoulaut , de Ooguelat, de Roguet; le journal du sergent Frioasse et celui du canonnier Bricard, publiés par Loredan-Larchey, etc. — Les monographies sur les grands personnages de la Révolution. — Martens, Recueil général de traités, Gœltingcn. 1887, in-4. — Bt. Gharavay, Corresp, génércUe de Camot (Collection des doc. inédits, en cours de publication). — A. Robert, E. Bourloton et G. Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Paris, 4 vol. in-8.
Uvrefitl"Ouvr«Mire«d*enil^iiiMo.— Jomini, Hist. critique et militaire des campagnes de la Révolution de 1792 à 4804, Paris, 1819-24, 15 vol. avec atlas. — A. Ghuquet, Les guerres de la Révolution , Paris, 188(>. se continue, 11 vol. in-12 parus (très intéressant et très précieux pour les références). — Krebs et Morris, Campagnes des Alpes pendant la Révolution, Paris, 1891-95, 2 vol. in-8. — Foucart et Finot, La défense nationale dam le Nord de 4792 à 4802, Lille, 1890-93, 2 vol. in-8. — Ferrel, Campagnes df la Révolution française dans les Pyrénées orientcUes, Paris, 1851-53, 2 vol. in-8. — Ducéré, Uarmée des Pyrénées occidentales, Rayonne, 1881, in-8. — H. de Sybel, Hist, de l'fîlurope peiviant la Révolution française (traduction Dosquct), Paris, 1869, 6 vol. in-8. — F.-A. Aulard, La diplomatie du premier Comité de salut public (série d'articles parus en 1890, t. XVIII et XIX, dans la Revue de la Révolution française). — A. Sorel, V Europe et la Révolution fl'ançaise, Paris, 1887-1892, 4 vol. parus. — Fr. de Bourgoing, Histoire diplomatique de l'Europe pendant la Révolution française, Paris, 1865-1885. î- vol. in-8. — Sciout, Le Directoire, Paris, 1895, 2 vol. in-8 parus. — (Ces ouvrages sont les plus complets pour Fhistoire militaire et diplomatique de la Révolution et indiquent toutes les références importantes.)
^ Onvra^e» spéciaux : 1<» Militaires. — Gam. Rousset, Les volontaires (1791-1794), Paris, 1882, in-12. — Michelet, Les soldats de la Révolution.
— Colonel Jung, Dubois-Crancé, Paris, 1884, 2 vol. in-12; et Bonaparte et son temps, Paris, 3 vol. ia-12. — A. Rambaud, Les Français sur le Rhin, Paris, 1880, 1 vol. iQ-12. — Chassin, L'aidée de la Révolution, Paris, in-8. — Sainte- Gbapelle, Hist, généi'alc des institutions militaires pendant la Révolution. — A. Duruy, L armée royale en 4789, Paris, 1889, in-12; et Hoche et Marceau, Paris, 1885, 1 vol. in-12. — A.-V. Boguslawski, bas Leben des Gênerais Dumouriez, Berlin, 1789, 2 vol. — Gay Vemon, Custine et Hoi/cAarrf, Paris, 1 vol. in-8. — Thaon de Revel, Mémoires sur la guerre des Alpes, Turin, 1871.
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