CHAPITRE VI
L'EUROPE ORIENTALE AUTRICHE ET PRUSSE RUSSIE — SUÈDE — TURQUIE — POLOGN
Jusqu'à 1796
/. — Guerre turque et guerre suédoise.
Relations entre les trois puissances du Nord.
Kaunitz, qui avait marqué pour but suprême à sa polili* européenne la revanche de TAutriche contre la Prusse, et lui subordonnait même sa politique orientale, ne déses[ jamais de rompre quelque jour Talliance de la Russie avec la Prusse, et de reprendre à Pétersbourg Tinfluence que lui avait fait perdre la mort de la tsarine Elisabeth (1762). Kaunitz comprenait que pour reconquérir Tamitié de la llussie, il fallait entrer, plus ou moins, dans les vues de Catherine II, qui tendaient à la dislocation de Tempire ottoman. Assurément il eût accepté sa part dans les dépouilles de la Turquie, comme il Tavait acceptée dans les dépouilles de la Pologne, mais c'eût été moins par convoitise de nouveaux territoires que pour maintenir Téquilibre de puissance entre TAutriche et la Russie dans les régions danubiennes; et surtout parce que ralliancc russe était au prix des complaisances autrichiennes dans les
Il sentit plus vivement la nécessité de cette
la Russie, unie à la France, fît échec aux
ï |)h II dans la succession bavaroise (1779) '. —
r tro-russe, que Kaunilz recherchait par raison
[ ue, Joseph II dans Tespoir d'y trouver un
s vastes ambitions, et à laquelle répugnait la
" -Thérèse, semblait ne pouvoir se réaliser tant
Uiance prusso-russe, conclue le 19 juin 1764,
777 pour une période comprenant les années
19, Kaunitz avait envoyé comme ambassadeur
« élève » favori, un des plus habiles diplo-
le comte de Cobentzel. Dans les instructions
i les questions orientales tenaient une large
lit eu le temps de méditer sur la part que
I Vutriche, dans le cas où la tsarine persiste-
i destruction totale de l'empire ottoman ^ ^ -: . >art, il Tadmetlait fort lai^e, puisque le souci
TAutriche et la Russie l'exigeait. Cependant,
>ns à Cobentzel (24 septembre 1779), il lui
^ * squiver autant que possible les questions de
il de s'attacher avant tout au rapprochement
irs impériales. Pour hâter ce rapprochement,
^^ leoo.v.. d'avoir une entrevue avec la tsarine. L'idée
\ été l>î®'^ accueillie par Catherine II, l'Empereur eut sa
Xf^xxs ces faitîî, voir ci-dessus, l. VII, p. 252, il 4, 369 et suiv. !• ^^'^ijiU avait demandé l'avis du feld-maréchal Lascy, alors la plus haute 2. ^^. jjjîiiiaire de rAutriche. Pour le cas où les Russes entreraient à Consaul^5* t>|e, on avait tiré une ligne suivant TAlula jusqu'au Danube; puis, par lantiï^^P ^^ Sofia, au golfe d'Orfano. L'Autriche obtiendrait ainsi la Pelite- Sic<>Pf ypg partie de la Bulgarie, la Serbie, la Bosnie, l'Albanie, la Grèce. Au Va**^^ 'njt2 estinfiait ces acquisitions de pays ruinés excessives et même dan- ^^^^ ^es. Cobentzel trouvait qu'elles ne compensaient pas, pour l'Autriche, la ^^^^ nce qu'acquerraient les Russes, maîtres de Conslantinople, du Danube
trichiens se demandaient aussi
P" . ^iir, de Ja mer Noire, etc. Les politiques au
ipféri '^^^^.j^ Je l'Egypte : la donnerait-on à la France, aGn de la gagner à ces ce *l projets, ou bien à l'Ordre de Malle, qui du moins ne porterait ombrage ^^^ g puissance européenne? La sage Marie-Thérèse ne goûtait point ces pro
â *" j^ 3 juillet 1717, elle écrivait à Mercy, son ambassadeur à Paris, que le i^^^' g jg l'empire ottoman serait, de toutes les entreprises, la plus dangereuse ; l>artag ^^^^ l'Autriche à s'étendre même jusqu'aux murs de Constantinople?Ce ^^^ ^«P îierait un événement encore plus critique que le i>artage de la Pologne. ^^ ^^uérait donc que ses petits-fils verraient encore les Turcs en Europe.
première entrevue avec elle à Mohilef (mai 1780), sous le simple titre du comte de Falkenstein, puis, après un voyage dans quelques provinces russes^ la rejoignit à Pétersbourg. 11 put se convaincre que, si pour Kaunitz les questions orientales étaient au second plan tandis que la question d'alliance occupait le premier, c*était le contraire pour la tsarine. Evidemment, elle se déciderait pour celle des deux puissances allemandes qui marquerait le plus d'empressement à Taider en Orient. Ce voyage de TEmpereur avait grandement inquiété « le vieux Fritz » : à peine Joseph II avait-il quitté Pétersbourg, que le prince royal de Prusse y était envoyé (septembre). Fidèle à son système de ménager également les deux cours allemandes, la tsarine Taccueillit bien; mais c'était avec l'Empereur qu'elle était maintenant résolue à lier partie.
L'alliance austro-russe de 1781. — La mort de l'impératrice Marie-Thérèse (29 novembre 1780) priva la politique autrichienne d'un utile contrepoids aux entraînements de son héritier, que la sagesse de Kaunitz ne suffisait plus à contenir. En janvier 1781, Gobentzel fut autorisé à négocier l'alliance. On n'aboutit pas à un traité proprement dit, par suite d'une difficulté de protocole * : mais les conditions en furent énoncées dans deux lettres de Catherine II (12 avril), échangées contre deux lettres de Joseph (18 mai). Pour la première lettre de chacun des deux souverains, voici les principales clauses : 1"" confirmation du traité du 25 juillet 1772 et de la paix de Teschen; 2® garantie des territoires (ceux de la Russie en Asie étant exceptés); S'* les secours stipulés sont, réciproquement, de 10 000 fantassins, 2000 cavaliers, avec de l'artillerie à proportion, mais l'Autriche se réserve le droit d'y substituer un subside annuel de 400 000 roubles si c'est par la Suède que la Russie est attaquée; 4*^ si le secours stipulé se trouve insuffisant, les deux souverains promettent de s'entendre pour la « prestation de secours plus considérables » ; 5"* si l'Autriche est attaquée chez elle, elle aura le droit de rappeler le corps
1. Catherine II demandait Valiernat, c'est-à-dire à être nommée la première sur la coiiie russe du traité, tandis que TEnipereur serait nommé le premier sur ia copie autrichienne. Jose[»h 11 repoussait Valleimat et prétendait être nommé le premier sur les deux copies.
GUERRE TURQUE ET GUERRE SUEDOISE 3ti
auxiliaire; 6^ garantie de la constitution polonaise et de Tinté- ^rité des territoires polonais (ceci visait les ambitions de la Prusse) ; V garantie de la cession du Holstein au Danemark en échange des comtés d'Oldembourg et Delmenhorst ' ; 8"" la Belgique était exceptée de la garantie russe.
La seconde lettre de Tun et Tautre souverain concernait spécialement les affaires d*Orient. Joseph II garantissait les traités conclus par la Russie avec la Turquie '. Il s*engageait à les faire observer « strictement et religieusement » par la Porte, à y employer d*abord ses bons offices, et, s*ils échouaient, à lui déclarer la guerre trois mois après la réquisition faite par la Russie, et alors à opérer avec des forces égales à celles de la tsarine. Si, au cours d*une guerre entre la Porte et la.Russie, celle-ci était attaquée par quelque autre puissance, l'Empereur, considérant cette attaque comme un casns fœderiSy secourrait la Russie avec toutes ses forces, autant que cela lui sera possible sans mettre en danger la sûreté de ses propres Etats. — La tsarine prenait à Tégard de TAutriche des engagements analogues.
Ces engagements par lettres et contre-lettres constituaient donc un traité défensif entre les deux puissances, à la fois contre la Prusse (ce qui intéressait surtout l'Empereur) et contre la Turquie (ce qui intéressait surtout la tsarine). Vainement Panine, l'homme du « système du Nord », avait essayé de faire diversion en proposant une triple alliance entre la Russie, l'Autriche et la Prusse. Peu de temps après il tomba en disgrâce et Potemkine devint tout-puissant '.
Le « projet grec ». — Les actes d'avril et mai 4781 se complètent par la correspondance entre la tsarine et l'Empereur. C'est là qu'est dévelopé le « grand projet » ou « projet grec ». Dans le cas où une guerre victorieuse ouvrirait le partage de l'empire ottoman, Catherine se proposait de constituer en Etat autonome, sous un prince chrétien, la Valachie, la Mol-
1. En vertu des trailés de Copenhague (1767) et Tsarskoé-Sélo, conclus entre le I>anemark et le grand-duc Paul, comme héritier de Pierre III.
2. Convention de 1704 touchant les limites du Kouhan et du territoire d'Azof; f>aix de Kairnadji (1774); convention du 4 avril 177."» touchant le territoire de Kinbourn.