REAPPARITION DE LA TERREUR
instant pour un violent effort de défense nationale en dépit des modérés, de Siéyës et du Conseil desAncîens. C'est le langage, ce sont les attitudes de 1793. De même qu'après les grandes journées populaires on avait poursuivi et condamné les vaincus, ainsi les républicains avancés du conseil des Cinq-Cents veulent (mais sans y réussir) faire le procès à mort de trois exdirecteurs, Merlin, Reubell et La Revellière, ces c triumvirs royalistes >, comme ils les appellent injustement. Le Conseil des Cinq-Cents tend à créer un Comité de salut public : c'est la Commission des Onze^ puis la Commission des Sept. Le Directoire est autorisé à faire des visites domiciliaires. Comme en août 1793, on recourt à la levée en masse, en appelant, le 10 messidor an VU (28 juin 1799), les conscrits de toutes les classes sans exception. Comme en 1792, le cri de la patrie en danger retentit à la tribune, et Jourdan propose de proclamer ce danger (27 et 28 fructidor an VII) ; les Cinq-Cents s'y refusent, mais on applaudit le langage farouche de Jourdan. Enfin, on va le voir, des lois terroristes sont votées, et les Jacobins reparaissent.
Lois de l'emprunt forcé et des otages. — En 1793, pour les besoins de la défense nationale, la Convention avait établi un emprunt forcé d'un milliard sur « les riches ». Le 19 frimaire an IV, les Conseils avaient volé un emprunt forcé d'environ 600 millions, réparti sur le cinquième des contribuables de la nation. Ces expédients avaient mal réussi : on y revint cependant, en Tan VII, sous la pression du péril extérieur. Le 10 messidor, la « classe aisée » fut appelée à remplir seule un emprunt de 100 millions pour organiser les nouveaux bataillons. Le 19 thermidor cette mesure prit la forme d'un impôt progressif établi ay prorata de la contribution foncière '. Une loi plus révolutionnaire, plus terroriste encore, fut celle du 2i messidor an VII, dite des otages. Au moment où il fallait dégarnir l'intérieur de troupes pour défendre les frontières, on ne savait comment empêcher le brigandage des royalistes, ces assassinats isolés, ces arrestations de diligence, ces pillages de
!. Voir, ci-dessous, le chapitre xiv, V Économie politique^
toute sorte, que les journaux jacobins énuméraient avec indignation. Parla loi des otages, il fut décidé que, quand un département, un canton ou une commune seraient notoirement en état de trouble, le Directoire proposerait au Corps législatif de les déclarer compris dans les mesures suivantes : les parents d*émigrés, les ci-devant nobles, les parents des brigands, hommes et femmes, seraient rendus responsables des assassinats ou pillages; on les mettrait tous en arrestation comme otages. A chaque assassinat de patriote, quatre otages seraient déportés, et, en outre, tous les otages réunis verseraient une amende de SOOO livres. A chaque acte de pillage, les otages paieraient aux victimes du pillage une indemnité à fixer. Telle fut cette loi célèbre, vraiment épouvantable, mais inexécutable, et qui ne semble avoir reçu en effet que de rares commencements d'exécution avant Tépoque où le rétablissement de notre situation militaire la rendit inutile et caduque.
Les Jacobins en l'an Vn. — De toutes les formes de cette réaction terroriste amenée alors par le péril extérieur, la plus éclatante, la plus importante, ce fut la résurrection du club des Jacobins. On a déjà vu Tancienne société mère essayant de se reconstituer, soit au début du Directoire, soit après le 18 fructidor, près du Panthéon, ou rue du Bac, ou au faubourg Saint- Antoine. Mais la Constitution de Tan III n^autorisait que des c sociétés particulières s*occupant de politique » ; ces sociétés ne devaient ni se qualifier de populaireSy ni s'affilier, ni correspondre entre elles, ni tenir des séances publiques où assistants et sociétaires fussent distingués, ni faire aucune pétition collective. Le Directoire avait donc pu jusqu alors entraver à son gré ou supprimer les clubs, tant que la patrie ne fut pas menacée, tant que Topinion désavoua les Jacobins. Mais en Tan VII, sous la menace de Tinvasion, Topinion laissa se produire une sérieuse tentative de réorganisation jacobine centime Tennemi du dedans, allié, comme en 1792 et en 1793, à Tenneini du dehors. Le 18 messidor (6 juillet 1799), une Réunion d'Ami» de la libei*lé et de Végalité se forma dans la salle du Manège, avec Tautorisation tacite du Conseil des Anciens. Pour ne point paraître violer 1a constitution en rétablissant ouvertement