RÉAPPARITION DE LA TERREUR
Tancienne société mère, les Jacobins n*eurenl ni président ni secrétaires, mais ils eurent un régulateur, un vice-régulateur et des annotateurs, La loi interdisait les pétitions : on rédigea et on placarda des adresses. La loi interdisait les affiliations : il y eut une éclosion c spontanée » de sociétés sœurs dans toutes les grandes villes, organisées à Tinstar de la Société de Paris. La € Réunion » du Manège eut un organe périodique, le Journal des hommes libres, digne successeur du Jownal de la Montagne. Elle compta 3000 adhérents, dont 250 députés au Corps législatif. Ses régulateurs (ou présidents) furent Destrem, Moreau (de l'Yonne), le général Augereau. On voit parmi ses chefs ou orateurs Drouet, Félix Le Peletier, Bouchotte, Prieur (de la Marne), Xavier Audouin. Sa commission d'instruction publique essaya d*endoctriner la France. Elle le fit avec prudence, affectant des formes légales, constitutionnelles. Mais, à la tribune du club, on ne fit pas seulement Téloge des républicains de Tan II, on ne s'y borna pas à flétrir la journée du 9 thermidor, à exalter la mémoire des victimes de prairial, à vanter la république démocratique : d'ardents orateurs osèrent louer Babeuf et Darthé, publier un programme socialiste, et les néo-Jacobins furent accusés de « prêcher la loi agraire ». Insultés d'abord par les royalistes, par les Incroyables, par c les jeunes gens à lunettes, à cadenettes, à collets violets ou noirs », ils furent bientôt dénoncés au Conseil des Anciens comme anarchistes et factieux, et durent émigrer au couvent des ci-devant Jacobins de la rue du Bac, où ils siégèrent du 9 au 25 thermidor. Le 26, le Directoire ferma leur salle, et le club disparut, après trente-huit jours d'une carrière très orageuse, très accidentée, qui effraya la masse de la nation et la prépara à accepter d'un « sauveur » des garanties contre ce spectre rouge un instant réapparu, contre cette loi agraire, ce nouveau partage des biens nationaux que les Jacobins avaient imprudemment laissé prêcher à leur tribune. A ce point de vue la courte résurrection du club des Jacobins eut de graves conséquences historiques. Insurrections royalistes. — Pendant cette période de Terreur (prairial à fructidor an VII), les royalistes tentèrent diverses prises d'armes en vue de venir en aide aux armées
ennemies par une diversion à l*intérieur. Il y eut en Bretagne, en Poitou, en Normandie de nouveaux rassemblements armés. On afficha des proclamations royalistes à Amiens et à Bordeaux. C'est dans le Sud-Ouest que le péril fut grave. Une insurrection formidable, aux cris de : Vive la religion! vive le roi! éclata, au mois de thermidor an YII, dans les départements de la Haule- Garonne, de TAriège, du Gers, de TAude, du Tarn, du Lot et du Lot-et-Garonne. Cette insurrection avait été préparée de longue main par les émigrés et les prêtres réfractaires rentrés de toute part. La nouvelle de nos désastres militaires et le mécontentement que causa dans les campagnes la levée de toutes les classes amenèrent dans la région toulousaine la formation spontanée (nuit du 18 au 19 thermidor) d'une armée de quinze à vingt mille hommes formée de conscrits réfractaires et de paysans mécontents, que les prêtres fanatisaient et qui avaient pour officiers des nobles, sous le commandement supérieur d'un ex-général de la République, nommé Rougé.L'objeclif do ces insurgés était de prendre Toulouse, dont la garnison avait dû être envoyée à la frontière. Le courage et la présence d'esprit des administrations départementales, surtout de celle de la Haute-Garonne, improvisèrent, grâce au patriotisme des gardes nationaux, de sérieux éléments de résistance, et il s'oi^anisa à Toulouse une petite armée de volontaires. L'armée royale, qui s'était déjà emparée de plusieurs villes, notamment de Muret, dut battre en retraite, fut dispersée à Montrejeau, le 3 fructidor an VII (20 août 1799), et s'enfuit jusqu'en Espagne. Cette victoire fut uniquement due à l'héroïsme des républicains du Midi : quand les troupes envoyées par le ministre de la guerre, sous les ordres du général Frégeville, arrivèrent à Toulouse, l'insurrection était vaincue, et la France en apprit presque à la fois le commencement et la fin ; elle vit qu'il y avait encore iin péril royaliste, et elle en eut presque aussi peur que du péril jacobin.
CHl'TB DU DIUECTOIRE 401