‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 38 sur 166 · Voir cMessus, p · texte numérisé non relu

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par la raison d'Etat, du pouvoir par les favoris, tenu en mince respect par les courtisans, privé même, par la défiance tenace de sa mère, du droit sacré qu*a tout père de famille de diriger réducation de ses enfants. Il tenait de son père une humeur sombre, inquiète, inégale. « Le mystère de la mort de Pierre III l'inquiétait; il y avait en lui du Hamiet. » (A. Rambaud.) Il était porté en tout à réagir contre les principes et le gouvernement de Catherine II. Cependant il partageait sa haine contre la Révolution. Il proscrivit avec fureur les chapeaux ronds, les hauts collets, les grandes cravates et toutes les modes françaises, comme suspectes de jacobinisme. Il accueillit bien les émigrés. Louis XVIII, qui s'intitulait roi de France depuis la mort de son neveu, reçut du tsar une pension qui lui permit d'entretenir une petite cour à Miltau. Despote fantasque et capricieux, Paul P*^ punissait cruellement la moindre peccadille politique. C'était en somme un redoutable maniaque, mobile comme une femme, un de ces êtres bizarres et incomplets que la folie guette sur le trône.

Politique d'abord paoiflque de Paul F'. — Catherine II avait souvent fait la guerre : c'était une raison pour qu'il recherchât la paix. D'ailleurs il voulait transformer à la prussienne la belle armée russe. Les bottes, les larges pantalons, les amples blouses furent échangés contre le soulier à boucles, la culotte collante et Thabit étriqué qui gênaient tous les mouvements. Le soldat russe dut passer le meilleur de son temps à astiquer de malencontreuses buffleteries, à poudrer une queue qui salissait l'uniforme et attirait les punitions. « La queue n'est pas une baïonnette, disait ironiquement Souvorof ; la poudre du perruquier n'est pas la poudre à canon; nous ne sommes pas des Allemands, mais des Russes. » Invité à une revue que passait le tsar, le vieux maréchal affectait de s'embarrasser les jambes dans son épée portée à la nouvelle mode, et de laisser tomber son chapeau aux pieds de son maître. Il déclarait qu'il voulait se faire moine. A son ministre Ostermann, le tsar dictait une circulaire aux puissances pour déclarer qu'après quarante années de guerre il voulait assurer à ses sujets le bienfait de la paix, mais qu'il n'en resterait pas moins en accord intime

avec ses alliés pour s'opposer aux progrès « de Teffrénée République française » .

Causes d'une rupture entre la Franoe et la Russie. — Ce manifeste soi-disant pacifique sentait la poudre. Il étaii facile d'exploiter cette haine du tsar contre la France nouvelle. L'ambassadeur anglais Whitworth n'y manqua pas. L'Autriche implorait le secours de la Russie contre la République française, maîtresse de l'Allemagne occidentale et de l'Italie. A la suite de la prise de Malte, quelques clievaliers de l'Ordre allèrent à Pétersbourg offrir au tsar le titre de grand maître. Paul l" l'accepta avec joie, comme un signe de retour au passé. L'invasion de la Suisse par les armées françaises, la proclamation de la République romaine, l'enlèvement du consul russe de Corfou, la crainte d'une restauration de la Pologne tentée avec l'appui de la France par Dombrowski et les légions polonaises, furent autant de causes de rupture. Déjà Paul I" avait pris à sa solde le corps du prince de Gondé, porté à 200 000 roubles la pension de Louis XVIII et réuni 10 000 émigrés en Volynie. La confiance était grande au camp des émigrés : Pichegru et Willot, réfugiés à Londres à la suite du coup d'Etat de fructidor, proposaient de soulever la Franche-Comté, la Provence, leDauphiné. Dumouriez cherchait partout des ennemis à la République. Barras trahissait le Directoire. Siéyès commençait à devenir royaliste. Paul P^ irrité des progrès de Bonaparte en Orient, fit alliance avec la Turquie, l'Angleterre, l'Autriche et le royaume de Naples. Li seconde coalition était formée (décembre 1798).

Empiétements du Direotolre en Europe. — Le Directoire avait eu le tort de suivre une politique de propagande dangereuse à l'extérieur. Comme autrefois le sénat romain, dont ils portaient, à peu de chose près, le costume et dont ils prétendaient ressusciter les fêtes, les jacobins du Directoire voulaient dicter des lois à l'Europe. Ils imposaient à tous les Etats voisins un système politique analogue à celui de la France; ils encourageaient partout les révolutions populaires pour constituer des républiques démocratiques à l'image de la république française. Bonaparte avait créé les premières républiques (cisalpine et ligurienne). Il avait conseillé, avant son départ pour l'Egypte.

rinvasion de la Suisse et de Rome qui devait être suivie de la proclamation de deux républiques nouvelles. Le Directoire ne sut pas s*arrèter sur celte pente fatale. Il crut la République invincible et il compromit les heureux résultats déjà acquis.

La nouvelle oonstitution hollandaise (1798). — Au mois de janvier 1798, une révolution avait été provoquée en Hollande. Là trois partis se trouvaient en présence : les Orangistes, qui , souhaitaient la restauration du stalhouder; les Fédéralistes, qui désiraient le maintien.de Tancienne constitution ; les Unitaires, qui songeaient à transformer la confédéralion des Provinces-Unies en un Etat fortement centralisé. Ceux-ci étaient peu nombreux, mais ils avaient Tappui de la France. Dans un festin solennel, le ministre français Delacroix osa se plaindre < que personne en Hollande ne fût assez hardi pour poignarder le règlement sur Tautel de la patrie ». Cet appel au coup d*Etat fut entendu : les Unitaires, qui avaient pour chef le général Daendels, chassèrent de force les députés fédéralistes, s'organisèrent en Convention nationale et improvisèrent, avec Tappui de Delacroix, une constitution démocratique qui ressemblait à la constitution française. La nouvelle République batave devait avoir cinq directeurs, deux chambres et comprendre huit départements. Elle n'était plus qu'une annexe mal déguisée de la République française.

Proclamation de la République helvétique (avril 1798). — L'invasion de la Suisse eut pour prétexte les menées de l'aristocratie bernoise. Les « Messieurs de Berne » avaient bien accueilli les émigrés; Berne était le quartier général de tous les intrigants, de tous les agents de complots soldés par l'Angleterre. La Convention s'était contentée de surveiller ces menées; le Directoire voulut établir en Suisse le gouvernement démocratique. A l'instigation des Vaudois de Lausanne, qui réclamaient contre la tyrannie bernoise, le général Brune envahit le canton de Yaud, dispersa les milices de Berne, se saisit, dans cette ville, du trésor de 43 millions, qui servit à payer une partie des dépenses de l'expédition d'Egypte, et, appuyant par ordre le mouvement démocratique qui avait éclaté dans l'Argovie, à Zurich, à SchafTouse et à Lucerne, il imposa aux 13 cantons

suisses une constitution unitaire. Les cantons du centre, Uri, Schwytz, Glaris, Unterwald, Zug, se soulevèrent avec le Valais pour défendre leur vieille indépendance. Il fallut forcer dans leurs montagnes ces fiers citoyens qui ne demandaient qua conserver leurs antiques lois. L'ancienne ligue suisse fut abolie. La constitution de la nouvelle république fut rédigée dans rassemblée nationale de Bàle. La première législature helvétique siégea à Aarau. Tous les magistrats et les membres des administrations locales furent contraints de prêter serment à la République helvétique (avril 1798). D'un brave petit peuple, allié séculaire de la France, le Directoire avait constitué une république qui n'était pas née viable et qui allait s'ouvrir aux armées de la coalition pour une revanche souhaitée.

Proolamation de la République romaine (février 1798). — L'Italie fut de même transformée en une dépendance de la France. Il eût été d'une bonne politique de favoriser l'affranchissement de la Péninsule, ou tout au moins de respecter la liberté des deux républiques créées par la paix de Campo- Formio. Le Directoire les traita en pays conquis : il leur imposa la constitution française comme le modèle idéal des gouvernements; il en exigea d'énormes contributions. La République cisalpine ayant refusé de fournir dix millions qui lui étaient réclamés, Berthier expulsa de force les représentants et les remplaça par des commissions composées de ses créatures. La désaffection gagna rapidement. On entendit pousser contre les Français, à Gènes et à Milan, les cris de fuori i barbari. En

revanche, dans les Etats pontificaux, une insurrection démocratique éclata contre le pape. Plusieurs des insurgés vaincus se réfugièrent dans le palais de l'ambassade française. L'ambassadeur Joseph Bonaparte essaya de les sauver; mais les dragons pontificaux, sans respect pour sa personne, tuèrent i ses côtés le général Duphot. C'était un attentat qui demandait satisfaction. Bonaparte excitait à la vengeance pour faire main basse sur les trésors pontificaux. Le Directoire n'était pas fâché de chasser de Rome celui qu'il appelait irrévérencieusement « la vieille idole catholique v. Berthier, à la tète de l'armée d'Italie, entra dans Rome sans résistance, et proclama, sur l'ancien Forum, la Repu-

blique romaine, qui eut bientôt ses consuls et ses tribuns. Le pape Pie VI refusait d'abdiquer : il fut traîné dans une captivité respectueuse à la Chartreuse de Florence, à Parme, à Plaisance, à Turin, à Valence, où il mourut quelques semaines après son arrivée. Berthier alla rejoindre en Egypte Bonaparte avec Targent levé sur Rome. Masséna, son successeur, et une nuée d'agents envoyés par le Directoire, procédèrent à la spoliation des couvents, des palais et des musées. Il fallut maintenir une armée française pour contenir Tllalie du Nord.

Réunion de Genève, de Mulhouse, de Montbéliard. — Aux immixtions intempestives dans les affaires des États alliés s'ajoutèrent des annexions en pleine paix qui rappelaient celles que Louis XIV avait opérées au moyen des Chambres de réunion. Genève était depuis plusieurs siècles constituée en république indépendante : sous prétexte de faire cesser la contrebande et de pourvoir à des nécessités stratégiques, Genève fut annexée à la France et devint le chef-lieu du déparlement du Mont-Blanc. Les Genevois qui, par la langue, les traditions, et les intérêts communs avaient toujours eu tendance à se rapprocher de la France, nous furent désormais hostiles. Au contraire, l'annexion de Mulhouse se fit sans protestation : cette petite enclave de l'Alsace, qui se rattachait encore aux cantons suisses, se donna de cœur à la France. Monlbéliard fut réuni presque en même temps : le duc de Wurtemberg, à qui appartenait cette place, protesta seul, mais non les habitants.

LiG roi de Sardalgne détrôné. — Genève, Mulhouse et Montbéliard étaient comme des enclaves du territoire français. Mais le Piémont en était séparé par les Alpes. Rien ne pouvait en justifier l'annexion. De nombreuses insurrections démagogiques y avaient éclaté, avec l'appui secret des agents français. Nos troupes occupaient les places fortes; la guerre civile était en permanence. Le roi Charles-Emmanuel IV était impuissante rétablir Tordre. Aux exigences toujours croissantes du Directoircy le roi répondit en se réfugiant dans son ile de Sardaigne sous la protection des flottes anglaises. Joubert, avec un corps d'armée, prit possession du Piémont et le partagea en départements français (décembre 1798).

Accession de Paul r^ & la coalition (déc 1798). —

Ce fut précisément le moment où Paul P' entra dans la seconde coalition. Il fit alliance avec la Turquie» devenue hostile depuis la conquête de TEgypte. Deux flottes russes furent armées; celle de la mer Noire, unie à une escadre turque, devait s'emparer des iles Ioniennes et capturer les garnisons françaises chargées de les défendre. Trois armées russes furent mises à la disposition de la coalition : la flotte de la Baltique transporta en Hollande 20 000 hommes sous le commandement d'Hermann. 60 000 vétérans des guerres de Pologne et de Turquie, rompus à toutes les fatigues par de nombreuses campagnes, prirent le chemin de TOccident. Ils avaient pour chef suprême Vinvincible Souvorof, que la rudesse de ses manières, la simplicité de sa vie et sa piété ardente avaient rendu Tidole de ses soldats. Une partie de ces belles troupes fut détachée vers la Suisse sous les ordres de Rimski-Korsakof. Souvorof se dirigeait en Italie: TAutriche, qui se préparait à entrer dans la coalition, avait réclamé du tsar le vainqueur dîsmaïl et de Praga pour commander toutes les forces austro-russes dltalie. Paul P"", Qalté, avait écrit au vieux feld-maréchal : « Souvorof n'a pas besoin de lauriers, mais la patrie a besoin de Souvorof. > Le corps de Rebinder fort de 18000 hommes arriva le premier en Italie: celui de Rosenberg, d'une force égale, devait suivre bieoiùl. Souvorof avait encore pour lieutenants le prince Bagration, Miloradovitch, Kharlamof. Les troupes russes devaient être dans cette guerre nos adversaires les plus redoutables.

Ghampionnet & Naples : la République parthénopéenne (janvier 1799). — Cette entrée en scène des forces de la Russie donna du cœur au roi de Naples Ferdinand IV. H avait accueilli Nelson dans ses ports après Aboukir. Il avait mis à la tète de ses troupes un général prèle par TAutriche, Mack. auquel Topinion attribuait un génie transcendant. Les aventuriers qui formaient Tentourage intime de ce Bourbon dégénéré el de la reine Marie-Caroline, une Habsbourg, sœur de Marie-Antoinette, conseillaient une vigoureuse attaque contre les Français. C'étaient le ministre Acton, d'origine irlandaise ', Emma Ilamil-

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