‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 40 sur 166 · I . Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

I . Voir ci-dessus, p

Déclaration de guerre à r Autriche (12 mars 1799) ; assassinat des plénipotentiaires français. — L'Autriche ne s'était pas encore déclarée. Elle ne pouvait pardonner à la France son extension immodérée et la création de tant de républiques vassales. Mais, encore toute meurtrie de ses fatales campagnes du Rhin et dltalie, elle ne voulait reprendre les armes qu'avec toutes les chances de succès. Depuis les derniers mois de 1197, s'était ouvert le congrès de Bastatt. C'était une « véritable foire aux convoitises ». Les princes allemands multipliaient les hommages et les bassesses pour obtenir des tout-puissants représentants du Directoire^ quelque bonne indemnité aux dépens des princes ecclésiastiques. Les lettrés célébraient sur le ton du persiflage la ruine ^ de la vieille Allemagne. L'un, Gœrres, écrivait le Testament du Saint-Empire, « mort à Tàge florissant de neuf-cent-cinquante-cinq ans cinq mois et cinq jours dans la paix du Seigneur, à la suite d'épuisement complet et d'une attaque d'apoplexie » , en léguant à la République française , comme son héritière naturelle, la rive gauche du Rhin, et au général Bonaparte l'exécution de son testament. Un autre, dans un pamphlet politique, la Passion, écrivait : « Les docteurs, les grands prêtres et les pharisiens se réunirent dans un^ ville appelée Raslalt et tinrent conseil pour savoir comment ils tueraient l'Empire romain... Et la cour de Prusse murmura à l'oreille de la France : « Que me donnerez-vous? Je vous le livrerai. »

Ni l'imprudente confiance du Directoire, ni l'insolence de ses agents ne pouvaient décourager ces quémandeurs. « Le congrès ressemble à une bourse de commerce, écrit un envoyé autrichien; Roberjot a tapissé tout son cabinet de cartes d'Allemagne ; tout est étiqueté ; et à ceux qui viennent le voir il dit : Cet évèché, cette abbaye, nous le donnons à un tel, cet autre à un autre, et ainsi de suite. » Même après que la France eut déclaré la guerre à l'Autriche (12 mars 1199), les princes allemands, encouragés par la neutralité de la Prusse, continuèrent à réclamer de la France leur part du butin. L'Autriche mit fin i cette comédie de négociation par un attentat odieux. Des troupes autrichiennes investirent Rastatt et sommèrent les plé-

nipotentiaires de se séparer. Nos représentants partirent sans pouvoir obtenir leurs passeports. A peine avaient-ils quitté la ville qu^ils furent assaillis par des hussards autrichiens, frappés à coups de sabre sous les yeux de leurs familles et laissés pour morts sur place. Bonnier et Roberjot furent tués; Jean de Bry. blessé grièvement, fut recueilli par le ministre de Prusse. Ce crime rendit la guerre populaire en France. L'Autriche allait Texpier par de sanglantes défaites.

Les forces respectives. — Le plan de la coalition était d'enlever à la France toutes ses conquêtes extérieures pour pénétrer ensuite sur le sol français et rétablir la monarchie.

40 000 Anglais et Russes, commandés par le duc d'York et Uermann, devaient s'avancer de Hollande en Belgique ; l'archiduc Charles avec 70 000 hommes passerait le Rhin et reprendrait l'Alsace. Ses lieutenants Hotze, partant du Vorarlberg et Bellegarde du Tyrol, aidés des Russes de Korsakof avec une armée de 80 000 hommes, délogeraient les Français de la Suisse : 62 000 Austro-Russes, commandés par Souvorof et Kray, leur enlèveraient l'Italie du Nord ; 40 000 Russes, Anglais et Siciliens, les chasseraient de l'Italie du Sud. Les flottes anglaises bloqueraient tous les rivages. 350 000 ennemis allaient se jeter sur ce front immense qui s'étendait depuis la mer du Nord jusqu'à la mer Ionienne. Les coalisés n'avaient plus l'appui de la Prusse, qui restait neutre. Mais la Russie était enlrée en lice. D'ailleurs ils étaient mieux organisés, plus unis et déterminés à sacrifier à l'intérêt commun leurs mesquines rivalités. C'était le duel des monarchies contre les républiques. Le Directoire pouvait à peine mettre sur pied 170 000 hommes. Il eut le tort de les disperser en cinq armées : celle de Hollande, 10000 hommes sous Brune; celle du Danube, 48 000 hommes échelonnés Jo Mayence à Schaffouse sous Jourdan et Bernadotte; celle d'UcIvélie , sous Masséna, 30 000 hommes; celle d'Italie, 30 000 hommes sous Schérer; celle de Naples, 30 000 hommes sous MacdonalJ, qui venait de rcm|»laccr Championnel, injustement accusé de malversations. Les chefs étaient les meilleurs que le Directoire eût à sa disposition : Brune, Bernadette, Macdonald étaient connus comme de rudes disciplinaires et joignaient au

talent du capitaine les qualités de Tadministrateur. Jourdan brûlait du désir d'effacer les souvenirs de ses échecs immérités en 1797. Masséna avait dû peut-être à son génie, qui portait ombrage à Bonaparte, de ne point raccompagner en Egypte : il avait le poste le plus difficile et y remporta les plus beaux succès. Seul, Schérer était au-dessous de sa mission. Il avait comme ministre montré la plus louable énei^ie pour faire cesser les désordres dans les armées. Mais ses exécutions avaient excité bien des haines; il était d'ailleurs trop vieux pour exercer un commandement actif. Il avait heureusement comme second l'illustre Moreau, que Barras avait éloigné du commandement en chef parce qu'il n'avait pas révélé la conspiration de Pichegru. Moreau accepta la tâche ingrate de réparer dans la mesure du possible les fautes de son chef et de lui succéder, lorsqu'il succomba sous sa propre incapacité. Le Directoire enjoignit aux armées du Danube, d'Helvétie et d'Italie de prendre une ofTensîve vigoureuse pour marcher sur Vienne par la vallée du Danube, par le Tyrol et par la Yénélie. L'Autriche semblait être la plus redoutable des puissances coalisées. Comme en 1796, c*est contre elle que la France allait diriger son plus vigoureux cfifort. En cas d'attaque des coalisés, Masséna devait secourir celle des deux armées du Danube ou d'Italie qui serait la plus menacée. On croyait alors que « qui est maître des sources, est maître des bouches ». Barras, qui remplaçait Garnot, avait dressé le plan de ces opérations militaires. Seulement il avait oublié que nos succès dans la première coalition avaient été dus surtout à l'énorme concentration de nos forces.

Premiers sucoès des Autriohiens : Stockach et Magnano (mars-avril 1799). — La guerre commença par des échecs. Jourdan franchit le Rhin à Kehl, s'engagea dans la vallée de la Kinzig, et se porta sur Stockach, nœud des routes de la Suisse et de l'Allemagne. Vaincu par l'archiduc Charles, il fit retraite sans être inquiété, non vers la Suisse, où il aurait renforcé Masséna, mais vers Strasbourg, pour défendre l'Alsace, qu'il croyait menacée. L'archiduc Charles, au contraire, resta immobile pour contenir Masséna. Cette inaction sauva Jourdan, qui aurait pu être très compromis par la poursuite des Autri-

chiens. En Italie, Schérer voulut vaincre les Autrichiens avant Tarrivée des Russes. Kray occupait sur TAdige une position facile à défendre. Schérer put lui enlever le camp de Pastrengo: mais il divisa son armée en six colonnes distinctes; elles furent écrasées séparément à Magnano (5 avril 1799). Moreau» par sa vigueur, empêcha seulement la défaite de se changer en déroute. Mais la retraite fut désastreuse; Schérer avait perdu la tète; il ne disputa à Tennemi vainqueur ni la ligne du Mincio, ni celle de rOglio. Il se retira derrière TAdda et dispersa de Lodi à Lecco les 25 000 soldats qui lui restaient. Puis, comme les hostilités allaient reprendre, il donna sa démission et confia à Moreau le soin de sauver l'armée. Moreau accepta ce périlleux honneur avec un dévouement patriotique.

Souvorof en Italie : Gassano, la Trebbia (avril- Juin 1799). — L'arrivée des Russes allait compromettre encore plus sa situation. 18 000 Russes venaient renforcer les Autrichiens, et à leur tête Souvorof, le vainqueur de Fokchany et du Rymnyk, le chef toujours heureux que l'Empereur avait demandé au tsar pour commander toute l'armée austro-russe; Souvorof qui, passant par Vienne, avait eu Taudace de refuser de communiquer ses plans au baron de Thugut et de se soumettre a l'autorité du Hofkriegsrath (conseil antique de la guerre); Souvorof, le général le plus aimé de l'armée, qui entretenait avec soin sa réputation d'originalité, soit en humiliant les courtisans de Saint-Pétersbourg, soit en jouant avec les polissons de son village, soit en récitant les litanies et en baisant sans cesse les images ; Souvorof, l'un des plus grands entraîneurs qui aient jamais été, parce qu'il avait l'âme Ju paysan, du kosak, du soldat russe, qu'il partageait sa vie et qu'il avait réussi à lui communiquer sa foi aveugle dans la protection divine et dans la victoire. Chacun de ses soldats savait par cœur le catéchisme militaire qu'il avait rédigé pour eux : « Tomber sur l'ennemi dru comme neige; surpris, il est déjà vaincu à moitié; ne lui donne pas le temps de se reconnaître; poursuis-le; achève-le. — Tirer rarement, viser précisémenl; avec la baïoimelte hardiment. — La balle est une sotte; la baïonnette une gaillarde. La balle se trompe souvent; la baïon-

nette jamais. Garde une balle trois jours et même une campagne. — Nous sommes venus pour battre les impies, athées Français. Ils se battent en colonnes, et nous les battrons en colonnes. — N'insulte pas l'habitant, c'est lui qui nous nourrit. Le soldat n'est pas un brigand ; épargne qui demande grâce. » Ainsi Souvorof recommandait l'attaque impétueuse, à la baïonnette : il opposait au fanatisme républicain de nos jeunes troupes un fanatisme non moins ardent pour Dieu et pour le tsar. C*étaient les mêmes forces et la même tactique qui nous avaient valu tant de succès.

Pour son coup d'essai en face des Français, il surprit le passage de l'Adda à Cassano, enfonça leur centre et malgré une résistance désespérée, captura leur aile droite commandée par Sérurier avec 3000 hommes. Moreau se résigna aux sacrifices nécessaires ; il abandonna la Lombardie et se cantonna dans l'angle formé par le Tanaro et le Pô sous la double protection des monts du Montferrat et des canons de Casale, de Yalenza et d'Alexandrie. Ainsi il restait en communication avec la France et il espérait pouvoir opérer sa jonction avec l'armée de Macdonald, qui accourait de Naples à marches forcées. Mais Souvorof révolutionna le Piémont, enlra à Turin et coupa les routes de France. Une seule, celle de la Corniche, restait libre. Moreau se retira par Novi sur Gênes. Tandis que les Autrichiens faisaient le siège en règle de Mantoue et de la citadelle de Turin, Souvorof s'établit a Tortone afin d'empêcher la jonction de Moreau et de Macdonald. Celui-ci, après avoir perdu un temps précieux en Toscane, essaya de couper en deux l'armée austro-russe, éparpillée de Mantoue jusqu'à Turin. Il se jeta dans la vallée de la Trebbia. Mais Souvorof lui opposa une résistance acharnée et des forces très supérieures en nombre (36 000 hommes contre 24 000). Après trois jours de lutte sanglante, où surtout les Polonais nos auxiliaires et les Russes s'entre-luèrent avec la rage de frères ennemis, Macdonald abandonna le champ de bataille (17-19 juin 1799). Mais il put opérer sa jonction avec Moreau, qui venait de battre les Autrichiens à Cassina-Grossa, près de Marengo. Nos troupes avaient montré une rare vigueur; elles ne demandaient qu'à reprendre le

combat. Les généraux avaient glorieusement lutté. Mais Fopinion leur imputait la perte de Tltalie : le Directoire destitua Hacdonald, chargea Moreau de commander l'armée du Danube et mit Joubert à la tète de Tarmée dltalie.

L'Italie perdue ; réaction napolitaine. — Souvorof avait fait à Milan une entrée triomphale aux acclamations de la noblesse, du clergé et de tous les vaincus de la veille et aboli solennellement la République cisalpine. Manloue avait capitulé. Le Piémont était en révolution. Les deux Républiques romaine et parthénopéenne s'étaient évanouies au départ des Français. Leurs partisans étaient proscrits avec un acharnement féroce, à Naples surtout, où la réaction, dirigée par le cardinal Ruffo et le brigand Fra-Diavolo, brûla plus de 2000 maisons avec l'aide des bandits et des lazzaroni. Les Français avaient été chassés des îles Ioniennes. Ils perdirent Malte après un siège vigoureusement soutenu pendant quatorze mois par Vaubois, et malgré une tentative de Villeneuve pour forcer les Anglais à lever le blocus. Cependant Souvorof avait eu à vaincre une résistance si énergique qu'il n'osait pas entrer en France, comme il l'avait promis. l\ se contentait de faire les sièges d'Alexandrie et de Torlone.

Bataille de Novi (16 août). — Joubert se hâta d'entrer en campagne avec l'espoir de pouvoir passer entre les deux masses des armées austro-russes. Mais Kray eut le temps de faire capituler Mantoue et Souvorof d'entrer à Alexandrie. Les Autrichiens et Russes réunis formaient une masse compacte de 70 000 hommes. Joubert ne pouvait en opposer que 40 000, admirables troupes, il est vrai, rompues à la discipline, qui avaient supporté allègrement leurs glorieux revers et ne demandaient qu'à les venger. Leur jeune général n'avait jamais été battu; c'était un capitaine de grande allure, intrépide et généreux, loyal républicain et patriote ardent, sur qui le Directoire fondait les plus grandes espérances. 1\ avait promis à sa jeune femme de ne revenir que mort ou victorieux. Souvorof s'était vanté de donner une leçon a au jouvenceau ». Elle fut chèrement payée. La bataille de Novi fut en effet la plus sanglante et la plus disputée de toute la campagne. C'est seulement au moment d'engager l'action que Joubert apprit la reddition de

Mantoue et d'Alexandrie et la réunion de toutes les forces ennemies. Il ne voulut pas reculer : il tomba, frappé à mort l'un des premiers, au milieu de sa ligne de tirailleurs. Moreau, qui avait accepté de le guider de ses conseils, prit le commandement. La bataille, commencée à cinq heures du matin, n'était pas encore terminée à neuf heures du soir. Souvorof n'eut d'autre tactique que de lancer toute la journée ses colonnes contre la muraille inébranlable de nos troupes. L'arrivée des Autrichiens sur l'aile gauche des Russes décida enfin de leur victoire, c Gha> cun de nous, écrit un soldat russe, remercia le Seigneur Dieu pour l'avoir préservé de la mort. » Chacune des deux armées* laissait 8000 morts sur ce champ de bataille si glorieusement disputé. Mais les nôtres durent se replier sur Gênes.

Souvorof, décoré par Paul du titre si bien mérité de < prince Italinski », prétendait avoir travaillé pour rétablir partout Tancien régime. Il voulait ramener a Turin le roi Charles- Emmanuel, à Rome le pape Pie YI. Cela ne faisait pas le compte de la cour de Vienne. Les Autrichiens avaient chasse les Français de la Péninsule; ils entendaient l'occuper à leur place. Le baron de Thugut ne témoignait aucun empressement à restaurer les souverains détrônés; au contraire il cherchait partout à installer des administrations et des garnisons autrichiennes, comme si l'Autriche devait rester définitivement maîtresse de tout le pays reconquis. L'opposition de Souvorof devenait gênante. Thugut fit accepter du tsar un plan nouveau en vertu duquel les Autrichiens seraient seuls chargés des opérations en Italie. Les Russes de Souvorof iraient combattre sous Masséna en Suisse, sous prétexte qu'ils étaient habitués aux neiges. Le ministre autrichien ne songeait pas que le Russe, habitué aux immenses plaines de son pays, allait se trouver tout décontenancé au milieu des plus imposantes montagnes de l'Europe. Mais Souvorof n'était pas fâché d'être débarrassé des Autrichiens; il se voyait déjà en Franche-Comté, sur la roule de Paris. Il accepta.

Opérations de Masséna en Suisse : les batailles de Zttrich. — La Suisse était alors comme une immense place assiégée. Masséna, attaqué par les armées de l'archiduc, de

Hoize et de Bellegarde, avait fait face de tous côtés et multiplié les sorties comme dans un siège. II avait des lieutenants de premier ordre, Soull, Moçtier, Oudinol, Molitor, surtout Lecourbe, un montagnard comtois, qui se montra incomparable dans cette guerre de montagnes. Masséna semblait excité par le danger toujours croissant. Jamais il ne déploya plus de vigueur dans Tattaque ou dans la résistance, un coup d*œil plus sûr, une plus merveilleuse entente des conditions de la grande guerre. Des le début de la campagne, il avait pris hardiment Toffensive pour enlever à l'ennemi tout le Rhin supérieur et le rejeter dans le Tyrol; mais arrêté devant Feldkirch, menacé de voir le vainqueur de Stockach et celui de Magnano se joindre aux deux armées de Hotze et de Bellegarde, il se concentra prudemment derrière la ligne de la Limmat. A droite, Lecourbe occupait fortement les passes du Saint-Gothard, et, à gauche, les débris de l'armée de Jourdan couvraient le pays entre Bàle et Zurich. Les Autrichiens, prenant cette concentration pour une reculade, résolurent de rejeter Masséna sur la ligne de TAar. L'archidiir Charles chercha en vain à déloger Masséna de Zurich et se lil repousser dans une première bataille qui dura deux jours (4 el 5juin). Lecourbe, attaqué par les forces supérieures de Bellegarde, descendit la vallée de la Reuss pour se lier à Masséna par Altorf. Bien que vainqueur, celui-ci abandonna Zurich el se fortifia sur les hauteurs de TAlbis, occupant fortement loule la ligne de la Reuss. A ce moment, Tarchiduc Charles était à Zurich, Hotze à Wallenstadt et Bellegarde au Saint-Gothard. Les ouvrages extérieurs de la citadelle assiégée étaient entre les mains de Tennemi.

C'est alors que le Hofkriegsralh de Vienne opère en Suisse la substitution des Russes aux Autrichiens. 30000 hommes commandés par Korsakof venaient de s'établir en arrière de l'archiduc. Celui ci reçoit Tordre d'aller reprendre Philippebourg aux Français; il abandonne la Suisse, où va le remplacer Souvorof. Mais la marche de ce dernier devait être longue el pénible. Masséna choisit le moment précis où l'archiduc venait de quitter la Suisse avant que les Russes de Souvorof aient eu le temps d'y arriver pour frapper le coup décisif. Trois

batailles vont s'engager à la fois. La première à Zurich même : Masséna a fait préparer eu secret des bateaux et radeaux; Oudinot traverse la Limmat, se jette sur les derrières de Tarmée russe, tandis que Mortier attaque de front; les Russes sont cernés à Zurich; 15 000 Français en arrière, 18000 en face et sur les flancs, le lac et la Limmat. Korsakof résiste deux jours en désespéré. A la fln, formant une seule colonne de sa brave infanterie, il se fait jour à travers les grenadiers d*Oudinot. Mais il abandonne au vainqueur 100 pièces de canon, le trésor de Tarmée et 6000 prisonniers. 8000 Russes jonchent les rues de Zurich (25 et 26 septembre). En même temps Soulta franchi laLinthS tué Hotze et enlevé aux Autrichiens 3000 prisonniers et toute leur artillerie. Les deux armées de Korsakof et de Hotze, près de 60 000 hommes, sont rejetées hors de Suisse. Souvorof, qui croyait que ses lieutenants étaient en train de rabattre sur lui les Français vaincus, allait se heurter à une armée dont la victoire doublait la force.

Souvorof ne franchit le Saint-Gothard qu*au prix d'incroyables fatigues et de combats épiques. Lecourbe défendait pied à pied chaque gorge, chaque torrent. Au Pont du Diable, au Trou d'Uri, les Russes subirent de grosses pertes; ils luttèrent pendant cinq mortelles journées contre l'héroïque obstination de Lecourbe. Enfin Souvorof arriva à Altorf le 26 septembre, le jour même du désastre de Korsakof. Il crut d'abord à une traiiison. Le plus sage parti eût été de faire retraite sur Tltalie. Mais Souvorof n'avait jamais reculé et il savait pouvoir tout obtenir de ses soldats, de ses enfants. Il se jeta dans le Muttenthaï ou vallée de la Muotta, afin de gagner Schwytz : mais Masséna était déjà à Schwytz; Lecourbe poussait vigoureusement les Russes par derrière; Molitor gardait la route de Glaris.

1. Le sous-officier Dellard propoiia à ^oiill de réunir en une compagnie les meilleurs nageurs de Tarmée pour passer la Linth et surprendre le camp ennemi. 11 réunit une cinquantaine de volontaires, ofliciers et soldats, qui passent le torrent à la nuit close, à une lieue environ en amont du camp autrichien. Ils ont pris la précaution de nouer au-dessus de leur tête les pistolets et les sabres. Ils tombent au milieu des Autrichiens endormis qui, saisis d'épouvante en voyant à la lueur des détonations se démener ces hommes nus qui frappent et luent, croient à une apparition diabolique et se dispersent de toutes parts. Ainsi put avoir lieu le lendemain sans encombre le passage de la Linth. (Voir les Mémoires du général baron Dellard.)

Pour ne pas être forcé de capituler, Souvorof se rua furieusement sur Molitor, et réussit, non sans lui laisser ses canons, ses bagages et 1600 prisonniers, à s'échapper à travers les sentiers impraticables de la vallée d*Engi et du massif du Crispait, c Ce fut le plus beau moment de la vie de Souvorof; sa retraite héroïque est plus admirable que ses victoires d'Italie, gagnées avec des forces supérieures. Aucun général dans une situation aussi désespérée n'a déployé une énergie plus indomptable que ce petit vieillard presque septuagénaire. » (A. Rambaud.) Enfin il put gagner Coire et Feldkirch et alla prendre ses quartiers d'hiver en Bavière. Ainsi se terminèrent les opérations qui constituent ce qu'on est convenu d'appeler les batailles de* Zurich et qui sont le plus beau titre de gloire de Masséna, puisqu'elles ont épargné au pays une invasion.

Brune en Hollande : les batailles de Bergen. — Un succès moins chèrement acheté mais presque aussi décisif avait sauvé notre frontière du Nord. Les Anglais et les Russes avaient débarqué en Hollande dans la presqu'île qui se termine au petit port du Helder. La flotte hollandaise du Texel, travaillée par des émissaires orangistes, s'était donnée aux Anglais. 40000 Anglo-Russes se préparaient à marcher vers le sud; Brune ne pouvait leur opposer que 17 000 hommes. Une première attaque sur le camp ennemi à Zyp fut repoussée. Mais les Hollandais, qui ne voyaient dans les Anglais que les rivaux de leur commerce et les conquérants de leurs colonies, restèrent fidèles à la cause française. D'ailleurs les Anglais ne songeaient qu'à garder la côte et ne voulaient pas risquer une marche aventureuse vers la Belgique et la France. Us étaient en rivalité avec les Russes. Brune attaqua les alliés dispersés en quatre corps, entre Bei^en et Alkmaar, et les refoula dans leur camp, où' il les tint assiégés bien qu'ils fussent plus nombreux. Le duc d'York tenta une sortie du côté de Caslricum. II fut encore repoussé. Les Anglo-Russes étaient acculés sur une étroite langue de terre, coupés de tous côtés par des canaux et des marais, manquant de vivres, réduits à la moitié de leur eflectif primitif. Le duc d'York signa avec Brune la convention d'Alkmaar, qui laissa entre les mains des Anglais les vaisseaux

hollandais dont ils s*étaient emparés, mats qui les força à évacuer la Hollande (19 sept., 18 oct. 1799).

Situation générale au moment du retour de Bonaparte. — La France avait victorieusement défendu ses fronlières du Nord et de TEst. Mais dans le Midi les revers continuaient : Champîonnet avait remplacé Joubert à la tête de l'armée dltalie. On appelait de ce nom les tristes débris des belles Iroupes de Moreau, de Macdonald et de Joubert. Concentré a Coni, il chercha a se joindre aux renforts qui étaient réunis dans la Savoie. Mais le baron de Mêlas, successeur de Kray, Tatlaqua à la Genola et lui fit perdre 6000 hommes. Les restes de l'armée repassèrent les Alpes et s'enfermèrent dans Gènes, la dernière place d'Italie qui ne fût pas perdue. L'armée était depuis longtemps sans solde, sans vêtements, sans vivres. Le dénûment était tel que, le jour de la bataille de Novi, les troupes n'avaient pas reçu de distribution depuis quatre jours et que bon nombre de soldats se couchaient par terre insensibles à la grêle de balles qui tombaient tout autour d'eux. L'armée était à la merci de la compagnie Lanchère avec qui le Directoire avait traité pour le transport des vivres et qui ne fournissait rien. Aussi vers la fin de l'année 1799 les troupes ne vivaient plus que de maraude : les désertions se multipliaient; des régiments entiers repassaient la frontière sans ordre. L'armée de Bonaparte était captive en Egypte; les Anglais tenaient la mer. La France était reléguée à l'intérieur de sa frontière de 1795. Cependant l'ennemi n'osait s'y aventurer. Les victoires de Zurich et de Bergen avaient mis le désarroi dans la coalition. Paul I" en rejetait hautement la faute sur la perfidie autrichienne et sur la perfidie britannique; sans faire alliance encore avec la France, il retira ses armées. L'Autriche, abandonnée à ses seules forces, ne pouvait plus rien contre les armées de la République. Avant même le retour de Bonaparte, la France avait réussi à se sauver.

BIBLIOGRAPHIE

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Document». — Voir les indications données p. 305 et 306, aux Archires de la marine : i^ Mémoires et projets, t. ÏV. 2" Campagnes; années 1796. ri 797 et 1798. — Au Dépôt de la guerre. Ordre de larmOe de VOcéan et correspondance de Grouchy. — Aux Archives nationales, Directoire exf'cutif, fonds de la secrétairerie d'Etat, projets de 1796 et de 1798. Comulat, armée d'Angleterre. — Archives des affaires étrangères, Journal mss, du gène) al Chérin, — Archives irlandaises du château de Dublin : Irish State papen^, French invasions. — State of the Country. — United Irishmen,

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IL Pour l'expédition d'Egypte, consulter surtout l'ouvrage du Comte Boulay de la Meurthe, Le Directoire et l'expédition d'Egypte, Paris, ISS*»-

Documenta. — Aux Archives nationales, les documents de la Secrétairerie d'État du Directoire. — Aux Affaires étrangères outre la Correspondance politique (par année et par pays), les cartons des consukUs de la Méditerranée. — Aux Archives de la marine, les campagnes et projets de 4798 et 4799. — La Correspondance de l'ordonnateur de la marine à Toulon en 1798 et 1799 (publiée en appendice par Jurien de la Gravière, Guerre^ maritimes , t. I). — Au Dépôt de la guerre, Armées d'Angleterre et d'Orient.

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III. Pour les deux expéditions d'Italie et les guerres contre l\ deuxième coalition, les ouvrages déjà cités à la fin du Chap. v. — Général Thoumas, Lannes, Marmont. — Général Koch, Mémoires de Masséna. — Bonnal, Les armées de la République; Histoire de Desaix; Chute d'une République, Venise; Guerre de Hollande; Affaire du Texel (nombreux documents tirés des Archives de la guerre). — Souvenirs du comte Chaptal. et de Fauriel. — Comte Pajol, Kléber, sa vie, sa corresporuiance, Paris, 1877. — Mémoires de Barras, de Gohier, de LAreveillère-Lepeaux, de Talleyrand, de M*^ de Rémusat. — De Besancenet, Un officier royaliste au service de la République (Dammartin), Paris, 1876. — Baron Emouf, Souvenirs d'un abbé volontaire de la Il-publique. — A, Lefebvre, Histoire des cabinets de l'Europe pendant le Consulat et l'Empire. — Bondois, Napoléon et la Société de^on temps, Paris, 1895. —E. Denis, L'Allemagne de 4789 à 4840 (Bibliothèque d'histoire illustrée), Paris, 1896. —A. Rambaud, Les Française sur le Rhin, Paris, 1880. — Lanfrey, Histoire de Napoléon, Paris, 187:i, o vol .

Sur le rèflrne de Panl I*^. — Kobéko, Le ccuarévilch Paul Pêlrovitch (175^-1796;, Pét., 1882 (en russe). — Paul r% Oukazes, publications du Sénat russe, Pét., 2 vol. — Paul F', Lettres à diverses personnes (1796- 1798), dans Arch, Rnsse^ 1876. — Nombreux documents et données sur Paul h*** dans Antiq. Russe, années 1873 et suiv. ; dans Arch. Russe, 1873 et suiv., etc. — Mémoires russes de Famiral Tchitchagof (en fr. dans la Revue Contemporaine de 1855), d'A. M. Tourguénief {Antiq, Russe, 188i et 1885). de Gretch (Ibid., 1876), de Riabine (Ihid.. 1877), de Reimers (IbicL. 1883), de Karabanof (16id., 1872), d'Obolianinof (/6irf., 1873), — de Bolotof {Souvenirs des temps écoulés, Moscou, 1875) ; de L. N. Engelhard, Moscou, 1808; de F. N. Galiteyne {Arch, Russe, 1874). — E. Winkelmann, Paul f^ (d'après le journal d'un Courlandak^ conseiller, sénateur, etc.), dans Hist, Zeitsch., de Sybel, t. XXII. — Général S[ablouk]of, L'i mort de Paul I^ (curieux aussi sur les premières années du règne), publ. d'abord dans le Praser's Magazine, puis (en fr.) dans la Revue moderne de 1865 et 1866. ~ Corresp. de Semen Vorontsof et de Rostoptchine (voir ci-dessus, p. 371). — Documents sur les rapports de Paul I^ avec la France, édit. par TratchéTski, dans le t. LXX de Soc, Imp. d'hist. de Russie. — L'abbé Georgel, Voyage à Pét. en 4799-4800, Paris, 1818.

— Mémoires de Dumouxiez, princesse Dachkof ; etc. — K. S. Choumigorski, V impératrice Marie Feodorovna (femme de Paul l^^), 2 vol., Pét.. 1892 (en russe). — N. P. Zagoskine, Paul /<>•• à Kazan (1798), 1893 (en russe). — Lébédef, Réforme de V armée russe sous le règne de Paul /•*" (en russe), Pét., 1877, 2 vol.

Sup lem fSAiniMmrncs de* Rummcm (Italie, îles Ioniennes , Helvétic, Hollande). — Récits d un Vieux Soldat de Souvorof (en russe), Moscou, 18 1^7 (voir l'étude étendue et documentée d*A. Rambaud, dans la Vie Contemporaine et Revue de Famille, 15 oct. et 15 nov. 1893). — L'ataman Deniaof, Mémoires (nolam. récit de sa campagne dltalic), dans Antiq. Russe, 1874. — Mémoires de ICasséna, par Koch, de Soult, etc. — Mémoires ou Récits, surSouvorof, de Fuchs (en russe, Pét., 1811 et 1827), Laveme 11809), Anthing (trad. de Fall. par De Serionne, Gotha, 1799, 3 vol.). — Guillaumanches (Hambourg, 1808), Glinka (en russe, 1812); dans Costa de Beauregard, Un homme d'autrefois, Paris, 1877, dans l'autobiographie du duc de Richelieu (voir ci-dessus, p. 372). — (Anon.), Hist. des campagnes du maréchal de Suworoiv, prince Italinski, Hambourg et Paris, 1779; 2» édit., Paris, 1802, 3 vol. — Polévoï, Hist. de Souvovof- Rymnykski, prince d'Italie (en russe), Moscou, 1811. —Vie de Souvorof dans Bantych-Kaminski, Biographie des généralissimes et f. maréchaux russes (en russe), 1841. — Smith, Souvarof et la chute de la Pologne, 1866. — A. Pétrouchevski, Le généralissime prince Souvorof, Pét., 188i, 3 vol. — Le général Milioutine, Hist, de la guerre de la Russie contre la France en 4799 (en russe), 5 vol., Pét., 1852-1853. — L'abbé P. Pisani, Uexpéd. russo-turque aux îles Ioniennes (1798-1799), dans Rev, d'hist, diplom., 1888.

— Le citoyen Dedon (chef de brigade d'artillerie). Relation du passage de la Ummat (3 vendém. an VIII), Paris, an IX (1801). — E. Bousson de Mairet, Éloge du général Lecourbe, Paris, 18'*7 (avec de nombreux documents).

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