‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 54 sur 166 · DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

DE LA RÉVOLUTION

/. — Plans généraux d'enseignement.

Les Cahiers; la Constituante; Talleyrand. — Ce

n*élait pas seulement aux réformes politiques et sociales que s'étaient arrêtés les esprits clairvoyants avant 1789. L'organisation si incomplète et si défectueuse de renseignement public dans Tancienne monarchie avait attiré Tattention de plusieurs. La Chalotais, en 1763, avait publié un Essai d'éducation nationale; en 1768, le président Rolland avait donné lecture au parlement de Paris d'un Compte-Rendu, où se trouvait exposé tout un programme nouveau d'enseignement. Dans son Mémoire sur les municipalités^ Turgot avait dit à Louis XVI : « La première et la plus importante de toutes les institutions que je croirais nécessaires, celle qui me semble la plus propre à immortaliser le règne de Votre Majesté, celle qui doit influer le plus sur la totalité du royaume, serait la formation d'un conseil de Tinstructien nationale, sous la direction duquel seraient les académies, les universités, les collèges, les petites écoles. » Cette idée de la mainmise de TEtat sur la direction de renseignement public

s*était répandue dans le pays : si bien qu'en 1789 un grand nombre de cahiers, émanant de la noblesse et du clei^é comme du Tiers, réclamaient < un plan d'éducation nationale ». Quelques-uns, ceux de Paris et de Blois par exemple, demandaient que réducation publique < fût étendue à toutes les classes de citoyens ». De l'ensemble se dégageaient ces quelques idées générales : organisation d'un système d'enseignement et d'éducation nationale, s'étendant à toutes les classes et aux deux sexes ; création d'un corps enseignant surveillé par l'Etat et d'une agence centrale chargée de surveiller l'application du plan général. L'on n'était pas encore arrivé à la saisissante formule de Danton, < qu'après le pain l'éducation est le premier besoin du peuple ». Mais déjà l'on sentait, dans les trois Ordres, de quelle importance capitale était la question de l'enseignement dans un Élat qui prétendait se transformer de fond en comble et changer du tout au tout ses conditions d'existence.

Pourtant l'Assemblée constituante ne fit, en somme, que désorganiser ce qui existait déjà, par le bouleversement de tout le système financier, et l'abolition de tous les privilèges dont vivaient la plupart des établissements scolaires : elle ne mit rien à la place de ce qu'elle détruisait. Il est même à remarquer que, parmi les nombreux Comités créés par elle, il ne s'en trouva aucun qui fût spécialement chargé de l'étude des questions d'enseignement. Ce soin incomba, par surcroît pour ainsi dire, au Comité de Constitution, dont les travaux aboutirent à l'insertion très simple mais très importante de la disposition suivante, au titre I de la Constitution de 1791 : c II sera créé et organisé une instruction publique, commune à tous les citoyens, gratuite à l'égard des parties d'enseignement indispensables pour tous les hommes, et dont les établissements seront distribués graduellement dans un rapport combiné avec la division du royaume. »

La question de principe était ainsi tranchée. Mais c'était plutôt en dehors de l'Assemblée et à côté d'elle que se discutaient les moyens d'exécution, les plans d'ensemble, les programmes et les méthodes. Il va sans dire que chaque novateur s'empressait de faire part de ses recherches et de ses idées à la

Page 1