PLANS GÉNÉRAUX D'ENSEIGNEMENT
Constituante, et qu'elle était encombrée de mémoires et de projets '. Le 13 octobre 1790 elle chargea par décret le Comité de Constitution de lui présenter un rapport d'ensemble; le travail fut confié à Talleyrand qui l'acheva seulement au mois de septembre 1791. L'Assemblée, à la veille de se séparer, renvoya l'examen de cette grave affaire à l'Assemblée législative.
Bien qu'aucun texte législatif ne soit jamais sorti de ce rapport de Talleyrand, qu'il n'ait même jamais été discuté, — le Comité d'instruction publique de la Législative l'écarta dès l'abord, — il n'en mérite pas moins qu'on l'examine brièvement à titre de résumé des idées contemporaines.
L'instruction doit exister pour tous, sans qu'on la puisse rendre obligatoire , sans que le droit d'enseigner puisse devenir un privilège ou un monopole. L'instruction primaire est due par la société « avec la plus entière gratuité ». Des bourses permettront à l'élève des écoles primaires qui aura manifesté < des dispositions précieuses » de passer aux écoles supérieures. Les écoles forment une hiérarchie, toute pareille à la hiérarchie administrative : écoles primaires au chef-lieu de canton ; écoles de district ou établissements d'enseignement secondaire; écoles de département aux chefs-lieux. Celles-là, divisées en écoles de théologie, de médecine, de droit et d'art militaire, « préparent l'adolescence à certains états de la société ». Au sommet, à Paris, un Institut national^ < qui réunit tout et perfectionne tout », qui est à la fois une réunion d'académies et un corps d'enseignement supérieur, qui résume et remplace toutes les universités et s'agrège tous les établissements scientifiques déjà existants. La direction suprême appartenait à six commissaires nommés par le roi.
C*est après la dissolution de la Constituante que Cabanis publia, sous le titre de Travail sur l'éducation publique ^ quatre discours qu'il attribuait à Mirabeau. On n'y insistera pas, parce qu'ils ne sont pas de Mirabeau ', et qu'à défaut du souvenir du grand orateur, ils ne se recommandent en rien par eux-mêmes.
\, On en trouvera la liste dans J. Guillaume, Procès-verbaux du comité d'InstrucUon publique de V Assemblée législative^ Coll. Doc. inédits, p. v el suiv.
2. Voir Diclionnaire de Pédagogie, f* partie, arlirle Mikabeat, par M. J. Guillaume.
:i3i CRÉATIONS SCOLAIRES ET SCIENTIFIQUES DE LA REVOLUTION
L'auteur, peut-être Cabanis lui-même, après avoir proclamé la nécessité de l'instruction, repoussait le principe de Tobligalion et de la gratuité. Il dérobait à la surveillance de TEtat les établissements scolaires, pour les faire dépendre des administralions départementales. On retrouve là cette fureur de décentralisation qui dans Tordre administratif conduisait la France à l'anarchie et l'eût conduite à la ruine, sans l'énergique réaction des Conventionnels. Il est à remarquer que, à l'exemple de Talleyrand, l'auteur des Discours prévoyait à Paris, sous le nom de Lycée, la création d'une sorte de grande école encyclopédique, qui résumerait en elle toutes les connaissances humaines.
Les Comités d'instruction publique & la Législative et à la Convention. — Â la différence de la Constituante, la Législative et la Convention créèrent des Comités d'instruction publique qui déployèrent la plus grande activité, tout au moins qui siégèrent avec assiduité. Ces Comités, pour les deux Assemblées, se composèrent de vingt-quatre membres. La Législative, en instituant le 14 décembre 1791 son Comité d'instruction publique, qui se trouvait être le dix-neuvième, avait décidé d'ajourner à six mois <r la fixation de l'époque et de la proportion de son renouvellement ». En fait, il ne fut procédé à aucun renouvellement pendant toute la durée de l'Assemblée . Dans ce comité figurèrent Lacépède , Condorcet , Romme, Pastoret, Carnot, Prieur de la Côte-d'Or, Jean de Bry, Ârbogast, Quatremère, etc. Du 30 octobre 1791 au 22 août 1792, le Comité tint 107 séances.
Le 2 octobre 1792, douze jours après sa réunion, la Convention se donnait, elle aussi, un Comité d'instruction publique. Il devait d'abord être renouvelé par moitié tous les deux mois. IMus tard on décida que le renouvellement serait intégral et mensuel. Le plus souvent les pouvoirs des membres du Comité furent simplement renouvelés, et seules les grandes crises révolutionnaires, comme le 2 juin 1793 ou le 9 thermidor, modiflèrent profondément la composition du comité. On y vit figurer dès l'origine Prieur de la Côte-d'Or, Arbogast, Chénier, Romme, David, Léonard Bourdon; puis vinrent Condorcet, Sieyès, Lakanal, Daunou, Grégoire, Fourcroy, etc.
PLANS GÉNÉRAUX D'ENSEIGNEMENT olKi
Au mois de juillet 1793, la Convention que ne satisfaisaient pas les projets présentés par son Comité, élut, sur la proposition de Robespierre, une Commission d' instruction publique composée de six commissaires. Cette commission subsista trois mois (6 juillet au 6 octobre 1793) et se trouva pendant ce temps substituée au Comité, avec lequel elle se confondit plus tard, pour la préparation et la présentation d*un plan d'éducation nationale. Ce Comité ne fut pas moins zélé que celui de la Législative, car, du IS octobre 1792 au 20 novembre 1793, seulement, il ne tint pas moins de 156 séances. Quant à la Convention, elle avait décrété le 21 janvier 1793, le jour de Texécution de Louis XVI, « que les finances, la guerre et l'organisation de l'instruction publique seraient continuellement à l'ordre du jour ». A plusieurs reprises, elle décida que le jeudi de chaque semaine serait consacré aux discussions relatives à cette matière. Un moment même, en août 1793, elle décida que, c cessant tout débat partiel sur ce grand objet, chaque jour elle discuterait sur le plan entier d'instruction publique ». Mais au milieu des mille périls auxquels il fallait faire face, des mille nécessités auxquelles il fallait parer, la Convention ne put jamais observer à la lettre ses décrets. D'autre part, sa très grande mobilité d'impression, sa facilité à se déjuger, à adopter dans un moment d'enthousiasme des idées et des plans qu'elle se hâtait d'écarter en des heures plus calmes, ne contribuèrent pas peu à rendre très longue et très laborieuse l'œuvre d'organisation. Pour citer quelques^ exemples de ces brusques revirements, un plan d'ensemble, rédigé par Lepelletier de Saint-Fargeau, était voté le 13 août 1793 et rapporté le 20 octobre ; une Pétition du département de Pans , présentée le 15 septembre 1793 , était séance tenante transformée en décrets, dont on suspendit l'application le lendemain; le même sort fut réservé aux décrets sur l'instruction primaire que Romme faisait voter du 21 au 31 octobre 1793 et que Chénier faisait soumettre à revision dès le 5 novembre.
Les plans généraux : Condorcet. — De nombreux plans généraux ont été soumis à la Convention. Les plus remarquables furent ceux que Romme fut, par deux fois, chargé de
rédiger, et qu'il déposa le 20 décembre 1792 et le !•' octobre 1793. Mais les idées dont il s*était inspiré, et dont s'inspirèrent avec lui les auteurs de la Pétition du département de PariSj el plus tard Lakanal, appartiennent en propre pour la plupart à Condorcet et se trouvèrent exposées dès le 20 avril 1792 dans un remarquable rapport. Son plan fut le plus complet et le plus logique, et c'est en somme celui-là qui finit, après de nombreuses vicissitudes, par être adopté dans ses dispositions essentielles. Sa réalisation complète devait demander près d'un siècle; encore, sur bien des points, ne sommes-nous pas allés aussi loin que le demandait Condorcet.
Ce rapport, qui formait un travail considérable ', se divisait en deux parties. La première était le rapport proprement dit et contenait l'exposé des principes sur lesquels Condorcet s'était appuyé pour rédiger le projet de décret en neuf titres qui formait comme la seconde partie.
Condorcet établit d'abord que l'instruction nationale incombe comme un devoir rigoureux à la puissance publique. Le premier but de cette instruction nationale doit être « d'établir entre les citoyens une égalité de fait et de rendre réelle l'égalité politique reconnue par la loi. Sous ce point de vue elle est, pour la puissance publique, un devoir de justice. » — Elle doit ensuite, en cultivant < dans chaque génération les facultés physiques, intellectuelles et morales... contribuer au perfectionnement général et graduel de l'espèce humaine, dernier but vers lequel toute institution sociale doit être dirigée, j» — « L'instruction doit être universelle, aussi égale et aussi complète que possible — ce qui entraîne la gratuité à tous les degrés. Les talents donnés par la nature ne doivent être perdus ni pour ceux qui les ont reçus, ni pour la patrie. L'instruction doit, dans ses divers degrés, embrasser le système entier des connaissances humaines et assurer aux hommes dans tous les âges de la vie la facilité de conserver leurs connaissances et d'en acquérir de nouvelles. » — Enfin, « la première condition de toute instruction étant de n'enseigner que des vérités, les établissements
{. Il occupe 58 pages in-i dans le volume déjà cité de M. J. (juillaume.