PLANS GÉNÉRAUX D'ENSEIGNEMENT
que la puissance publique y consacre doivent être aussi indépendants qu*il est possible de toute autorité politique ».
Enseignement organisé par TEtat, aussi complet que possible, accessible à tous, par la gratuité totale, indépendant du pouvoir politique, pour la vérité : tels sont les principes généraux qu'établissait Condorcet.
Il distinguait cinq degrés d'instruction et établissait des école% primaires, des écoles secondaires^ des instituts, des lycées, une société nationale des sciences et des arts.
Les écoles primaires seraient établies à raison d'une école par village de 400 habitants et par hameau situé à plus de mille toises d'un village de 400 habitants. Chaque district et chaque ville de 4000 habitants auraient une école secondaire, équivalente à nos écoles primaires supérieures. Cent dix instituts — nos lycées ou collèges — seraient répartis dans les départements, à raison d'un institut au moins par département. Les lycées — nos facultés, — au nombre de neuf, maintiendront dans les départements « un plus grand nombre d'hommes éclairés qui, forcés d'aller achever leur instruction à Paris, auraient été tentés de s'y établir ». Quelques-uns seront placés « a portée des frontières, de manière à y attirer déjeunes étrangers ». Les autres seront placés de préférence dans des villes peu considérables « où l'esprit des sciences ne serait pas étouffé par de grands intérêts », où les parents n'auraient pas à craindre pour leurs enfants € des séductions puissantes, des occasions multipliées de dissipation et de dépense ».
La société nationale des sciences et des arts surveillerait et dirigerait les établissements d'instruction, s'occuperait « d'enrichir par des vérités nouvelles la masse entière des connaissances, de préparer à l'esprit humain de nouveaux moyens d'accélérer les progrès, de multiplier les découvertes ». Elle serait divisée en quatre sections : sciences mathématiques; sciences morales et politiques; sciences appliquées aux arts; enfin, grammaire, lettres, arts d'agrément, érudition.
Pour assurer l'indépendance du corps enseignant et de l'instruction, qui « fait en quelque sorte une partie des droits de l'espèce humaine », la nomination des membres était refusée à
TEtat. Les membres de la société se choisissaient eux-mêmes, et choisissaient les professeurs des lycées. Ceux-ci, à leur tour, désignaient les professeurs des instituts. « Quant aux instituteurs des écoles secondaires et primaires, la liste d'éiigibles sera faite par les professeurs des instituts de Tarrondissement et le choix appartiendra : pour les premiers, au corps municipal; pour les derniers, à l'assemblée des pères de famille. »
Pour ceux qui dans le passé n'avaient eu nul moyen de s'instruire, pour ceux qui dans l'avenir voudraient « consen^er et étendre » les connaissances acquises, Condorcet chargeait de conférences hebdomadaires les professeurs de tous les ordres. En outre, dos bibliothèques, des collections scientifiques, des laboratoires adjoints a chaque centre d'enseignement devaient êlre ouverts au public.
La Législative entendit par deux fois le rapport, en ordonna l'impression, mais ne put trouver le temps de le discuter. En sorte que cette Assemblée ne contribua en quoi que ce soit à l'œuvre de réorganisation de l'enseignement. Le Comité d'instruction publique de la Convention adopta les principes posés par Condorcet et les grandes lignes de son projet; la Convention ordonna elle-même la réimpression du rapport. Mais pas plus que la Législative elle ne le discuta intégralement. On voulut courir au plus pressé; on en détacha les divers articles relatifs aux écoles primaires, et c'est là-dessus que s'engagea la bataille entre les partisans de Condorcet et ceux qui lui reprochaient de préparer « dans la nation et à ses dépens une corporation formidable ». Dans la discussion d'un point particulier du projet on devait finir par oublier l'ensemble.
//. — Enseignement primaire et secondaire.
Quand au commencement de décembre 1192 le comité présenta à la Convention son rapport général, la disjonction fut ordonnée : on considérait sans doute, avec Rabaut Saint- Etienne, que la nation ne devait « qu'indirectement l'enseigne-
ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ET SECONDAIRE o30
ment des arts et des sciences », mais qu*elie c devait absolument la doctrine qui enseignera dans les écoles primaires les devoirs du citoyen ». Lanthenas présenta donc le 12 décembre 1792 un rapport sur les écoles primaires. La discussion dura jusqu'au 18. On entendit un orateur, Durand-Maillane, déclarer que les Français « n'étaient si corrompus que parce qu'ils étaient trop savants » et que c le peuple, pour être heureux, n'avait besoin des sciences que ce qu'il lui en faut pour arriver à la vertu ». Le Girondin Ducos demanda un enseignement laïque, obligatoire et commun : « Tous les enfants dans la République, disait-il, quel que soit l'état ou la fortune de leurs pères, doivent être assujettis, pour pouvoir parvenir dans la suite aux emplois publics, à suivre, pendant un certain espace de temps, les écoles primaires. » Il voyait là le moyen unique il'élablir la Sainte Égalité, d'amener la fusion entre les citoyens et les messieurs, Michel-Edme Petit demanda que « préalablement à l'institution des écoles primaires, on s'occupât de détruire la mendicité ». Les écoles ne devaient, selon lui, profiler qu'aux riches et aux riches seuls. Marat pensait sans doute de même quand il intervint brutalement pour réclamer qu'on s'occupât € d'intérêts plus ui^ents ». Ce fut Marat qui l'em^ porta et la discussion fut interrompue sans qu'on eût voté autre chose que le principe même de la loi : < Les écoles primaires formeront le premier degré d'instruction. On y enseignera les connaissances rigoureusement nécessaires à tous les citoyens. Les personnes chargées de l'enseignement dans ces écoles s'appelleront instituteurs. » — On n'avait tranché aucun des points capitaux : on ne s'était prononcé ni sur la question de Tobligalion, ni sur la question de la gratuité.
Le procès de Louis XVI, puis la lutte entre la Gironde et la Montagne, firent passer au second plan les questions d'enseignement. Pourtant la question était jugée si grave que le Comité de salut public, la tenant pour une affaire de sûreté générale^ à peine un mois après sa création, au moment où la lutte des partis était la plus ardente, se substituait au Comité d'instruction et, le 30 mai 1193, présentait un projet de décret en cinq articles. On instituait une école par centre de 400 à 1800 habi-
tants, avec des cours hebdomadaires pour les adultes de Fun et l'autre sexe. La Convention adopta sur Theure. Un tout autre accueil fut fait au Projet dC éducation nationale préparé par Sieyès, Daunou et Lakanal et présenté par celui-ci au nom du Comité d'instruclion publique le 13 juin 1193. Outre quil abandonnait entièrement à « Tindustrie particulière » Torganisation de renseignement secondaire et de renseignement supérieur, il ramenait le chiffre des écoles primaires à une pour mille habitants, et, s'il décorait Tinstituleur, dans Texercice de ses fonctions et aux fêtes nationales, d'une médaille avec cette inscription : « Celui qui instruit est un second père »; s'il instituait quarante fêtes, dont une en l'honneur des animaux compagnons de r homme et une du perfectionnement du langage; s'il créait dans chaque canton au moins un théâtre où les hommes s'exerceraient aux évolutions militaires, à la musique et a la danse, il supprimait les cours d'adultes, il oubliait de se prononcer sur la gratuité et l'obligation. Le projet fut écarté et la Convention, perdant patience, décidée à sortir des discussions et des votes de principes, pour aboutir à des résultats pratiques, chargea, sur la proposition de Robespierre, en dehors du Comité désemparé, six commissaires de lui présenter, sous huit jours, un projet de décret sur l'éducation et l'instruction publiques. Ce fut la même ardeur qui lui fit successivement adopter un plan d'éducation nationale trouvé dans les papiers de Lepelletier de Saint-Fargeau, présenté par Robespierre el dont la principale originalité était la création de maisons d^égalité où tous les enfants, sans distinction et sans exception, seraient de cinq à douze ans élevés en commun aux dépens de la République; puis le texte de la pétition du département de Paris du 15 septembre 1793, qui reprenait simplement les idées de Condorcet et sa hiérarchie d'enseignements; enfin la série des décrets préparés par la commision des six et présentés par Romme, du 21 au 30 octobre 1793, et qui mettaient l'enseignement tout entier aux mains de l'État. Aucun de ces décrets, on l'a vu plus haut, ne fut réellement appliqué.
Loi du 29 frimaire an n (19 décembre 1793). — Les derniers décrets avaient été sur la demande de Chénier soumis