‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 57 sur 166 · ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ET SECONDAIRE :H · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ET SECONDAIRE :H

à une revision. Romme, au nom du Comité d'instruction publique, présenta purement et simplement les mêmes textes codifiés. Le Comité de salut public, intervenant de nouveau, opposa au projet de Romme, un plan très difTérent préparé par Bouquier. La bataille entre les partisans des deux projets dura six jours. Les débats s'ouvrirent le 18 frimaire (8 décembre) et se terminèrent le 29 (19 décembre).

Thibaudeau attaqua le projet de Romme comme une copie de Condorcet. Il ne voulait pas de 80 000 instituteurs et de la levée de 112150 pédagogues y monstrueuse corporation d'individus < qui deviendraient infailliblement les régulateurs plénipotentiaires des mœurs, des goûts, des usages, les arbitres de la liberté et des destinées de la nation ». Il demandait que Ton c s'abandonnât tout à rinfluence salutaire de la liberté, de l'émulation et de la concurrence ». — « Laisser faire est ici le grand secret, ajoutait Fourcroy, et la seule route des succès les plus certains. » La logique les conduisait à rejeter le principe de l'obligation. Danton, qui ne s'était guère mêlé jusque-là aux discussions sur l'enseignement, intervint alors, c II est temps, dit-il, de rétablir ce grand principe qu'on semble méconnaître : Que les enfants appartiennentàlaRépublique avant d'appartenir à leurs parents. » Son intervention entraîna le vote du principe d^oôligalion. Tous les enfants, à partir de six ans au plus tôt, de huit ans au plus tard, devront fréquenter les écoles. <t Les pères, mères, curateurs ou tuteurs » qui contreviendraient à celte obligation seraient, pour la première fois, frappés d'une amende égale au quart de leurs contributions; la récidive entraînait une amende double, la perte pendant dix ans des droits de citoyen et l'aflichagc. L'enseignement était libre pour tout citoyen ou citoyenne muni d'un certificat de civisme et de bonnes mœurs. Il était gratuit, l'Etat salariant les maîtres à raison de vingt livres par élève pour l'instituteur et de quinze livres pour l'institutrice. Le programme était réduit à sa plus simple expression : lecture, écriture, premières règles de l'arithmétique.

Telle fut la loi du 29 frimaire an II (19 décembre 1793). Inférieure en bien des points à plusieurs des projets qui l'avaient précédée, particulièrement en matière de programme, elle avait

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ce grand mérite qu'elle proclamait Tobligation de rinstruclion et sa gratuité. Ces principes ne devaient malheureusement pas être maintenus dans la suite.

Lois du 27 brumaire an m et du 3 brumaire an IV. — Après le 9 thermidor, Lakanal, rentré au Comité d'inslruction publique, devenu son président, entreprit de faire reprendre Tcxamen du projet présenté par lui en juin 1793. Il s'agissait de faire des instituteurs des fonctionnaires d'Etat. Les efforts de Lakanal aboutirent au vote de la loi du 27 brumaire an III (17 novembre 1794). Il y aurait une école primaire par mille habitants. Les instituteurs étaient nommés et surveillés par un jury d'instruction, composé de trois membres désignés par l'administration du district parmi les pères de famille. Ils recevaient un traitement fixe de 1200 livres. Le principe de la gratuité était maintenu, mais non plus celui de l'obligation. En revanche on étendait les programmes; on y ajoutait « la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, des instructions élémentaires sur la morale républicaine, les éléments de la géographie et de l'histoire des peuples libres ».

Le principe de la gratuité devait être sacrifié à son tour. La Convention, dans les derniers mois de son existence, procédait à une sorte de revision de son œuvre, à un travail de codification et de réaction. La commission des Onze fut chaînée de préparer les lois organiques. Entre autres, elle rédigea, après un rapport de Daunou, la loi générale sur l'instruction publique du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795), développement du chapitre x de l'Acte constitutionnel. Daunou déclarait que la commission s'était inspirée des projets dcTalleyrand et de Condorcet, mais qu'elle avait écarté les idées de Robespierre qui avait « imprimé le sceau de sa tyrannie stupide, par la disposition barbare qui arrachait l'enfant des bras de son père ». C'est ainsi que l'on désignait le principe de l'obligation. « Nous nous sommes dit, ajoutait Paunou, liberté de l'éducation domestique, liberté des établissements particuliers d'instruction. Nous avons ajouté : liberté des méthodes instructives. » — Ceci équivalait a dire : les établissements privés sont dérobés i la. surveillance de l'État. Le Titre I de la loi était consacré aux écoles primaires.

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Il était établi dans chaque canton une ou plusieurs écoles primaires. On était loin de la proportion d*une école par mille habi< tanls! Les instituteurs examinés par des jurys d^instruction, nommés par les administrations du département, ne reçoivent plus aucun traitement. On leur accorde le logement, qui peut être remplacé par une indemnité en argent. lia reçoivent de chacun de leurs élèves une rétribution annuelle fixée par Tadministration du département. La gratuité, comme Tobligation, a donc disparu. Comme il fallait songer cependant aux pauvres, l'administration municipale pouvait exempter de la rétribution un quart des élèves < pour cause d*indigence ». Au temps de la Terreur, qui fut aussi le temps des grandes pensées généreuses, et d'après le projet qu*avait rédigé, avec Sieyès et Lakanal, ce même Daunou, les indigents se fussent appelés les élèves de la Patrie. Quant au programme, il eût été difficile de le réduire davantage : lecture, écriture, calcul^ éléments de la morale républicaine, c'était tout renseignement primaire.

Une disposition additionnelle établissait que chaque école serait divisée en deux sections, une pour les garçons, une pour les filles. Il n'y avait point là une innovation; tous les plans antérieurs prévoyaient également des écoles de filles dirigées par des inslitutrices.

Einseignement secondaire : Talleyrand et Condorcet. — L'enseignement secondaire était le seul qui, sous l'ancien régime, eût été quelque peu développé. Un grand nombre de collèges étaient dispersés sur tout le territoire de la France, et, quoique l'abolition de tous les privilèges financiers eût atteint la plupart d'entre eux dans les sources mêmes de leur existence, beaucoup continuèrent à recevoir des élèves et à les instruire. Les diverses Assemblées révolutionnaires accordèrent à plusieurs reprises des secours aux professeurs, et interdirent la vente des immeubles destinés à l'enseignement. Enfin le concours général des collèges de Paris eut lieu jusqu'en 1793.

Cette sorte de survie des collèges explique dans une certaine mesure que la Convention se soit tout d'abord attachée à l'organisation de l'enseignement primaire. Toutefois, s'il y eut parmi les députés nombre de gens disposés à s'en remettre à

l'initiative privée du soin d'organiser renseignement secondaire, les plans généraux les plus importants, ceux de Talleyrand et de Condorcet, et tous ceux qui s'inspirèrent de ce dernier, Romme par exemple, en faisaient un enseignement d'Etat. Talleyrand créait les écoles de districty Condorcet les instituts.

Dans les instituts, on devait enseigner < les connaissances nécessaires pour remplir toutes les fonctions publiques et celles qui peuvent servir au perfectionnement de l'industrie 9. Ils étaient divisés en quatre cours : sciences mathématiques et physiques, sciences morales et politiques, application des sciences aux arts, littérature et beaux- arts. II v avait là une véritable révolution : les sciences prenaient la place des langues anciennes, qui faisaient le fond de l'enseignement avant 1789 et que Condorcet se sentait disposé à tenir c pour plus nuisibles qu*utiles ». — < Au-dessous dun certain degré de talent, disait-il, le goût des occupations liiiéraires donne un orgueil ridicule ou une honteuse jalousie pour les talents auxquels on ne peut atteindre. » Pour lui, nul inconvénient de ce genre n'était à craindre avec les sciences. Leur étude c même élémentaire est le moyen le plus sûr de développer les facultés intellectuelles, d'apprendre à raisonner juste, à bien analyser ses idées ». Elle développe « la froide raison »: les études littéraires développent les facultés c d'enthousiasme », et Condorcet croit ces dernières dangereuses. Il faut noter toutefois que dans le plan de Condorcet les diverses parties des programmes étaient indépendantes les unes des autres et que chacun se trouvait libre de choisir selon ses goûts. On n'imposait donc pas l'étude des sciences à tous : on donnait seulement à ceux qui voudraient les étudier de plus grandes facilités et des cours plus nombreux.

Lepellctier, puis les auteurs de la Pétition du département de Parisy avaient adopté le plan de Condorcet. Deux fois décrétée par la Convention, l'organisation de l'enseignement secondaire n'en était pas moins encore a faire en 1795.

Les écoles centrales. — C'est alors que Lakanal, le 26 frimaire an III, aussitôt après le vote de la loi de Brumaire sur les écoles primaires, vint lire au nom du Comilé

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