‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 58 sur 166 · ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ET SECONDAIRE · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ET SECONDAIRE

d*instruction publique un rapport et un projet de décret sur les écoles centrales. Le nom appartenait au girondin Bancal qui Tavait proposé dès 1192. Les écoles primaires, disait Lakanal, n'étaient que le vestibule du grand édifice promis depuis longtemps à rimpatience des Français. « Pour la gloire de la patrie, pour Tavancement de Tesprit humain, il faut que les jeunes citoyens exceptés par la nature de la classe ordinaire trouvent une sphère où leurs talents puissent prendre Tessor. » De là l'idée des nouvelles écoles que Ton nommera centrales < parce qu'elles seront placées au centre des écoles primaires de chaqup département, et à la portée de tous les enseignés ». ^. v

Le 7 ventôse an III (23 février 1795) le décret était voté. \

Les écoles centrales étaient distribuées à raison de la popu- ' lation, la base proportionnelle devant être d'une école par trois cent mille habitants. Chaque école comptait treize professeurs. Le programme comportait : mathématiques, physique et chimie, logique et analyse des sensations et des idées, économie politique et législation, histoire philosophique des peuples, hygiène, arts et métiers, grammaire générale, belleslettres, langues anciennes, langues vivantes, dessin. Sous le nom d'élèves de la patrie, chaque école recevait un certain nonnbre de boursiers. On créa 8 écoles à Paris et 93 dans les départements.

La loi générale du 3 brumaire an IV n'épargna pas plus les écoles centrales qu'elle n'épargnait les écoles primaires. Il n'y avait plus qu'une école par département; on réduisait le nombre des professeurs à dix; l'enseignement était réparti en trois sections indépendantes, ce qui était un retour aux idées de Condorcet. Les professeurs étaient examinés et élus par un jury départemental d'instruction, composé de trois membres nommés par le Comité d'instruction publique. Les élèves de la patine, là comme dans la loi sur l'instruction primaire, disparaissaient pour faire place aux < indigents ».

11 est à remarquer que si l'on fixait l'âge auquel les élèves pouvaient entrer dans les diverses sections, on les laissait libres de choisir leurs cours; de même, les professeurs pouvaient adopter telle méthode qui leur paraissait la meilleure. Nulle

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surveillance d'ensemble n'élail organisée. Ce mégrie de liberlc donna en certains endroits, à Paris, à Besançon, à Montpellier, à Toulouse, de bons résultats. Partout ailleurs les écoles centrales végétèrent et la majeure partie des élèves de renseignement secondaire s*en fut aux établissements libres, créés en grand nombre à partir de 1795.

///. — Enseignement supérieur.

Caractères des créations. — Tallevrand confiait Tenseignement supérieur à des écoles de département et à un Inslilut luUionaL Condorcet créait deux lycées et une société nntionak des sciences et des arts. Dans les lycées toutes les science;» devaient être enseignées « dans toute leur étendue ». Là devaient se former les savants et les professeurs. Au-dessus, la société nationale travaillerait < au perfectionnement général de la raison humaine, à enrichir par des vérités nouvelles la masse entière des connaissances ».

Aucune partie du plan de Condorcet ne souleva plus de polémiques et ne fut combattue par des adversaires plus difréreni:> et par des arguments plus mauvais. Siéyès et Daunou, qui en 1795 devait reprendre l'idée de la société nationale pour en faire ï Institut, la combattaient en 1793 parce que, avec le reste du projet, elle constituerait « une régie des progrès de Tespril humain, une entreprise du perfectionnement de la raison humaine ». Fabre d'Eglantine et Gambon trouvaient que Ion « reproduisait les Académies sous un autre nom », que Ton « tendait à créer une nouvelle aristocratie des savants ». Vainement Basire protesta que ce < sont les hautes sciences, qui peuvent consolider rétablissement de la République ». Jamais Ton ne discuta le détail des projets d'organisation de l'enseignement supérieur, et l'on s'en tint jusqu'à 1795 au système il'écoles spéciales, instituées en raison des besoins du moment, sans nul plan général, sans aucune idée systématique.

Ces écoles subsistèrent pour la plupart dans la loi organique

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(lu 3 brumaire an IV. Les unes, énumérées dans un texte adtlitionnel, étaient dites éco\%%Ae services publics. C^étaient : l'Ecole polytechnique, l'Ecole d'artillerie, celles des ingénieurs militaires, des ponts et chaussées, des mines, des géographes, des ingénieurs de vaisseaux, de navigation, de marine. Beaucoup n'existèrent jamais que sur le papier. Il en fut de même pour plusieurs des dix écoles spéciales énumérées au titre III de la loi organique : écoles d'astronomie, de géométrie et de mécanique, d'histoire naturelle, de médecine, d'art vétérinaire, d'économie rurale, des antiquités, des sciences politiques, de peinture, de sculpture et d'architecture, de musique. On voit que, parmi ces écoles, les unes sont des créations originales ; d'autres existaient déjà sous l'ancien régime et ont été simplement réorganisées par la Convention.

Créattons originales : École de Mars. — La première des écoles spéciales créées par la Convention fut une école militaire, V École de Mars, Elle n'eut du reste qu'une existence passagère. L'idée appartient au Comité de salut public, et c'est à lui aussi qu'il faut faire remonter l'honneur de la création de Y École polytechnique et de la première ^co/<? normale. Barère, le i3 prairial an II {V juin 1794), demanda la formation d'une Ecole militaire révolutionnaire à Paris sous le nom d'Ecole de Mars. Le camp installé dans la plaine des Sablons, car c'était un camp plus qu'une école, devait durer trois mois. Les élèves âgés de quinze à dix-sept ans devaient être exercés aux maniements d'armes et aux manœuvres; ils devaient apprendre les principes de l'art de la guerre, les fortifications et l'administration militaire, la fraternité, la discipline, la frugalité, les bonnes mœurs, l'amour de la patrie et la haine des rois. Un rapport rédigé par Guyton de Morveau, à la fin de la période d'instruction le 2 brumaire an III (23 octobre 1794), constata la réussite de cette tentative d'enseignement révolutionnaire. On ne renouvela cependant pas l'expérience.

École polytechnique. — L'École polytechnique, la seconde des écoles spéciales créées, était promise à déplus brillantes destinées. Elle s'appela d'abord Ecole centrale des travaux publics. Barère, le 21 ventôse an II (11 mars 1794), demanda la création

d*un établissement propre à former des ingénieurs civils et militairesl Le principe fut voté d'urgence; le décret d*organisation, préparé par Fourcroy , ne fut promulgué qu*aprës le 9 thermidor, le 7 vendémiaire an III (27 septembre 1794). L*Ecole fut ouverte le iO frimaire (30 novembre). Le 15 fructidor an III (1^^ septembre 1795) elle reçut son nom d'École polytechnique. Elle devait compter 400 élèves, choisis au concours. Les études duraient trois ans. Non seulement les cours étaient gratuits, mais les élèves recevaient un traitement annuel de 1200 francs pendant la durée de leur instruction. Les élèves étaient tous externes; ils devaient être présents à Técole de huit heures à deux heures, de cinq heures du soir à huit heures. Lamblardie, ingénieur des ponts et chaussées, fut le premier oi^anisateur avec Monge, Fourcroy, Carnot et Prieur de la Côte-d'Or. Les premiers professeurs furent des savants illustres comme Monge, Lagrange, Berthollel, Ghaptal, Vauquelin, Guyton de Morveau. L'école fut installée au Palais-Bourbon, avec quarante salles, un grand amphithéâtre, un cabinet de physique, une collection de minéralogie, un laboratoire de chimie, une bibliothèque.

École normale. — Le grand obstacle i la réalisation des vues généreuses de la Convention en matière d'instruction primaire, c'était, comme le disait Lakanal, « de trouver un nombre suffisant d'hommes pour enseigner, dans un si grand nombre d'écoles, des doctrines si nouvelles, avec une méthode si nouvelle elle-même ». De là l'idée de la création d'Écoles normales « où l'on n'enseignerait pas les sciences, mais l'art d'enseigner ». L'idée avait été incidemment exposée par Barère dans son rapport préliminaire sur l'Ecole de Mars, et le principe fut décrété. Il s'agissait d'abord d'une seule école, à Paris; puis Ton avait songé à une école par département. Enfin, lorsque, cinq mois après, le projet détaillé vint devant la Convention, préparé cette fois par le Comité d'instruction publique, Lakanal, rapporteur, ne demandait plus qu'une école a Paris ; les élèves iraient ensuite ouvrir partout des écoles normales. Là, comme pour l'Ecole de Mars, on voulait faire de l'enseignement ^'révolutionnaire, c'est-à-dire de l'enseignement rapide, et le projet de décret fixait à quatre mois seulement la durée des

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cours. Le 9 brumaire (30 octobre 1793), « la Convention nationale, voulant accélérer l'époque où elle pourra faire répandre d'une manière uniforme, dans toute la République, l'instruction nécessaire à des citoyens français », décrétait qu'il serait établi à Paris une Ecole normale, où seraient appelés « des citoyens déjà instruits dans les sciences utiles, pour apprendre, sous les professeurs les plus habiles dans tous les genres, l'art d'enseigner ». L'article 7 spécifiait, avant tout et particulièrement, « l'art d'enseigner la morale et de former le cœur des jeunes républicains à la pratique des vertus publiques et privées ». Puis venaient la lecture, l'écriture, les premiers éléments du calcul, de la géométrie pratique, de l'histoire et de la grammaire française. Les élèves devaient être choisis par les municipalités à raison d'un par 20 000 habitants; ils devaient être âgés d'au moins vingt-cinq ans, < unissant à des mœurs pures un patriotisme éprouvé ». Ils touchaient un trajtement de 1200 francs et « tous les dépôts consacrés à l'instruction » leur étaient ouverts de droit. Deux représentants du peuple désignés par la Convention devaient « se tenir près de l'Ecole » et correspondre avec le Comité d'instruction publique pour tout ce qui intéresserait cet établissement. Lakanal fut un des deux commissaires, et c'est lui qui prépara le règlemept intérieur de l'école. Outre les leçons des professeurs, il y avait des conférences ou débats^ où discutaient maîtres et élèves. Leçons et débats devaient être sténographiés, puis envoyés dans tout le pays et même aux agents de la République à l'étranger. La première leçon eut lieu dans le grand amphithéâtre du Muséum, le 20 janvier 1795. Quant aux professeurs désignés, ce furent les hommes les plus éminents d'alors : Lagrange, Laplace, Monge, pour les mathématiques; Haùy, pour la physique ; Daubenton, pour l'histoire naturelle ; Berthollet, pour la chimie; Volney, pour l'histoire; Laharpe, pour la littérature; Sicard, pour la grammaire générale; Garât, pour l'analyse de l'entendement; Bouache, pour la géographie ; Vandremonde, pour l'économie politique; Thouin, pour l'agriculture. Bernardin de Saint-Pierre avait été chargé de la morale. Le jour où il prit possession de sa chaire, il déclara que, chargé par la Convention de rédi-

ooO CRÉATIONS SCOLAIRES ET SCIENTIFIQUES DE LA RÉVOLUTION

ger des éléments de momie, il ne pourrait commencer son enseignement avant Tachèvement de ce travail. Il Rnit par faire neuf leçons. Ses collègues furent plus zélés : la sténographie des leçons et des débats, quoique très incomplète, ne forme pas moins de douze volumes. Les cours durèrent quatre mois et furent clôturés le i9mai 1795. Quant aux écoles normales qui devaient être créées dans les départements sous la direction des élèves de Técole de Paris, il n'en fut pas question. Cette tentative originale fut loin de donner les résultats qu'on en attendait. On y gagna du moins ceci que l'importance donnée pour la première fois à renseignement des sciences, l'éclat des leçons de maîtres illustres, leur assurèrent dans les programmes de l'avenir la place qui leur avait été refusée jusqu'alors, et qui leur était légitimement due.

Écoles réorganisées : École de droit et de médecine. — Avant 1789 l'enseignement du droit et delà médecine se donnait dans les Facultés. Il était généralement oi^anisé de façon très médiocre, surtout en matière de droit. De ce côté-là, la Convention n'a pas opéré de grandes réformes. On ne voit même pas figurer le nom des écoles de droit dans le décret organique, les écoles de sciences politiques étaient destinées à en tenir lieu. Il n'y eut pas d'enseignement supérieur officiellement organisé : V Académie de législation, Y Université de Jurisprudence n'étaient que des écoles libres, dues à l'initiative privée. Les programmes de l'enseignement secondaire comportaient en revanche les premières notions de législation.

Au contraire, l'enseignement de la médecine donna lieu à une intéressante tentative et de remarquables améliorations y furent apportées. Aux Facultés de médecine, uniformément supprimées en 1792, on avait substitué, le 4 décembre 1794, trois écoles de médecine, dites écoles d^ santé : à Paris, Montpellier et Strasbourg. Il s'agissait surtout de fournir des médecins aux armées et aux hôpitaux militaires et maritimes : ces écoles étaient bien plutôt les premières ébauches du Val-de-Gràce ou de l'école de Lyon que de véritables écoles ouvertes à tous. On avait adopte le système de l'Ecole polytechnique : les élèves touchaient 1200 francs de traitement. L'enseignement

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rlurail trois ans, et les élèves étaient rigoureusement tenus d'assister aux cours. A côté de ces élèves de TEtat, on admettait des étudiants libres et même des étrangers. La grande réforme fut la substitution, à renseignement presque purement Ihéoriquc des anciennes Facultés, de l'enseignement pratique à Tamphithéàlre et à Thôpital, de la leçon clinique. Douze cours étaient organisés dans chaque école. « Les écoles, a dit un écrivain royaliste, furent créées sur le plan le plus vaste qu*on ait jamais suivi dans aucun siècle *. » Quant aux professeurs, ce furent à Paris les hommes les plus éminents, Corvisart en tète.

Écoles des ponts et chaussées, des mines, du génie, de marine. — Le service des ponts et chaussées était assez bien assuré avant 1789. Pourtant il n'y avait pas d'école spéciale pour ce dernier service. Le 19 janvier 1791, la Constituante avait créé une Ecole des ponts, recevant soixante élèves, tous appointés et recrutés au concours. En 1793, les nécessités do la défense nationale Qrent verser les élèves dans les armées pour le service du génie. La loi du 22 octobre 1795 reconstituait Técole comme une école d'application dépendant de l'Ecole polytechnique, qui lui fournirait trente élèves par an.

L'Ecole des mines reçut, par la même loi, une organisation analogue : on y compléterait l'instruction de vingt élèves de TEcole polytechnique et on y ferait place en outre à dix externes. L'école, dont les origines remontent à 1778, avait été réorganisée déjà le 2 juillet 1794: kVagencedeHmineSy(\w\ dépendait de \s, commission des armes et des poudres, étaitrattachéew/i(? maison d'inshnÂCtion où des cours devaient être faits pendant l'hiver.

Il faut encore noter la réorganisation, par la Constituante, de Y École du génie^ que la Convention transféra, en 1794, de Mézières à Metz.

Pour la marine, trente-quatre écoles de navigation avaient été établies en 1791. Outre deux écoles nouvelles, la Convention fonda trois écoles spéciales à Brest, Toulon et Rochefort pour la marine de guerre. De là devait sortir V École navale.

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