‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 6 sur 166 · Voir ci-dessus, t. VU, p · texte numérisé non relu

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seil de la guerre, presque humiliant pour la noblesse des provinces, que le Conseil confine dans les emplois subalternes en annonçant que la noblesse de cour est plus particulièrement appelée au commandement des armées. »

Le trafic des grades, cette « gangrène », continuait à « rongeF le militaire comme toutes les parties de TEtat » ; la carrière des armes était « financière » ; et la Noblesse, « les larmes aux yeux, la douleur dans Tâme, suppliait Sa Majesté de laisser les grades supérieurs ouverts au mérite ». On devenait, à prix d'argent, prévôt, fourrier, trompette, chirurgien, apothicaire, aumônier des états-majors de la cavalerie et du régiment des gardes françaises. .

C'est encore la Noblesse qui disait au roi : « Votre religion. Sire, a été surprise sur un grand nombre d'objets, mais il n'en est aucun sur lequel on en ait abusé plus étrangement qu'en ce qui concerne la discipline militaire, et s'il est un Français assez téméraire pour soutenir que celle d'aujourd'hui n'est pas antinationale, il trahira la vérité... On voit un mécontentement général dans l'armée, on voit l'honneur français rendre les derniers soupirs sous le sabre et le bâton, une compagnie entière de grenadiers ouvrant de force les portes d'une ville de guerre et passant à l'ennemi pour se soustraire à des châtiments indignes... Beaucoup de colonels sont des bourreaux, des marchands d'emplois, n'ont d'autres mérites que d'exceller dans l'art de dégrader leurs semblables. »

La disproportion entre la paie du soldat et le prix des denrées était « criante » et cette paie infime ne se faisait pas exactement. La misère, jointe aux mauvais traitements, multipliait les désertions. L'armée coûtait au moins 100 millions par an *. — Un peu plus de 20 000 soldats appartenaient à diverses nations; la Suisse en fournissait à peu près la moitié.

En im, dans une visite à Brest et à Toulon, Joseph II, trou-

1. Le Comité de la Gonstituanle n'a donné ce chiffre qu'avec grandes réserves, comme douteux. Pour le détail, on en a qui paraissent plus sûrs : un fantassin sous les armes coûtait par an 251 livres, un cavalier non monté 285, le cheval 343. Mais il ne faut pas croire qu'en multipliant ces chiffres par 4, par 5 ou par un autre nombre, on soit en mesure de comparer la dépense de cette époque avec celle d'aujourd'hui.

vant les navires mal armés, les magasins vides, avait jugé que la marine française ne méritait aucune confiance. Elle faisait meilleure figure en 1789. Soixante vaisseaux passaient pour être en état de tenir la mer. La dépense annuelle pour la marine semble avoir été en moyenne de soixante et quelques millions, dont seize ou vingt pour les colonies.

Le système des classes, qui donnait environ 70 000 hommes et que certains cahiers de la Noblesse critiquent vivement, fut approuvé par la Constituante. Mais, à la Législative, Kersaint a dit : « Les classes étaient devenues insensiblement une institution à laide de laquelle le despotisme disposait de la fortune et de la liberté de presque tous les riverains de la mer et des rivières... La marine royale était TefTroi des marins nationaux... La plus grande partie de ces abus a été consacrée par les lois nouvelles, erreur que l'Assemblée constituante n'aurait pas commise si, après avoir reconnu Tégalité des droits, elle avait examiné les institutions où ce principe était violé... Moi qui ai commandé vingt-quatre ans des vaisseaux de TEtat, moi que ce système révolte aujourd'hui, j'étais loin d'en sentir la barbarie. » Ce qui ne paraît pas douteux, c'est que les ministres qui venaient de relever momentanément les forces navales avaient < négligé d'en assurer les fondements, qui sont la marine marchande, la pèche, le cabotage ».

Quant aux colonies, « la Révolution trouva les administrateurs, les colons, les commerçants, les tribunaux et les gens de couleur libres, dans une situation telle que la dissolution du régime colonial était inévitable » (Malouet).

La religion et l'Église. — La religion ne tenait plus la place qu'elle avait eue jadis. Dans les cahiers elle n'est mise en première ligne que par le Clergé. L'immense majorité des Français n'en garde pas moins pour elle un attachement très sincère, très vif, très profond.

La France demeure si foncièrement catholique qu'elle a grand'peine à se défaire de sa vieille intolérance. Ce n'est pas seulement la très grande majorité du clergé qui, plus de dix ans après la mort de Voltaire, se résigne difficilement à l'édit en faveur des protestants et veut que la « religion nationale »

conserve tous les privilèges d'une € religion d*Ëtat » : c'est aussi une grande partie du Tiers. En général, quand il admet Tétat civil des non-catholiques et leur participation à certains emplois, il leur refuse toute place dans l'administration judiciaire, dans la police, dans renseignement: ils n'auront ni temples ni cérémonies publiques; ils seront tenus de garder le silence sur les questions religieuses. A Auxerre, à Orléans, le Tiers supplie le roi de défendre la foi contre la philosophie. A Paris, il sait que tout citoyen doit jouir de la liberté particulière de sa conscience, « mais l'ordre public ne souffre qu'une religion dominante ». Certaines provinces protestent vivement contre l'édit : la Franche-Comté demande au roi de ne pas l'étendre jusqu'à elle. Quelquefois on ose proposer la remise «n vigueur des lois contre le blasphème.

L'idée d'échapper à la tutelle de l'Eglise ne pouvait se propager que très lentement dans un pays où la confusion du spirituel avec le temporel, de l'ordre laïque avec l'ordre religieux, persistait presque aussi complète à certains égards qu'au moyen âgé. Malgré la note qui est à la fin du Contrai ' social, les classes les plus éclairées ne savaient pas reconnaître dans le mariage un contrat distinct du sacrement '. On ne songeait guère encore à disputer au clergé les registres de l'état civil, bien que, de son propre aveu, il ne les tint pas partout avec le soin et la régularité convenables. La direction et la surveillance de l'instruction publique ne lui étaient pas contestées davantage.

Mais les biens ecclésiastiques scandalisaient les salons comme les chaumières. Quelle pouvait en être la valeur? C'est le sujet de discussions qui ne sont pas près de finir. Le Clei^é n'avait jamais fourni les déclarations que la couronne lui demandait. Le revenu des évèchés et des abbayes commendataires figurait chaque année dansVAbiianach royal, mais il est plus que probable que les chiffres donnés étaient, presque tous, trois ou quatre fois trop faibles. L'abbé Expilly paraît avoir eu raison de dire, dans un rapport au nom du comité ecclésiastique de

I. Durand-Maillane, savant légiste, qui contribua h faire admettre cette distinction par la Constituante, l'avait lui-même trouvée longtemps très difficile.

la Constituante : « Les biens du clergé suivant Tévaluation moyenne rapportent 170 millions. » D'ailleurs ce n*est pas le revenu des biens d*Eglise qu'il importe de considérer, c'est leur valeur en capital : pour plusieurs raisons, dont la principale est la règle qui résiliait les baux au décès du bailleur, les biensfonds dont le clergé jouissait ne rapportaient pas ce qu'ils auraient rapporté entre d'autres mains.

La répartition de ces immenses richesses était faite d'une façon déplorable. La cour en livrait une très grande partie à des créatures indignes. Beaucoup de bénéfices cures étaient a la disposition de patrons ou collecteurs laïques. Un non-catholique acquérant certaines seigneuries devenait l'arbitre de la religion et de l'état moral d'un grand nombre de paroisses. Les appointements du bas clergé étaient dérisoires : la portion congrue des curés ne montait qu'à 700 livres, celle des vicaires à 3S0, depuis peu. C'était la misère, à peine la moitié du strict nécessaire, tandis que certains prélats avaient 100 000 livres de revenu et quelques-uns plus encore.

Les dîmes, « sangsues accablantes - », engendraient d'éternelles et tristes contestations : par exemple, en Béarn, le paysan qui nourrissait des poulets avec le grain dont il avait payé la dîme, devait-il un de ces poulets au curé et un au gros décimateur?

Le bas clergé et même une partie du haut clergé parlent de réformer les institutions et la police ecclésiastiques, d'abolir le Concordat, admettent que ces matières n'ont jamais été a un objet étranger aux Etals généraux » ; qu'il y a trop de fêtes et que l'interdiction de travailler ces jours-là est trop rigoureuse; que la multiplicité des bénéfices accumulés sur la tète d'un petit nombre de titulaires, < dont l'inutilité est peut-être le moindre défaut, constitue un abus criant » ; que la commende ne peut se concilier avec le respect dû à la volonté des fondateurs '; que les droits payés à Rome sous prétexte d'annates,

1. Les évaluations des contemporains diiïèrent beaucoup : on trouve pour le revenu net des chilTres qui varient entre 80 et 100 millions. 11 faut compter au moins un tiers en sus pour les frais de perception.

2. Les deux tiers, peut-être les trois quarts, des abbayes du royaume étaient donnés en commende.

de dispenses, de provisions, sont excessifs; qu*il y a lieu d'établir Tunité de bréviaire, de catéchisme, de liturgie.

Les circonscriptions ecclésiastiques présentaient les mémos anomalies que les autres divisions du royaume : le clergé de Saint-Quentin souhaitait qu'elles fussent réglées « de manière que la même habitation ne fût pas partagée et soumise à deux ordinaires ». Le clergé d'Autun disait : « 11 existe dans le diocèse un grand nombre de paroisses où il y a des hameaux alternatifs, c'est-à-dire qui sont une année d'une paroisse et une année d'une autre, et même de différents diocèses; cette distinction est sujette aux plus grands inconvénients ».

Les ordres religieux, « frappés de mort », tombaient en pleine décadence. Les moines et les religieuses diminuaient depuis trente ans dans une progression si accélérée que Sieyès ne pensait pas qu'il en restât plus de 17 000.

L'instruction publique. — « Que l'ancien plan d'études, qui a formé les plus grands écrivains et les meilleurs citoyens, soit conservé et confirmé. » En émettant ce vœu, le clergé de Reims ne se flattait sans doute pas de le voir exaucé : il était presque seul à ne pas voir que l'incontestable décadence des études allait grandissant. « Les établissements d'éducation manquent absolument dans plusieurs parties du royaume , disait la Noblesse; ceux qui existent sont presque partout imparfaits; ces fondations, la plupart très anciennes, ont conservé la routine des siècles qui les ont vues naître. » Le Tiers disait de même : < L'instruction est mal dirigée, grandement négligée ; tout le monde sait combien elle est vicieuse ».

Les Universités, trop peu nombreuses et surtout mal réparties, gardaient quelque chose des méthodes barbares usitées au moyen âge, mais rien de la discipline et de la splendeur qu'elles avaient connues à cette époque. Il y en avait, comme celle d'Angers, où l'enseignement continuait à se faire en latin. Celle d'Orléans déclarait que ni les professeurs ni les élèves ne travaillaient assez. Les études se réduisaient presque partout à de vaines formalités. Les examens étaient dérisoires. Les étudiants, facilement dispensés de l'assistance aux classes, quelquefois même du temps prescrit pour les études, n'étaient

c soumis qu*à des règlements pécuniaires ». Les grades s'achetaient couramment dans les facultés de droit et de médecine.

Le déclin des collèges devint de plus en plus sensible dans le courant du xyu!** siècle. L'abolition des Jésuites créa dans le corps enseignant un vide qui ne fut pas comblé. En dehors de Paris, la plupart des collèges, jadis florissants, manquaient de maîtres dignes de confiance. Peu de maisons passaient pour échapper au dépérissement général : on citait parmi elles les collèges de Limoges , de Saintes et du Puy. Les nobles se plaignaient, les uns des collèges où ils envoyaient leurs enfants, les autres de n'avoir pas de collèges assez rapprochés d eux. Beaucoup de ceux qui existaient étaient ins\if; fisarament dotés. Celui de Troyes , le seul important du diocèse, tombait en ruines; celui d'Angoulème, celui de Barcelonnette également; celui d'Arles n'était pas en beaucoup meilleur état. Les professeurs étaient généralement mal rétribués, manquaient du bien-être suffisant pour vivre « et pour être respectés ». Certaines maisons étaient réservées exclusivement soit à la noblesse, soit aux catholiques; 42 enfants appartenant à des familles protestantes de la Rochelle étaient élevés loin de leurs parents parce que leur religion leur fermait le collège de cette ville.

Des ordonnances royales avaient à plusieurs reprises, en 1695, en 1724, prescrit l'établissement d'écoles dans toutes les paroisses. Elles avaient été si mal appliquées qu'en 1789 l'enseignement primaire faisait défaut à une très grande partie du royaume. Même dans les grandes villes, bien des enfants n'y participaient pas : à Paris, sur les 800 filles de la Salpètrière, 24 seulement apprenaient à écrire; un plus grand nombre apprenaient à lire mais très imparfaitement. Sur les 1300 enfants de la Pitié, 12 apprenaient à lire et à écrire. « Les campagnes sont dépourvues de tout secours pour l'instruction de la jeunesse », disait le clergé de Dax. « Il n'y a d'écoles presque nulle part », disait celui de Gex. Nous manquons d'écoles, « nos enfants croupissent dans la dernière ignorance », disaient les paysans de l'Artois, de la Champagne, de la prévôté de Paris, du

bailliage d'AIençon. Quand on entend la noblesse de Saintes proposer la propagation « jusque dans les campagnes d'une instruction suffisante à ceux qui les habitent » ; quand on entend presque partout le clergé demander « qu'il y ait dans chaque paroisse une école publique, qu'il soit établi des écoles même pour la classe des cultivateurs, qu'il soit fondé partout un maître d'école et un bâtiment pour l'école », n'est-il pas évident que les écoles « si désirées » n'existaient pas?

Là où il y en avait, les maîtres étaient fréquemment incapables, peu zélés. La noblesse du Beauvaisis en donnait la raison : « Us sont mauvais parce qu'on ne les paie pas *. » « Pour vivre ils étaient réduits à des expédients incompatibles avec leur mission, à aller de porte en porte diminuer par une quête la portion trop modique des paysans. » Très peu enseignaient à compter. L'Université d'Orléans ne croyait pas qu'on pût leur demander rien de plus que de montrer les éléments de la lecture et de l'écriture. Encore moins exigeants, le clergé de Mantes, le Tiers de Châtellerault, se contentent des éléments de la lecture. Le clergé d'Aix semble ne réclamer des écoles qu'afin que les enfants y apprennent le catéchisme. « La plupart des paysans ne savent ni lire ni écrire » : le clergé de Montargis l'affirme comme la noblesse d'Albret. Les procès-verbaux et les cahiers rédigés lors de la convocation des États généraux ne furent, en bien des cas, signés que par la moitié, le quart ou une moindre fraction des comparants, < les autres n'ont pas su ». Savoir signer, est-ce savoir écrire? Les signatures portent à croire que beaucoup de ceux qui les ont formées si péniblement n'étaient guère capables que de tracer les lettres de leur nom. En 1790, plusieurs Constituants parlèrent de communautés rurales où deux personnes tout au plus savaient lire. On pouvait en Dauphiné faire huit lieues sans rencontrer de consuls en étal de donner une signature.

Misères de Tancien régime. — Adoucie par l'édit de novembre 1787, la condition des protestants laissait néanmoins beaucoup à désirer. Les autres opprimés avaient profité moins

1. On peut juger de leur situation par ce fait que, dans les plans de réforme, on leur souhaite h peine la moitié du traitement proposé |K>ur les curés.

encore du progrès des lumières et de radoucissement des mœurs. Le nombre des serfs avait diminué, mais le servage ne s'allégeait guère. Les Juifs continuaient à ôtre victimes d'une inimitié entretenue par le fanatisme; la vie leur était devenue plus douce dans les provinces du Sud-Ouest, mais dans celles de TEst, elle leur était toujours aussi difficile : ils payaient chèrement Tautorisation précaire de résider dans les villes sans pouvoir devenir propriétaires, ni exercer la plupart des métiers. La persécution contre les jansénistes était ralentie, non tout à fait éteinte. En vertu du droit d'aubaine, incapables soit de recevoir soit de disposer par testament, les étrangers « vivaient libres et mouraient esclaves ».

La misère générale, profonde, indignait Arthur Young : < Quel terrible fardeau pour la conscience des grands que ces millions d'êtres industrieux livrés à la faim par les exécrables maximes du despotisme et delà féodalité 1 » Les privilégiés sont convenus du mal qui résultait en très grande partie d'abus dont ils profitaient. Le marquis de Bouille a vu la majeure partie des Français « accablés et prêts à succomber ». Mais ce sont les campagnes qu'il faut interroger. Elles révélèrent en 89 aux économistes les plus distingués, à des philanthropes qui pensaient connaître bien les questions sociales, des détails navrants négligés par les statistiques et par les rapports administratifs. A Suresnes, il n'y avait pas la vingtième partie des habitants dont la vieillesse ne fût condamnée aux horreurs de la misère la plus profonde : dans le courant de l'année, 150 chefs de famille, sur 320 feux, avaient été assistés par le curé, et tous les besoins n'avaient certainement pas été connus. A Rocquencourt, les habitants appelés à exposer leurs vœux répondent qu'ils meurent de faim : « Je ne sais quoi demander, dit l'un d'eux; la misère est si grande qu'on ne peut pas avoir de pain. » Arthur Young écrivait : < Un Anglais qui n'a pas quitté son pays ne peut se figurer l'aspect de la plupart des paysannes françaises; il révèle, outre une vie dure et pénible, la fatigue plus douloureuse encore d'enfanter une nouvelle génération d'esclaves. »

La famine paraissait d'autant plus cruelle qu'on persistait à

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rimputer en partie au gouvernement *. Un écrivain célèbre a attribué aux < bas-fonds de la société » cette accusation qu'il traite de roman immonde ; il ignorait apparemment que, selon Saint-Simon, en 1709, quand le pain manquait partout, les blés avaient été accaparés au profit du roi. Le marquis de Bouille ne doutait pas que le ministère ne fût complice des moyens artificiels qui entretenaient la disette. Elle sévissait à Metz au printemps de 89 ; Bouille proposait d'y remédier, on lui répondit par un refus.

Les gens de Montaigut en Combrailles, après avoir fait au roi la peinture de leur détresse, s'excusaient de lui avouer que c'était seulement en se livrant à la contrebande qu'ils parvenaient à vivre : « C'est, ajoutaient-ils, en nous exposant à la honte, à la flétrissure, que nous acquittons les impôts qui se lèvent en votre nom. »

On estimait que les indigents complètement dénués de ressources étaient à peu près un million, dont moitié invalides. Cinquante mille malades coûtaient à l'assistance publique de douze à quinze sous par jour. A l'Hôtel-Dieu, les grands lits en recevaient quatre, parfois six et môme huit, sans aucun égard pour les affections contagieuses, qui en tuaient ordinairement un sur quatre ou cinq. Quant aux femmes en couche, il en mourait une sur treize.

Des hordes de vagabonds mendiants, « lèpre honteuse du royaume », erraient dans les campagnes du Boulonnais, de la Normandie, de la Gascogne, du pays de Bigorre, de l'Ile-de- France, menaçant de pillage et d'incendie si on ne les hébergeait et ne les nourrissait. La crainte qu'ils inspiraient empêchait de les dénoncer, et l'expérience confirmait les cultivateurs dans cette prudence : celui qui les bravait voyait bientôt son toit et ses granges en cendres. Chaque année dix mille de ces malfaiteurs étaient arrêtés en moyenne, autant échappaient; là où pour la protection du gibier on entretenait 200 gardes-chasse, il y en avait seulement 13 pour la sécurité des populations.

A Paris même, pas de sécurité publique. Une insurrection,

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