Voir ci-dessus, t. Vil, p. 763 et siiiv
général qui saluait, en 1789, Taurore des temps nouveaux; les femmes des académiciens, à Tinstigation de M"'''' Moitte et Pajou, et pour se conformer aux exemples donnés par < les dames de Rome dans une urgente nécessité de celte ville fameuse », offrirent à TAssemblée nationale leurs hommages et au Trésor leurs bijoux les plus précieux. « Hàtons-nous, écrivait M"* Moitte, hâtons-nous de marcher sur les traces de celles qui ont eu l'avantage de naître avant nous pour nous frayer la route qui conduit au temple du patriotisme. » Les académiciens veufs ou célibataires voulurent aussi contribuer, au nom des femmes qu'ils avaient eues ou qu'ils auraient dû avoir; et des membres de TAssemblée enthousiasmés demandèrent que les c traits adorables de ces citoyennes fussent transmis à la postérité par le moyen du physionotrace de Quénédey ».
Mais cet élan de fraternité ne fut que passager; des germes de discorde se manifestèrent bientôt. L'Académie, si large d'ailleurs qu'eût été son recrutement et si hospitalière qu'elle eût pu se montrer à tous les talents et à tous les genres, avait, comme on l'a vu, rigoureusement exercé son privilège contre toutes les corporations ou associations qui avaient essayé d'organiser en dehors d'elle des expositions ou des écoles. Au lendemain de la prise de la Bastille, un mouvement se dessina, parmi les mécontents, contre la « Bastille académique ». David, qui pourtant n'avait pas à se plaindre de ses collègues, en prit la direction et c'est lui qui mena la campagne avec une âpreté haineuse. L'opposition, d'abord circonscrite à l'intérieur de l'Académie, en dépassa bientôt les limites. Une adresse et des projets de statuts pour V Académie centrale (et non plus royale) de peinture, sculpture, gravure et architecture, portés à l'Assemblée nationale, se bornaient à demander : 1^ l'adjonction des membres de l'Académie d'architecture qui, depuis 1671, formait une corporation isolée; 2'' la faculté pour les agréés d'assister aux séances et de prendre part aux délibérations; 3* l'augmentation des professeurs et des cours à l'école ouverte au Louvre et dont l'Académie avait la direction.
Ce c libelle » émut l'Académie, qui répondit, non sans hauteur, par la plume de Renou, son secrétaire, dans un mémoire intitulé :
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Esprit des statuts et y^èglements de V Académie royale de peinture et de sculpture pour servir de réponse aujc détracteurs de son régime, dont la publication envenima la querelle et exciia surtout les jeunes gens et les « indépendants » rangés sous le pouvoir déjà dictatorial de David. D*autres pétitions adressées par eux à TAssemblée nationale proclamèrent que < TAcadémie ne pouvait subsister avec la liberté » et provoquèrent une décision législative (21 août 1791) en vertu de laquelle Texpositlon de 1791 devait être ouverte à tous les artistes français et étrangers, membres ou non de T Académie de peinture et sculpture. C'étaiL pour TAcadéniie royale, la déchéance du privilège qu'elle avail défendu avec le plus d*àpreté. « Considérant, disait le décret, que... il nV a plus pour aucune partie de la nation, ni pour aucun individu, aucun privilège ni exception aux droits communs de tous les Français, qu'il n'y a plus ni jurandes,- ni corporations de professions, arts et métiers... décrète provisoirement et en attendant qu'il soit statué sur les divers établissements de l'instruction et de l'éducation publique » L'ancienne
Académie était dès lors condamnée en principe et quand elle fut supprimée par la Convention avec toutes les autres Académies, le 8 août 1793,- après que David, devenu député de Paris, eul € montré », à la tribune, < dans toute sa turpitude l'esprit de l'animal qu'on nomme académicien », elle avait en réalité cessé de vivre.
Les Sociétés populaires des arts. — Par le même décret qui supprimait les Académies, la Convention chargeait sou « Comité d'instruction publique » de lui présenter incessamment le plan d'organisation d'une « société destinée à l'avancemenl des sciences et des arts », et qui devait, le 26 octobre 1795, ôlre décrétée sous le nom d'Institut de France. Les artistes, à l'iiis- (igation de David et avec le concours des académiciens dissidents, avaient, dès 1790, entrepris de se grouper dans une association qui devint bientôt < la Commune des arts ». L'opinion publique était restée indifférente et les délibérations des membres de cette Commune avaient rapidement dégénéré en discussions violentes et confuses; une scission s'était faite entre les « rétrogrades » et les « avancés » et l'on en était venu, au bout
de quelques mois, à un état d'inextricable anarchie. C*est alors qu'on décida de transformer la € Commune des arts », suspecte de modérantisme, en < Société populaire et républicaine des arts », dont les membres devaient passer « par un creuset épuratoire dont le feu sans cesse entretenu écarterait les faux patriotes ». Le 28 nivôse 1793, une députation de la nouvelle Société, admise à la barre de la Convention, déclarait solennellement que la Société populaire et républicaine composée d*homnies libres ne recevrait dans son sein que des citoyens d'un patriotisme épuré. < Courageux montagnards, ajoutait l'orateur, vous avez détruit tous les ridicules monuments qu'éleva le sot orgueil de la tyrannie...; mais pour que les efforts des sciences et des arts ne soient pas étouffés, il est encore un monstre que vous devez abattre : c'est l'intrigue! Que son souffle empoisonné ne vienne pas troubler l'air pur de la liberté! Songez que dans les arts elle trouve un champ plus facile à parcourir! » David, qui présidait la séance, répondit que les arts allaient reprendre toute leur dignité; qu'ils ne se prostitueraient plus à retracer les actions d'un tyran ambitieux. « Vous craignez l'intrigue, ajoutait-il ; son règne a fini avec la royauté ; elle a émigré ! Le talent seul est resté et les représentants du peuple iront le chercher partout où il sera. »
La Société populaire, présidée tour à tour par Boizot, Espercieux, Eynard, Bienaimé, compta parmi ses membres Chaudet, Stouf, Cartelier, Gérard, Garnier, Bosio, Isabey, etc. Elle tint séance au Louvre, salle du Laocoon, et s'occupa < de l'interprétation des décrets de la Convention relatifs aux arts », de pétitions au Comité de l'instruction publique, de lectures historiques (à l'imitation de l'ancienne Académie) < comme aliment au cœur et à l'esprit des artistes », des écoles publiques de modèles, du moulage des antiques, de la restauration des tableaux, de l'organisation des fêtes, de la réforme du costume national et aussi de l'esthétique. Au temps de la Terreur, elle reçut des circonstances, sinon du texte même des lois, une véritable autorité sur les arts, et ses procès-verbaux fournissent de curieux documents sur l'état des esprits et l'esthétique des artistes révolutionnaires. On y voit des membres demander
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€ qu'une lisle de proscription soit ouverte pour toutes les figures modernes que le bon goût réprouve ». Le sculpteur Espercieux proposa de bannir tous les tableaux flamands et hollandais « comme ridiculisant Tespèce humaine, et qui sont par rapport à elle ce que Polichinelle est à Apollon ».
Les « salons » de la Révolution et les concours. — < Les arts reçoivent un grand bienfait; Tempire de la liberté s'étend enfin sur eux; elle brise leurs chaînes; le génie n'est plus condamné à l'obscurité. Pour que les seules et véritables distinctions naissent des vertus et des talents, il ne faut que les montrer à ses concitoyens. » G*est par ces mots que s'ouvrit la brochure explicative des « ouvrages de peinture, sculpture et architecture, gravures, dessins, modèles, etc., exposés au Louvre par ordre de r Assemblée nationale, au mois de septembre 1791, l'an III de la liberté, de V Imj)rimerie des bâtiments dv Roi ». Avec cette exposition, un régime nouveau commençait pour les arts. « Dans un empire où les hommes sont libres, les arts doivent l'être aussi, écrivait un critique; ce sont eux qui éclairent les hommes, agrandissent leur âme et qui leur font aimer la liberté. L'Assemblée nationale, pénétrée de ces principes, vient de briser leschaines, etc. » — « Le salon est le premier et le plus grand tableau de la liberté que l'on ait encore offert à nos yeux, disait un autre. C'est dans ce mélange hardi de toutes les productions que le génie va prendre de nouvelles forces, et la nation trouver de nouvelles richesses. » On avail encore laissé à l'Académie la prérogative de nommer les commissaires chargés d'examiner les ouvrages envoyés. Mais ce jury préféra les admettre tous, à l'exception de deux, plutôt que d'être accusé de conspirer contre la liberté. Le pacifique et honnête Wille notait dans son Journal, le 24 septembre : < Je sortis de bonne heure pour examiner préalablement tant soit peu les ouvrages exposés par tous les artistes de Paris, soit qu'ils fussent de notre Académie ou non... Le nombre des tableaux, pièces de sculpture, estampes, modèles d'architecture, dessins, était des plus considérables ^ par leur nombre encore
i. Le livret de 1791 comprend 794 numéros. Celui de 1789 en comptait 335; celui
plus que par l'excellence de la généralité; mais ce mélange du bon et du médiocre m*amusait encore beaucoup. » Quelques jours plus tard, le !•' octobre, après l'ouverture de Texposition, il ajoutait : c J'y vis du sublime, du beau et du bon, du médiocre, du mauvais et de la croùterie. Enfîn, le concours est prodigieux et chacun promulgue son sentiment. Vous entendez raisonner de véritables connaisseurs, des demi-connaisseurs, des gens mordants, des critiques inexorables, des envieux, des ignorants et des botes. Les gens absolument sages et justes dans leurs décisions sont cependant rares. »
On y voyait, à côté des Vœu de Grèce, avec des jeunes filles qui sacrifient leurs cheveux à Diane au bord d'un fleuve, par Valenciennes, des Vues de la forêt de Fontainebleau par Le Gillon et des Intérieurs d^églises gothiques par De la Font€Line. Ulysse d/tns Vile des Phéaciens par Lagrenée le jeune y flgurait sur le même panneau que Saint Louis rendant la justice dans le bois de Vincennes par Robin. Le portrait de M. Robespierre, député à V Assemblée nationale, par M"* Guyard: un paysage de Bruandet, Une vue de Colone avec le temple des Euménides et sur le Mont Cithéron Œdipe et sa fille Antigone implorant les Coloniâtes qui veulent les chasser de ce lieu sacré, par Valenciennes ; une Scène familière de Daploux; un Aveugle demandant V aumône à deux perroquets, par Robert; La liberté rendue aux ordres monastiques par Defrance voisinaient non loin de là. Un observateur attentif et clairvoyant eût peut-être pu remarquer quelques paysages comme ceux de Moreau et de Bruandet intéressants par un air de nature et un accent de vérité. Mais David et ses élèves étaient les maîtres du jour. Le dessin du Jeu de Paume, exposé avec cette mention : « L'auteur n'a pas eu l'intention de donner la ressemblance aux membres de l'Assemblée », surtout le Serment des Horaces entre les mains de leur père, Brntus de retour chez lui après avoir condamné ses deux fils {qui s'étaient unis aux Tarquins) dont on rapporte les corps ; Socrate au moment de prendre la ciguë, déjà célèbres, mais d'autant plus regardés, excitaient la curiosité et l'admiration, et, autour de David, ses
de !787, 326; celui de 1785, 324. — En 1793, il y eut 837 tableaux exposés, plus 182 sculptures et 21 dessins d^architecture.
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élèves, pensionnaires de Rome, agréés de l'Académie, témoignaient de son autorité croissante sur Técole.
« Il semblera peut-être étrange à d'austères républicains de nous occuper des arts, quand l'Europe coalisée assiège le territoire de la liberté. Les artistes ne craignent pas le reproche d'insouciance sur les intérêts de leur patrie... Nous rappellerons Protagène traçant un chef-d'œuvre au milieu de Uhodes assiégée, ou bien Archimède méditant sur un problème pendant le sac de Syracuse. De pareils traits portent avec eux un caractère sublime qui convient au génie, et le génie doit à jamais planer sur la France et s'élever au niveau de la liberté. Des lois sages lui préparent de nouveaux élans; la Convention nationale vient d'agrandir sa carrière, il est libre enfin. » C'est par cette déclaration que débutait la Description des ouvrages de peinture, sculpture, etc., exposés aux salons du Louvre par les artistes composant la Commune générale des arts le 10 août 1793, Van deuxième de la république française, une et indivisible. Des peintres obscurs y obtinrent des succès dus aux sujets plus qu'aux mérites de leurs œuvres. Le Départ pour la frontière, la Fête des sans-culottes sur les ruines de la Bastille, la Montagne et le Marais, la Journée du 10 août représentée par le génie de In France qui brise le sceptre et la couronne, la Prise des Tuileries par les braves sans-culottes, la Liberté assise sur les débris du trône et appuj/ée sur un vase funéraire couronné rfe lauriers et contenant les restes de Lepelletier et Marat, etc., attiraient plus les regards que les dessins de Prudhon. A côté de la Mort de Marat, on voyait d'ailleurs des scènes familières de Boilly, ou bien le Portrait d'une jeune femme, te^nant d'une main son bracelet sur lequel est peint le portrait qui l'intéresse, et de fautre traçant sur le sable le sentiment dont elle est agitée, par Trinquesse. David, absorbé par la politique, s'était abstenu d'exposer au salon; mais on pouvait voir dans une des salles de la Convention le tableau qu'il avait consacré à la mémoire de Marat.
Si les chefs du chœur, à mesure qu'un nombre plus grand d'artistes envahissait le salon, prenaient l'habitude d'oi^aniser dans leur atelier des expositions particulières dont le produit était pour eux plus lucratif, si David et RegnauU en particulier
s*attiraient d'un journaliste du temps des réflexions comme celle-ci : < Les chefs d'école n*ont pas daigné se montrer au salon ; il ne s'est trouvé personne pour leur dire qu'après avoir recueilli le prix de l'exposition particulière de leurs ouvrages sous la protection et dans le palais même du gouvernement, il eût été décent de prendre part à l'exposition publique, n'eût-ce été que pour l'encouragement et la consolation de cette foule d'élèves que leur grand zèle pour les arts leur fait jeter incessamment dans la carrière *, — le nombre des exposants et l'affluence du public étaient tels qu'on crut devoir, à partir de 1795, rétablir la périodicité annuelle des salons. Ces années furent les plus brillantes de l'école de David, et si Regnault, < infecté du virus académique », fut frappé par David d'un anathème retentissant, ses élèves n'en subirent pas moins l'influence de la doctrine régnante, et se confondent aux yeux de la postérité dans la même discipline.
Pour ajouter à l'émulation des artistes, la Convention avait décrété des concours dont le jugement était soumis à un jury national des arts, composé non seulement d'artistes tels que Fragonard, Julien, Chaudet, Dupré, Gérard, Ramey, Prudhon, etc., mais encore de célébrités de divers genres telles que Monge, Vicq d'Azyr, Talma, La Harpe, Hébert, Fleuriot, Ronsin, et même d'un cordonnier, Hazard. « Votre Comité a pensé, disait David à la Convention, qu'à celte époque où les arts doivent se régénérer comme les mœurs, abandonner aux artistes seuls le jugement des productions du génie, ce serait les laisser dans l'ornière de la routine où ils se sont traînés devant le despotisme qu'ils encensaient. C'est aux âmes fortes qui ont le sentiment du vrai, du grand, à donner une impulsion nouvelle aux arts en les ramenant aux principes du vrai Beau. Ainsi l'homme doué d'un sens exquis, sans culture, le philosophe, le poète, le savant dans les difl'érentes parties qui constituent l'art de juger l'artiste élève de la nature, sont les juges les plus capables d^ représenter le goût et les lumières d'un peuple entier, lorsqu'il s'agit de décerner en son nom à des artistes républicains les palmes de la gloire. »
Les opinions motivées du jury imprimées dans ses procès-
verbaux prouvent que les artistes eux-mêmes se conformèrent au programme énoncé par David. Le sujet choisi pour la peinture était Brutus mort dans un combat et ramené à Rome par les chevaliers. Gérard décerne le prix à ce tableau < peint d^ailleurs d'une main inexpérimentée », mais dont « le sentiment pourrait encore épouvanter des tyrans ». Prudhon se prononce pour le même ouvrage : « C'est le seul où j'aie vu le germe des grands talents : le sentiment; je Tai trouvé dans l'expression générale et particulière du sujet, dans le caractère des personnages, même dans celui du dessin ; du reste, Texécution du tableau est faible. » Ces concours ne donnèrent pas ce qu*on en espérait. € Us sont utiles, même absolument nécessaires pour les jeunes gens, avait écrit Houdon; pour les artistes formés, c'est tout le contraire », et l'événement ne fit que confirmer ses prévisions. Le jury des arts ne tarda pas d'ailleurs à échanger son titre contre celui de Club révolutionnaire des Arts^ et il semble que l'entrainement de la mode, l'esprit du temps et peut-être aussi la peur eurent plus de part que la conviction raisonnée dans les déclamations dont les procès-verbaux ont conservé le souvenir. Quelqu'eû t été d'ailleurs le résultat des premiers concours, le comité de salut public n'en multipliait pas moins les arrêtés relatifs tantôt à l'embellissement du palais et du jardin national des Tuileries et de la place de la Révolution, à l'érection d'un monument pour les défenseurs de la république le 10 août, sur la place de la Victoire, à la construction d'un temple de l'Egalité au jardin Beaujon ou à la représentation des époques les plus glorieuses de la Révolution. — L'exposition des esquisses de ce dernier concours était fixée au 10 thermidor. La crise politique en rendit l'ouverture impossible, mais le Directoire voulut faire honneur aux engagements qui avaient été pris et fit distribuer des récompenses dont le total s'éleva à 442 000 livres. Le temps manqua pour l'exécution de la plupart des projets qui avaient été décrétés; les statues du Peuple sur le Pont-Neuf, de la Nature sur la place de la Bastille, de la Liberté sur la place de la Révolution, ne furent jamais achevées; il en reste du moins le programme extraordinaire que David, dans la séance du 17 brumaire an II, avait donné à la Convention. Pour « per-
pétuer le triomphe de la raison sur les préjugés » il voulait ériger < sur les débris tronqués des statues des tyrans confusément entassés, Timage du Peuple géant, du peuple Français. Que cette image imposante par son caractère de force et de simplicité, disait-il, porte écrit en petit caractère sur son front Lumière^ sur sa poitrine Vérité^ Nature, sur ses bras Force, sur ses mains Travail. Que sur Tune de ses mains les figures de la Liberté et de TEgalité, serrées Tune contre Tautre et prèles à parcourir le monde, montrent à tous qu^elles ne reposent que sur le génie et la vertu du peuple! Que cette image du peuple debout tienne dans son autre main cette massue réelle et terrible dont celle de THercule ancien ne fut que le symbole ! De pareils monuments sont dignes de nous. »
Lies fdtes publiques. — Le régime révolutionnaire fut de trop courte durée pour élever des monuments durables. L*art le plus vivant de la Révolution, a-t-on dit justement, est dans ses fêtes. C'est pour ces décorations éphémères que des architectes tels que Chalgrin et des dessinateurs tels que Baltard exécutaient tous ces Autels à la Patrie , ces Arcs de triomphe vers lesquels s'acheminaient de longs cortèges et que nous ont conservés les estampes du temps. L'architecte Dufourny avait déclaré que les monuments de la République devaient être « simples comme la vertu », et l'architecture « se régénérer par la géométrie ». Ce caractère de simplicité et de régularité rigide se retrouve dans tous les grands décors dont les dessinateurs et les graveurs nous ont restitué l'aspect. Mais l'ordonnance en fut plus d'une fois digne de l'idéal dont ils se réclamaient. A lire dans les descriptions des contemporains, à voir surtout dans les estampes d'Ingouf, de Gérardet, de Janinet, de Chapuis, etc., la fête de la Fédération, on sent encore ce que devait être, au milieu de l'immense enceinte du Champ de Mars, cet autel de la Patrie posé sur un stylobate de 25 pieds, entouré de larges gradins faits pour servir d'estrade à tout un peuple. La translation de Voltaire au Panthéon, pour laquelle David avait dessine le char funèbre, que les peintres et les sculpteurs escortaient vêtus à la romaine; la fêle de la Liberté, célébrée en l'honneur des soldats suisses de Chateauvieux, les cérémonies funèbres de
Franklin et de Mirabeau, la fête de la troisième Fédération^ la pompe funèbre en Thonneur des citoyens tués le 10 août, la fête civique pour la liberté de la Savoie, la cérémonie funèbre de Lepelletier et sa translation au Panthéon, la fête de TUnité et de rindivisibilité de la République, celle de la Nature régénérée, pour laquelle David avait fourni les. dessins et rédigé le programme, revêtirent un caractère de plus en plus « antique •.
Lakanal, dans un projet de décret d'éducation nationale, proposait d'instituer dans les cantons, les districts et les départements une série de fôtes relatives aux principales époques de la nature, de la société humaine et de la Révolution française; ouverture et clôture des travaux de la campagne, retour de la verdure, des fruits, des moissons, des vendanges; jeunesse, maternité, vieillesse, etc. Elles auraient pu éveiller ou trouver dans Tàme populaire des instincts poétiques et susciter une forme d art spontanée, si l'imitation littérale et pédante de l'antique, le formalisme intransigeant et l'abstraction logique, la raison raisonnante n'y avaient tenu plus de place que l'imagination et le cœur. Aussi l'eiTort suprême de Robespierre pour instituer un culte national et décréter des cérémonies qui pussent remplacer celles de la religion abolie resta-t-il impuissant. L' a Être suprême », la Nature y le Génie humain, la Haine des tyrans et des traîtres, la Pudeur j la Gloire et l'Immortalité, la Frugalité, la Foi conjugale, le Stoïcisfne, etc., n'inspirèrent rien, sinon une sorte de délire législatif, dont l'art ne put tirer parti.
Le Directoire eut aussi ses fêtes, parmi lesquelles la pompe funèbre en l'honneur du général Hoche (10 vendémiaire an Y) S la fête de la Liberté célébrée pour l'entrée triomphale des objets d'art rapportés d'Italie par les armées victorieuses * (9 iher-
i. Voir ci-dessus, p. 425.
2. 11 faut noter que les protestations contre la spoliation des musées et (ie< monuments étrangers furent nombreuses. Quatremère de Quincy. ^Vui^ les Lettres sur le préjudice qu'occasionnerait aux arts et à ta France le dépiacemenl (fe$ monuments de Vart de Vltatie^ et la Pétition au Directoire exécutif signée «les huit membres de la classe des beaux-arts à linstitut : Vien, David, Vincnil. Pajou, Roland; Dejoux, Julien, Dufourny, et de 43 artistes, parmi lesquels Girodet, Percier, Fontaine, Lethière, Meynier, Valenciennes, Moreau le jeune. Denon, etc.) — Voir ci-dessus, p. 436.
midor ao VI) et la fête de la République où le minisire de l'intérieur François (de Neurch&teau) institua la première exposition ■les produits de l'inJustrie, furent surtout mémorables. En dépit des efforts des organisateurs et de la pompe extraordinaire déployée dans les cortèges, ces fêtes laissaient le public indifTérent. • La plupart ressemblent à un spectacle de l'Opéra, écrivait un témoin oculaire impartial, le docteur Meyer de Hambourg, et sous cet aspect quelques-unes ont un effet pittoresque agréable pour l'œil, mais elles n'en ont aucun sur l'ùiiio iln spectateur. J'ai été témoin du peu de part que le pulilic y pren<l là la fête de la Victoire et de la Reconnaissance, le 10 prairial an IV), quoiqu'elle fût très brillante, grandemenl ot noblemenl ordonnée et dans la juste proportion. ■ Les lérémonies di-^ Tbéophilantbropes ', si bien intentionnés qu'en |>u>i3cnL 6trc liinsUgateurs, ne réussirent guère qu'à fournir aux laiicaturisli's une mine inépuisable.
Les fêtes du Consulat furent surtoutdes trio]ii|ilios militai''' >: « jeux olympiques » et revues de troupes eu fournirenL k-? principaux éléments — et surtout la personne du ^éni^ral vii lorienx dont elles n'étaient que l'apothéose.
La classe de la littérature et des beaux-arts de r&istitut. — Le décret du 25 octobre 1795, ji'ikIu, la M'ille même du jour où la Convention allait se dissoiulrc, à la suitr d'un rapport célèbre de Daunou, divisait en licûs c/asses le corps destiné à remplacer les cinq académies détruites, et confondait dans la troisième classe (littérature et beaux arts), répartie en huit sections ', des écrivains, des érudits, des archéologues, des comédiens, et des artistes proprement dits. Pour obéir au programme qui avait inspiré sa fondation, la classe, sur la proposition de la section de peinture, mit au concours la question suivante : Quelle a été et quelle peut être fncore rinfluence de la peinture sw les mœurs et sur Vinflueitee d'un peuple libre? Le jury, composé rie Vien, David, Vincent, Dufourny, Andrieux et Leblond, décerna le prix à un mémoire