Voir ci-dessus, p
fallut former des chanteurs. Lulli avait ouvert à l'Opéra une école de chant et de déclamation qui fut reprise par la chanteuse Le Uochois jusqu'en 1726. Plus tard, on créa, rue Sainl-Nicaise, une sorte d'établissement d'éducation musicale intitulé École de chant de rOpéra, qui avait son siège dans les magasins de décors de l'Académie royale de musique. h'Êcole du magasin dura jusqu'en 1784, époque à laquelle Devismes du Valgay et Gossec obtinrent du roi une ordonnance établissant, sous la présidence de M. de Breleuil, une École royale de chant et de déclamation; elle fut fermée en 1792. Ces divers établissements, fonctionnant avec plus ou moins de régularité, n'avaient, en somme, d'autre but que de fournir des chanteurs à l'Opéra. Il fallait un enseignement plus général, pouvant instruire non seulement des chanteurs, mais aussi des instrumentistes et des compositeurs. La municipalité de Paris avait eu à sa solde la musique de la garde nationale, composée de soixante-cinq musiciens et dirigée j)ar un nommé Sarrelte. Celui-ci avait réuni autour de lui les meilleurs artistes de Paris; la solde leur ayant été retirée en 1792, Sarretle sut cependant garder autour de lui les musiciens qu'il avait groupés; il obtint pour eux la création d'une école gratuite de musique chargée d'instruire les instrumentistes destinés aux armées de la République. Bientôt on donna plus d'extension à son école; on ajouta aux classes d'instruments des cours de composition, de chant, de déclamation, etc., que l'on confia aux maîtres les plus illustres de l'époque; après pluticurs essais, le Conservatoire de musique et de déclamation fut organisé par une loi du 6 thermidor an III (7 septembre 1795), l'année même où était créé l'Institut. Cette date a une importance capitale dans l'histoire de la musique française; par l'unité de son enseignement, dont les méthodes furent rédigées dès les premières années de sa création, par la supériorité inconleslahle de ses professeurs, le Conservatoire a donné à la France ce qui lui manquait, et que possédaient depuis longtemps l'Allemagne et l'Italie, un. établissement où tout ce qui touche à la musique était étudié et appris d'après un plan régulier et homogène. Jusquerlà nous avions eu de bons maîtres, nous n'avions pas eu d'enseignement.
La création de l'Institut, dont il est parlé plus au long dans d'autres chapitres de cetle histoire, fut une des institutions les plus hautes et les plus fécondes de la Révolution. Elle appartient à l'histoire de l'ensemble des lettres, des arts et des sciences dans notre pays; mais nous ne devons pas oublier que la musique y eut sa part. Les plus grands maîtres furent appelés à siéger dans cette compagnie. Le premier compositeur qui ait fait partie de l'Acadcmic des beaux-arls fut Mchul, nommé en vertu de l'arrêt du 15 frimaire an III : la République devait bien cet honneur au musicien qui avait écrit le Chant du départ. Vinrent ensuite Gossec et Grétry. Enfin, lorsque l'on créa, le 3 brumaire an IV, des membres étrangers, ce fut le grand Haydn qui fut appelé, le premier, à faire partie de l'Institut.
La liberté des théâtres, le Conservatoire, l'Institut, telles sont les trois grandes institutions que la musique doit à la République et à la Convention. Les premières années du xix® siècle comptent parmi les plus brillantes de notre école française; nous ne devons pas oublier qui a préparé les voies et fourni les moyens aux maîtres dont la gloire rejaillit encore jusqu'à nous.
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