‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 75 sur 166 · I. Voir, ci-dessous, le chapitre Indoustan · texte numérisé non relu

I. Voir, ci-dessous, le chapitre Indoustan

AVANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 64a

sait d*uQ changement total de gouvernement : Fox et les autres chefs whigs vivaient dans Fintimité de Théritier, adversaire politique et personnel de son père, suivant la tradition de la maison. Le fils était aussi prodigue et débauché que le père économe et vertueux : contraste sur lequel ne tarissait pas la caricature, non plus que sur les excès de la brillante Altesse, inséparable du généreux mais libertin adversaire de Pitt. Déjà Fox s*était compromis en niant dans une séance du parlement le mariage du prince de Galles avec une célèbre beauté catholique, mistress Fitzherbert, mariage qui avait eu lieu à son insu (1785). Depuis lors, les scandales et les dettes n^avaient cessé de s'accumuler, ni de grandir Tinimitié du roi et de la reine contre leur fils aine. Aussi Topinion publique désirait-elle vivement le rétablissement de George III et le maintien de Pitt. Mais en novembre et décembre 1188 il parut impossible d^éviteiT une régence, car l'incapacité de la personne royale paralysait' tous les ressorts du gouvernement, et le parlement dut se réunir de lui-même à la date antérieurement fixée.

Les deux grands orateurs soutinrent chacun la thèse opposée à leurs doctrines habituelles, si bien que le ministre pouvait dire de son compétiteur : < Je déwhigerai ce gentleman pour le reste de ses jours. » Mais lui-même, Pitt, le chef du torysme nouveau, il se < détory sait » sous la pression des circonstances et de son intérêt. Suivant sa thèse, sans une décision du parlement le prince de Galles n*avait pas plus le droit de prendre en mains le gouvernement que tout autre sujet anglais : ce qui, solvant la juste objection de Fox, conduisait tout droit à la monarchie élective, sinon à la République. Mais il y avait excès en sens inverse à prétendre, comme le chef des whigs en son beau zèle monarchiste, que Théritier avait, sans participation des Chambres, le droit d*exercer le pouvoir souverain tout comme si le roi était mort. Ces discussions, habilement pro^ longées par le ministre, et rétablissement laborieux d'une loi de régence contenant des restrictions nombreuses, donnèrent au roi le temps de guérir (19 février 1789). Une immense explosion de loyalisme accueillit cette nouvelle. Les whigs étaient compromis, Pitt plus fort que jamais, et la couronne populaire

comme elle ne Tavait pas encore été sous les Hanovre. G*était

au moment où Ton préparait à Versailles la réunion des Etals généraux.

//. — Avant la guerre (iy8g'ijg2).

Effet de la Révolution sur les < sociétés » . — Les nouvelles de France surprirent plus qu'elles n'émurent la masse du public anglais, qui tenait à ses libertés nationales et à sa méthode, nationale aussi, de les développer peu à peu. Parmi ceux qui exprimaient une opinion, les uns craignaient un essor puissant de la nation rivale, les autres comptaient au contraire s'enrichir de ses discordes; Fox, adversaire de la maison de Bourbon, se sentait devenir l'ami de la France nouvelle, et déclarait la prise de la Bastille le plus grand et le plus heureux événement pour l'humanité. Il y voyait d'ailleurs un moyen d'opposition ministérielle, et, plus encore chez les radicaux qui le dépassaient que chez les whigs qu'il dirigeait, l'enthousiasme

pour la Révolution prit assez rapidement ce caractère. Etudions séparément les eCFets produits sur les « Sociétés » et cercles populaires, sur la littérature politique, sur les discussions parlementaires, et le peu d'effet produit, d'abord, sur William Pilt. Parmi les < Sociétés », il faut distinguer celles qui existaient déjà selon les principes anglais de 1688, et celles que va faire éclore ou développer le souffle français de 1789. La t Société de la Révolution > se réunissait depuis longtemps le 4 novembre de chaque année; la fête de l'année précédente avait été célébrée avec éclat comme le centenaire de la victoire de Guillaume III. Mais, le 4 novembre 1789, elle changea de caractère; on entendit une sorte de conférence du docteur Price, illustre dissident, écrivain politique et religieux, à la louange des événements de Paris. Un autre théologien dissident, Priestley, faisant surtout allusion à la suppression des dîmes, s'écriait : « Notre roi et ses courtisans n'aiment pas ces choses, et les évoques moins encore. » On s'explique très bien la joie des non-conformistes

anglais, alors engagés dans une lutte malheureuse, que nous indiquerons plus loin, pour la complète égalité religieuse en Angleterre. Les tribulations du clergé catholique français ne les attristaient point. Plus tard seulement (1793), Prieslley, devenu citoyen français, écrira à ses nouveaux concitoyens pour les détourner de l'athéisme. Du reste, la séance à laquelle nous venons de faire allusion était présidée par un libéral avancé de raristocratie, lord Stanhope.

D'autres lords ou gentlemen du même bord, le duc de Richmond et Fox en tôle, avaient fondé en 1780 une « Société pour le développement des connaissances constitutionnelles ». II s'agissait de prôner la réforme parlementaire en instruisant le peuple de ses droits politiques, et Pitt, à ses débuts, en avait fait partie. Maintenant cette société était devenue tout à fait radicale sous la direction de Cartwright, de Home Tooke ; elle répandait des brochures en faveur du suffrage universel. Son action était limitée.

Plus actives et plus résolues s'organisèrent les « Sociétés de correspondance », ayant leur centre à Londres et des relations continuelles avec les clubs de Paris. Leur langage et leurs tendances allaient à la République. On se donnait le titre de « citoyens »; on appelait le roi « le premier magistrat ». Ces sociétés ont çà et là planté des arbres de la liberté, suscité quelques troubles ; elles fêtaient dans les jardins ou les tavernes de Londres les événements révolutionnaires. Même avant 1792, elles mêlaient les drapeaux et menaçaient aussi de mêler les institutions : « Vos écrivains, disaient-elles aux Français, ont trop admiré notre constitution (ici elles flétrissaient prérogative royale, pairie, clergé, députation corrompue)... Comme vous avez peut-être profité de l'exemple de nos ancêtres, nous imiterons vos glorieuses et splendides actions. »

Effet sur la littérature politique : Burke, Macklntosh, Payne. — La crainte d'une pareille contagion avait mis la plume à la main de Burke dès la fin de 1789, dès la fête de novembre et le sermon de Price. Ses Réflexions sur la Révolution française y qu'il publia dans l'automne de Tannée suivante, furent adoptées comme un catéchisme par la réaction continen-

taie, mais ne commencèrent à réussir en Angleterre que vers le milieu de 4791, époque où nous voyons la foule de Birmingham réagir brutalement contre les révolutionnaires et brûler la maison de Priestley. Alors le livre se répandra, en anglais ou dans les traductions, à plus de trente mille exemplaires. Burke, orateur démodé, peu écouté par la génération nouvelle, retrouve tout son talent dans ce remarquable et peu juste pamphlet. L'idée essentielle est d'opposer à la folie d'une révolution métaphysique, qui refait tout un peuple et tout un pays d'après des principes abstraits, la sagesse d'une révolution défensive et bistorique comme celle de 1688. L'erreur fondamentale est de comparer des milieux et des situations incomparables, et, pour soutenir la thèse, d'exagérer les mérites de l'ancienne constitution française. Cet esprit vigoureux retrouve sa clairvoyance lorsqu'il annonce les phases ultérieures de l'évolution commencée, les excès croissants, la propagande au dehors, la puissance du sabre.

Deux de ses contradicteurs doivent être cités. L'avocal Mackintosh, dans ses Vindiciœ gallicas, composées en 1794, présente une défense de l'Assemblée constituante, sauf sur un point : il blâme la restriction des droits électoraux par l'exigence d'une contribution équivalente à trois journées de travail, cet attentat au suffrage universel. Quant au reste, Somers, dit-il, ne ferait pas aujourd'hui en France ce qu'il a fait en Angleterre en 1688, et la Constituante n'aurait pas fait en Angleterre en 1688 ce qu'elle fait aujourd'hui. Cette révolution-ci n'est pas dirigée par quelques hommes : elle est due à un immense courant national, absolument nécessaire. Les Droits de rhomme et les élections à deux degrés sont d'excellentes choses. Voici la conclusion : < Les brefs du pape, les pamphlets de M. Burke et les mandements de l'Inquisition espagnole, les émeutiers de Birmingham et les gradés d'Oxford, rendent également à la liberté l'involontaire hommage de leur alarme. »

Thomas Payne est beaucoup plus subversif : l'évolution de son radicalisme, du commencement de 1791 à la fin de 1792, comprend trois phases. Dans la première partie de ses Droits de Vhomme, il répond à Burke en refaisant son parallèle des deux

révolutions au profit de la plus récente. Aux Anglais maintenant de se régénérer sur le modèle français! — <c M. Burke, dit*il, aurait pu passer toute sa vie à la Bastille, sous Louis XYI aussi bien que sous Louis XIV, sans que Tun ou Tautre sût qu*il y était. » Il attaque avec une véhémence particulière, parmi les diverses formes de gouvernement, celle dont les Anglais sont si fiers, le mixed governmentj la monarchie tempérée, qui n'est que mensonge et corruption. Dans la seconde partie du même ouvrage, toute hérédité monarchique ou aristocratique, toute charte ou corporation sont attaquées comme des absurdités. Les rois ne sont que des brigands arrivés. Enfin, fugitif, devenu citoyen français et conventionnel, dans une lettre sur le jugement de Louis XYI, il décoche à son ancien gouvernement cette phrase d adieu : c II s'est formé, entre les brigands couronnés de l'Europe, une conspiration. On a déjà pénétré quelque chose de la conduite de -♦/. Guelfe, Électeur de Hanovre, et de violentes présomptions inculpent le même homme, sa cour et ses ministres, en sa qualité de roi d'Angleterre *. »

Bffet sur les partis parlementaires. — Dès la séance du 9 février 1790, se prépara dans la Chambre des communes, pour éclater le 6 mai 1791, la rupture entre les deux grands chefs whigs : Fox admirateur bruyant, Burke ennemi passionné de ce qui se passait en France. La première fois, le débat restait assez modéré sans la vive intervention de Sheridan : « La Révolution française, dit-il, attaquant Burke au point le plus sensible, est semblable à notre révolution, en ce sens qu'elle a résulté d'un principe aussi juste et d'une provocation aussi réelle... L'erreur fondamentale de mon honorable ami, c'est d'accuser l'Assemblée nationale d'avoir créé des maux qui existaient avant elle... A quels remèdes fallait-il recourir, sinon à une réforme radicale de tout le corps de la constitution? » La seconde fois, Burke, à propos du bill sur le Canada, qui préservait ce pays de l'anarchie et des Droits de rhomme, traça un ardent tableau des maux de la Révolution. Fox le blessa au vif en le mettant en contradiction avec tout son passé : « Si de tels

Page 1