‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 76 sur 166 · I. Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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principes sont dangereux pour la constitution, ces principes étaient ceux de mon honorable ami, de qui je les ai appris durant la guerre d'Amérique. Il disait qu'il ne saurait pas lancer un bill d'accusation contre un peuple... Pour moi, instruit par mon honorable ami que la révolte d'un peuple n'arrive pas sans provocation, je vois avec joie la constitution de la France fondée sur ces Droits de l'homme qui servent de base à la constitution britannique. » Comme Fox exprimait, les larmes aux yeux, son espoir de voir la vieille amitié survivre, Burke lui déclara durement que a l'amitié aussi était morte ».

Le schisme entre les partisans de l'un et les partisans de l'autre ne deviendra général qu'un peu plus tard; car la masse parlementaire, pacifique comme Pitt lui-même, ne se prononce pas encore; elle serait plutôt disposée, au début, à laisser Burke isolé. Aux imprécations de celui qui devenait le chef lettré de la croisade européenne contre les « architectes de ruines », PiU avait répondu tranquillement qu'il ne pouvait voir de mauvais œil, dans un autre pays, les progrès des principes de liberté chers à tous les Anglais. Sa politique était pacifique : elle restera telle jusqu'à la veille de la rupture, car la paix et le commerce faisaient le succès croissant de ses finances.

Nouveaux succès financiers de Pitt. — Malgré des dépenses peu populaires pour les fortifications, malgré d'équitables indemnités payées aux colons de la Floride et aux personnes qui avaient souffert pendant la guerre d'Amérique, il présentait (avril 1790) un budget en parfait équilibre. Son discours excita un tel enthousiasme qu'un député disait : < Fox, Sheridan et tous leurs amis ensemble ne sont rien auprès de lui. Sans aucune aide, il répond à tous, et ils sont devant lui ce qu'est une paille devant le vent. » On avouera que leurs objections, sur ces matières, étaient assez malheureuses. A propos d'une simplification dans l'administration des tabacs. Fox s'écriait : « Nous préférons l'accroissement du revenu à la constitution de notre pays !» Et à propos d'un projet de dégrèvement : < C'est une atteinte à l'initiative de la Chambre. » Le progrès continuait. Nccker, vers la fin de son ministère, parlait dans une lettre à Pitt de ses rares vertus, de ses sublimes talents.

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L'apogée de William Pilt, le moment où, pour sa gloire, il aurait dû mourir, est le 7 février 1792, lors du magnifique exposé de son dernier budget pacifique. En neuf ans, le chiflfre des opérations avec Tétranger s*était élevé de 28 à 40 millions sterling, et le nombre des bâtiments marchands avait presque doublé. De 54, le 3 pour 100 montait à 97. Le revenu public avait augmenté de 4 millions sterling, dont 1 seulement se devait attribuer aux nouvelles taxes, 1 aux mesures prises contre la fraude, 2 à Taccroissement de la richesse et de la prospérité nationales. < C'est, disait le minisire, Tunion de la liberté avec la loi qui, en élevant une barrière également puissante contre les empiétements du pouvoir et la violence des commotions populaires, assure à la propriété la sécurité dont elle a besoin, vient en aide aux besoins du génie et du travail, fortifie le crédit, lui permet de s'étendre, favorise la circulation et Taccroissement du capital... L'amour de la constitution, bien qu'il existe dans tous les cœurs anglais comme une sorte d'instinct naturel, y est cependant fortifié par la raison et la réflexion, et chaque jour confirmé par l'expérience. »

Progrès et recul des idées de réforme. — Ces dernières paroles montrent qu'au commencement de 1793, Pitt, interprète des masses anglaises, sans vouloir encore la guerre, est nettement contraire au jacobinisme. On remarque, dans cette période intermédiaire, un double courant quant aux réformes libérales : tantôt la majorité parlementaire et son chef continuent le mouvement de progrès, antérieur à l'explosion française et quelque peu accéléré par celle-ci; tantôt, et de plus en plus souvent à mesure que le temps marche, la défiance réactionnaire ajourne ou proscrit les améliorations.

La liberté de la presse fut, avec l'autonomie déjà mentionnée du Canada et le soulagement des catholiques, la question la plus en faveur. Dans le procès de Stockdale, partisan de Hastings qui avait paru ofTenser la Chambre des communes, Erskine prononça le plus célèbre des plaidoyers anglais : il soutint que le jury avait le droit de juger l'intention d'un libelle et de se prononcer sans nulle restriction. Ce principe, accepté par le ministre, fut sanctionné par le bill de 1791, qui est un des

meilleurs titres de gloire de Fox. Quant aux catholiques, les malheurs du clergé français, fortement plaint et bien accueilli en Angleterre, les mettaient en faveur plus que par le passé : d*autant plus que le clergé catholique irlandais, n'ayant nul goût pour les c jacobins », devenait beaucoup plus anglais en politique que précédemment. Burke et Pitt désiraient autant l'un que Fautre que la constitution britannique n'eût plus d'ennemis de ce côté. Fox les appuyait par libéralisme. Les catholiques anglais obtinrent, moyennant un serment rassurant pour l'autonomie britannique vis-à-vis du Vatican, le rétablissement des rapports réguliers entre les pairs de leur communion et la personne royale, de sérieuses garanties pour leurs propriétés, leur culte, leur enseignement. Les catholiques d'Irlande, sur lesquels nous aurons à revenir au point de vue politique, et aussi ceux d'Ecosse, obtinrent, avec les mêmes garanties, l'accès des carrières juridiques et des honneurs jusqu'alors réservés aux protestants, sauf ceux de premier ordre.

Moins heureuses furent les trois autres réformes, relatives aux dissidents, à la traite des noirs et aux élections. Les mêmes raisons qui servaient les catholiques nuisaient aux non-conformistes. On en voulait à ceux-ci des opinions politiques de leurs chefs, et des tendances républicaines de leurs coreligionnaires irlandais. Le principe de leur égalité avec les anglicans, soutenu par le député Beaufoy, avait presque triomphé en 1787. Presque tous alors partisans de Pitt, ils étaient bien vus du ministère. Mais lorsqu'ils reproduisirent leurs demandes en 1790 et 1791, ils obtinrent, non sans peine, l'appui de Fox, qui ne fit que les compromettre : c Les descendants du diable sont mes clients », disait ce dernier. Et ils n'obtinrent rien, car Burke les traitait de jacobins, et ajoutait : c Si de pareils hommes avaient le pouvoir, ils voudraient renverser l'Église d'Angleterre comme vient d'être renversée celle de France. » Les projets de réforme électorale présentés par Flood et Grey furent repoussés par des majorités chaque fois plus fortes. L'ancien réformiste Pitt déclarait que ce n'était pas le moment de risquer des expériences dangereuses. Il ne renonçait pas à la suppression de la traite, toujours réclamée par son ami Wilberforce et par des

milliers de pétitions, signées dans tous les coins de TAngleterre. Il prononça même à ce sujet (2 avril 1792) son dernier discours libéral, Tun des plus beaux : « Pourquoi quelque sénateur romain, raisonnant d'après les principes de certains honorables membres, n*aurait-il pas désigné les barbares anglais en disant : Voici un peuple qui ne s'élèvera jamais à la civilisation, voici un peuple qui n'est pas destiné à devenir libre?... J'espère que nous ne continuerons plus ce commerce destructif de tout progrès dans ce vaste continent... Peut-être vivrons-nous assez pour voir les enfants de l'Afrique occupés des paisibles labeurs de l'industrie et du commerce. Nous pourrons voir les rayons de la science et de la philosophie commencer à poindre dans leur pays... » Et a ce moment où la séance de nuit finissait, un rayon du soleil levant illumina l'orateur. Grand effet, mais la traite ne sera supprimée qu'un an après la mort de William Pitt.

Présages de rapture. — Bien que George III, personnellement, fût encore plus indigné de la captivité de Louis XVI que ravi de l'abaissement de son adversaire de la guerre d'Amérique, bien qu'il traitât nos législateurs d'insensés, il ne nourrissait aucun projet belliqueux ; il n'empêchait pas son grand ministre de proposer en janvier, aux applaudissements de Fox, une réduction considérable des effectifs de terre et de mer; et Pitt pouvait déclarer en février, dans son fameux discours du budget, que jamais l'état de l'Europe n'avait permis d'espérer avec autant de confiance une période pacifique de quinze ans! Aux affaires étrangères, le nouveau lord Grenville se déclarait encore plus nettement dans ce sens. Dès lors, jusqu'au 10 août, rien de nouveau, — si ce n'est la réaction intérieure croissante.

Par une proclamation du 21 mars, le gouvernement signale à l'indignation publique des écrits coupables et séditieux, ordonne aux shériffs de prévenir tout tumulte, recommande aux magistrats de découvrir les auteurs, les imprimeurs et les colporteurs des libelles. A la Chambre des communes, Grey et Fox reprochèrent à la proclamation de soulever des alarmes inutiles; ils montrèrent leur crainte, trop fondée, comme on le

verra, de voir surgir des lois oppressives. Ils n'empêchèrent pas les deux Chambres de voler une adresse d'approbalion au roi, et d'exprimer leur indignation contre ceux qui cher- , chaient à désaffectionner le peuple des institutions établies. i C'était désigner Thomas Ps^ne : quel avocat se chargerait d'une aussi mauvaise cause? Le plus grand de tous, Erskine, bravant la colère publique, et le déplaisir de son ami le prince de Galles aussi bien que celui du roi, voulut remplir son devoir et revendiquer la liberté d'opinions môme contraires aux siennes. Procès sans conséquence d'ailleurs, puisque l'accusé devint citoyen français, bientôt membre de la Convention.

Le 10 août indigna tous les Anglais de la haute société, excepté Fox ; les massacres de Septembre, tous y compris Fox. Grenville se cramponnait pour plusieurs mois encore à la neutralité; mais il faisait deux concessions au courant : il rappelait l'ambassadeur, comme n'ayant été accrédité qu'auprès du roi Louis XVI, et il déclarait que si le roi ou la reine étaient assassinés, les coupables ne. trouveraient de refuge sur aucun point des possessions britanniques. En novembre et décembre, les nuages s'accumulent rapidement. Les <r Sociétés de correspondance » rompent ouvertement avec le gouvernement de leur pays. Cinq mille de leurs membres, dans une adresse à la Convention, flétrissent la neutralité britannique, et appellent les « vrais Bretons » à la défense des Droits de l'homme. Bientôt nouvelle adresse répondant au décret de la Convention qui promet l'appui de la France à tous les peuples : cette fois des délégués viennent annoncer à sa barre qu'il existera bientôt une Convention anglaise. Le président répond à ces « dignes républicains » que la royauté est détruite ou mourante dans toute l'Europe. A quoi le ministère Pitt réplique, le 1" décembre, en convoquant les milices par cette raison que « les personnes mal disposées de ce royaume, agissant de concert avec l'étranger, veulent renverser nos lois et notre constitution ». Et le parlement est convoqué pour le 13 décembre. Le jour venu, le discours du trône affirme encore la neutralité, mais signale les deux vraies causes de la guerre imminente : la propagande révolutionnaire et les conquêtes. Aussi le gouvernement propose-l-il un alien

billy qui lui permettra de surveiller les étrangers, de les empêcher d^introduire des armes, et au besoin de les expulser ^

En ce mois lugubre, où les rixes et les faillites éclatent dans les villes anglaises, il faut suivre Fox et Sheridan, et les distinguer Tun de Tautre. Sheridan eut un entretien confidentiel avec nette ambassadeur, Chauvelin, pour lui enlever toute illlusion sur Tefficacité de la propagande. < Les Anglais, lui dit-il, même les libéraux, veulent des réformes selon la méthode nationale, des réformes constitutionnelles ; ils s4ndignent d'un appel à la révolte venant de l'étranger, fussent-ils partisans de la mise en accusation du ministère. L'Angleterre a jadis donné l'exemple d'une révolution; si elle le suit aujourd'hui, ce sera à sa manière, et avec ses forces propres. » Il est remarquable que les agents français, Jullien ou Noël, comprenaient la situation comme Sheridan, quelle que fût leur exaltation personnelle; ils montraient au ministre Le Brun l'horreur des Anglais pour le régicide qui se préparait, leur attachement à la monarchie inséparable de la religion. Ils constataient, dans leurs moments de clairvoyance, que les rares Anglais notables avec lesquels ils entretinssent de bonnes relations, le publiciste Miles, Français autant qu'Anglais de cœur, Perry, éditeur du Xîorning Chronicle, Holcroft, républicain, ami de Danton, compromettaient leur cause plus qu'ils ne l'aidaient; que les projets plus ou moins authentiques d'une attaque contre la Tour de Londres, cette Bastille britannique, et tout le bruit que menaient les Sociétés ne serviraient qu'à faire triompher la réaction. Il ne fallait pas risquer de décourager les tentatives de Fox, très constant dans ses sympathies françaises, au point de professer dans l'intimité des doctrines républicaines. Le discours de ce grand orateur contre Yalien bill reprocha au gouvernement de n'être pas intervenu en faveur des champions de la liberté, et de préparer une nouvelle Inquisition. Malgré l'horreur qu'il déclarait éprouver à l'idée d'un régicide possible, il demanda que l'on évitât la guerre en reconnaissant la République. Une majorité écrasante repoussa son amendement. Burke, dans la séance du 28 dé-

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