‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 79 sur 166 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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Histoire oéiiéRALE. VllI. ^i-

damnation suffisante du régicide et de certaines autres violences révolutionnaires; mais ce fut sa seule concession. Lui-même et son colique Whitebread mirent en parallèle les crimes des Français et ceux des armées coalisées y animées de l'esprit d'Attila. D ailleurs, là n'est pas la question : nous avons été les alliés de TEspagne malgré les horreurs de son Inquisition, pensant avec raison que les actes commis par les autres peuples chez eux ne nous regardaient pas. Pourquoi, au juste, ferionsnous la guerre, si les Français s'engagent & évacuer les Pays- Bas lors de la conclusion de la paix? Tenons-nous à provoquer une révolution en Irlande? Voulons-nous rétablir le despotisme? Et nos propres révolutions, défensives et conservatrices tant que vous voudrez, n'ont-elles pas abouti au renversement d'une dynastie? De quel droit, dès lors, en imposer une? Empêcher la propagande? Mais « le pouvoir est impuissant à repousser des opinions ou k les introduire dans un Etat. Comment empêcher des opinions de pénétrer chez nous ? Les opinions ne sont pas des marchandises que puisse prohiber l'état de guerre. » Fox concluait, découragé, que la guerre aurait lieu malgré ses efforts.

Liois répressives et procès politiques (1793-1796). — La croisade intérieure contre la contagion révolutionnaire était menée par le nouveau chancelier, lord Loughborough, appuyée par le reste du ministère et par le roi, inutilement combattue, comme la guerre elle-même, par l'opposition. Dès le 28 février 1793, Sheridan niait l'existence des pratiques séditieuses, affirmait au contraire le désir do gouvernement de créer une panique pour distraire les esprits des réformes urgentes. Bientôt les procès commençaient. Des propos tenus dans un café valaient à Frost et a Hudson une amende et de la prison. Le ministre baptiste Winterbotham, pour allusions contenues dans un sermon, était condamné a un emprisonnement de quatre ans. Un vaste système de dénonciations volontaires était inauguré par la « Société pour la protection de la liberté et de la propriété », sorte de confrérie antirévolutionnaire qui avait pour elle la majorité du public. Mais les procès vraiment graves commencèrent en Ecosse. A Edimbourg s'était tenue une

sorte de Convention (ainsi â*appelait-elle elle-même), formée de délégués des c Amis du peuple ». Dénoncés aux autorités, la plupart s*enfuirent. Quelques-uns payèrent pour tous, entre autres le jeune avocat Thomas Muir, qui s'était signalé par son ardeur à réclamer la réforme parlementaire, particulièrement odieuse aux réactionnaires écossais. Un des lords-juges de la haute cour d'Edimbourg, Braxfield, marqua bien ce caractère du procès en disant : « L'intérêt territorial seul a le droit d'être représenté; quant & la populace, qui n'a que des propriétés mobilières, quelle prise le pays a-t-il sur elle? » On a souvent cité depuis cet autre propos du juge Swinton : « Si nous voulions chercher un châtiment suffisant pour le crime de sédition, nous ne le trouverions pas dans nos lois, aujourd'hui que la torture est heureusement abolie. » L'aimable magistrat citait la loi romaine qui condamnait les séditieux à être ou pendus, ou livrés aux bêtes, ou déportés dans une île. < Nous avons choisi la plus douce de ces punitions. » En effet Muir et le révérend Palmer, après avoir subi toutes les insultes de leurs justiciers, furent transportés à Botany-Bay. La chose étant venue au parlement. Fox s'écria : < Dieu soit en aide au peuple qui a de pareils juges! » Mais trente-deux députés seulement appuyèrent sa protestation.

Armé de papiers compromettants pour les révolutionnaires des deux pays, Pitt demanda, le 12 mai 1794, et obtint sans peine la suspension de Yhabeas corpus, « une conspiration perfide et détestable ayant été formée pour renverser les lois établies et la constitution ». C'était beaucoup trop généraliser, et les procès ne montrèrent pas un mal tellement étendu. Un seul accusé, Ward, fut exécuté, toujours en Ecosse, pour un complot vraiment subversif. En Angleterre, Hardy et Home ïooke furent protégés devant le jury par l'éloquence d'Erskine. Aussi Fox et Sheridan se fondèrent-ils sur la pauvreté de ces résultats pour réclamer, sans succès, le rétablissement de Yhabeas corpus. Mais les mécontentements et les désordres qui signalèrent, comme nous allons le voir, la fin de l'année 1795, fournirent prétexte i deux nouvelles lois restrictives, des 4 et 10 novembre. La première déclarait coupable de haute trahison.

sans qu'il fût désormais nécessaire de faire la preuve d'actes palents présentant ce caractère, quiconque méditerait ou projetterait la mort du roi, ou sa détention, ou sa déposition; quiconque se révolterait contre lui pour le contraindre à changer sa politique ou son ministère; quiconque exprimerait de tels desseins dans des livres, des écrits, des sermons ou des propos malintentionnés. L'autre bill visait les réunions séditieuses, c'est-à-dire les attroupements de plus de cinquante personnes, et menaçait de la peine de mort quiconque résisterait au magistrat chargé de les disperser. Fox s'écriait avec raison : « Dites tout de suite qu'une constitution libre ne nous convient plus. Les révolutions d'autres Etats ont-elles été dues à la liberté des opinions populaires, à la facilité des réunions populaires? Non, elles ont été dues à une politique toute contraire. » Nous n'en verrons pas moins l'arsenal répressif se compléter quelques années plus tard. On ne saurait exagérer l'atteinte portée par ces diverses mesures aux principes britanniques : « loi des suspects » (Sorel), « suspension de la constitution » (Erskine May): ces deux expressions sont également justes.

La guerre et les finances. — Tout l'édifice de prospérité publique et privée élevé par le génie de Pitt s'écroula en quelques années d'hostilités, de commerce interrompu. On s'est bien trompé en France lorsqu'on a cru que le ministre patriote avait désiré la guerre pour s'emparer de nos colonies : ce fut à peine une compensation pour la cessation du négoce pacifique avec la France. Comme on avait cru que le mouvement des affaires durerait toujours, beaucoup de banques, beaucoup trop de banques s'étaient fondées, la plupart trop peu solides pour résister à l'orage. Dès 1793 une panique se déclara, les capitaux se cachèrent. Pour empêcher la fermeture des ateliers, la misère vagabonde des ouvriers sans travail, les faillites entraînant d'autres faillites, Pitt proposa au parlement d'autoriser l'émission des billets de l'Echiquier pour cinq mois, destinés à être distribués en prêts aux négociants, banquiers ou industriels dont les demandes seraient trouvées fondées (Galmon). Le vote do cette mesure suffit pour dissiper beaucoup d'inquiétudes, et les intéressés mirent une grande loyauté à rembourser les avances

qui les avaient remis à flot. La crise des affaires privées n^était que différée.

Celle des affaires publiques devenait permanente pour longtemps, et rien ne prouve la force de tempérament du corps britannique comme d^avoir résisté à celte maladie de vingt-trois ans. Aux énormes dépenses de la guerre directe s'ajoutaient les énormes dépenses destinées à solder la coalition. Si la flotte anglaise se montrait la première du monde et la reine des mers, Tarmée anglaise ne produisait point un effet semblable en Belgique. Peu nombreuse en dehors des auxiliaires allemands, elle péchait par la qualité plus encore que par la quantité. On recrutait les soldais dans la lie du prolétariat par un système de racolement presque aussi immoral que la « presse » des malelols, sorte de piraterie légale réduisant en servitude nautique sans espoir de libération les pauvres diables qui n*avaient personne pour les défendre. Ces soldais, sous un Wellington, donneront des résultats surprenants; sous le duc d'York, fils de George III, les ressources secrètes de leur énergie sont méconnues et perdues. Reconnaissons d'ailleurs que ce prince, ordinaire sans être nul, servait de bouc émissaire pour tout son corps d'officiers, jeunes gens sans instruction militaire, sans le moindre lien moral avec leurs hommes, qui venaient continuer dans les camps ou dans les villes les débauches secrètes de la mauvaise aristocratie. Bref, l'armée de terre fournie par la Grande-Brelagne étant insuffisante, il était d'autant plus nécessaire que le Trésor britannique fût le bailleur de fonds d'une coalition mendiante.

Les souverains ne tendaient pas toujours la main franchement, comme dans celle caricature où l'on voit John Bull disparaître, s'enfoncer dans un moulin à café, toute sa substance s'en allant en guinées que Pilt distribue aux alliés avides. Plus décemment l'Autriche avait demandé que l'on contractât pour elle, en le garantissant, un emprunt de 4 600 000 livres sterling. Fox, au début de 1793, critiquait avec raison celle garantie : « Pourquoi l'Empereur a-t-il recours à notre crédit? Uniquement parce qu'il n'en a pas lui-même. Le prêt qui lui est fait n'est qu'un subside déguisé, et ce n'esl pas une opération loyale. J'ai

peu de confiance dans la probité des souverains absolus. • Pourtant il fallut encore à la même puissance plus d'un million et demi sterling, en tout 160 millions de francs, pour qu'elle ne désertât pas la coalition. Les emprunts succédaient aux emprunts. Pitt aurait voulu éviter par ce moyen Timposition de nouvelles taxes, et il n'aboutissait qu'à charger l'avenir, comme on ne devait que trop s'en apercevoir. Il fallut donc des impôts nouveaux, ne fût-ce que pour assurer le service des emprunts. Il y en eut sur le vin, les liqueurs, le café, le thé, la poudre à cheveux! Celle^^i devint un luxe fabuleux, et beaucoup y renoncèrent. En quelques années la dette publique devait s'accroître de 8 millions sterling : jamais les finances d'aucun pays n'avaient mené une danse aussi effrénée.

Les anciens ^whlgs recrutent le ministère tory (1794). — Rien de plus difficile à pénétrer que l'état d'âme de William Pitt pendant les premières années de la guerre : c'est à croire, avec Green, qu'il n'a jamais bien compris le mouvement national qui l'entraînait. En France, on le croyait l'àme de la coalition, et ses discours parlementaires, comme ses prodigalités budgétaires, expliquent cette légende. En 1794 et en 1795, comme en 1793, il tient & la Chambre des communes le langage qui répondait aux passions de cette assemblée : < Si Louis XIV avait réussi dans ses ambitieux projets, ce que nous aurions eu à souffrir alors eût pu être considéré comme une prospérité en comparaison de tous les maux que produirait le triomphe du régime révolutionnaire. La Convention a rais de côté toute espèce de pudeur... Nous n'avons aucune espérance de modération : les plus violents l'ont toujours emporté. Il vous faudrait souscrire (pour faire la paix) à tout le code de vos ennemis, et par cet acte sanctionner la dépositicm de votre souverain et l'anéantissement de votre législation. » Malgré ce langage à outrance, en réponse aux insistances pacifiques de Fox et de Sheridan, ni lui, ni Grenville, ni Dundas n'étaient éloignés d'en finir avec une guerre qui donnait surtout de mauvais résultats.

Inquiets et incertains chez eux, ces ministres formidables au dehors cherchèrent un appui parmi les whigs dissidents, lord

Portland, lord Spencer, lord Fitzwillîam, Windham. Or c'étaient des disciples de Burke, et les adversaires les plus résolus de leurs anciens amis, de Tarmée fort réduite de Fox, de Sheridan, de Whitebread, de Grey. Non seulement ils empêchèrent la chute du cabinet après la funeste campagne continentale de 1794, mais leur avènement mit fin à toute hésitation. Ce sont eux qui portèrent Tarmée de terre à 60 000 hommes, la flotte à 85 000 matelots, chiffres destinés à grandir encore, et le nombre, des vaisseaux de ligne à cent cinquante (plus tard davantage). Ils se sentaient appuyés par la haute société presque tout entière, par les riches fermiers, par les industriels du Nord, par la plupart des négociants de la Cité, du moins par les plus gros bonnets de toutes ces catégories, qui faisaient des bénéfices parfois énormes tandis que les moyens végétaient et que les petits tombaient dans la misère. Les mécontents exerçaient une pression parfois énei^que sur les députés. Lorsque Wilberforce demande en 1795 que Ton ouvre des négociations, la minorité qui vote pour lui est sensiblement plus forte. Le jeune Canning, qui ne tardera pas à changer de tendance, Tappuie par cette raison que, depuis le 9 thermidor, le pouvoir est aux mains d'hommes plus modérés.

Troubles et disette de l'hiver 1795-1796. — Mauvaise récolte et mauvaises nouvelles enveniment le mécontentement. Le 27 octobre, la « Société de correspondance » de Londres convoque à Copenhagen-House un grand meeting évalué i cent cinquante mille personnes. Aucun désordre ne se produit, mais on vote une remontrance au roi pour qu'il change son ministère et fasse la paix, pour que le suffrage soit universel et les parlements annuels. Le 29, une foule hostile crie sur le passage de George III : « Pas de Pitt, pas de guerre, pas de famine! » Un projectile brise la vitre du carrosse royal. Nous avons déjà dit par quelles lois le ministère répondit, mais il prit aussi des mesures énei^iques pour remédier à la détresse des basses classes. Il encouragea par des primes l'importation des denrées alimentaires, et défendit d'employer la farine à tout autre usage qu*à la fabrication du pain. Les boulangers furent autorisés à mêler à cette matière première, qui malgré tout ne leur

arrivait pas en quantité suffisante, du maïs et de la pomme de terre. L'exportation des céréales fut interdite. Alors se manifesta aussi Ténergique solidarité, individuelle ou collective, de la société anglaise : on se cotisa pour fournir à bas prix du riz, du pain, des pommes de terre ; on s'engagea à n'admettre sur les tables les plus luxueuses que du pain de qualité inférieure. La Compagnie des Indes vendit ses denrées au-dessous de leur valeur. On put ainsi, dans le cours de l'hiver, nourrir le peuple et calmer son irritation. Mais Sybel ajustement noté l'impression de cette pénible crise sur le premier ministre : « Si je me démettais aujourd'hui de mon emploi, disait-il à Wilberforce, avant six semaines c'en serait fait de ma tète. > Le jet continu des emprunts et des taxes n'en continuait pas moins, et l'égoïsme aristocratique se retrouvait tristement, pour repousser une proposition équitable. Pitt aurait voulu frapper les successions d'un impôt de 2 à 6 pour 100. Les députés, propriétaires fonciers, le repoussèrent pour les immeubles, ne l'admirent que pour les biens mobiliers. Le jeu ordinaire recommença donc, plus terrible : les armées autrichiennes mangèrent de plus belle l'avenir du peuple anglais. Pitt désira de nouveau la paix.

L'Irlande et la Révolution française (1785-1796). — Les nouvelles qu'il recevait d'Irlande le fortifiaient dans cette disposition. Mais nous devons d'abord exposer sa politique envers ce pays pendant les douze premières années de son ministère. Dès 1785, il tenait ce langage tout nouveau chez un homme d'Etat anglais : « Entre la Grande-Bretagne et l'Irlande, deux systèmes seulement sont possibles. L'un consiste à soumettre complètement le plus petit pays au plus grand, de telle sorte que tout le travail du premier ne profite qu'au second, ainsi que cela a eu lieu jusqu'ici. Le second établit l'égale répartition et la communauté des avantages; il ne cherche que l'intérêt général du royaume, sans en opprimer une partie. » Paroles équitables, où l'on ne doit pas négliger de noter une première tendance vers l'Union. En faveur de cette dernière opération, bien avant qu'elle parût à l'ordre du jour, militait d'avance la querelle de la régence : la question ne fut pas comprise de même par le parlement de Dublin et par celui de

Londres, ce qui mit en pleine lumière les inconvénients du dualisme. Cependant la bonne volonté de Pilt pour Tile-sœur, autonome ou réunie, rencontrait des obstacles sur le terrain politique et religieux comme sur le terrain commercial. La Révolution française mûrit hâtivement les projets de réformes, et en même temps les compromit. Pendant que les dissidents protestants fondaient des clubs républicains, que les paysans celtes attaquaient leurs seigneurs saxons et que les libéraux de toute nuance réclamaient Témancipation des masses, les maîtres et les exploiteurs du pays conjuraient le gouvernement d'éviter toute innovation, comme un danger mortel.

Néanmoins la contagion française rendit service à la sociélé des Irlandais-Unis *, en lui donnant une ampleur imprévue. Cette association, fondée à Belfast en plein milieu orangiste, demanda la réforme parlementaire et Témancipation des catholiques. Nous voulons, disait le manifeste rédigé par Wolf ïone en décembre 1791, « faire de tous les Irlandais des citoyens, et de tous les citoyens des Irlandais ». Cette tendance conciliante eut la bonne fortune de réunir deux vieux libéraux anglo-irlandais, de destinée et maintenant bien souvent d'opinion différentes, Burke et Grattan. Une loi de 1793 rendit les catholiques électeurs, mais pas encore éligibles. Changement incomplet, illogique, mais déjà suffisant pour modiOer Tassiette parlementaire. Les catholiques, encouragés et pourvus dès maintenant d'une certaine puissance, forment des sociétés de defenders pour réclamer ce qui leur manque. Les anciens whigs de la nuance Portland, devenus ministres, disciples de Burke aussi dans les questions irlandaises, leur sont favorables. L'un d'eux, lord Filzwilliam, est nommé lieutenant. Son gouvernement ne dure que quelques semaines (février-mars 1795) : les conservateurs le trouvent trop favorable aux catholiques, se plaignent de destitutions maladroites infligées par lui, et bientôt il part, abreuvé de dégoûts.

Cette expérience manquée eut les résultats les plus funestes. Des deux côtés, ou plutôt des trois côtés, Irlandais-Unis,

i. Voir ci-de-isns, p. 442.

defenders catholiques, gouvernementaux, on ne compta désormais que sur la force. Grattan, après des efforts inutiles pour repousser l'introduction des mesures répressives adoptées en Angleterre, signala c Tépouvantablo abîme » où Ton marchait, et se retira pour quelques années du parlement de Dublin (1796). Déjà le sang de la guerre civile avait coulé. En ce moment les adversaires les plus décidés de l'Angleterre sont les Irlandais- Unis, car le clergé catholique se demande encore lequel il déteste le plus, le protestantisme ou le jacobinisme. Us s'organisent militairement dans les quatre provinces, avec un directoire central à Dublin, lequel demande des secours au Directoire français. Trois chefs, le chevaleresque lord Fitzgerald, O'Connor et Wolf Tone, s'entendent, en France, avec Clarke, lui-même Irlandais d'origine, et le général Hoche. Le ministère ne savait pas tous les détails de cette situation, mais assez de rebelles étaient déjà sur pied pour qu'il la jugeât extrêmement grave.

Paix ou invasion? Élan patriotique. — Pitt désirait la paix ; une grande partie de la nation la désirait, et aussi un parlement nouvellement élu. Le discours du trône (6 octobre 1796) en exprima l'espoir. Certains hommes des deux pays ne la souhaitaient pas. En Angleterre, Burke, à la veille de sa mort, écrivait un dernier pamphlet contre « une paix régicide ». Aux plaintes générales du commerce et des pauvres, il opposait un tableau de prospérité, d'accord avec un autre observateur distingué, Mallet du Pan. Tous deux avaient raison à un certain point de vue : pendant toute cette guerre, les gros bonnets continuaient à faire fortune. Les dessins du temps nous montrent les petits marchands écrasés de taxes, qui gémissent sous la banqueroute imminente, tandis qu'un énorme financier additionne les bénéfices des prises maritimes, des affaires indoues, des emprunts.

Le brusque renvoi du négociateur Malmesbury, puis les préparatifs de l'invasion de Hoche *, rendirent une subite et durable popularité au parti de la guerre. Chambres et public se montrèrent prêts à tous les sacrifices. La taxe récente ayant constaté

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