‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 87 sur 166 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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Thugut, qui avait vu Tancienne cour de Versailles dans les derniers jours de sa splendeur, prétendait « qu'une poignée de vauriens n'aurait pu renverser le trône de France si les gentilshommes énervés de l'ancien régime n'eussent été trop faibles pour leur résister et les anéantir », et Catherine II avait dit de lui en apprenant sa nomination : < Voilà un ministre jacobin qui s'entendra bien vite avec ses collègues de Paris. » La Révolution française n'eut cependant pas d'ennemi plus acharné que cet enfant du peuple parvenu aux plus hautes dignités. Sa haine aveugle à la fois contre la Révolution et contre la Prusse contribua grandement à jeter le gouvernement autrichien dans des embarras dont il fut impuissant à sortir.

Thugut était d'ailleurs un homme d'esprit et de talents, doué de beaucoup de pénétration et de fermeté, d'une puissance de travail étonnante, inaccessible en apparence à toute faiblesse, méprisant le danger, ne regardant que le but à atteindre, sans se laisser arrêter ni par la crainte, ni par le plaisir, ni par le moindre scrupule de conscience. Il était dépourvu de principes moraux et politiques; cynique dans l'appréciation des hommes et le choix des moyens, il savait merveilleusement dissimuler sa pensée, frapper à toutes les portes, conserver tous les chemins ouverts. Il savait aussi en toute occasion garder un sang-froid qui lui donnait un grand avantage sur ses adversaires. La pratique des affaires et la vie publique ne firent que développer le fond de despotisme dont la nature avait marqué son caractère.

L'opiniâtreté avec laquelle il tenta de mener la lutte contre la Révolution française au nom de l'absolutisme féodal et religieux, si elle n'aura pas pour effet de diminuer territorialement l'Autriche, l'épuisera en hommes et en argent. La situation économique du pays ne fera qu'empirer, en même temps que son prestige politique diminuera.

C'est dans l'administration intérieure surtout que Thugut mérite d'être jugé sévèrement. L'Autriche est soumise par lui au régime le plus dur de la police et de la force. L'espionnage est organisé en même temps que la censure. Quiconque sait penser et parler est suspect de jacobinisme et expose

aux plus cruelles persécutions. On affecte de respecter la constitution, mais on centralise à Vienne toutes les affaires. Les protestants sont soumis à toutes sortes de vexations; on apporte mille entraves aux réunions de leurs pasteurs, on leur refuse l'entrée dans les corporations. Et pourtant ces pasteurs prêchent la guerre contre la Révolution française; ces protestants persécutés fournissent généreusement leur sang et leur argent pour permettre à l'Empereur de continuer la guerre!

///. — L'Allemagne jusqu'en lygg.

Conséquence des traités de Bâle pour l'Allemagne.

— On a vu comment, de la guerre formidable entreprise contre l'Europe coalisée, la France était sortie agrandie jusqu'au Rhin. Un immense besoin de paix s*étaît partout fait sentir en Allemagne : la guerre n'y avait jamais été populaire. Le désarroi dans lequel nos armées victorieuses avaient jeté le pays n'avait-il pas montré à quel point le sentiment de la nationalité était faible? Tous sentaient que le lien qui unissait les diverses parties de l'Empire était rompu. Mais beaucoup avaient peine à admettre que les vieilles formes constitutionnelles ne pouvaient indéfiniment suffire.

La désagrégation de l'Empire faisait donc d'incessants progrès. Elle fut accrue par les traités séparés que les Français passèrent avec le Wurtemberg et Bade en août 1796, et qui étaient comme les prodromes de la Confédération du Rhin, par la sécularisation des biens ecclésiastiques, par la suppression du service de la poste confié à la famille de Taxis, par l'abrogation des droits féodaux ecclésiastiques. On comprend aisément l'inquiétude dont le Reichstag, en septembre 1796, se montre agité. L'habileté de la politique française qui avait consisté à isoler les États, à conclure des paix particulières avec chacun d'eux, à se créer une clientèle au Sud et a l'Ouest, apparaissait plus visiblement chaque jour. Une seule voix prêchait l'union, celle de Dalberg, coadjuteur de Mayence, demandant qu'on se

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ralliât autour de Tarchiduc Charles, Cette voix ne devait pas être entendue.

L'Empereur se défiait de tout ce qui eût pu augmenter la cohésion intérieure de TEmpire, et préférait essayer de restaurer l'antique organisation des Cercles. Les vaines querelles d'autrefois reprirent de plus belle. On se demanda avec aigreur qui portait la responsabilité principale des malheurs qui avaient fondu sur l'Allemagne. La vieille hostilité de TAulriche et de la Prusse se raviva. On déclara bien haut que Frédéric-Guillaume II, en traitant directement avec la France, avait agi d*une façon inconstitutionnelle, qu'il s'était rendu coupable d'une véritable trahison envers l'Empereur. L'Allemagne, ajoutait-on,

n'est pas une fédération d*Etats indépendants : tous doivent rester soumis à l'Empereur comme à leur chef; aucun ne peut conclure de paix séparée.

Ces accusations s'expliquent beaucoup plus par la haine de la Prusse que par un véritable sentiment patriotique. La Prusse, dit un pamphlet de ce temps, se déclare Tamie des Français, c>$(à-dire des assassins de leur roi, des ennemis des nobles, de gens sans mœurs, de parjures et d'impies. Elle introduit chez elle des hommes qui prêchent la liberté et l'égalité, qui font une propagande coupable, et qui exaltent les destructeurs du trône et de l'autel ! L'Autriche, qui n'entend pas désarmer, resserre son alliance avec TAngleterre et la Russie '.

Les trois années de guerre auxquelles mit fin la paix de Bàle avaient, on le voit, transformé complètement la situation de l'Allemagne et fait éclater au grand jour la faiblesse de TEmpire. L'alliance des deux principales puissances de l'Allemagne, née de la convention de Reichenbach, s'était dissoute. Les progrès que la souveraineté territoriale avait faits depuis les traités de Westphalie apparaissaient au grand jour. Si la paix de Bâle n'était pas la première convention particulière qu'un Etat allemand concluait avec une puissance étrangère, les circonstances dans lesquelles elle avait été signée lui donnaient une importance particulière. On doit sans doute y voir plutôt le

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