Voir ci-dessus, p
L'ALLEMAGNE JUSQU'EN n99 707
symptôme que la cause de la désagrégation de TÂllemagne. Mais on doit aussi reconnaître que ce fut un formidable coup de hache porté dans le vieil arbre. Et si, peut-être, à ce moment, elle a écarté le danger qui menaçait alors la France de voir l'antique constitution impériale remplacée brusquement par une puissante nationalité germanique constituée sur des bases nou* velles, elle contribua d'autre part à préparer ce mouvement de transformation intérieure que notre époque voit s'achever. Elle accrut, dans toutes les contrées de l'Allemagne et dans toutes les classes de la société, ce sentiment que l'ancien ordre de choses ne pouvait se maintenir. Aussi vit-on, dès 1796, de singuliers réveils de l'esprit public. A Ulm, par exemple, une grande assemblée des comtes de la Souabe délibère sur la manière de défendre le pays, et les villes, de leur côté, se réunissent avec un but analogue. Le représentant de l'Empire près du cercle de Souabe réunit à Kempten les Etats du cercle {Kreissiœnde) pour organiser le Landsturm. Et des proclamations guerrières sont lancées. Tout cela n'aboutit à aucun changement notable. On voit reparaître dans ces réunions l'esprit traditionnel de formalisme et de pédantisme. Les petits Etats de l'Allemagne cherchent avant tout à sauvegarder leur propre existence. Ce sont surtout les Habsbourg qui, avec celte remarquable persévérance qui les distingue, s'efTorcent de tirer parti de la désorganisation de l'Empire pour s'agrandir de nouveau, et réparer, au détriment des petites principautés, les perles qu'ils ont subies dans l'Allemagne occidentale. Il faudra les victoires de Bonaparte pour refréner toutes ces ambitions.
La part principale dans ces négociations revient d'abord à Thugut, secondé par le comte de Lehrbach, un intrigant justement méprisé, mais très au fait des affaires de l'Allemagne, et de la partie occulte des négociations qui avaient abouti à la paix de Bàle, puis à Cobentzel. Les afîaires de Pologne en 1194 et l'élévation de ïhugut le rejetèrent au second plan. La situation de ce dernier avait grandi après l'avènement de Paul P' (1796); il élait parvenu à obtenir la promesse d'une intervention armée de la Russie en faveur de son pays lorsqu'on apprit la signature des préliminaires de Leoben (17 avril 1797).
On sait quelle part importante il prit à la signature de la paix de Campo-Formio *. On ne peut refuser à Cobentzel une grande habileté diplomatique, beaucoup de prudence et de courage. Si lès . conditions du traité furent moins bonnes que ne Taurait voulu Thugut, elles furent après tout encore meilleures que n'eût pu Tespérer TAutriche après ses défaites.
Le traité de Bàle, la « ligne de démarcation », les traités particuliers de 1796, les sollicitations à l'adresse tantôt de la France, tantôt de la Prusse, les préliminaires de Leoben, le traité de Campo-Formio, tout cela atteste la désorganisation de TEmpire. Autriche, Prusse, moyens Etats, petits Etats, tous ont des fautes à se reprocher. Quel est celui qui pourrait se flatter d'avoir montré plus de patriotisme que les autres? L'Empereur, à Leoben, a suivi l'exemple que lui a donné la Prusse
en 1795, les autres Etats en 1796. Il cherche à faire croire au reste de l'Europe qu'il a fait son devoir vis-à-vis de FAllemagne : il fait insérer la fameuse clause sur le maintien de Tintégrité de l'Empire, mais il fait abandon à la France de la rive fauche du Rhin, en se dédommageant lui-même au profit des tiers. L'hypocrisie de ces négociations rappelle celle de l'Empire byzantin (Haeusser).
François II est incapable d'assurer le relèvement de l'Autriche. Il laissa se reformer une sorte de mandarinat analogue à celui de la première moitié du xvni' siècle; toute innovation lui paraît suspecte; il se montre impitoyable contre tout ce qui lui semble dangereux au point de vue politique : la défiance est le trait caractéristique de son gouvernement. Des libéraux comme Hebenstreit, Riebein, Pilleck, Martinovicz, essayent vainement de faire triompher les idées de la Révolution; leurs tentatives, soit en Autriche, soit en Hongrie, sont étouffées dans le sang, et, sous prétexte de jacobinisme, la police proscrit à outrance toute aspiration vers la liberté. Comment eût pu, dans ces conditions, se développer la vie intellectuelle et l'esprit de progrès: c'est dans tous les domaines le régime de la médiocrité sans élan et sans âme (flaeusser).
• i. Voir ci-dessus, p. *39.
Situation de la Prusse. — La Prusse ne se présente pas sous un aspect beaucoup meilleur. Son prestige avait, en Pologne comme sur le Rhin, singulièrement pâli, et le traité du 3 janvier 1795 avait d abord mesuré assez parcimonieusement sa part. Frédéric-Guillaume II agit sagement en ramenant ses troupes du Rhin sur la Vistule. Le traité définitif du 21 octobre lui accorda un accroissement de 900 milles carrés ^ C*est ce résultat qui lui a valu Vappréciation indulgente des historiens prussiens : il a plus que doublé Fétendue du royaume !
Ce ne sont, d'ailleurs, dans cette « Nouvelle Prusse orientale », que conflscations arbitraires de domaines enlevés aux Polonais, chasse aux places, gaspillages de tout genre. L*assimilation de ces pays à la Prusse présentait beaucoup de difficultés. Les usages, la langue, la religion, la législation, les coutumes, tout différait. Frédéric-Guillaume II s*entêtait à administrer les Polonais comme s*ils allaient se transformer du jour au lendemain. Les gouverneurs eurent la haute main sur la juridiction civile et pénale; les tribunaux locaux ne purent continuer à rendre la justice que moyennant une autorisation spéciale. On établit en outre des tribunaux d'enquête, et les débats durent avoir lieu en allemand ; il fallut créer des interprètes el des traducteurs jurés, tandis que les juges qui ignoraient le droit polonais ramenaient toutes les questions au droit prussien. Les Polonais furent astreints au service mililaire comme les autres habitants du royaume. On les accabla d'impôts. La noblesse fut dépouillée de ses droits seigneuriaux sur la terre, et on provoqua ainsi parmi elle des haines qui ne sont pas éteintes.
Dans l'Allemagne occidentale, Frédéric-Guillaume II admit le principe de l'indemnisation des princes laïques par le moyen des sécularisations. C'est en s'appuyant sur cette déclaration que la France fit admettre par l'Autriche, dans les articles secrets du traité de Campo-Formio, qu'elle n'accepterait pas de nouvel agrandissement territorial de la Prusse. Celle-ci ne pouvait manquer de chercher a s'entendre avec la Russie pour faire contrepoids à l'entente de l'Autriche et de la France.