‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 89 sur 166 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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Quelques années auparavant, Frédéric-Guillaume II avait réuni à sa couronne les deux principautés d*Ansbach et de Bayreulh, qui lui furent cédées par le margrave Christian-Frédéric, neveu du grand Frédéric, et dernier rejeton de la branche de Franconie, qui n'avait pas d'enfants. Spirituel, mais faible, nonchalant, ami du plaisir, ce prince, qui avait eu d'abord pour maîtresse M'** Clairon, était devenu amoureux d'Elisabeth Berkeley, veuve de lord Craven, et qui ne voulut lui accorder ses faveurs qu'à la condition de devenir son épouse. Il importait d'autant plus à la Prusse de réunir le margraviat que des enfants eussent pu naître de cette union. Le margrave, en échange d'une rente annuelle de 300000 florins, abdiqua sa souveraineté pour aller vivre en paix sous le beau ciel du Portugal ou de l'Italie. Cette négociation valut à la Prusse un territoire de 115 000 milles carrés, une population de 400000 âmes, un revenu de 1 500 000 florins, et un homme d'Etat qui devait lui rendre d'éminents services, le baron de Hardenberg.

Administration de Frédéric-Guillaume n. — La situation intérieure de la Prusse resta pendant tout le règne de ce souverain très défectueuse. Nous avons vu de quels scandales il donna l'exemple. L'immoralité vite s'était étendue aux classes élevées et aux fonctionnaires. L'administration est abandonnée à des hommes médiocres, comme le Silésien Hoym ; le trésor amassé par Frédéric II est dissipé ; les impôts augmentent ; le monopole du tabac, qui, au début du règne, avait été supprimé aux applaudissements populaires, est rétabli (août 1797). La détresse financière s'accroît. Les nouveaux principes du Landrecht, que le roi était parvenu non sans peine à faire promulguer, ne pénètrent que lentement dans l'esprit du peuple. Le roi lui-même ne peut renoncer à ses procédés arbitraires : il exige, par exemple, le maintien de l'édit de religion, qui était en contradiction avec les principes posés dans le nouveau Code.

Pendant ce temps, l'illuminisme fait de nouveaux progrès. Sous le haut patronage de BischofTswerdcr, un pasteur silésien, Daniel Hermès, et son gendre Sigismond Oswald, forment avec quelques ecclésiastiques berlinois un nouveau tribunal supo-

rieur d*examen qui reçoit des instructions rédigées de la main même du roi. Quiconque se présente pour exercer des fonctions d'enseignement scolaire ou religieux doit se soumettre à un examen. Ce tribunal a aussi pour mission de faire dresser la liste de tous les pasteurs et professeurs en fonctions, en distinguant soigneusement les orthodoxes des hétérodoxes, de parcourir les provinces, de surveiller les écoles, d'examiner avant l'impression tous les livres touchant par un côté quelconque aux questions morales ou religieuses. Ces tentatives de confiscation de la pensée publique échouèrent contre la résistance passive du public. Vainement on s'attaqua aux Universités, même en allant faire une enquête sur les doctrines des théologiens de l'Université de Halle ; les enquêteurs furent si mal accueillis par les étudiants qu'ils revinrent précipitamment à Berlin.

La réforme la plus utile fut la création d'un directoire de la guerre, dont la présidence fut confiée au duc de Brunswick et à Mœllendorf, réforme d'autant plus nécessaire que tout reposait jusqu'alors sur le bon vouloir du roi, qui, avec l'aide de quelques inspecteurs, dirigeait tout. Le recrutement fut aussi mieux organisé : on modifia la répartition des cantons, le nombre des officiers fut augmenté, l'armement amélioré, et les soldats traités plus humainement.

Avènement de Frédéric-Guillaume m. — Usé prématurément, Frédéric-Guillaume II mourut le 16 novembre 1797, ùgé seulement de cinquante et un ans. Le fils qu'il avait eu de son second mariage avec Frédérique- Louise de Hesse- Darmstadt, avait alors vingt-sept ans. Bien que son père, absorbé par sa vie de plaisirs, se fût peu occupé de lui, il avait été élevé avec soin dans une sorte de simplicité bourgeoise, qui lui avait permis de se mettre peu à peu en contact avec les différentes classes de la société. Un maître pédant, le théologien Behnisch, n'avait point laisser son humeur enjouée se développer librement; il lui avait inculpé du moins une piété sincère, et une aversion profonde pour la cour dissolue de son père. Si son horizon était borné, son jugement était droit, et il n'avait rien du mysticisme du dernier roi. Il avait, en 1796,

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accompagné Tarmée du Rhin sous la direction du duc de Brunswick, et, sans être remarquablement doué, y avait fait preuve de courage et de sang-froid. C'est pendant cette campagne qu'il avait vu à Francfort-sur-le-Mein la charmante princesse Louise, fille du duc de Mecklembourg-Strelitz , pour laquelle il s'était senti une profonde inclination et qu'il avait épousée le 24 décembre 1793.

Son avènenient fut accueilli avec joie. Le peuple espérait, comme toujours, trouver dans le nouveau règne la réparation des maux qu'il avait soufferts pendant le précédent. On tourna ses regards vers le jeune prince avec d'autant plus d'espoir qu'il promettait de marcher sur les traces de son grand-oncle. On fut charmé de la résolution qu'il prit de visiter avec la reine les principales villes de son royaume, pour recevoir le serment de fidélité de ses sujets.

Ses débuts sont heureux en effet, et témoignent d'une réaction salutaire contre les procédés et les hontes du règne précédent. La comtesse de Lichtenau est expulsée de la cour. Wœllner, Bischoff^swerder, Hermès, Hillmer sont congédiés. On laisse l'édit de religion tomber en désuétude, en attendant qu'il soit rapporté. La censure est organisée conformément à l'esprit du siècle. Le Consistoire supérieur reprend ses anciens droits; le cours de la justice cesse d'être entravé par des ordres de cabinet arbitraires; le comité supérieur d'inquisition disparaît; la haute cour des comptes, placée sous la direction du comte de Schuleburg, voit ses pouvoirs étendus, et d'importantes restitutions sont ordonnées au profit de gens injustement condamnés par le précédent cabinet. Une amnistie est proclamée.

Administration de Frédéric-Guillaume m. — Le jeune roi introduit dans le gouvernement un peu d'économie, économie d'autant plus nécessaire que le désordre financier était considérable, et que la dette s'élevait à vingt-deux millions de thalers. Lui-même donne à la cour l'exemple de l'ordre, de la ponctualité, et, pour la première fois, on voit un roi de Prusse rendre compte à ses sujets de sa conduite. La ferme du tabac, dont le peuple se plaignait beaucoup, perd son privilège. Le commerce et l'industrie recouvrent une certaine activité, et

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même dans les provinces polonaises nouvellement acquises, le jeune couple royal est accueilli avec allégresse.

C'est là que commence à se former, sous la direction de Hardenbei^, toute une génération de fonctionnaires distingués, Altenstein, Kircheisen, Nagler, Schocn. La situation de l'agriculture s'améliore, et Varsovie prend le caractère d'une ville allemande.

Quelques réformes sont aussi faites dans l'armée ; la solde est augmentée, des écoles de garnison créées. Le nouveau roi se préoccupe plus que son père de la moralité des officiers. Deux édits de 1798 tendent à faire d'eux une classe à part dans la société en interdisant à tout créancier de saisir les biens meubles des ofûciers, et en ne permettant à ceux-ci de se marier que s'ils justifient d'un revenu personnel de six cents écus sans compter leurs appointements. Les voyages que Frédéric-Guillaume III entreprend dans ses Etats sont pour lui l'occasion de passer des revues de troupes, de manifester sa sollicitude envers ses sujets, de corriger divers abus.

Une lettre du H avril 1798 témoigne de son désir de confier à l'Académie des sciences de Berlin une sorte de sacerdoce laïque, en la chargeant d'établir sur des principes solides l'éducation morale et scientifique de la nalion, et de prémunir la jeunesse contre une fausse philosophie. On supprime les anciens privilèges en vertu desquels les étudiants avaient leur juridiction particulière, ne relevant que des tribunaux académiques.

Mais impitoyable contre tout ce qui troublait son repos, et très défiant à l'égard des idées nouvelles, Frédéric-Guillaume III poursuivit les sociétés secrètes, renouvela les mesures de rigueur contre la presse, et punit avec sévérité les éditeurs et distributeurs de libelles ou d'écrits licencieux. Les Juifs furent aussi traités avec une grande rigueur : ils ne furent admis sur le territoire prussien que moyennant un certificat du magistrat de leur canton, et ne purent pénétrer en Prusse que par un seul point de la frontière, munis d'une feuille de route, et après avoir payé une taxe spéciale.

Les traditions administratives du règne précédent ne furent en définitive guère modifiées, et l'étude des réformes de Fré-

déric-GuilIaume III, dont quelques-unes (comme celle qui concernait la suppression de la dépendance héréditaire, Ërbunteriœnigkeily des paysans) restèrent à Tétat de projet, atteste que le nouveau souverain n*avait pas celte unité de vue féconde des vrais réformateurs. Dans son entourage se rencontraient, à côté de ministres éminents, comme Slruensee et Hardenbei^, des hommes médiocres, incapables de s'élever au-dessus d'un formalisme étroit. Le général Kœckrilz était un esprit borné; Von Massow, qui avait remplacé Wœllner disgracié, fit preuve à son tour de beaucoup d'intolérance dans la surveillance des écoles. Ce fut le frivole et intrigant Lombard qui prit sur son souverain le plus d'influence. Animé de tendances libérales et humanitaires, Frédéric-Guillaume III voulait peut-être donner à la presse et à la pensée une plus grande liberté. En fait, l'édit du 20 octobre 1798 établit des peines draco* niennes, et les espérances conçues à son avènement s'évanouirent bientôt.

Peu expérimenté en diplomatie et d'un naturel indécis, Frédéric-Guillaume III abandonna la direction des affaires extérieures au comte de Haugwitz. Mal conseillé par des gens sans conscience, il nous apparaît comme désorienté au milieu des luttes qui mettent aux prises les grandes puissances de; l'Europe; il se montre très inquiet des résultats, mais comprend mal les événements. Pendant ce temps, le congrès de Rastatt met la rive gauche du Rhin aux mains de la France. Les timides protestations de la Prusse restent sans effet. Quand se forme la seconde coalition, vainement Cobentzel et Repnine viennent le trouver à Rerlin. Bonaparte seul, à son retour d'Egypte, obtiendra sa confiance.

Progrès de l'influence française sur le Rhin. — Lin* Huence française n'a cessé, depuis la conquête de la rive gauche du Rhin, de grandir en ce pays. Rûdler et ses successeurs, après avoir supprimé tous les privilèges de la noblesse cisrhénane, aboli même les titres de princes, ducs, comtes, marquis et autres semblables, les justices patrimoniales, les dîmes, les corvées, et affranchi le paysan des sujétions féodales, organisent les pays rhénans. Quatre départements, subdivisés en

cantons et municipalités, et administrés sur le modèle donné par le Directoire pour la France entière, sont créés (janvier 1798). Ce sont le déparlement de la Roer, avec Aix-la- Cliapelle pour chef-lieu ; celui de Rhin-cl-Moselle, avec Coblentz ; celui du Mont-Tonnerre, avec Mayence; et celui de la Sarre, avec Trêves. Les quatre préfets sont étroitement subordonnés au commissaire du gouvernement résidant à Mayence. Les anciennes justices féodales, ecclésiastiques, municipales, sont remplacées par des tribunaux établis conformément à la constitution de Tan III, et Tusage de la langue française est imposé aux tribunaux.

Aux anciennes écoles et aux quatre Universités de Cologne, Bonn, Trêves et Mayence, sont substituées des écoles primaires, des écoles centrales, des écoles spéciales de droit, de médecine, d^astronomie et d*agriculture, et renseignement religieux est exclu du-programme des écoles publiques. MaisTapplication de la Constitution civile du clergé, suivie de la suppression de tous les couvents, avait provoqué, çàet là, quelques troubles. C'est avec le Concordat seulement que la paix religieuse sera rétablie.

Transformation de Tesprit public. — Les dix dernières années du xvui"" siècle sont particulièrement utiles à étudier lorsqu'on veut comprendre comment, d'idées humanitaires et cosmopolites, l'Allemagne est passée peu à peu à la conscience de soi-même, comment surtout les Allemands ont su donner à leur patriotisme cette forme ardente qui devait provoquer le grand mouvement de l'indépendance nationale. Les événements politiques ne suffisent pas à expliquer tous les contre-coups de cette Révolution française qui, partie d'un appel à la raison universelle et à la fraternité égalitaire, aboutit à l'éveil de la nationalité germanique. Il faut chercher aussi dans le mouvement des idées les causes profondes des transformations de l'esprit public.

Le développement de la vie littéraire, Timportation des idées étrangères, le progrès original de la pensée philosophique ont contribué, non moins que les faits politiques, à son évolution. Et on peut déjà découvrir, dans la période qui s*écoule de 1789 à 1799, la plupart de ces multiples infiltrations qui préparaient les grands courants de la conscience nationale, et qui devaient se répandre au grand jour dès que les secousses politiques eurent ouvert un chemin à ces réserves de forces.

Auxvni' siècle il n'y avait point d'Allemagne, Leibnilz n'avait pas trouvé d'écho à ce qu'on peut déjà nommer son patriotisme. Dans la division des intérêts et l'opposition des influences on n'aperçoit ni pensée commune, ni centre de ralliement intellectuel et moral. Ce sont d'abord des écrivains qui, sans intention expresse, commencent, en cherchant d'ailleurs des modèles à l'étranger, à préparer un terrain d'entente et à former un public. On en vient bientôt à penser que leurs œuvres doivent manifester le génie propre de l'Allemagne, et cette ambition est entretenue par le développement à la fois spontané et réfléchi de cette littérature classique, qui, en attendant qu'elle devint le patrimoine commun de l'Allemagne unifiée, allait contribuer à en former l'esprit.

Poésie lyrique et poésie dramatique, archéologie et esthétique, critique et philologie, tout s'épanouissait au moment où la Révolution éclata. Mais, par cela seul que Tâge classique de la littérature allemande est postérieur à la période qui lui correspond chez nous, l'Allemagne ne semble-t-elle pas justifier celte remarque deHerder qu'un peuple plus jeune qui, grâce au contact avec des conceptions plus mûres, peut partir du point où les autres se sont arrêtés, doit par là même aller plus avant? Sa mission commencerait là où d'autres se terminent.

Idées d'humanité et de nationalité. — Si l'on peut déjà parler, en 1789, d'une patrie et d'une certaine unité, il faut ajouter que cette unité est toute intellectuelle. On proteste contre la forme exclusive du patriotisme antique. Mais on s'eflforce en même temps de concilier le cosmopolitisme le plus large avec une notion chaque jour plus précise du sentiment germanique. Plus on travaille au bien de l'humanité et au triomphe delà

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raison, plus on croit travailler aussi à Faccomplissement des destinées nationales et à la réalisation de la haute mission qu'on se persuade être dévolue à rAlIemagne. Et si le peuple allemand a identifié plus qu'aucun autre le règne de la force avec le règne de ridée, chez lui du moins, la pure littérature a devancé, préparé, produit les événements considérables qui Font amené a subordonner la libre vie de Tesprit à Faction politique et à des préoccupations d'hégémonie nationale. Wieland, prodiguant ce talent souple et léger qui Ta fait comparer à Vollaire, se multiplie dans les Revues {Mercure allemand, Musée attique. Nouveau Musée attique). Il fait paraître, en 18Ô0, le roman philosophique (ÏAristippe qu'il regarde lui-même comme son chef-d'œuvre, et où il enveloppe d'une forme grecque une satire ingénieuse de ses contemporains. Les idées nouvelles sont prônées surtout par un groupe de jeunes enthousiastes, désignés sous le nom d'école de Gœtlingue ou Hainbund, et parmi lesquels il faut citer Voss, l'auteur un peu oublié du charmant poème de Louise (1195), qui devait préparer le public à mieux goûter Hermann et Dorothée, les deux Stolberg, Mathias Claudius, Bùrger, l'auteur de la célèbre ballade de Léonore, qui allie les formes populaires aux plus hautes inspirations. En empruntant à Klopstock son ardeur religieuse, ils sont par là même mieux préparés à comprendre le caractère à la fois rationaliste et mystique de la Révolution française. Avec Gessner, Técole pastorale prêche, à l'instar de Rousseau, le retour à la nature. La jouissance que donne la nature se rattache étroitement à l'opposition qui se forme contre les institutions existantes : estimant celles-ci odieuses, on est porté à se réfugier dans la liberté de la nature. On trouve ce sentiment chez Zimmermann, l'auteur d'un grand ouvrage « sur la Solitude », tandis que Jacobi, l'admirateur de Spinoza, revendique contre un rationalisme trop sec la part du sentiment. Continuant l'œuvre de Lessing, les Amis des lumières , comme Mendelssohn et Nicolaï, répandent dans toute la nation des idées de liberté, de justice, de tolérance.

En même temps, sous l'influence d'écrivains d'un caractère plus exclusivement politique, tels que K, F. von Moser, ou grâce à l'initiative de publicistes tels que Schlœzer, qui conquiert

à la presse de nouvelles libertés, le préjugé nobiliaire est atlaqué, le sort de Thomme du peuple et du paysan est l'objet de sympathies qui grandissent à mesure que < l'évangile de la nature », reçu de Rousseau, se répand davantage.

Ces manifestations si variées, si divergentes, de la vie litté* raire et de la pensée philosophique, concourent finalement a un même résultat. Il se forme de ces éléments disparates un esprit public nouveau animé de tendances communes, d*un grand besoin de manifester la vie originale et la fécondité du génie germanique en tout ordre de choses, d'un grand désir de tout ajuster au niveau de la raison, et de travailler au progrès de l'humanité par le développement de l'Allemagne, ou réciproquement de contribuer au progrès de l'Allemagne par le développement des lumières et l'ascendant de l'esprit; enfin d'une aspiration vague mais profonde vers un état meilleur dans lequel on a d'autant plus foi qu'on sent plus vivement la jeunesse relative de la civilisation allemande.

Ces désirs confus et juvéniles expliquent ce que, d'après le titre d'un drame de Klinger, Orage et Violence, on a nommé, dans l'histoire littéraire, Sttirm und Drangperiode, période de crise des intelligences que traverse un ardent désir d'atteindre la vérité. On y cherche le grandiose et l'inouï, hors des conventions, mais au prix de mille extravagances ou de déclamations violentes contre les abus de la vieille Europe. Il importe aussi de remarquer que l'irréligion frivole ou railleuse, qui, de France, avait gagné la cour de Frédéric II, n'entame point le grand public; elle se heurte, sans le pénétrer, au sérieux de l'esprit allemand : c'est ainsi qu'à la haine des tyrans, à l'amour de la liberté, à un républicanisme d'abord farouche, Christian et surtout Frédéric-Léopold de Stolberg unissent le culte des idées spiritualisles et chrétiennes vivifié par celui des vieux souvenirs germaniques.

' Schiller et Gœthe. — Mais les deux hommes en qui l'Allemagne s'est alors le mieux reconnue et le plus admirée, c'est Schiller et c'est Gœthe.

Schiller (né en 1759) se passionne dès sa jeunesse pour les grandes questions qui vont amener les explosions révolution-

naires. Un amour ardent de la liberté traverse ses premiers écrits. Son premier drame, les Brigands (1781), témoigne déjà des préoccupations de son esprit. Dans Cabale et Amour (1783), il stigmatise les scandales et les abus des petites cours allemandes de ce temps. Dans Don Carlos (1787), comme dans ses premiers travaux historiques, VHistoire de V Émancipation des Pays-Bas espagnols et VHistoire de la guerre de Trente ans, oh reconnaît Tinfluence de Montesquieu, et on sent la largeur d'esprit d'un « citoyen du monde ». A la vivacité, à la profondeur, à la générosité du sentiment Schiller unit l'éclat d'une ardente imagination, qui renouvelle sans cesse en lui « d'inexprimables besoins spirituels :».

Goethe (né en 1749), d abord avocat au tribunal d'Empire à Wetzlar, émeut bientôt l'Allemagne entière par le récit des souiTrances du jeune Werther, Les Années d'apprentissage de Wilhelm Meistei^ (1796) n'ont pas un moindre succès. Gœthe semble, dans sa sérénité olympienne, majestueux et fécond comme la nature, dont il cherche à interpréter les œuvres inépuisables et à imiter l'infinie richesse.

Schiller et Gœthe expriment tous deux plus complètement que leurs contemporains le génie allemand, au moment où il prend possession de ses forces pour les déployer bientôt en tous sens. C'est grâce à eux, pour une bonne part, « qu'une certaine idée du caractère allemand, de la langue allemande, de la mission allemande, profondément imprimée dans les esprits, peut constituer une force morale et comme un dernier rempart derrière lequel, brisée, abattue, mutilée, l'Allemagne réussira bientôt à se recueillir et à se reconnaître » (Lévy-Brûhl). Il est vrai que ces deux hommes, Gœthe surtout, n'ont guère envisagé le patriotisme qu'à travers de hautes préoccupations artistiques et philosophiques qui lui enlèvent tout caractère passionné et militant. Gœthe revenait dltalie, d'où il rapportait trois chefsd'œuvre, Iphigéniey Torquato Tasso et Egmont, quand la Révolution éclata. Aussi les événements les plus terribles ne Tont-ils point fait sortir de ce calme hautain qui ressemble parfois ^ de l'indifTérence, mais qui tient à la largeur d'une intelligence fermée seulement à toute partialité et à toute passion aveugle»

C'est dans j^erwa?in et Dorothée qu'il faut chercher Texpression toujours sereine des émotions que lui causent les bouleversements politiques : Fhorreur des scènes qui forment le fond du tableau fait simplement ressortir la beauté paisible et la signification largement humaine de Tidylle ; c'est ainsi qu'à ses yeux rhistoire particulière de chaque peuple, comme celle de chaque individu, doit être replacée dans la vie générale de Thumanité, qui lui donne son véritable sens.

Influence de la Révolution : Fichte; Herder. — En môme temps que, par une croissance organique, TAUemagne développe son propre génie, elle subit l'influence des idées philosophiques qui de France rayonnent partout. Le prestige de Rousseau notamment est considérable. Kant avoue avoir été frappé comme d'une révélation lorsqu'il comprit que le respect inviolablement dû à l'homme n'était point réservé à une élite d'esprits cultivés, mais s'étendait à tous sans exception. Cette idée des droits de l'homme et de l'universalité de la raison jette partout de profondes racines, et c'est à la fois le progrès spontané des idées courantes comme le travail réfléchi de la propagande philosophique qui disposent l'Allemagne à ressentir profondément le contre-coup de la Révolution française. La prise de la Bastille est accueillie avec des transports. Klopstock compose une ode en l'honneur des Etats généraux. Les Allemands^ épris tout à coup des grands intérêts de la raison et de l'humanité, considèrent l'expérience tentée en France comme le modèle dont tous doivent s^inspirer. Ils pensent que, selon l'expression de Kant, le peuple français est en voie de passer à un degré d'organisation supérieur. Même de jeunes esprits dont l'antipathie avait été grande d'abord contre ceux qu'ils nommaient les Welches^ tels que le futur auteur des Discours à la nation allemande, s'enflamment pour cette grande entreprise, sans même se laisser refroidir dans leur enthousiasme par les premiers excès de la Convention.

Il est intéressant toutefois de remarquer à quel point ce sont les mêmes raisons qui expliquent et les sympathies de TAUemagne pour la Révolution de 1789 et l'explosion croissante du sentiment national le plus ardent et le plus exclusif, c Sans

Kanl, a-l-on dit, pas de guerre de Tlndépendance. • Sous ce paradoxe se cache une vérité profonde. Ces idées de raison, d'égalité, de droit, qui, importées surtout de l'étranger, s'incorporent intimement à Tesprit public de rÂlIemagne et qui trouvent dans la doctrine de Kant Texpression la plus précise et la plus rigide, vont insinuer dans les âmes une fermeté, une énergie, un sentiment de discipline et d'héroïsme moral qui deviendra la ressource suprême d'une nation aux abois.

Ce que la doctrine kantienne renfermait d'énergie latente et de force sociale ou patriotique, c'est Fichle qui devait le mettre en pleine lumière. Tandis qu'un vif mouvement de réaction se dessine à mesure que la portée de la Révolution apparaît plus clairement, et tandis que des hommes comme Stolbei^, comme Georges Forster, comme Kant même, voient leurs espérances déçues, Fichle demeure fidèle à l'admiration qu'il éprouve pour le « bloc » des idées nouvelles ; les violences mêmes de la Terreur, qui aliènent peu à peu les plus fervents partisans de la Révolution, ne le découragent pas; au risque d'être expulsé de l'université d'Iéna, il ne craint pas de tirer les conséquences extrêmes de ses principes. Les titres mêmes des écrits qu'il publie sont significatifs : Revendication de la liberté de pensée, adressée aux princes de VEurojye qui Vont opprimée jusquici (1793) et Rectification des jugements du public touchant la Révolution française (1794). Chez ce grand spéculatif, qui reconnaissait luimême n'avoir qu'une passion, celle de l'action, le triomphe des idées jacobines apparaît comme indispensable tout à la fois au relèvement de l'Allemagne, au salut de l'humanité et au succès de sa propre doctrine, en attendant qu'il. devienne « l'aumônier laïque » du patriotisme guerrier.

Mais, de tous les écrivains de cette époque, celui qui résume le mieux l'évolution de l'esprit public en Allemagne pendant les dix dernières années du siècle, c'est peut-être Herder : c'est en lui que se reflètent le plus fidèlement les mouvements de l'opinion. Son esprit souple et plastique revêt presque toutes les formes d'idées et de sentiments que traversent ses contemporains. D'abord humanitaire et cosmopolite, il contribue à rendre exclusif et jaloux le sentiment national, en demandant

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que la langue et la littérature de rAllemagne restent vraiment allemandes. De Tordre spirituel et littéraire, il transporte ce sentiment dans Tordre politique à mesure que les événements Tinstruisent. Plein d'enthousiasme pour le mouvement libéral qui a pris naissance en France, il salue de ses sympathies, il encourage de ses vœux les conquêtes positives de la liberlé, et, appelant nettement les émigrés des traîtres à leur pays, il estime que la France soutient une guerre légitime contre Tétranger. Mais c'est là une forme encore abstraite et impersonnelle du patriotisme que celle qui consiste à se placer au point de vue de ses propres adversaires. Bientôt, par Teffroi et la répugnance que lui causent la mort de Louis XVI et les violences de la Convention, Herder en vient à reconnaître que les liens spiri* tuels ne suffisent pas à former une nation, que la commu* nauté de langue et de pensée ne dispense pas d'une organisation matérielle, qu'un peuple ne se borne point à un esprit sans corps, et que le patriotisme n'est pas une pure idée sans rien d'exclusif ni de passionné. On peut donc dire que tout le mouvement si complexe de la littérature et de la politique européenne aboutit, pour TAllemagne, à celte conclusion que Herder, dans ses Lettres sur le progrès de rhumanUé, formule comme un résumé de son expérience, et dont nous verrons bientôt découler, dans les doctrines et dans les actes de TAllemagne au xix* siècle, les conséquences pratiques : « Un peuple qui n'est pas capable de se protéger et de se défendre lui-même contre Tétranger n'est pas véritablement un peuple et ne mérite pas l'honneur de ce nom. » C'est au déclin du xvni" siècle que TAllemagne commence à comprendre à quel prix on devient un peuple; elle voudra bientôt en devenir un ; elle le voudra d'autant plus qu'elle aura plus d'épreuves à traverser et d'obstacles à franchir.

BIBLIOGRAPHIE

Pour le'§ !•' (rAllemagne avant la Révolution) voir la bibliographie du chapitre Allemagne, L VII, p. 944-947, notamment les ouvrages de Haoniser, Biedermann, Perthes, Wenck, Sorel, Lévy-BrOhl.

Pour les §§ H et III^ une partie des documents et écrits contemporains

sont déjà indiqués ci-dessus dans la bibliographie des chapitres m, v, VI et viii. Nous mentionnerons en outre :

E. Posselt, Europaeische Annalen, 1795-1820. — J.-A. Reuss, Teutsche Siaatskanzley^ 39 parties, 1783-1800. — Beauchamp et Schnbart, Mémoires tirés des papiers d'im homme d'État sur les causes secrètes qui ont déterminé la politique des cabinets dans la guerre de la Révolution depuis 4 792 jusqu'en 4845^ 13 voL, 1828-1838. — F.Hurter, Denkwiirdigkeiten aus dem lelzten Dezenniums des 4 5'«» Jakrhunderts, 1 840. — Mémoires de la comtesse de Lichtenau écnts par elle-même en 1808, traduits de l'allemand par I. F. G. P. — C. von Maasenbach, Historische Denkwùrdigkeiten,.. zur Geschichte des Ver faits des Preussisclien Staates scit dem Jahre 4 794, 1809. — C. von Massenbach, AfemotVén zur Geschichte des Preussiscfien Staates unter Friedrich Wilhelm II und ÏU, 3 vol., 1809. — P. BaUleu, Preussen und Frankreich von 4 795-4 801; Diplomatische Correspondenzen, 2 vol., 1881-1887. — F. v. Gente, l/e6cî' den Ursprung und C/iarakler des Krieges gegen die franzœsische Révolution, 1801.

— F. von CrentK, Von dem politischen ÏAistamk von Europa vor und nach der franzœsischen Révolution, 1801. — Vivenot, Thugut, Clerfayt und Wttrmser, Juil. 1794-fév. 1797; original Dokumente miteiner historischen Einleitung, 1869. — Vivenot, Vertrauliche Driefe des Freihcrrn von Thugut, 1790-1801. — Von Zeissberg, Quellen zur Geschichte der deutschen Kaiserpolitik (Esterreichs wâhrend der franzœsischen Revolutionsknege, 1890. — G. Fonter, Briefœechsel, 2 parties, 1829. — G. Forater, Briefe und Taijebûcher von seiner Reise am Niederrhein, in England und Frankreich im Frûhjahr 4790, 1893. — G. Fonter, Sœmmtliche Schriften. — Van Aipen, Geschichte der frœnkisehen Rheinufer, was es war und was es jetzt ist, 1802. — Histoire secrète de Coblentz dans la Révolution dea Français, 1795. — Mémoires du général de Custine, rédigés par un de ses aides de camp, 2 vol., 1794.

Pour les ouvrages généraux, voir t. VII, p. 945; mentionnons spécialement les ouvrages de Haausser, Deutsche Geschichte seit dem Tode Friedrichs des Grossen, t. I et II, 3® édit., 1861. — Treitschke, Deutsche Geschichte im ZfX'«^« Jtifirhundert, t. I, 1879. — H. de Sybel, Histoire de V Europe pendant la Révolution française, traduct. Dosquet, 6 vol., 1869. — A. Sorel, V Europe et la Ré^^o lut ion française, 4 vol., 1887-92, et Essais d* histoire et de crilique, 1883. — E. Denis, V Allemagne de 4789 à 4843, 1896. -- A. Rambaud, Les Français sur le Rhin. 1792-1804, 3° édition, 1883. — W. Wachamuth, Dm Zeitaller der Révolution, 4 vol., 18i6-48. — W. Oncken, Zeitalter dci^ Révolution, des Kaiserreichs und der Befreiunskriege , t. I, 1884. — K. A. Menzel, Zehn Jahre preussischer Geschichte (1786-1806), 1849. — K.-Th. Heigel, Deutsche Geschichte vom Tode Friedrichs des Grossen bis zur Au/tetsung des alten Reiches^ t. I, 1893. — Philippson, Geschichte des preus» sischen Staatstoesens vom Tode Friedrichs des Grossen, 2 vol., 1880-82. — H. HQffer, Die Kabinetsregierung in Preussen und Johann Wilhelm Lombard, 1891. — Stadelmann, Preussens Kœnige in ihrer Thaetigkeit fur die Landeskultur : Friedrich Wilhelm II, 1885. — P.Cassel, Friedrich Wilhelm It, 1886.

— La comtesse Voss, Neunundsechzig Jahre am preussischen Hofe, 1876. — M. I>uncker, Friedrich Wilhelm H wul Graf Hcrlzberg {Historische Zeitschrift, t. XXXVII). — p. BaiUeu, Graf Hertzberg, ibid., t. XLII. — H. von Sybel, Kaiser Leopold H {ibid., t. LXIII). — A. Wolf, Maria-Christina Erzherzogin von OEsterrcich, 2 vol., 1863, et Leopold II und Maria-Christina, 1867. — Beidtel, Die Justizreformen unter Kaiser Leopold II (Sitzungsberichte der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften, t. IX et XI). — Vivenot, Die Politik des œsterreichischen Staatskanzlers Fàrsten Kaunitz-Rietbei'g unter Kaiser' Leopold lly 1873. — Béer, Joseph II, Leopold II und Kaunitz, 1873. —

H. Httffer, Die Politik der deutschen Msechie im RevoluUonszeitaltcr Us zum Abschluss des Friedens von Campo-Po}'mio, 1869. — A. EJeinschmidt, Charakterbildei' aus der franzœsischen Révolution^ 1889. — Gross-HoCfinger. Leben, Wirken und Tod des Kaisers Franz /, 1835. — Von Hormayr, Kaiser Franz und Met ternicky 1848. — Béer, Leopold II, Franz II und Katarina^ 187t. tf,— >v Meynert, Kaisei' Franz I : 'lur Gcschichte seiner Rcyierung und $eino Zeit, 1872. — Vivenot, Die Politik der Vizehanzlers Grafcn PhUip rou Cobenzl unter Kaiser Franz //, 187^. — Vivenot et Zeissberg, Quellen zur Geschichle der deutschen Kaiserpolitik OEslerreichs, t. III cl IV, 1882, — Lang'werth von Simson^ "t£s/erreic/i und das Reich im Kampfe mit der flvinKBsiscken Republik, 1790-1797, 2 vol., 1880. — Von Ameth, PkUip Cobenzl und seine Meinoiren, 1867. — Vivenot, //«"zog Albrcchtvon Sachseu- Teschen, 3 vol., 186^-1866. — Vivenot, Zur Geschichte des Baseler FricdeH<, 2 vol., 1863. — A. Sorel, La paix de Bàle (Revue Historique, t. V-VII, 1877- 78). — Von Ranke, Denkwiirdigkeilcn des Staatskanzlers Fûrsten von Uiu'denberg, 5 vol., 1877. — Von Krones, Zur Geschichte OEslerrcichs im Zeitniler der franzœsischen Kriege und der Restauration (1792-1816), 1886.

Pour les Étals secondaires de rAUemagne, voir les ouvrages généraux indiqués t. VI, p. 589, et t. VII, p. 9i6.

Ajouter pour la région rhénane (indépendamment de Touvragc précité de A. Rambaud, Les Français sur Iti Rhin) : — Perthes, Po/i7isrAe ZustFrmU und Personen in Dcutschland zur Zeit der franzœsischen Herrscha/t. — Venedey, Die deutschen Republikaner unter der franzœsischen Republik, 1870. — Bockenheim, Georg Forster in Mainz, 1880. — Goecke, Zur Geschichte franzœsischer Herrschaft am Rhcin, 1792-1797. — F.-X. Remling, Die Rheinpfalz in der Revolutionszcit von 1792-98, 2 vol., 1865-66. — Lenz. Ein deutscher Kleinstaat (Baden) in der franzœsischer Révolution (Preus$isckf Jahrbiichcr, t. LXX). — Reuss, L'Alsace pendant la Révolution française {Revue d'Alsace, nouv. série, l. IV-V). — Camot, Les primia^s échos de la Révolution française au-delà du Rhin (Comptes rendus de TAcadéroie des sciences morales), 1888. ^- Lady Blennerhassett, Die Deutschen und die franzœsische Révolution {Deutsche Rundschau, t. LX). — Kœnig, Georg For>ters Leben, 1858.

Pour le § IV (mouvement des esprits), consulter les histoires générale? précédemment indiquées de la littérature allemande; voir spécialement :

E. Zeller, Geschichte der deutschen Philosophie seit Leibnitz. — Knno Fischer, Geschichte der neueren Philosophie. — E. Zeller, Fichle als Politiker (dans ses Vorlrxgc and Abhandlungen, t. 1). — R. Haym, Herder nach seinem Leben und seinen Werken, 18801885. — Môzières, Gœthe, 2« édit., 187L - Bossert, Gœthe et Schillei', 1882. — J.-J. Weiss, Essai sur Hermann et Dorothée, 1856. — J. Schmidt, Schiller und Rousseau, 1876. — Erich Schmidt, Richardson, Rousseau und Gœthe, 1875. — L. Tieck, Gœthe und seine Zeit, Leipzig, 1848. — H. von Stein, Gœthe und Schiller, Beiirsrge zur Aesthetik der deutschen Klassiker, 1893. — V. Hehn, Gedanken nber Gœtkc, 2° édit., 1888. —Ad. Schœll, Gœthe in Hauptzûgen seineli Lebens und \Kt>kens, 1887. — A. Kuhn, Schillcrs Geistesgang, 1863. — J. Minor. Schiller, sein Leben und seine Werke, 2 vol., 1890.

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