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villes par des émeutes furieuses contre les Français. Le gouvernement ne se montra pas moins violent : il expulsa d*Espagne tous les Français soupçonnés de jacobinisme et confisqua leurs biens. Des négociants établis à Cadix, à Valence, à Madrid, depuis cinquante ans, eurent leurs maisons fermées et furent reconduits à la frontière. A la moindre résistance, tout récalcitrant était mis en prison. Godoy ne fut jamais plus populaire qu'à ce moment.
La guerre passa par des alternatives diverses, mais fut en somme très honorable pour TEspagne. Ricardos et Caro repou^ sèrent un moment les armées françaises jusque sous les murs de Perpignan et de Bayonne. Après Tinvasion de la Catalogne, le comte de La Union ne craignit pas d'emprunter aux révolutionnaires français leur système de guerre : il rétablit la discipline, décréta la levée en masse et opposa à Dugommier deux lignes fortifiées de cinq lieues de longueur, protégées par 97 redoutes, et armées de 250 pièces de canon. Chassés de leurs positions après deux jours de combat, les Espagnols ne désespérèrent pas, et, dans Tannée qui suivit la bataille de la Mouga (novembre 1794, juillet 1795), les Français ne gagnèrent pas quinze lieues de pays. Au moment de la conclusion de la paix de Bâie, les armées espagnoles de Catalogne et de Navarre comptaient près de 100 000 hommes.
La paix de B&le. — Depuis longtemps, Godoy désirait la paix. Il n'avait été belliqueux que pour renverser le vieux comte d*Aranda, toujours favorable à un accommodement avec la France. Le 14 mars 1794, le comte avait développé en plein conseil des idées pacifiques; Godoy se prononça pour la continuation des hostilités jusqu'au jour où la France aurait un gouvernement vrai. Le roi parut lui donner raison, mais offrit la parole au comte; Aranda refusa de répondre en insinuant qu'il craignait de déplaire au roi, dont le parti semblait déjà pris. Charles IV, blessé, leva la séance et sortit en disant à Aranda : € Avec mon père tu fus toujours un entêté peu respectueux, mais tu n'en vins jamais à Tinsulter au milieu de son Conseil. » Aranda fut interné pendant quelques mois à rAlhambra de Grenade, puis Godoy lui permit de se retirer dans ses terres
d'Aragon, le laissant toujours sous la menace d'un procès politique, dont le comte d'Aranda réclama toujours en vain la solution.
Une fois délivré d'Aranda, Godoy ne perdit pas de temps pour préparer la paix. Il faut avouer qu'il ne manquait pas de bonnes raisons pour la désirer. La guerre épuisait les finances de l'Espagne; la Catalogne et les Vascongades armées pouvaient être tentées de se séparer de la monarchie; l'opinion publique faisait volontiers remonter jusqu'au favori la responsabilité des défaites essuyées par les armées espagnoles; enfin les rapides progrès de la marine anglaise commençaient a alarmer les Espagnols les plus clairvoyants. Après la bataille de la Mouga et la prise de Figuières, la paix parut indispensable; mais il fallait amener le roi et l'opinion à accepter l'idée de traiter avec la Convention. Ce fut long et difficile. Au mois de décembre 1794, Tallien avait fait savoir officieusement que la France accorderait volontiers la paix à l'Espagne; ce fut seulement le 22 mars 1795 que la question fut agitée pour la première fois au Conseil d'Etat. Le roi, qui n'avait jamais entendu jusque-là que des discours belliqueux, se révolta à l'idée de traiter avec des régicides; mais la reine le calma en lui énumérant toutes les églises et toutes les chapelles qui avaient élé détruites pendant la guerre, et qu'il importait à la gloire de l'Espagne de rebâtir le plus tôt possible. A peine Godoy eut-il décidé le roi à envoyer un plénipotentiaire à Bàle que de nouvelles complications diplomatiques le rejetèrent dans la plus grande perplexité. On annonçait que la Russie, l'Autriche et l'Angleterre allaient signer une alliance contre la France, et une note du ministère anglais menaça l'Espagne d'une déclaration de guerre dans le cas où elle viendrait à traiter avec la France. Incapable de prendre une décision virile, Godoy fit traîner les négociations en longueur et renforça les armées à la frontière. La mort du dauphin (juin 1795) fit disparaître la plus grande difficulté qui entravât les néjrocialions, les victoires de Moncey rendirent l'Espagne plus traitablo, la paix fut enfin signée à Bàle le 22 juillet 1795. L'Espagne ne perdait pas un pouce de territoire en Europe et en était quitte pour la cession de sa part de Saint-Domingue.
L'alliance avec la France. — Mieux servi par les événements que par sa propre habileté, GoJoy se prit pour une manière de grand homme, et reçut sans rire le beau litre de Prince de la Paix, qui, porlé par lui, semble la plus araère des <lérisions. Il crut n'avoir plus qu*à jouir de sa fortune et envisagea Tavenir sous les plus riantes couleurs : TEspagne, neutre entre la France et TAngleterre, allait vivre désormais riche et prospère au milieu de la misère générale.
La joie de Godoy ne fut pas de longue durée. Un parti puissant à la cour voyait la paix de Bâle avec horreur et n'élait pas loin de considérer le Prince de la Paix comme un traître. Le clergé maudissait le traité comme impie, le grand Inqu siteur et le confesseur de la reine voulaient la chute du ministre. La cour de Naples se mêla de Tintrigue, une dangereuse conspiration se forma, la reine elle-même fut un moment gagnée au complot. Dans une suprême entrevue, Godoy la reprit, mais la peur qu'il avait eue le rejeta dans l'alliance française et l'Espagne dans la guerre.
Godoy a certainement cédé à un sentiment égoïste en traitant avec la France, et l'on n'a pas manqué de lui en faire un crime. La plupart des historiens espagnols sont d'avis que l'Espagne devait rester neutre entre la France et l'Angleterre. Ils ont sans doute raison, mais ils n'aperçoivent pas qu'un Etat ne peut demeurer neutre qu'à la condition de pouvoir défendre sa neutralité. Or l'Espagne ne le pouvait pas : assez riche pour être considérée comme une alliée désirable par les. deux grandes puissances belligérantes, elle était hors d'état de résister à leur pression; elle n'avait pas à choisir entre la guerre et la paix, mais bien entre la guerre à l'Angleterre avec l'appui de la France, ou la guerre à la France avec l'appui de l'Angleterre. Godoy prit le premier parti; s'il avait été renversé, la cabale réaction- «aire qui l'eût remplacé aurait vraisemblablement pris le second; il est difficile de croire que l'Espagne y eût gagné. La guerre ^vec l'Angleterre lui coûta sa marine et compromit sa domination aux Indes; la guerre avec la France aurait amené une invasion des armées et des idées françaises qui l'eût bouleversée •de fond en comble, beaucoup plus profondément en ITtepj
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qu*en 1808, parce que la question d'indépendance n'aurait point été en jeu, et que la résistance eût été par conséquent moins énergique. Il y a aussi de fortes raisons de croire, comme le croyait Godoy, que FAngleterre, même alliée de TEspagne, aurait profité de la guerre continentale pour pousser les colonies* espagnoles à la révolte.
Le véritable tort de Godoy ne fut donc pas de s'allier à la France, mais de ne pas s'y allier franchement, mettant tout en œuvre pour que la guerre fût courte et décisive.
Après la signature du traité de Saint-Ildefonse (27 juin 1796),. Godoy, qui venait d'épouser une princesse du sang royal, crut avoir assuré son crédit à la cour par son mariage et par l'alliance qu'il venait de contracter avec la France ; mais les débuts de la guerre furent malheureux. La flotte espagnole était bien loin de pouvoir se mesurer avec les escadres anglaises. Après la défaite du cap Saint-Vincent (14 février 1797) *, Godoy désespéra aussitôt du succès et songea à se rapprocher de la Grande- Bretagne.
Chute de Godoy. — Le Directoire était d'ailleurs un allié exigeant. Il présentait sans cesse des réclamations en faveur des Français établis en Espagne dont les biens avaient été confisqués en 1793; il demandait le bannissement des émigrés français qui étaient entrés au service de Charles IV; il proposait des mesures de rigueur contre les prêtres réfractaires qui s'étaient réfugiés dans la Péninsule. Godoy, harcelé par les agents dm Directoire, se trouvait en grand embarras. Voyant des symptômesde réaction se produire en France, il ne sut pas dissimuler ses sympathies et ses espérances. Le coup d'Etat du 18 fruclidor». l'avènement de Talleyrand au ministère, le remplacement de Pérignon par Truguet à l'ambassade de France lui montrèrent un peu tard qu'il avait fait fausse route. Truguet comprit trèsvite le double jeu de Godoy, et, au mois de mars 1798, il obtint son renvoi; mais le roi voulut faire un pont d'or à son favori, dont il ne se séparait qu'à regret, et qui resta son homme de confiance. Godoy garda ses entrées libres au palais et continua à