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Histoire oiMKRALE. VIII. 40
politiques passent au premier plan dans Tesprit de Bonaparte; les avantages qu*il remporte sont assez décisifs pour lui donner Tespérance de dicter la paix; il est donc amené à créer des Etats dont Texistence est une menace pour ses ennemis et lui servira de gage lors de la conclusion d*un accord définitif.
Le soulèvement de TEmilic vint lui en fournir roccasion. Nulle part en Italie, la Révolution ne devait rencontrer un terrain plus favorable à son développement. L'impétuosité et Tardeur native des populations n'y avaient pas été endormies, comme en Vénétie ou en Lombardie, par la douceur du gouvernement ou la facilité de la vie. Les abus et l'arbitraire des autorités pontifîcales, en faisant souffrir les classes éclairées, les avaient convaincues de la nécessité d'une réforme, et, en les forçant a penser, les avaient amenées à une large conception des intérêts italiens ; la bourgeoisie presque tout entière était prôtfe à mettre au service de la cause révolutionnaire sa prudence, sa ténacité, son sens pratique des affaires. Les antipathies locales elles-mêmes, assez violentes pour armer les cités les unes contre les autres, étaient assez raisonnées pour s'effacer dès qu'elles deviendraient un obstacle à la prospérité de toutes. Le mouvement eut donc dans ce pays un caractère de spontanéité et de concorde qu'on chercherait vainement ailleurs. Le 25 août, les habitants de Reggio, qui depuis longtemps supportaient malaisément la domination des Este, se soulevaient à la voix de deux de leurs notables, Paradisi et Re, s'emparaient de tous les pays environnants, ne s'arrêtaient que sous les murs de Modène, et armaient immédiatement le premier bataillon national qui eût paru sur le sol italien. Bonaparte, invité à intervenir, accourut aussitôt après s'être débarrassé de Wurmser, profila de cet événement pour rompre l'armistice conclu en juillet avec le duc de Modène, et occupa la capitale du duché, qui se trouva tout entier entre ses mains. Témoin d'un enthousiasme qui lui semblait aussi utile d'exploiter que dangereux de braver, il n'hésita pas, malgré les ordres du Directoire, à laisser la souveraineté à ceux qui avaient si bien su la conquérir, et, le 4 octobre 1796, il constitua la première des républiques italiennes, la république de Modène et Reggio.
Presque en même temps s'accomplissait à Bologne une révolution qui, différente dans la forme, dçvait aboutir à un résultat semblable. Le sénat, a qui Bonaparte avait remis la souveraineté comme à la seule autorité constituée de la province, comprit de lui-même que son pouvoir n*était que provisoire, et qu'en le gardant il devrait céder tôt ou tard au courant démocratique qui emportait les oligarchies comme les monarchies. Il prit donc l'initiative de sa propre abdication et rédigea luimême une constitution calquée presque exactement sur celle de TAn III. Certaines dispositions, empruntées au texte français, en étaient inopportunes ou factices, mais les principes en avaient une grande importance, car c'était la première fois en Italie que les principes de la souveraineté du peuple et de l'égalité étaient publiquement proclamés. Le 4 décembre le Corps législatif inaugurait solennellement ses séances à Saint-Pétrone, aux sons du V'eni Creator et au milieu des acclamations populaires. Peu de jours après une république du même genre s'établissait à Ferrare.
Quelques semaines avaient donc suffi aux habitants des Légations et du Modénais pour s'affranchir d'eux-mêmes de la domination papale ou ducale. Cette leçon donnée à l'inertie de leurs compatriotes reçut presque immédiatement la sanction d'un grand exemple. Ces territoires que leur initiative avait rendus indépendants, leur sagesse sut les maintenir unis, malgré la force de préjugés dix fois séculaires. Trois mois et deux congrès leur suffirent pour les grouper d'abord en une confédération, pour les fondre ensuite en un seul Etat.
Cette idée s'était imposée à tous les Italiens au lendemain même de la fondation des républiques de Modène et de Reggio. Elle avait pour représentants les membres de la classe éclairée, pour organe un jeune et ardent avocat de Bologne, Antonio Aldini, pour motif immédiat la nécessité de défendre à tout prix la jeune indépendance du nouvel Etat contre les incursions probables des Autrichiens et les représailles possibles de la plèbe. Une première assemblée, réunie à Modène, le 16 octobre, avec le consentement et en présence de Bonaparte, établit donc entre Bologne, Ferrare, Modène et Reggio, un lien fédératif, et décréta, avec la formation d'une armée, la convocation d'un
congrès solennel qui devait se tenir à Reggio en décembre. Les cent députés qui devaient le composer se réunirent au jour dit (30 décembre 1796) dans les circonstances les plus propres à surexciter leur enthousiasme. N*étaient-ils pas aulorisésà ne plus rien craindre des Autrichiens, écrasés à Castiglione, à Bassano, à Arcole, à Rivoli? A tout attendre du vainqueur, qui n'hésitait pas à évoquer le jour où Tllalie figurerait de nouveau « parmi les grandes puissances du globe >? A beaucoup espérer d'eux-mêmes, puisque la garde nationale de Reggio venait de recevoir glorieusement le baptême de feu en faisant prisonnier un bataillon autrichien sorti de Mantoue? Aussi le représentant de Bonaparte, Marmont, fut-il accueilli avec un enthousiasme qui toucha au délire lors de l'arrivée des députés chaînés de porter aux Cispadans le salut fraternel de leurs frères lombards. En vingt-quatre heures on rédigea pour la nouvelle république cispadane une constitution à peu près analogue à celle de Bologne. Bientôt les espérances qu'avait excitées le congrès recevaient une satisfaction partielle ; en février la rupture avec le pape avait pour conséquence l'annexion de la Romagne ; en avril se réunissait pour la première fois le Corps l^islatif; en juillet, Aldiniet les chefs du gouvernement, sacrifiant l'intérêt de leur province à celui de l'Italie, obtenaient de Bonaparte la fusion de la Cispadane avec la Lombardie et la constitution d'un nouvel État de 3 200000 habitants, qui prenait le nom de République cisalpine.
Si l'Emilie perdait ainsi son autonomie, elle laissait à lltalie un grand exemple : elle avait pris Tinitiaiive du grand mouvement national qui devait aboutir au siècle suivant à rendre la patrie indépendante, libre et une; elle avait donné le spectacle des vertus propres à le faire triompher et du symbole même destiné à le représenter. C'était en Emilie que pour la première fois une ville se soulevait contre ses oppresseurs sans l'intervention des armées françaises ; que pour la première fois les populations prenaient spontanément les armes contre rAutriche ; que pour la première fois un grand élan de patriotisme faisait taire la voix des rivalités locales; c'était en Emilie enfin que faisait sa première apparition ce drapeau aux trois couleurs
qui devait briller avec Napoléon sur les champs de bataille de TEurope et avec Victor-Emmanuel sur les murs de Rome.
Lie Milanais. — Bien différente avait été, pendant cette seconde période, la situation de la Lombardie, livrée à l'arbitraire, condamnée au provisoire et réduite à l'inaction. Partagé entre le désir d'utiliser ses ressources et la crainte de s'engager envers elle avant la paix avec l'Autriche, Bonaparte exploitait toutes les espérances, mais repoussait toutes les revendications. D'une part, il donnait à sa conquête un rudiment d'organisation autonome par la création d'une « Administration générale de la Lombardie > (3 septembre) et un noyau d'armée par la formation d'une légion lombarde; d'autre part, il réprimait durement l'efTervescence que faisait naître parmi les exaltés l'exemple de la Cispadane, dissipait par la force une manifestation des clubs populaires en faveur de la république et arrêtait les principaux agitateurs. Cet état d'incertitude et de trouble, aggravé encore par la pesanteur d'incessantes contributions de guerre, comme par le scandale des moyens mis en cause pour les lever, se prolongea jusqu'à la fondation de la Cisalpine.
Venise. — Celte convention modifiait aussi d'une façon profonde les conditions de la république de Venise. On a exposé ailleurs* comment le sénat vénitien n'avait su, ni maintenir avec scrupule sa neutralité, ni offrir à propos son alliance. L'occupation française, s'élendant progressivement à tous les pays situés à l'ouest du Mincio, y avait réveillé les antipathies locales et développé les germes de mécontentement qu'y entretenait depuis longtemps la politique opiniâtrement égoïste du sénat vénitien. Par les espérances que ses principes faisaient naître, elle donnait à un démembrement l'appui des désirs populaires ; par les représailles que ses excès faisaient présager, elle lui prêtait l'apparence d'une justification. A Bergame et à Brescia l'opinion publique, sourdement travaillée parles doctrines révolutionnaires, violemment surexcitée par les manœuvres des agents lombards et français, se déclara avec une extrême violence contre un gouvernement qui depuis long-