Voir ci-dessus, p
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temps payait la fidélité de ses sujets par leur exclusion des emplois. Nobles et boui^eois, unis pour un instant, s*emparèrent par de hardis coups de main des citadelles de Bergame (12 mars) et Brescia (18 mars), occupées encore par une faible garnison vénitienne. Le sénat, au lieu de punir ou d* apaiser les rebelles, préféra s'exposer à une nouvelle humiliation par renvoi d'une députation auprès de Bonaparte. Peu après, il laissait s'accomplir sans en tirer parti un guet-apens qui devait lui donner les apparences de la duplicité sans les avantages d'une hostilité déclarée avec la France. La ville de Vérone, que sa situation politique avait exposée depuis huit mois à tous les maux de l'occupation, et que le voisinage des belliqueuses populations des montagnes encourageait à la résistance, se soulevait le n avril à propos de nouvelles exigences des vainqueurs, et donnait à l'Italie le même spectacle que Pavie : massacre de tous les Français rencontrés dans les rues, siège du château par des bandes furieuses où se mêlaient habitants et paysans des campagnes voisines, arrivée tardive des troupes françaises ou lombardes. L'occasion était unique pour sortir avec profit de la neutralité et pour couper la retraite à Bonaparte, en ce moment au cœur des Alpes. Le sénat la laissa échapper : il secourut assez ouvertement les révoltés pour encourir le reproche de complicité, mais agit assez tardivement pour ne pouvoir les empêcher de capituler. Bonaparte, que cet événement débarrassait de tout scrupule, put alors stipuler à Leoben le démembrement de la république : Venise conservait provisoirement son indépendance, mais perdait tous ses Etats de terre ferme et recevait en échange les Trois- Légations.
Troisième phase (avril-octobre 1797). — Les préliminaires de Leoben (18 avril) marquent la fin de cette seconde période, si agitée dans ses péripéties, si décisive dans ses résultats, puisque le vainqueur, après avoir affaibli le seul Etat qui cherchât à conserver son indépendance, en avait créé un autre qu'il destinait à ne l'exercer qu'à son profit. U lui restait, pour compléter son œuvre, à anéantir le premier, à constituer délinitivement le second, enfin à en réformer un troisième dont
rassujetiissement était indispensable à ses desseins. Telle fut Tœuvre à laquelle il se consacra jusqu'à son départ de ritalie.
La révolution de Grônes et la République ligurienne. — Il s'attaqua d*abord à la république de Gènes, par le terrir toire de laquelle il communiquait avec la France. Jusque-là le sénaty sans manifester d'hostilité au vainqueur, s'était montré surtout désireux de ne pas se compromettre. Il importait de le remplacer par un pouvoir qui fût moins un allié qu'un instrument. Il était facile, en exploitant les ambitions mécontentes de la classe moyenne, de trouver à Gènes les éléments d'une révolution. Bonaparte suivit donc le tactique qui lui avait déjà réussi ailleurs : propagande active des résidents français, Faypoult et Salicetti; introduction dans la ville de Français dont la présence justifiait Timmixtion de la légation dans toutes les affaires intérieures; formation d*un parli démocratique composé de quelques patriciens, de commerçants et de prêtres; enfin préparation d*une manifestation publique destinée à être représentée comme l'explosion spontanée et unanime du mécontentement populaire. Cette fois pourtant la tragédie répétée avec tant de soin aboutit à un dénouement tout différent de celui qu'avaient imaginé ses auteurs.
Tandis que, le 21 mai 1797, les «jacobins » génois s'emparaient à l'improviste des principaux points stratégiques, le 22, tout le petit peuple, fanatisé par les prêtres, accourait au secours du sénat, et, après une furieuse lutte, réduisait à l'impuissance les démocrates et les partisans de la France. Par malheur, Bonaparte, revenu à ce moment de l'armée, était désormais assez puissant pour parler en maître et pour se représenter comme l'offensé. Son aide de camp Lavalette vint porter au sénat une lettre hautaine, avec l'ordre de lui envoyer trois députés chargés d'élaborer avec lui une constitution. Elle paraissait le 4 juin et sanctionnait la déchéance définitive du'sénat, remplacé par un gouvernement semblable à celui de la France, avec ses deux conseils et ses directeurs. Malgré quelques soulèvements partiels facilement réprimés, le parti démocratique se substitua donc à la caste oligarchique comme parti de gouvernement, et
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la vieille indépendance de Gènes fit place à un assujettissement complet aux volontés dé la France.
La République cisalpine. — Quelques jours après, ia Cisalpine reçut une constitution analogue. A peine revenu de l'armée, Bonaparte, installé au château de Mombello, profitait du prestige qui s'attachait à son nom pour jouer à Tégard de TEtat qu'il avait fondé le rôle du diplomate, du constituant et du législateur. — Comme diplomate, il en fixait définitivement les limites et adjoignait à son territoire la vallée si longtemps contestée de la Yalteline. Comme constituant, il présidait les séances et dictait les décisions d'un comité qui, le 8 juillet, donnait à la jeune république sa forme définitive. La souveraineté était confiée à des assemblées primaires, le choix des députés i des délégués élus par elles, le pouvoir législatif à une assemblée divisée en deux chambres, le pouvoir exécutif à un directoire et à des ministres désignés par le directoire, le pouvoir judiciaire à des tribunaux civils et criminels départementaux et à une cour de cassation. Pour emporter l'adhésion des Cisalpins à une constitution si nouvelle pour leurs habitudes, Bonaparte imagina de faire de sa promulgation un grand spectacle patriotique. Le 9 juillet, en présence de 300000 spectateurs, de 30 000 soldats français et de représentants des gardes nationales de toutes les villes, fut célébrée une fête solennelle de la fédération, analogue à celle qui avait laissé des souvenirs si durables dans la mémoire des témoins de la Révolution française. Bénédiction des drapeaux tricolores, messe solennelle, serment prêté par tous les députés de vivre libres ou de mourir, présence de Bonaparte qui resta huit heures à cheval sous un soleil ardent, tout contribuait à frapper les esprits. — L'indépendance à laquelle aspiraient les Lombards semblait pourtant devoir leur échapper jusqu'au départ de leur protecteur. Ce dernier, profilant des délais nécessaires pour les élections au corps législatif, faisait œuvre de législateur, et, par simples décrets (26 juillet), il abolissait la primogéniture et les fidéicommis, fixait l'âge de la majorité, développait les gardes nationales, et supprimait des journaux.
Il partit enfin, le 17 novembre, de l'Etat que ses victoires
avaient fondé, que son génie avait organisé, et que son absence allait suffire à ruiner.
Chute de Venise. — Il n'avait pas quitté le théâtre de ses exploits sans donner un avertissement bien significatif aux patriotes qui voyaient en lui le champion de l'indépendance italienne. Après avoir enlevé à Venise ses possessions de terre ferme par les préliminaires de Leoben, il lui ravit son indépendance par le traité de Campo-Formio. Le hasard le servit à souhait en accumulant les incidents propres à donner à Texécution de ses desseins l'apparence d'une juste vengeance.
Tandis que se terminaient les scènes sanglantes des Pâques véronaises, le commandant du port de Venise faisait tirer le 20 avril sur un corsaire français qui voulait y pénétrer sans se conformer aux prescriptions réglementaires. C'en était assez pour permettre à Bonaparte de crier à la perfidie, avec d'autant plus d'assurance qu'il tenait encore cachées les clauses de Leoben. Dans une lettre qu'il fit porter au sénat par Junot et dans l'entretien qu'il eut à Gratz avec deux de ses députés, il parlait un langage dont le ton astucieusement indigné servaità justifier la marche progressive de ses troupes qui, occupant toute la terre ferme, arrivaient aux portes de Venise. Le sénat aurait pu organiser la résistance dans les lagunes; il crut que le meilleur moyen d'arrêter le vainqueur était de le satisfaire et ne s'aperçut pas que ces concessions successives n'auraient d'autre terme que son abdication. Telle fut en effet la dernière exigence de Bonaparte, qui faisait demander au sénat par son agent Villetard la remise des pouvoirs publics à une municipalité démo* cratique de quatorze membres, et l'entrée d'une garnison française dans la ville. Le 12 mai, le Grand Conseil souscrivait, la mort dans l'âme, à ces conditions, et, le 16, les troupes françaises venaient en surveiller l'exécution. Ce fut par ce suicide sans grandeur que la vieille république de Saint-Marc termina une existence défendue sans dignité.
Bonaparte, n'ayant pas encore fixé définitivement dans ses négociations avec l'Autriche le sort de Venise, en confia l'administration à une municipalité provisoire. Formée, comme dans les autres parties de l'Italie, de membres de la classe moyenne
et de quelques nobles, cette assemblée présenta le même spectacle que les gouvernements populaires précédemment institués; elle se heurta aux mêmes difficultés, ejut à souffrir des mêmes actes d'arbitraire, éveilla les mêmes espérances et n'en différa que par sa fin. — Les difficultés étaient surtout d*ordre financier, puisque la municipalité devait gagner la confiance publique par sa fidélité aux dettes dont elle héritait et acquérir du prestige au moyen de fêtes aussi coûteuses que magnifiques. Elles étaient aussi d'ordre politique, puisque les villes de terre ferme, au lieu de s'unir à leur ancienne métropole dans l'intérêt commun, refusaient de reconnaître sa suprématie. — Les actes arbitraires du vainqueur, de même nature que dans les autres régions, étaient plus vivement ressentis par un peuple encore plein de la fierté de ses grands souvenirs. C'étaient, outre le paiement de 5 millions stipulé dans les traités, la saisie des
caisses de l'Etat, le dépouillement systématique des collections privées et publiques, le transport à Paris des fameux chevaux de bronze enlevés autrefois à Constantinople et places sur le fronton de Saint-Marc. Enfin les espérances, qui au début paraissaient sans limites comme sans objet précis, prirent corps quand on connut à la fin de juin les préliminaires de Leoben; elles s'affermirent dans deux congrès qui se tinrent à Bassano et à Venise et où se réunirent des délégués de toutes les villes de l'ancienne république. Les rivalités locales, la répugnance à accepter la suprématie de Milan, les rendirent inutiles en empêchant l'union à la Cisalpine, qui apparaissait comme le seul moyen de conserver une indépendance relative. Dès lors, il ne restait plus au gouvernement de Venise qu'à subir la loi du vainqueur. Celui-ci complétait à Campo-Forroio l'œuvre de Leoben et cédait toute la Vénétie à l'Autriche. Le 8 janvier 1798, les troupes impériales occupaient la ville, qiîi tombait alors dans un état de prostration morale proportionné à l'effervescence qui l'avait agitée.
Bonaparte livrait donc de lui-même à la servitude les populations qu'il prétendait appeler à la liberté et détruisait de ses propres mains l'indépendance d'un Etat libre. Ce brutal démenti aux espérances éveillées, et aux promesses faites