L'ITALIE APRÈS CAMM-FORMIO
devait avoir un douloureux retentissement dans les cœurs italiens et leur laisser une impression dont l'amertume ne disparut jamais entièrement. La confiance avec laquelle avaient été accueillies les armées françaises fit place à un autre sentiment qui se développa peu à peu et devint dans certains esprits un dogme immuable : c'était la conviction que la seule voie de salut pour les Italiens était de fermer Toreille aux promesses des étrangers, quels qu'ils fussent, et de se constituer eux-mêmes envers et contre tous.
Ainsi se terminait celte période pendant laquelle l'Italie avait subi en trois ans de profondes modifications matérielles et morales. Dans l'ordre matériel, la création de deux républiques vassales et l'assujettissement de la seule monarchie militaire qui existât dans le Nord avaient fait rentrer toute la partie septentrionale de la Péninsule dans la sphère d'action ou d'influence de la France. Dans l'ordre moral, la transformation était plus sensible encore : les bouleversements de la guerre et les maux de l'invasion avaient tiré les Italiens de leurs habitudes d'inertie et d'indiflérence politique, les avaient forcés à prendre parti dans les révolutions et à s'intéresser aux affaires publiques, avaient enfin éveillé en eux des sentiments et des aspirations encore confus et enveloppés, mais qui dans la période suivante devaient trouver leur orientation et leur but.