IV. — Les Russes en Sibérie
Depuis 1870, les limites de la Sibérie n'ont pas changé, son histoire est uniquement celle d'une colonisation intérieure qui n'a guère pris son essor que depuis la construction du chemin de fer transsibérien.
Le chemin de fer transsibérien. — Pendant des siècles, les Russes n'avaient pas songé à améliorer les voies de communication existantes en Sibérie. D'une part, le réseau des rivières navigables, sillonné de bateaux à vapeur depuis de longues années; de l'autre, le grand trakt, la route des caravanes de thé, leur suffisaient amplement. Ce n'est guère qu'après 1870 qu'on vit apparaître des projets d'amélioration, suscités d'abord par l'acquisition de la Province de l'Amour, et la place nouvelle prise par les Russes sur le Pacifique; ensuite, par les progrès militaires du Japon et la décadence de la Chine. Pour sauvegarder leurs possessions et leur influence en Extrême- Orient, il fallait aux Russes un moyen de transporler rapidement à Vladivostok hommes et ravitaillements. On songea d'abord à améliorer les voies d'eau, à unir par un canal le bassin de l'Ob à celui de l'Ienisseï; mais la route ainsi créée eût été pénible, allongée par d'immenses crochets, fermée par la mauvaise saison huit mois de l'année. Ce qu'il fallait, c'était un chemin de fer. Après des hésitations, qu'expliquent amplement le coût et les difficultés d'un pareil travail, la construction du chemin de fer transsibérien fut décrétée en 1889 et les travaux furent inaugurés solennellement, à Vladivostok, par le Tsarévitch, au retour de son voyage autour de l'Asie.
C'était environ 7000 vers tes de voie ferrée à exécuter, dans un pays, facile d'abord, jusqu'au bassin de l'Ienissei, très accidenté ensuite jusqu'aux vallées de l'Amour et de TOussouri. Pour diminuer la longueur des travaux, on les entama sur plusieurs points à la fois, au terminus occidental de la ligne, à Zlatooust, dans l'Oural; au milieu, près d'Omsk, où des steamers apportèrent, par l'océan Glacial et l'Obi, le matériel nécessaire; sur