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plée, Victoria, n'a que cinq habitants au kilomètre carré, moins que le Haut-Gévaudan. Mais les colons dans les pays miniers et industriels (Nouvelle-Galles, Victoria) sont concentrés en grande partie dans les villes. C'est le cas des 3/5 de la population de Victoria. Melbourne, la cité la plus peuplée d'Australasie (4o0 000 h.), renferme à elle seule les 2/5 de la population de la colonie. La moitié au moins des habitants de la Nouvelle- Galles, et de ceux de l'Australie méridionale, colonie pourtant agricole, vivent en agglomérations de plus de 5 000 habitants. Cette prédominance de l'élément urbain et ouvrier a fait que l'Australasie est devenue de plus en plus démocratique, à mesure que le nombre de ses habitants augmentait.
Depuis 1871, la population de l'Australie s'est élevée de 1600000 habitants à 3800000, et celle de la Tasmanie de 99000 à 146000, celle de la Nouvelle-Zélande de 256000 à 703000 (sans compter près de 40000 Maoris). Pourtant l'immigration s'est ralentie depuis que le produit des mines d'or a commencé à baisser. Les colonies australasiennes ont presque toutes cessé de l'encourager aux frais de l'Etat. Les chiffres des immigrants sont devenus très irréguliers d'une année à l'autre. Vers 1891 l'immigration devint presque nulle dans plusieurs colonies et surtout en Nouvelle-Zélande; elle a repris ensuite, mais légèrement. La seule colonie qui attire une masse d'étrangers est l'Australie occidentale, à cause de ses placers; sa population a triplé en dix ans. Victoria, au contraire, perd plus d'immigrants qu'elle n'en reçoit. La majorité des gens actuellement établis en Australasie sont de race anglaise et de religion anglicane; on trouve de fortes minorités irlandaises et catholiques en Nouvelle-Galles et Victoria, écossaises et presbytériennes dans ces deux colonies et en Nouvelle-Zélande. Des Allemands se sont établis au nombre de plusieurs milliers en Australie méridionale et au Queensland. La plupart des immigrants non britanniques se sont fait naturaliser, ce qui demande en Australasie fort peu de temps et de formaliés.
Les indigènes n'ont plus d'importance que dans l'île nord de Nouvelle-Zélande. Là vivent 30850 Maoris qui détiennent 1/7 de la superficie totale de la colonie. Ils sont groupés en vil-
la^es, presque tous convertis, ont des écoles anglaises, et nomment quatre députés de leur race à l'assemblée de Wellington. Depuis 1868, ils ont vécu en paix avec les blancs; mais la question des terres amène de temps à autre des conflits. Les Maoris cultivent le moins possible, et cependant ils refusent de céder leurs terres au gouvernement, qui voudrait les acquérir pour les revendre aux colons. En 1894, le ministre démocratique Seddon a déclaré aux Maoris que s'ils laissaient leurs terres en friche pendant que des milliers de gens n'ont pas une acre à cultiver, le gouvernement en disposerait malgré eux. Mais les Maoris sont encore trop nombreux pour qu*on puisse les exproprier, même pour cause d'utilité publique et avec indemnité.
Les Chinois, à Télroit dans leur pays, intelligents, adroits, sobres et économes, s'étaient mis à émigrer en Âuslralasie: ils apprenaient tous les métiers et les exerçaient à des salaires très réduits. Les ouvriers européens, mangeurs de viande, n'ont pu lutter contre ces mangeurs de riz, et, comme aux Etats- Unis et au Canada, ils ont obtenu que les gouvernements prissent des mesures contre leurs rivaux. En 1881, Victoria, puis la Nouvelle-Galles et la Nouvelle-Zélande ont saisi le prétexte d'une épidémie de petile vérole pour interdire aux Chinois d'arriver plus d'un par cent tonneaux sur n'importe quel navire et de débarquer sans acquitter un droit de 250 francs. En 1888, la Nouvelle-Galles a porté la proportion à 1 émigrant par 300 tonneaux et décuplé le droit. Par ce procédé on a arrèlé l'immigration chinoise, qu'on ne pouvait interdire directement sans violer le droit des gens. Aujourd'hui les Chinois ne peuvent plus débarquer librement que dans le territoire du Nord, où on les emploie aux cultures tropicales et aux mines.
La politique et les partis. — En somme l'Australasie n'est pas troublée par la question des indigènes aussi profondément que le Cap; les Européens y dominent et leur majorité se compose des nouveaux venus qui n'ont pas trouvé en face d'eux la résistance d'une couche d'anciens colons conservateurs, comme au Canada. Aussi les questions qui divisent les partis en Australasie sont-elles contemporaines et européennes plus
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que dans toute autre colonie anglaise, — surtout depuis le développement de rindustrie. Après Tinstitution du gouvernement responsable, la question capitale, particulièrement en Nouvelle- Galles et en Victoria, a été celle des tarifs douaniers. L'ancien parti libéral, qui avait préparé rétablissement des constitutions, était libre-échangiste. Le parti conservateur était protectionniste. C*est, on se le rappelle, à peu près la même chose au Canada. Mais en Victoria les protectionnistes ont trouvé un appui dans le parti ouvrier. Ce parti a été organisé à la mode anglaise par les syndicats professionnels, et, comme en Angleterre, il se propose simplement de défendre les intérêts immédiats des ouvriers, salaires, heures de travail, etc., et n'accepte du socialisme théorique que ce qui s'accorde avec ses revendications particulières. Les ouvriers victoriens sont en partie protectionnistes parce qu*ils veulent conserver leurs salaires, moins élevés qu'à l'époque de l'or, mais toujours plus hauts qu'en Angleterre. Us s'accordent avec les patrons pour repousser la concurrence étrangère. Aussi le protectionnisme a-t-il triomphé de bonne heure en Victoria, où il est toujours en vigueur. En Nouvelle- Galles, le libre-échange a trouvé pour champion le plus illustre représentant de l'ancien libéralisme, sir Henry Parkes, émigré d'Angleterre en 1839, député dès l'établissement du gouvernement responsable, chevalier en 1897, cinq fois premier ministre. Le grand old man de la Nouvelle-Galles est mort à Sydney en 1896. Les protectionnistes, dirigés par M. Dibbs, n'ont tenu le pouvoir que peu d'années en Nouvelle-Galles. Sous le ministère actuel de M. Reid, chef des démocrates, coalisés avec les libéraux, cette colonie est restée la seule d'Australasie qui ait des tarifs modérés. Avec les douanes, les questions importantes ont été la continuelle querelle des squatters et des settlers et la législation foncière qu'elle rend nécessaire, les impôts nouveaux nécessités par le développement des travaux publics, et leur assiette, les emprunts à faire en Europe, enfln les économies budgétaires pour empêcher le déficit. Dans la solution de ces problèmes les partis ouvriers, grandissant en force, ont pris une influence de plus en plus grande; en outre ils ont apporté dans les parlements des projets de législation sociale que l'on
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étudiera plus loin. Dans rassemblée de Nouvelle-Zélande la majorité a passé, depuis 1891, au parti avancé ou populaire^ coalition des démocrates et des ouvriers, dirigé par John Ballance, puis, après sa mort (1893), par M. Seddon, le premier ministre actuel de Nouvelle-Zélande. C'est ce qui fait dire en Europe que le gouvernement de celte colonie est socialiste : nous verrons ce qu'il y a d'exact dans cette appréciation sommaire. En Nouvelle-Galles, en Victoria, en Australie méridionale et même en Queensland les partis ouvriers forment dés minorités importantes de la représentation. Dans la première de ces colonies, le ministre Reid ne peut se maintenir contre les protectionnistes à outrance qu'avec leur appui. Aussi a-t-il fait des déclarations hostiles aux « capitalistes » et promis de « balayer les débris de l'ancien conservatisme ». Après les partis ouvriers qui datent de la formation des trade-unions en Australie, se sont constitué des partis proprement socialistes, dirigés par des propagandistes actifs et instruits; toutes les nuances du collectivisme, du communisme, de l'anarchisme européen et américain ont été importées en Australasie, mais elles sont à peine représentées dans les parlements.
Les partis sont constitués comme en Angleterre d'une façon durable, avec une organisation permanente; mais ils sont plus nombreux et la vie parlementaire en devient très compliquée; chaque ministre est appuyé sur une coalition toujours exposée à se dissoudre; les chutes de cabinet ont été fréquentes depuis 1856, surtout en Nouvelle-Galles et Victoria : elles ont souvent pour conséquence la dissolution du parlement prononcée par le gouverneur, sur la demande de l'homme politique dont le programme parait devoir rallier la majorité des électeurs. Dans les Chambres, l'obstruction est une tactique fréquemment employée : elle a en Australasie un nom spécial, stonewalling , venu de Nouvelle-Zélande.
Élargissement de la représentation. Le vote des femmes. — Le vieux parti libéral avait fait donner aux colonies australasiennes le gouvernement responsable (1855-56). Les nouvelles majorités se sont appliquées à rendre la représentation de plus en plus démocratique. C'est un mouvement
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qu'on a vu commencer dès 1856 en Australie méridionale, et qui s'est continué surtout en Victoria et en Nouvelle-Zélande. En voici les principaux effets : 1** Les membres des Chambres hautes {Législative Councils) ne sont plus nommés à vie qu'en Nouvelle-Galles. Encore le ministère Reid se prépare-t-il à déposer une loi pour limiter leur mandat suivant l'exemple donné par la Nouvelle-Zélande sous le ministère « avancé » (1891). Dans plusieurs colonies le cens pour être électeur et éligible aux Councils a été abaissé. — 2° Le suffrage universel pour l'élection des membres de la seconde Chambre [House of Assembly} existe aujourd'hui partout, sauf eu Tasmanie; néanmoins on avait conservé, comme en Angleterre, aux propriétaires le droit de voter dans toutes les circonscriptions où ils possèdent un bien; ce privilège leur a été retiré en Nouvelle-Galles (1893), puis en Victoria et en Nouvelle-Zélande (1896). Le principe one man one vote a reçu ainsi en Australasie une application que la métropole attend toujours. — 3° Autre réforme réalisée par TAustralasie avant l'Angleterre : les femmes ont obtenu le droit de vote dans les mêmes conditions que les hommes pour les élections législatives en Nouvelle-Zélande (1893), en Australie méridionale (1895). Le parlement néo-zélandais a refusé, par une faible majorité, d'accorder aux femmes le droit de siéger parmi ses membres. Mais l'Australie méridionale n'a établi aucune restriction de ce genre, de sorte que la colonie pourrait, en théorie, avoir un ministère entièrement féminin. Les électeurs femmes ont déjà pris part à deux élections générales en Nouvelle-Zélande; elles ont voté en très grand nombre. Leur intervention a été favorable au gouvernement populaire, qui a conservé sa majorité; le parti de la tempérance, religieux et anti-alcoolique, qui comptait beaucoup sur les voix féminines,, a été déçu et battu. — 4** L'indemnité aux membres du Parlement, qui n'existe pas en Angleterre, a' été établie en Australie après de longues résistances de la part des Chambres hautes. La proposition d'indemnité faite en Victoria dès 1861 et reprise presque à chaque session, a mis près de vingt années à être adoptée. Les Assemblées de la Nouvelle-Zélande et de Queensland (1885), après plusieurs échecs devant le Council, ont ima-
giné de faire passer Tindemnilé comme uq article de budget, qui, suivant Tusage de la métropole, n'est pas soumis à la Chambre haute. La Nouvelle-Galles, la terre du libéralisme ancien, n*a accordé Tindemnilé à ses représentants qu'en 1889, et malgré l'opposition de sir Henry Parkes, appuyé sur le ConnciL
Le « Paradis des ouvriers >». — Si TAustralasie est au point de vue démocratique la partie la plus avancée de l'empire britannique, en matière de législation sociale certaines de ces colonies sont les Etats les plus audacieux du monde entier. On a appelé Victoria le paradis des ouvriers, et on devrait donner le même nom, s'il n'était à la fois trop vague et trop hyperbolique, à l'Australie méridionale et à la Nouvelle-Zélande. Pour préciser, il faut dire que les ouvriers ont trouvé dans ces pays de hauts salaires, de courtes journées de travail, que ces avantages leur ont été donnés d'abord par le libf*e jeu des lois naturelles, — l'or étant abondant, et les bras manquant aux mines et à l'industrie, — enfin qu'ils leur ont été conservés, augmentés de quelques autres, par l'intervention des parlements. Les progrès de la classe ouvrière en Australie ont à peu près la môme histoire qu'en Angleterre; ils se font d'abord en dehors du gouvernement par le self-help et l'action des syndicats. Avant même la période de l'or, les sans-travail émigrés d'Angleterre trouvent en Australie la liberté d'association comme dans la métropole, apportent l'habitude de s'unir et fondent des syndicats qui discutent avec les patrons les conditions du travail. Dès 1853 la journée de huit heures est réclamée à Melbourne. Elle ne sera obtenue qu'après la grande émigration de l'or, et toujours à la manière des anciennes trade-unions d'Angleterre, sans lois, par arrangements particuliers de chaque syndicat avec les patrons. La journée de huit heures, en Victoria, est accordée d'abord aux ouvriers du bâtiment et du fer en 1856; en 1890, soixante métiers différents la possèdent. La même année, est faite à Melbourne la manifestation du l*' mai, votée par le congrès international ouvrier et socialiste réuni à Paris en 1889. Les syndicats victoriens défilent à la mode anglaise avec des drapeaux, et se réunissent on plein air autour de charrettes plates-formes où parlent les orateurs. Ce sont là des
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usages britanniques qui n'apparaissent pas pour la première fois en Australie. Mais on voit, chose inouïe, la Chambre lever sa séance le jour de la fêle du travail et les ministres assister aux banquets des syndicats : dès lors, le 1°*^ mai est, chaque année, célébré comme une fête nationale. Le moment est venu où les hommes politiques ont besoin des ouvriers et où ceux-ci commencent à trouver les lois préférables aux contrats particuliers. Cette évolution n'est pas bornée à l'Australasie ; c'est par elle que passent à l'heure présente les trade-unions anglaises, jadis indifférentes ou hostiles à l'intervention de TElat. En Australie comme en Angleterre, ce sont les crises industrielles qui ont poussé les ouvriers à réclamer l'appui du gouvernement. La propagande des petits groupes socialistes a donné la conscience à cette tendance d'abord instinctive. L'arrêt des affaires en Australie de 1892 à 1894 a beaucoup contribué à faire entrer des députés ouvriers {labour members) dans les Chambres, et par suite à donner une grande place aux questions sociales dans les débals parlementaires. La force des syndicats australiens s'était révélée déjà. Les syndicats australiens firent alors des réunions et des collectes et réunirent 50 000 livres sterling qu'ils envoyèrent à Londres. Le mouvement de solidarité continua. L'année suivante, une grève des constructions navales ayant éclaté en Australie, elle fut subventionnée par les autres métiers australiens et par les syndicats anglais. Les parlis ouvriers commencèrent en ^890 à prendre une importance polilique qui, depuis, est allée croissant. En Nouvelle- Galles, sir Henry Parkes avait accordé au parti ouvrier une modification de la loi Maître et Serviteur^ pour permettre à l'ouvrier de traiter sur un pied d'égalité avec le patron, mais à la veille des élections de 1894 il ne voulut pas promettre la journée de huit heures et le repos du dimanche avec salaire. Le parti ouvrier passa du côlé de son adversaire Dibbs, mais, aujourd'hui il est revenu à M. Reid, le successeur plus démocrate de Parkes. Dans presque toutes les colonies, des projets de loi réduisant la journée de travail à huit heures ont été présentés plusieurs fois. Sur d'autres points les gouvernements ont assuré aux ouvriers des avantages plus grands que partout
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ailleurs. G*est ainsi que Victoria a établi des conseils mi-partis de patrons et d*ouvriers pour fixer les salaires en chambre comme en fabrique. La Nouvelle-Zélande a rendu la conciliation obligatoire (tandis qu*elle est facultative dans tous les autres pays qui Tont établie) pour les conflits entre patrons et ouvriers : la partie qui ne se soumet pas aux décisions du tribunal nommé sous le contrôle de TËtat est poursuivie en justice et punie d'une amende (1894-95).
Un tel régime suppose que les ouvriers sont groupés et traitent collectivement sous la responsabilité d'un bureau choisi par eux; c'est en quelque sorte le syndicat rendu obligatoire par la loi. Toute la nouvelle législation ouvrière présente en Nouvelle-Zélande le même caractère radical. Ainsi TActe pour protéger les enfants mineurs employés dans le commerce (1892- 1894) va beaucoup plus loin que notre législation ou celle des Anglais; il s'applique à tous les magasins, ateliers, boutiques, etc., à partir de deux employés, interdit l'emploi des mineurs avant quatorze ou seize ans suivant le degré d'instruction primaire, fixe la durée maxima de leur travail à huit heures ou neuf heures et demie par jour selon les cas, repas compris, et sans travail de nuit; leur assure le repos du dimanche et, en outre, d'une demi-journée par semaine avant l'âge de dixhuit ans. Les lois sociales australasiennes forment, depuis quelques années, un des chapitres les plus importants des recueils spéciaux. Nous n'avons pu en citer ici que quelquesunes, à titre d'exemple.
Li'État et la propriété foncière. — La < libre sélection » est toujours en vigueur; mais l'étendue des bonnes terres vacantes a diminué; les recettes provenant de la vente des lots ont beaucoup baissé; en Nouvelle-Galles, elles représentaient, vers 1877, le quart du revenu total; aujourd'hui elles n'en représentent plus môme le huitième. Seuls le Queensland et l'Australie occidentale, étendus et peu peuplés, ont encore beaucoup de terres utilisables à concéder. La situation est gênante pour des budgets en déficit et pour des pays qui cherchent le moyen d'augmenter la densité de leur population. Afin d'y remédier, on a adopté un grand nombre de lois dont les