‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 132 sur 176 · LES CLASSES OUVRIÈRES · texte numérisé non relu

LES CLASSES OUVRIÈRES

dans rhîstoire économique, que paraissait la journée maxima générale. Cette mesure radicale ne reçut d^ailleurs aucune application. Dès le 9 septembre, elle était abrogée, et un nouveau décret se bornait à fixer à douze heures la durée de la journée de travail pour les adultes, uniquement dans les manufactures et usines. Mais aucune autorité n'ayant été chargée d'en surveiller l'exécution, ce décret demeura, comme le précédent, lettre morte. Il en fut de même de la suppression du marchandage, décrétée aussi à la demande des ouvriers.

La législation ouvrière sous le second Empire. — Le Gouvernement provisoire disparu, les classes ouvrières cessèrent d'occuper le premier rang dans les préoccupations gouvernementales. Les dangereuses utopies de quelques-uns de leurs défenseurs firent tort à l'équité d'un grand nombre de leurs réclamations. L'Assemblée nationale, puis le second Empire, ne purent cependant écarter de parti pris les graves questions résultant de la transformation industrielle, et que la crise récente de i847 avait si vivement mises en lumière. Il devenait d'autant plus nécessaire de s'en inquiéter que les classes ouvrières, jusque-là tenues à l'écart du gouvernement, venaient d'acquérir à leur tour le droit de vole.

En 1791, le droit de coalition avait été supprimé pour les patrons comme pour les ouvriers. Cependant la loi s'était montrée plus dure pour les ouvriers que pour les patrons. En 1849, l'égalité de répression était établie. Mais cette égalité était devenue insuffisante. La concentration des entreprises, effet des inventions nouvelles, avait rendu plus faciles qu'autrefois les ententes entre patrons, ententes à l'égard desquelles, d'ailleurs, le gouvernement ne savait garder l'impartialité. La situation était tout autre pour les ouvriers, qui ne pouvaient dissimuler les réunions nécessaires pour arriver à une entente commune; sans le droit de s'unir, ils se trouvaient donc désarmés et dans une situation d'infériorité réelle vis-à-vis des patrons, pour la discussion du contrat de salaire. Le droit de coalition et le droit d'association étaient ceux qui leur tenaient le plus à cœur. Le premier leur fut enfin accordé, après beaucoup d'hésitation, en 1864. Quant au second, le gouvernement le leur refusa obsti-

némeiit, mais il dut se résigner à faire preuve de tolérance à ce sujet.

En 1848, on comptait déjà à Paris onze syndicats de patrons, dont le gouvernement tolérait Texistence, malgré la loi. Ces associations étaient à peu près inconnues en province; à partir de 1852, sous Tinfluence de Tactivité industrielle et commerciale, elles se développèrent, et, en 1867, on comptait à Paris plus de cinquante chambres syndicales patronales. Les associations ouvrières, obligées d*user de plus de prudence, avaient généralement adopté la forme de sociétés de secours mutuels ; cependant, en 1867, il existait déjà quatre chambres syndicales ouvrières. A partir de cette date , leur nombre alla en augmentant, grâce à Tattitude nouvelle du gouvernement qui assura les ouvriers de sa bienveillance et autorisa la formation d'associations syndicales. Dans ce cas, comme dans la plupart des autres mesures qu*il prit vis-à-vis des classes ouvrières, TEmpire se refusa à leur donner une liberté qu*il redoutait, et préféra conserver à leur égard une sorte de patronage qui les laissait à sa merci.

En 1868, larlicle 261 du code civil, qui donnait au maître le privilège exorbitant d'être cru sur son affirmation, en cas de discussion relativement au contrat de louage de services, fut abrogé, et le droit commun rétabli en cette matière. Vingt ans avant, le décret du 27 mai 1848 avait établi Tégalité dans les conseils de prud'hommes en décidant que le nombre des prud'hommes ouvriers devrait toujours être égal à celui des prud'hommes patrons^ tandis que le décret de 1809 avait réservé à ces derniers la majorité.

Un des moyens dans lesquels les chefs du mouvement ouvrier de 1848 avaient le plus d'espoir pour améliorer le sort des classes ouvrières était le développement des associations de production. Ils entrevoyaient la possibilité d*arriver par elles à la suppression du salariat. Pour aider ce mouvement, l'Assemblée nationale accorda une subvention de trois millions, destinés à être répartis entre les associations ouvrières qui en feraient la demande. Cinquante-six sociétés furent admises à profiter de ce don généreux. Mais les résultats ne répondirent

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