‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 142 sur 176 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

De 1846 à 1870.

Grégoire XVI était mort le 1*'' juin 1846. En trois jours (14-16 juin), le conclave réuni pour élire son successeur se mit d'accord sur le nom du cardinal Jean Mastaï-Ferretti, évêque dlmola, qui prit le nom de Pie IX, et inaugura le 21 juin le plus long pontificat que l'Eglise ait jusqu'à présent connu (32 ans). Nous n'avons pas à nous occuper ici du prince temporel, mais seulement du souverain spirituel et de ses divers actes jusqu'en 1870. Considéré à ce point de vue, on peut dire que Pie IX a achevé la restauration générale de l'Eglise dans l'ancien et le nouveau mondes; — a contribué, par ses décisions doctrinales et l'impulsion donnée aux missions, à maintenir ou propager la foi catholique ; — a raffermi enfin l'auto-

rite pontificale et renoué les grandes traditions de l'Eglise en convoquant au Vatican le vingtième concile œcuménique. — Après avoir étudié ces trois ordres de faits, nous ajouterons quelques mots sur les cultes non catholiques.

/. — Rapports de VÉglise et des divers États.

Rétablissement de la hiérarchie en Angleterre et en Hollande. — Dès le 9 novembre 1846, Pie IX préludait

aux diverses mesures qu'il devait prendre en matière ecclésiastique, en adressant à tous les évoques de la catholicité une encyclique dans laquelle il exposait les plaies du siècle, que TEglise a seule le pouvoir de guérir, à la condition que ses pasteurs se montrent vigilants et dévoués. On trouve déjà dans cette encyclique de la première heure les pensées maîtresses qui, jusqu'à la fin, guideront le nouveau pape dans le gouvernement de l'Eglise.

Le zèle qu'il recommandait aux autres. Pie IX le manifesta d'abord en s'occupant du rétablissement de la hiérarchie en Angleterre. Il avait suivi avec soin le mouvement suscité dans l'Eglise anglicane par la publication des Tracts for the linies^ et encouragé les nombreuses conversions qui en furent la suite. En 1847, il avait même chargé deux des plus illustres convertis, Faber et Newman, d'introduire dans leur pays Tordre de l'Oratoire. En 1880', sur l'avis des vicaires apostoliques de l'Angleterre, il jugea le moment venu d'y reconstituer l'épiscopat catholique, disparu depuis trois siècles. Par une bulle datée du 29 septembre, il érigea douze évèchés, groupés autour de l'archevêché de Westminster, dont le premier titulaire fut M^ Wiseman(f 1865), vicaire apostolique depuis 18.40.

L'acte pontifical souleva une vive réaction parmi les protestants, et l'on vit se réveiller les vieilles haines contre les catholiques. La populace fut soulevée au cri de No popery. Lord Russell fit voter une loi déclarant nulles les nominations faites par Pie IX et interdisant aux nouveaux évêques de porter leurs titres, etc. M^' Wiseman tint tête à l'orage, et réussit à n'être brûlé « qu'en effigie et non en personne ». Le bruit apaisé, les conversions reprirent plus nombreuses. En 1851,. trente-trois ministres anglicans abjurèrent, parmi lesquels l'archidiacre de Chichcster, Manning, destiné à succéder à Wiseman sur le siège de Westminster et à mourir, comme lui, cardinal. Depuis lors, le catholicisme n'a cessé de faire des progrès en Angleterre, où il jouit maintenant d'une liberté plus grande qu'en bien des pays catholiques.

Les progrès du catholicisme ont été moins retentissants en Hollande, où l'intolérance des calvinistes a toujours empêché

Texéculion du concordat de 1827; mais, grâce à la liberté religieuse proclamée par la Constitution de 1848, ils furent assez réels pour que Pie IX, dès 1853, jugeât opportun d'y rétablir la hiérarchie. Il créa un archevêché à Utrecht et quatre évêchés sufTragants à Harlem, Bois-le-Duc, Bréda, Ruremonde. Malgré les efforts des protestants et des jansénistes, qui décidèrent le gouvernement royal à demander le retrait de cette mesure, elle fut maintenue et devint le point de départ d'un véritable renouvellement de la vie catholique en Hollande.

L'Église en Allemagne ; le mémorandum de "Wurtzbourg. — L'attention de Pie IX fut ensuite attirée par les événements graves qui se passaient en Allemagne depuis 1848.

A cette époque, la situation de l'Ëglise dans les divers Etats allemands était loin de donner satisfaction aux catholiques. Leurs efforts pour mettre un terme à l'assujettissement dont elle souffrait n'avaient pas réussi, faute surtout d'une entente commune. En 1848, profitant de l'agitation provoquée par la révolution de France, les évoques allemands se réunirent à Wurtzbourg, pour aviser aux moyens de faire cesser l'oppres^ sion qui pesait sur l'Eglise (21 octobre-16 novembre). De leurs longues délibérations sortit un mémorandum^ qu'ils devaient faire parvenir à leurs gouvernements respectifs, et qui contenait leurs revendications fondamentales. Ils réclamaient, entre autres choses, le respect de la liberté de conscience des catholiques, la liberté d'enseignement, le droit de diriger leurs séminaires, de régler les choses du culte, et d'administrer les biensde leurs églises sans ingérence du pouvoir séculier.

Ces efforts des évoques ne devaient pas rester stériles. Ils eurent tout d'abord un succès relatif en Prusse, où la nouvelle constitution (1850) sanctionna quelques-unes des clauses du mémorandum de Wurtzbourg. D'après l'article 12, « l'Eglise évangélique et l'Eglise romaine, ainsi que les autres sociétés religieuses, étaient déclarées libres d'organiser elles-mêmes leurs affaires ». L'article 13 leur permettait de communiquer

librement avec leurs chefs; et par l'article 15, l'Etat prussien renonçait en principe au droit qu'il avait jusqu'alors exercé de nommer aux postes ecclésiastiques. Grâce à ces libertés, l'Eglise

catholique s'affermit en Prusse de 1850 à 1870, et put résister plus tard au KuUurkampf de Bismarck.

En Bavière, les évoques obtinrent également de Maxim ilien II (1848-1864), après deux remontrances, certaines concessions qui, bien qu'incomplètes, améliorèrent cependant la situation de l'Eglise.

Les mémoires de Fribourg et le conflUt badois. — Dans la province ecclésiastique du Haut-Rhin il fut plus difficile d'arriver à une entente. Dès le 21 mars 1848, l'archevèque de Fribourg-en-Brisgau, M^ Hermann de Vicari, avait réclamé du gouvernement badois un traitement plus équitable et plus libéral à l'égard des catholiques : il n'avait rien obtenu. En 1850, une motion présentée par le député Hirscher et tendant à l'abrogation des lois contraires à l'Église, fut rejetée par les Chambres. Les évèques du Haut-Rhin se réunirent alors à Fribourg et rédigèrent, conformément au memo^^andum de Wurtzbourg, un mémoire collectif qui fut remis en 1851 aux divers gouvernements. Ceux-ci se concertèrent de leur côté à Carlsruhe et firent attendre leur décision. Pour en finir, les évèques, de nouveau réunis à Fribourg (février 1853), décidèrent l'envoi d'un second mémoire. Les gouvernements intéressés se h&lèrent alors d'accorder quelques menues concessions et refusèrent les plus importantes (5 mars). Après la réception du mémoire, le gouvernement badois répondit qu'il s'en tiendrait aux concessions faites le 5 mars et réprimerait rigoureusement toute tentative d'aller au delà.

En présence de cette attitude intransigeante, M^ de Yicari, malgré son grand âge, n'hésita plus. Il prononça publiquement l'excommunication contre les membres du Conseil supérieur •ecclésiastique et protesta par une lettre pastorale contre les empiétements de l'Etat. Il nomma ensuite aux cures vacantes ■et fit justifier sa conduite en chaire. Le gouvernement, réalisant ses menaces, donna d'abord l'ordre d'incarcérer les ecclésiastiques qui avaient obéi à l'archevôque ; mais, presque tous élant dans ce cas, il fut obligé, pour ne pas interrompre partout l'exercice du culte, de commuer la prison en amendes ou •en retenues de traitement. C'est alors que Pie IX intervint, et,

dans deux allocutions, blâma la conduite du gouverneinent badois (décembre 1853 et janvier 1854). Ce dernier s*obstina : par divers arrêtés (avril et mai 1854), il s'empara de Tadministration des biens de TÉglise, et, comme M^ de Vicari résistait encore à cette mainmise, il commença contre lui un procès criminel, et le fit garder à vue dans son palais par des gendarmes (mai 1854). Mais en présence de l'agitation qui se produisit en faveur de l'évèque, il le relâcha, et entama des négociations avec Pie IX. Après de longs et pénibles pourparlers, il finit par signer certains articles préliminaires , qui remettaient toutes choses en l'état.

La publication de ces « articles préliminaires », qui eut lieu en novembre 1854, mettait fin à la querelle pendante, mais ne répondait pas aux revendications des évèques de la province, qui conservèrent une attitude ferme et forcèrent ainsi les gouvernements à s'entendre avec eux ou avec le pape. — La Hesse-Darmstadt conclut la première une convention avec l'évèque de Mayence, M**^ Ketteler (1854); mais, dans la suite, cette convention fut l'objet de si violentes attaques de la part des Chambres, que l'évèque la retira de lui-même (1866). — En 1857, le gouvernement du Wurtemberg s'était mis d'accord avec le Saint-Siège et avait signé un nouveau concordat. Soumis aux Chambres, ce concordat fut rejeté par elles en 1861, mais remplacé par une loi assez libérale (30 janvier 1862). — Le duché de Nassau s'entendit en 1 861 avec l'évèque de Limbourg.

Le duché de Bade fut moins heureux : le 28 janvier 1859, le grand-duc avait conclu avec le pape un concordat; mais une coalition des protestants et des a libéraux » le fit repousser par les Chambres en 1860, et le gouvernement, renonçant à entreprendre de nouvelles négociations, en revint à l'idée de régler les questions ecclésiastiques par voie législative (9 oct. 1860). Ce fut l'occasion de nouveaux conflits; et lorsqu'en avril 1868 M^' de Vicari mourut, le gouvernement et le chapitre ne purent se mettre d'accord sur le choix de son successeur, et le siège de Fribourg resta vacant pendant quatorze ans.

L'Église en Autriche; concordat de 1855. — En Autriche, grâce aux bonnes dispositions personnelles du jeune

empereur François- Joseph, la situation créée par Tapplication des doctrines joséphistes se détendit sensiblement. Sur les instances de Fépiscopat autrichien, réuni à Vienne au mois de juillet 1849, Tempereur abolit le placet impérial, permit aux évoques de communiquer librement avec le pape, et leur rendit le droit de veiller à la discipline ecclésiastique et de régler le service divin, sans ingérence de TEtat (1850).

Quelques années plus tard (18 août 1855), François-Joseph conclut avec Pie IX un concordat célèbre, qui, dans la pensée des deux parties contractantes, devait marquer la fin du système joséphiste. Ce concordat consacrait la religion catholique comme religion d*Etat, reconnaissait à TEglise son autonomie et le droit de posséder, remettait en vigueur les dispositions canoniques relatives à la juridiction épiscopale (sauf celles qui concernaient le privilège de clergie), abrogeait pour les catholiques, à dater du 1" janvier 1857, le mariage muY, et confiait aux évêques la censure des livres et la surveillance de toutes les écoles catholiques, publiques et privées.

L'empereur toutefois réservait aux dissidents des libertés étendues. Malgré cela, ils attaquèrent vivement le concordat autrichien, et s'efforcèrent par tous les moyens d'en empêcher Inapplication ou d*en obtenir le retrait. Us trouvèrent un appui chez les fonctionnaires de Técole de Metternich, restés joséphistes, réussirent à entraver l'exécution de la plupart des dispositions concordataires, et finirent par imposer à Tempereur» en 1868, une loi scolaire et une loi confessionnelle, conçues dans un esprit tout différent de celui du concordat. Ce dernier resta dès lors lettre morte.

L'Église en Portugal, en Espagne, en Italie. — Dans les Etats catholiques d'origine latine, c'est-à-dire en Portugal, en Espagne, en Italie, en France, la situation respective de

l'Eglise et de l'Etat subit peu de changements de 1846 à 1870.

En Portugal, le Code pénal de 1852 soumet encore les actes du Saint-Siège au j>lacet royal, et l'état de l'Eglise reste aussi lamentable que dans la période précédente. Bien des paroisses manquent de prêtres. Il n'y a plus de monastères d'hommes; et les monastères de femmes, où l'admission des novices est

interdite depuis 1834, ont presque disparu. En 1862, dans une encyclique adressée aux évoques portugais, Pie IX déplora cette situation; mais il ne parvint pas à Taméliorer.

En Espagne, les rapports, rompus de fait avec le Saint-Siège depuis plusieurs années; avaient été rétablis en 1848; et, en mars 1851, une première convention avait réorganisé la hiérarchie en divisant l'Espagne et ses colonies en 58 diocèses. L'abolition des officialités et la vente des biens ecclésiastiques étaient reconnues, mais l'Eglise recouvrait le droit de posséder. Un second concordat, ratifié en 1859 et devenu loi de l'État en 1861, stipula l'inviolabilité des biens non aliénés. Quelques nouveaux évèchés furent ensuite créés, et amenèrent un remaniement des circonscriptions diocésaines.

En Italie, la dynastie de Savoie, parallèlement à ses entreprises contre les Etats pontificaux, avait inauguré une politique hostile à l'Eglise. En 1850, les lois Siccardi suppriment la juridiction ecclésiastique, le droit d*asile dans les couvents, la faculté d*acquérir des biens de mainmorte sans l'autorisation de TEtat. En 1854, une autre loi prononce la confiscation des biens monastiques. En 1855, la loi Cavour proscrit tous les ordres religieux, à la seule exception de ceux qui s'occupaient de réducation et des malades : 335 couvents sur 600 furent fermés. En 1856, le mariage civil est introduit. Dès l'année précédente, le pape avait menacé d'excommunication les auteurs de ces diverses lois. Cela n'empêcha pas Victor-Emmanuel de les étendre en 1859 aux provinces conquises, et en 1866 de confisquer une seconde fois les biens ecclésiastiques, de supprimer la plupart des séminaires (267 sur 288), et d'interdire l'admission de novices dans tous les ordres religieux afin d'amener à bref délai leur disparition.

L'Église en France sous la République de 1848 et le second Empire. — En France, la réaction contre le gouvernement de Louis-Philippe, qui dans l'ordre politique aboutissait à l'établissement du suffrage universel, fut dans l'ordre religieux favorable à l'Eglise. Les municipalités invitent le clergé, redevenu populaire, à bénir les arbres de la liberté. Les évêques accueillent le nouveau régime avec une sympathie

marquée, et Taident à lutter contre les fauteurs de désordres. M^ Affre se fait tuer sur les barricades du faubourg Saint- Antoine pour arrêter les sanglantes journées de juin (25 juin 1848). Grâce à cette alliance entre TEglise et la démocratie, il fut possible d'obtenir de la République la liberté de renseignement secondaire que la monarchie de Juillet avait promise et n'avait pas donnée. Ce fut l'œuvre de la loi libérale du 15 mars 1850 (dite loiFalloux^ du nom de son principal auteur), qui permettait à toute personne, laïque ou congréganiste, moyennant certaines conditions de capacité, d'ouvrir des collèges, placés sous la surmiUance de l'autorité publique, mais non plus sous sa direction.

Après le coup d'Elat, la crainte des passions démagogiques, la politique habile de Napoléon III, qui inspira confiance aux catholiques en répondant de Tordre matériel, en parlant vaguement de la suppression possible des articles organiques, rallièrent tout d'abord à l'Empire la plus grande partie de Tépiscopat et du clergé. Les évoques purent alors réunir sans autorisation quelques conciles provinciaux. L'évôché de Rennes fut érigé en archevêché (1859), et un nouveau diocèse institué à Laval '. —

Mais l'harmonie entre l'Eglise et l'Empire fut bientôt troublée par la politique italienne de Napoléon III et par son alliance avec le Piémont, alliance qui favorisait les convoitises de la maison de Savoie et mettait en péril l'indépendance du Saint- Siège *. Les évêques trompés s'éloignèrent de Napoléon, et pour la plupart manifestèrent dès lors une opposition déclarée. Après la campagne d'Italie, quelques-uns protestèrent éloquemment, comme M^'' Dupanloup à Orléans (1859) et M^ Pie à Poitiers (1861). L'empereur répondit en dissolvant la société charitable de Saint-Vincent de Paul (janvier 1862), que Persigny avait représentée comme s'occupant de politique. — Grâce à

1. Trois évéchcs furent encore créés à la Réunion, à Oran, à Constanline (ces deux derniers en 1867); l'évèché d'Alger fut érigé en archevêché en 1866. En tenant compte de l'annexion de la Savoie et du comté de Nice (1860), ces érections nouvelles portaient le nombre des provinces ecclésiastiques françaises à IvS et le nombre des diocèses à 92.

2. Sur l'altitude équivoque de Napoléon III à l'égard du Saint-Siège et l'opposition que cette attitude provoqua chez les catholiques, voir ci-dessus, chap. v et chap. VII, fs 3.

l'influence de l'impératrice, les rapports avec Pie IX, très tendus à ce moment et qu'allait tendre encore la question du Syllabus (1864), ne furent jamais rompus; mais une certaine défiance régna jusqu'à la fin dans les relations entre les évêques et le gouvernement impérial. Ce n'est qu'en 1867 que Napoléon III comprit qu'il avait été le jouet de la diplomatie italienne, et tenta un rapprochement tardif.

L'Église en Russie; persécution en Pologne. — En Russie, le concordat consenti en 1847 par Nicolas P' resta lettre morte jusqu'à la fin de son règne, et ne fut publié qu'en 18S6, par son successeur Alexandre II. Cette publication donna d'abord quelque espérance de voir la situation des Grecs-Unis et des catholiques polonais s'améliorer; mais cette espérance fut bientôt déçue. A la suite du jubilé séculaire de l'Empire en 1862 et de l'insurrection de la Pologne en 1863, la persécution religieuse reprit, systématique et implacable. Un grand nombre de prêtres et de moines catholiques furent fusillés, étranglés, déportés en Sibérie. 130 couvents d'hommes sur 1S5 et 32 couvents de femmes sur 42 furent supprimés (1864), les biens du clergé confisqués (1865), le concordat avec le Saint-Siège dénoncé (1866). Des popes remplacèrent les prêtres catholiques dans les paroisses, et les Polonais furent contraints par la force d'assister à leurs offices et de laisser baptiser leurs enfants par eux. — Le pape Pie IX, insulté dans son propre palais par l'ambassadeur russe, M. de Meyendorf (1" janv. 1866), éleva contre ces violences d'énergiques protestations, qui n'eurent d'autres résultats que d'entraîner la rupture des relations diplomatiques avec la Russie et une recrudescence de persécution.

//. — Etat intérieur de l'Eglise.

Restauration de l'autorité pontificale. — Le fait le plus marquant de l'histoire intérieure de l'Eglise sous le pontificat de Pie IX est assurément la restauration de l'autorité du Saint-Siège sur l'ensemble de la catholicité. Affaiblie par les désordres du grand schisme d'Occident, rejetée par les protes-

lants, minée par les théories gallicanes des Bourbons et les théories joséphistes des Habsbourg, l'autorité pontificale, si grande sous Grégoire VII et Innocent III, avait forcément diminué. Mais l'abandon des anciennes conceptions régaliennes, le renouvellement des études historiques, l'action des publicistes catholiques, le réveil général qui s'était manifesté dans la chrétienté pendant la première moitié du siècle, avaient réhabitué les catholiques, prêtres et fidèles, à se tourner vers Rome, < mère et maîtresse de toutes les Eglises », pour lui demander une solution dans leurs doutes, une direction dans leurs difficultés, un secours dans leurs entreprises. La vieille règle catholique < Roma locuia est » était redevenue une réalité.

Pie IX profita largement de ce courant' qui ramenait les esprits au centre de l'unité. Il en profita d'abord pour rétablir l'uniformité dans la liturgie, pour définir ou préciser certains points de dogme, pour encourager la diffusion des associations religieuses et des missions. Il en profita aussi pour rassembler autour de lui à différentes reprises (1854, 1862, 1867) des évèqucs de tous les pays, manifestant ainsi extérieurement la restauration de l'autorité du pape sur l'Église, jusqu'au jour où il convoquera au Vatican le vingtième concile œcuménique pour lui demander de déterminer définitivement en droit cette autorité rétablie en fait.

La liturgie romaine; le dogme de rimmaculée Conception; controverses dogmatiques. — Pie IX s'occupa d'abord des liturgies. Il maintint les liturgies orientales (nov. 1846), mais s'efforça de ramener à l'unité les liturgies particulières qui, sous l'ancien régime, s'étaient introduites dans la plupart des diocèses français et dans certains diocèses du nord et de l'ouest de l'Allemagne. Dom Guéranger, abbé de Solesmes,. avait inauguré, dans son grand ouvrage sur les Institutions liturgiques (1840-1851), une vive campagne contre ces liturgies particulières. Encouragé par le pape, le mouvement gagna de proche en proche, et, en mars 1853, Pie IX pouvait féliciter les évèques français de leur zèle à rétablir partout la liturgie romaine. Le clergé de Lyon toutefois résista jusqu'en 1864.

Pie IX s*occupa ensuite du dogme de rimmaculée Conception de la Sainte Yiei^e. Formulée au milieu du ix^ siècle par Paschase Radbert, moine de Gorbie, adoptée en 1140 par les chanoines de Lyon, puis par Duns Scot et les Franciscains, proclamée explicitement comme dogme de foi par le concile de Bàle dans sa trente-sixième session (non œcuménique), la doctrine de rimmaculée Conception s*était propagée partout, malgré l'opposition que lui faisaient les Dominicains sur la foi d'un passage, d'ailleurs obscur, do saint Thomas d'Aquin. En 1708, le pape Clément XI avait étendu a toute l'Eglise la fête de l'Immaculée Conception, déjà célébrée dans la province de Cantorbéry depuis 1328 et dans les Etats de la Maison d'Au (riche depuis 1629. Il ne restait plus qu'à trancher la question au point de vue dogmatique. Le 1°^ février 1849, Pie IX adressa à tous les évêques de la catholicité l'encyclique Uhi primiim, pour leur demander leur avis. Ayant obtenu 576 réponses, presque toutes affirmatives, il appela autour de lui 200 prélats, et en leur présence, le 8 décembre 1854, promulgua solennellement la déflnition de l'Immaculée Conception (bulle Ineffabilis). Ce dogme s'imposait désormais à tous les catholiques.

Pie IX eut ensuite à trancher différentes controverses, qui menaçaient plus ou moins gravement la pureté de la foi. — Vers 1850, un prêtre autrichien nommé Antoine Gunlhcr {j 1863), partant d'un principe analogue à celui d'Hermès, aboutissait comme lui au semi-rationalisme. Ses doctrines erronées sur la Sainte Trinité et la personnalité de Jésus-Christ furent vivement attaquées par Clemens, professeur à Bonn (1853), et condamnées par Pie IX en janvier 1857. Gunther se soumit de suite à la sentence du Saint-Siège. — En décembre 1862, ce fut le tour de Jacques Froschammer, professeur à Munich, qui, dans un ouvrage sur l'origine de l'âme humaine, avait réduit en système le généralionisyne à l'encontre du créationisme; — et en février 1866, de l'abbé Ubaghs, de l'Université de Louvain, qui professait un ontologisme exagéré, condamné dès 1861 par un décret du Saint-Office.

Progrès des associations religieuses et des missions catholiques. — Le pape ne se contentait pas de maintenir la

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pureté de la foi. Voulant aussi la propager, il encouragea toutes les associations formées dans ce but, et notamment la société de Pie IX {Piusverein), dont la première assemblée générale se tint à Mayence en octobre 1848. Approuvée dès le mois suivant par les évèques allemands, réunis à Wurtzbourg, et par Pie IX en février 1849, cette association a tenu depuis lors des assemblées annuelles dans diverses villes d^AUemagne, où elle est devenue le centre de toutes les œuvres catholiques. — En 1832, le P. Pététot rétablit en France l'institut de V Oratoire, dans lequel allait se distinguer le P. Gratry. — En 1856, M"* Eugénie Smet (mère Marie de la Providence) fonde la congrégation des Dames atixiliatrices des âmes du purgatoire, — En 1868, après la terrible famine qui avait décimé l'Algérie (1867), M^ Lavigerie, archevêque d'Alger, organise, sous le nom de Pères de Notre-Dame d'Afrique ou Pères blancs^ une société de missionnaires chargés de l'éducation des orphelins arabes et de l'évangélisation de l'Afrique centrale.

Cette création nouvelle montre que les missions lointaines, qui avaient repris dans la première moitié du siècle un grand développement, ne perdaient rien de leur activité. Elles continuaient à s'étendre dans toutes les parties du monde, où il devient difficile de les suivre. Nous nous bornerons à l'indication des faits principaux qui les concernent.

Dans le Levant, Pie IX rétablit en 1847 le patriarcat latin de Jérusalem, avec obligation de résidence pour le titulaire. Mais dans l'Empire ottoman, la situation des chrétiens, exposés au fanatisme musulman, reste toujours très précaire, malgré l'édit de tolérance {Khatt-i-humayoun) rendu par le sultan en 1856, après la guerre de Crimée et avant le traité de Paris. — Dans l'ouest de l'Afrique, un nouveau vicariat apostolique est érigé au Sénégal en 1854. Le Centre africain est attaqué à la fois par des missionnaires indigènes installés à Naples par Fra Ludovico di Casoria (1865) et par les Pères blancs de M^ Lavigerie (1868). A Madagascar, le vicariat apostolique, confié aux Jésuites en 1848, se maintient, malgré les obstacles suscités aux missionnaires par le protestantisme anglais, proclamé religion d'Etat en 1869 par la reine Ranavalo II. — Dans les Indes-Orientales,

l'organisation ecclésiastique se développe considérablement. En 1854, on n'y comptait pas moins de 20 vicariats apostoliques avec 800 prêtres et un million de fidèles.

Comme toujours, c'est en Extrême-Orient que Tévangélisatîon rencontre le plus de difficultés, et que le sang des missionnaires coule le plus souvent. — En Annam, l'apparition d'un vaisseau français, le Ca/ma^ provoqua en 1856 une persécution générale : toutes les fondations, écoles, couvents, églises, furent ruinées. — En Chine, où, en dépit du traité de Nankin, le P. Chapdelaine avait été massacré en 1852, le traité de Tien- Tsin (1858) et la prise de Pékin par l'expédition anglo-française (1860) donnèrent aux missionnaires un peu de sécurité et leur permirent d'accéder dans l'intérieur du pays. En 1870, on comptait en Chine environ 800 000 chrétiens, répartis entre trois évêchés (Pékin, Nankin, Macao) et neuf vicariats apostoliques. — En même temps que la Chine, le Japon concluait avec la France et l'Angleterre un traité, qui ouvrait certains ports aux étrangers et par suite aux missionnaires, auxquels le pays était fermé depuis deux siècles (1858). Une église fut bâtie à Yokohama en 1862 par le provicaire apostolique. En 1865, un missionnaire, M. Petit-Jean, retrouva les débris encore subsistants des anciennes chrétientés japonaises, formées par les Jésuites au xvi* siècle.

En Amérique enfin, laquelle cesse de pouvoir être considérée comme un pays de mission, la hiérarchie catholique s'établit ou se développe. — Aux Etats-Unis, un concile plénier tenu à Baltimore en 1852 avait réclamé de nouveaux évêchés. Pie IX les créa en 1853, et en 1858 érigea le siège de Baltimore en siège primalial. En octobre 1866, M^*^ Spolding tint dans cette dernière ville un second concile plénier qui réclama encore la fondation de nouveaux évêchés ou vicariats apostoliques. A part quelques émeutes passagères suscitées par les protestants (18i4, 1853), l'Eglise catholique jouit aux Etats-Unis de la liberté commune. — Il n'en est pas de même au Mexique, où elle fut persécutée par les présidents Comonfort (1856) et Juarez (1860 et 1867). Depuis 1848, l'Eglise mexicaine comprend dix évêchés groupés autour de l'archevêché de Mexico. — Dans l'Amérique

centrale, les diverses républiques ont signé chacune un concordat avec Pie IX : celles de Guatemala et de Cosla-Rica en 1852; celles de Nicaragua et de San-Salvador en 1 861 . — Dans rAmérique du Sud, le Brésil subit l'action croissante de la franc-maçonnerie. Au Chili et au Pérou, au contraire, malgré le manque de prètrès, la situation de TEglise est assez prospère.

L'encyclique « Quanta cura » (8 décembre 1864). — Pie IX, dans ses divers rapports avec les gouvernements, n*avait pas été sans éprouver certains obstacles, nés de théories philosophiques ou politiques contraires aux principes chrétiens et répandues de tous côtés par des livres, des brochures, des journaux hostiles au catholicisme. Il se sentait comme enveloppé d'une sourde conspiration, qui prenait son mot d*ordre dans différenles sociétés secrètes (ventes de carbonari en Italie, loges maçonniques en France, en Espagne, etc.), et qui tendait par tous les moyens à détruire Tinfluence que la religion avait jusqu'alors exercée sur les individus, les familles, et les sociétés. Déjà, dans plusieurs lettres ou allocutions, il avait signalé et condamné, comme ses prédécesseurs, les théories au nom desquelles on combattait rÉglise et son autorité ^ Mais depuis longtemps, il désirait résumer dans un document unique, que les évèques pourraient toujours avoir sous la main, les principales doctrines condamnées, afin de prémunir les catholiques contre elles et d*en arrêter, autant que possible, la dilTusion. Il choisit, pour réaliser son projet, et atin de lui donner une certaine solennité, le 8 décembre 1864, c'est-à-dire le premier anniversaire décennal de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception.

Ce jour-là, il adressa à tous les évèques l'encyclique Quanta curay dans laquelle il condamne à nouveau un grand nombre « d'erreurs et de doctrines perverses >, que ses prédécesseurs et lui-même avaient déjà réprouvées; notamment : — 1® le iialu-

1. Notamment: encyclique Qui pluribus, 18i6; allocution Cbi primunif 1847; encyclique Nostis el nobiscum, 1849; lettres apostol. MuUiplices inlen, et Ad apoaiolicœ, 1851; allocutions Acerbissimum, 1852, et Singulari quâdaniy 185i; encyclique Singulari quidem, 1836; allocutions Sumquam fore, 1856, Multis gravibusque., 1860, Jaindudum cernimuSy 1861, Mcurima quidem, 1862; lettres à Tarchev. de Frising Gravissimas^ 1862, et Tuas libenter, 1863; encyclique Quanio conficiamur, 1863.

ralisme^ qui conduit à soutenir que c les Etats doivent se constituer et se gouverner sans tenir compte de la religion », que la liberté de la presse < ne doit être limitée, ni par Tautorité ecclésiastique, ni par l'autorité civile », que « la volonté du peuple constitue la loi suprême, indépendante de tout droit divin et humain » ; — 2** le communisme et le socialisme, qui tendent à exclure la religion de la famille, en prétendant que < tous les droits des parents sur leurs enfants découlent de la loi civile », et que c Tinstruction et Téducation de la jeunesse doivent être enlevées au clergé, ennemi des lumières, de la civilisation et du progrès »; — 3** le régalisme, affirmant que « rÉglise de Jésus-Christ est soumise à Tautorité civile » et que la puissance ecclésiastique « n'est pas de droit divin distincte et indépendante de la puissance séculière », avec toutes les conséquences, plus ou moins contraires à la liberté de TËglise, que le gallicanisme, le joséphisme, le protestantisme ont tirées de. ces prémisses.

Le Syllabus; règles d'interprétation. — A Tencyclique Quanta cura, qui devait être communiquée aux fidèles, était annexé un autre document, qui n'était pas destiné à la publicité : c'était le Syllabus ou « Résumé renfermant les principales erreurs de notre temps, signalées dans les allocutions consistoriales, encycliques et autres lettres apostoliques deN. T. S. P le pape Pie IX ». Ce catalogue contient, réparties en dix paragraphes, un ensemble de 80 propositions que le pape rejette comme erronées. Dans le premier paragraphe, sont condamnés le panthéisme, le naturalisme, et le rationalisme absolu; dans le second, le rationalisme modéré; dans le troisième, l'indiCTérentisme et le latitudinarisme. Le qua* trième paragraphe n'est qu'un simple renvoi concernant le socialisme, le communisme, les sociétés secrètes, bibliques, clérico-libérales. Le cinquième, au contraire, ne signale pas moins de vingt « erreurs relatives à l'Eglise et à ses droits » et tendant toutes à affirmer sa subordination au pouvoir laïque. Le sixième paragraphe vise les « erreurs relatives à la société civile, considérée soit en elle-même, soit dans ses rapports avec l'Eglise », et tendant à légitimer tous les errements joséphistes

OU gallicans. Viennent ensuite les erreurs < concernant la morale naturelle et chrétienne » (§ 7), « le mariage chrétien » (§ 8 ), < le principat civil du pontife romain » (§ 9), et enfin c le libéralisme moderne » (§ 10), c'est-à-dire Terreur qui consiste à présenter comme conforme à la raison, et non pas simplement comme imposée aux gouvernements par des nécessités de fait, la liberté civile des cultes.

A la suite de chacune de ces 80 propositions, rédigée sous une forme négative et concise qui en rend Tinterprétation souvent difficile, se trouvent indiquées les allocutions ou lettres apostoliques auxquelles on doit se référer pour savoir en quel sens et dans quelle mesure est condamnée la proposition en question. C'est uniquement à ces sources auxquelles il renvoie expressément que le Syllabus emprunte sa valeur doctrinale ; i proprement parler, il n'en a pas par lui-même. Il ne suffît pas en effet de retourner chaque proposition sous une forme affirmative pour connaître la vraie pensée du pape. En outre, il ne faut pas oublier que le Syllabus se place uniquement au point de vue des principes de l'ordre immuable et absolu, laissant de côté les nécessités de l'ordre contingent et relatif; en termes d'Ecole, il pose la thèse et ne s'occupe pas de V hypothèse y c'està-dire de la conciliation des principes avec les réalités. Telle proposition, condamnée au »ens philosophique, sera au contraire tolérée si on veut l'entendre au sens pratique.

Accueil fait au Syllabus. — Étant données sa nature et sa forme, on comprend que le Syllabus ne fût pas destiné à être publié. Il le fut cependant, dans des circonstances restées obscures, et, bien qu'il ne contînt rien de nouveau, sa publication fit scandale. < Il fut accueilli avec joie par les ennemis de l'Église qui le représentèrent comme une déclaration de guerre du pape à la société moderne, avec ennui par les gouvernements qui essayèrent d'empêcher de le publier, avec un embarras visible par les catholiques libéraux » (Seignobos).

Les ennemis de l'Eglise négligèrent de se reporter aux sources auxquelles se référait le Syllabus, le prirent tel quel, et sans vouloir faire la distinction du sens philosophique et du sens pratique, affectèrent d'y voir la condamnation explicite de

toutes les libertés consacrées par la Révolution, notamment : — 1° de la souveraineté nationale et du suffrage universel (proposition 60), alors que le pape condamne simplement la doctrine qui considère « Tautorité comme la somme du nombre et des forces matérielles » et ne reconnaît € d'autre force que celle qui résulte de la matière » (alloc. Maxima quidemy 1862); — 2** de la liberté des cultes non-catholiques (prop. 78 et 79), qui n'est réprouvée qu'en lant qu'elle implique la tolérance dogmatique, et non pas en tant qu'elle implique la tolérance civile {bMoc. Acerbissimum, 1852, et Numquam fore, 1856); — 3® de la liberté de la presse considérée d'une façon générale (prop. 79), tandis que le pape visait seulement la liberté illimitée {omnimodam liberlaiem) qu'aucun gouvernement n'a jamais admise. Et ainsi du reste. — Un dernier grief concernait la 80° proposition condamnée, ainsi conçue : < Le pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme, et la civilisation moderne »; d'où l'on tirait cette conclusion que le pape réprouvait toutes les sociétés telles qu'elles étaient organisées de son temps, alors que, par ces expressions, d'ailleurs peu heureuses, il entendait désigner c un système combiné tout exprès pour affaiblir et peut-être renverser l'Eglise du Christ» (alloc. Jamdudum cernimus, 1861). Cette manière de présenter les choses produisit une double émotion, d'abord chez les monarques, dont quelques-uns interdirent la publication de l'encyclique et du Syllabus (Victor Emmanuel, Napoléon III, Alexandre II), ensuite chez les évèques, qui protestèrent à la fois contre ces mesures d'interdiction et contre l'interprétation donnée au Syllabus par les ennemis de l'Eglise. M^' Dupanloup, dans sa célèbre brochure sur la Convention du 15 septembre et V Encyclique du 8 décembre, établit le véritable sens du document pontifical; et ses règles d'interprétation (que nous avons résumées plus haut) reçurent l'adhésion de 630 évèques du monde entier et de Pie IX luimême (4 février 1865). Il n'y eut qu'un nombre très restreint de dissidents, dont le plus important était M^' Maret, évêque in partibus de Sura.

///. — Le Concile œcuménique du Vatican.

Préliminaires et convocation du Concile. — L'émotion provoquée par la divulgation du Syllabus était à peine calmée qu'une émotion beaucoup plus profonde et plus générale fut soulevée, en 1861, par Tannonce de la convocation prochaine d'un concile œcuménique. Pie IX y songeait depuis longtemps, et au moment même où il allait publier l'encyclique Quanta cura, le 6 décembre 1864, il en avait entretenu secrètement quinze cardinaux, puis en 1865 trente-cinq évoques. La très grande majorité s'étant montrée favorable au projet, le pape annonça officiellement son intention aux 500 évoques qui se trouvèrent réunis à Rome, à Toccasion du dix-huitième centenaire du martyre des saints Pierre et Paul (26 juin 1867). L'année suivante (29 juin), il publia la bulle d'indiction {.^tei'tii Pairis)y qui fixait l'ouverture du concile au 8 décembre 1869, en indiquait l'objet et le lieu (Rome), et manifestait l'espérance que les divers chefs d'État, surtout les catholiques, n'empêcheraient pas les prélats convoqués de se rendre au concile.

Le 8 septembre suivant. Pie IX adressa à tous les évèques orientaux schismatiques la lettre Arcano divinm, par laquelle il les invitait à venir au concile, afin d'arriver c à Tunion tant souhaitée de tous ». Cet appel ne fut pas entendu. La nation arménienne manifesta seule des dispositions favorables, qui furent étouffées par les soins du Phanar. — Le 13 septembre, le pape écrivit également aux protestants et autres « acatholiques », les exhortant à considérer « s'ils étaient bien dans la voie tracée par Jésus-Christ pour conduire au salut éternel ^ (lettre Jam vos omnes). L'attitude des protestants à l'égard de cette lettre fut diverse : les sceptiques s'en moquèrent; les zélés s'en offensèrent et répondirent par des injures; les intentions du pape ne furent comprises et respectées que par un petit nombre de réformés, tels que Baumstark en Allemagne, Guizot en France, Pusey en Angleterre.

Ce qu'il y avait de remarquable dans ces préliminaires du

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