Voir ci-dessus, p. loT
3. Non seulement il permit que Jules Favre, avocat d'Orsini, l'intercalât dans sa plaidoirie, mais il la Gt publier dans le Moniteur et, ce qui était plus significatif encore, dans le journal officiel du royaume de Sardaigne.
irrésistible. La Société nationale était toujours à ses ordres. Le ministre de Vicior-Emnianuel voyait donc nettement où il allait. Comment son impérial complice ne voyait-il pas où il se laissait lui-même entraîner?
Préludes de la grande guerre. — Cavour en quittant Plombières se rendit en Allemagne, s assura que la Prusse n'était pas disposée à se compromette en faveur de rAutriche, puis rentra plein d'espoir à Turin, où il mena de front, à la fin de 18S8, les préparatifs de guerre et les négociatioos secrètes avec la France. Quant à Napoléon III, sa complaisance pour les journaux qui demandaient la guerre contre l'Autriche et l'émancipation de l'Italie fit bientôt soupçonner au public ses véritables intentions. Bientôt, du reste, il prit ia peine de les révéler lui-môme. Le 1" janvier 1859, recevant aux Tuileries le corps diplomatique : « Je regrette, dit-il à l'ambassadeur d'Autriche, que nos relations avec votre gouvernement ne soient pas aussi bonnes que par le passé... » Ces paroles causèrent à Vienne le plus grand émoi. Plusieurs corps d'armée autrichiens furent dirigés vers le royaume lombard-vénilien. Peu de jours après, Victor-Emmanuel parlait devant les Chambres piémontaises du ciel qui s'assombrissait, des obligations patriotiques qui incombaient à la Sardaigne, et déclarait ne pouvoir rester insensible au cri de douleur qui s'élevait dans toutes les parties de l'Italie opprimée. Le 30 janvier avait lieu à Turin le mariage du prince Napoléon avec la princesse Clotilde. Dans le même temps paraissait sous ce titre : Napoléon III et Cltalie, une brochure inspirée par l'empereur des Français et qui n'était guère que la paraphrase de l'accord secret de Plombières. Enfin l'on ne put douter que la guerre ne fût imminente quand on vit Cavour faire voter par le parlement sarde un emprunt de 50 millions destinés à la défense du Piémont (9 février). Les troupes s'accumulèrent rapidement en Italie. Il y eut bientôt près de 200000 Autrichiens sur les bords du Tessin.
Il ne tint pas à l'Angleterre que les hostilités ne s'ouvrissent pas. Cette puissance craignait que la France ne voulût trop gagner à la guerre. Mais sa proposition de médiation fut déjouée par Napoléon III et par l'empereur de Russie (alors
très désireux d'abaisser TAutriche)* Ces deux souverains proposèrent vers le milieu de mars de soumettre la question italienne à un congrès. C'était vouloir la rendre insoluble. La cour de Vienne, qui se croyait sûre de la victoire*, émit en effet la prétention d'exclure la Sardaigne de ce congrès (tout en y admettant les autres gouvernements italiens) et d'obliger cette puissance a un désarmement immédiat. La cour de Turin n'épargna rien pour porter la mauvaise humeur de l'Autriche à cet état d'exaspération où l'on ne raisonne plus et où l'on se jette tète baissée dans tous les pièges. Gavour adressa un appel retentissant aux patriotes italiens, encouragea les audaces de la presse piémontaise, confia officiellement à Garibaldi le soin de former un corps de volontaires. Bref, dès le commencement d'avril, la cour de Vienne prit l'irrévocable résolution d'attaquer, et les efforts de l'Angleterre ne la retinrent que peu de jours. Cavour, une fois assuré qu'elle allait commettre cette irréparable faute, crut pouvoir sans péril prendre une attitude conciliante. Le 21 avril, il déclarait adhérer au principe du désarmement général mis en avant par le cabinet de Londres*. A ce moment même il savait qu'on venait de décider à Vienne l'envoi d'un ultimatum par lequel le gouvernement sarde serait invité à désarmer seul, sous menace d'attaque immédiate. Effectivement cette sommation lui fut remise dès le 23. II ne lui était accordé que trois jours de délai, au bout desquels il répondit fermement : non. C'était la guerre. Le gouvernement français déclara aussitôt qu'il n'abandonnerait pas son allié. Une dernière tentative de médiation, faite par l'Angleterre, n'eut aucun succès, et dès le 29 avril (1859) les troupes autrichiennes, sousGiulay, franchissaient le Tessin. Mais juste dans le même temps les premières colonnes de l'armée française franchissaient les Alpes. De toutes façons l'Autriche avait mal engagé la partie. Elle était fatalement destinée à la perdre.
1. Elle comptail sur le concours de la Conrédérdtion germanique, ainsi que sur la neulraiilé bienveillante et peut-être môme sur Talliance de TAngleterre; De plus elle se croyait prête pour roflTensive et était persuadée, grâce aux bruits répandus par ses adversaires, qu'ils ne- Tétaient pas.
2. Le Piémont tenait à se faire altaquer, parce que, s'il eàt pris lui-même l'offensive, l'Autriche eût été fondée à réclamer l'assistance de la Confédération germanique.
//. — Formation du royaume d'Italie.
Napoléon m à Milan. — Gîulay tâtonna quinze jours et n'avança guère au delà de Novare. Quand il voulut pousser plus loin, déjà quatre corps d*armée français for-* mant un effectif de 100 000 hommes, unis aux SO 000 soldats de Victor-Emmanuel, couvraient la capitale du Piémont. Un cinquième corps, sous le prince Napoléon, partait pour la Toscane, d*où il devait se rabattre sur les bords du Pô. Enfin l'empereur annonçait fièrement par sa proclamation du 3 mai son intention d'aflranchir lltalie jusquà VAdriatique, puis quittait Paris pour aller se mettre à la tète de son armée (10 mai). Dès qu'il fut arrivé en Italie, les alliés prirent l'offensive. Au nord, Garibaldi, avec ses chasseiu*s des AlpeSy tourna la droite des Autrichiens, enleva Varèse et en quelques semaines parvint victorieusement jusqu'à Gôme. Mais les grands coups furent portés ailleurs. L'armée française ayant feint de se concentrer au sud du Pô et de menacer Plaisance, Giulay se porta au-devant de celte place avec le gros de ses forces et vint prendre contact avec l'ennemi, à Montebello, oi!i il subit un premier échec (20 mai). Par cette fausse manœuvre il avait découvert la route de Milan. Aussitôt, les Franco-Piémontais, par une rapide conversion à gauche, se jetèrent sur la Sesia, qu'ils forcèrent à Palestro (31 mai), et deux jours après parvinrent à franchir le Tessin à Turbigo et à Buffalora. L'Autrichien, qui avait luimême ramené ses troupes vers le nord, s'efforça de les arrêter à Magenta où, pendant une partie de la journée du 4 juin, il eut l'avantage sur Napoléon III qui, presque isolé avec sa garde, fut un moment en grand danger. Mais l'arrivée opportune du général de Mac-Mahon, qui tomba vers le soir sur le flanc droit de l'ennemi, changea la défaite de l'empereur en une éclatante victoire. Quatre jours après, tandis que Baragueyd'Hilliers culbutait à Melegnano les débris de l'armée vaincue et les réduisait à fuir jusque derrière le Mincio, Napoléon III et Victor-Emmanuel entraient à Milan, et le premier de ces souve-
rains, grisé par le succès, lançait imprudemment à la nation italienne un appel auquel elle n'était que trop disposée à répondre, c Unissez-vous, disait-il aux habitants de la Péninsule, dans un seul but, l'affranchissement de votre pays. Organisez-vous militairement, volez sous les drapeaux du roi Victor-Emmanuel... et, animés du feu sacré de la patrie, ne soyez aujourd'hui que soldats; demain vous serez citoyens libres d'un grand pays. »
Soulèvement de l'Italie centrale. — Dans le même temps Napoléon III parvenait à renverser en Angleterre le ministère Derby (H juin 1859), que remplaça le ministère Palmerston, beaucoup plus favorable à l'aOranchissement de l'Italie. Il se concertait avec Kossuth pour provoquer un soulèvement en Hongrie. Bref il semblait avoir le vent en poupe. Mais il ne tarda pas à s'apercevoir que ses victoires pourraient lui être plus nuisibles que des défaites. Après avoir déchaîné la révolution en Italie, il constatait maintenant avec stupeur qu'elle gagnait le centre de la Péninsule, qu'elle ne l'écoutait plus, qu'il ne pouvait la ramener en arrière, et que Cavour, comme tous les patriotes ses amis, tendait non point à la confédération^ mais à Y unification italienne. Dès la fin d'avril, la Toscane s'était soulevée et avait chassé le grand-duc Léopold; elle témoignait d'une façon non douteuse qu'elle ne voulait pas le prince Napoléon pour souverain. A Parme comme à Modène, les populations forcèrent aussi leurs princes à prendre la fuite (mai-juin 1859). Les Légations, évacuées par les Autrichiens après Magenta et Melegnano, prirent feu et en quelques jours secouèrent la domination pontificale. Le pape et le jeune roi de Naples François II, qui venait de succéder le 22 mai à son père Ferdinand II, étaient tenus en respect parla garnison française de Rome. Napoléon III n'avait pas le droit de s'opposer à des soulèvements qui avaient pour premier résultat de grossir l'armée franco-piémonlaise. Mais il ne pouvait se dissimuler qu'ils devaient avoir pour conséquence l'annexion à la Sardaigne des pays soulevés. A Parme, à Modène, à Bologne, tous les pouvoirs étaient maintenant exercés par des agents de Cavour ^
1. Buoncompagni à Florence, Farini à Modène, (l'Azeglio à Bolof^ne.
L'empereur des Français était effrayé, presque consterné. L'impératrice et le ministre Walewski lui adressaient les rapports les plus alarmants sur l'état de l'empire, où, sous l'influence du clergé, les classes riches et les populations rurales commençaient, disaient-ils, à se montrer fort mécontentes d'une politique si contraire aux intérêts du Saint-Siège, et sur les dispositions de l'Europe, où de redoutables complications menaçaient suivant eux de se produire, l'attitude de l'Allemagne visà-vis de la France devenant tout à fait menaçante.
Solférino et Vlllafranca. — Sur ces entrefaites, l'armée autrichienne, renforcée et commandée par François-Joseph en personne*, s'était reportée en avant du Mincio, sur les hauteurs qui s'étendent de Gastiglione à San-Martino. C'est là que les alliés vinrent, presque sans s'en douter, se heurter contre elle et que s'engagea le 24 juin 1859 la bataille de Solférino, où 350 000 hommes furent engagés sur une ligne de o lieues d'étendue. Après quinze heures de résistance, les Autrichiens, enfoncés au centre et à gauche par les Français, à droite par les Piémontais, furent encore vaincus et se retirèrent avec des pertes énormes.
C'était là certainement pour les alliés un glorieux succès. Mais Napoléon III n'en profita que pour se hâter d'oQrir à François-Joseph une paix qui stupéfia toute l'Europe. Attristé par le sang qu'il avait fait couler 2, effrayé d'avoir en face de lui le Mincio et ce redoutable quadrilatère ' où l'Autriche pouvait longtemps encore défier ses efforts, alarmé par l'attitude du tsar, qui ne voulait pas d'insurrection en Hongrie, et de la Confédération germanique, qui commençait à mobiliser ses troupes, épouvanté surtout de l'irritation que le parti ultramontain manifestait contre lui dans toute la France, il n'hésita pas à faire les premières avances à l'empereur d'Autriche, qui, vaincu et ne voulant pas se mettre à la merci de la Prusse, alliée douteuse et par trop exigeante, n'eut garde de les repousser. Dès le 8 juillet
1. Du moins nominalement; elle avait maintement pour chef réel le feWlmaréchal de Hess.
2. La journée de Solférino avait coûté 10 000 hommes à l'armée française.
3. C'est-à-dire les quatre places fortes de Vérone et Lcgnago sur TAdige, de Peschiera et Mantoue sur le Mincio.
un armistice fut conclu. Trois jours après, les deux souverains se rencontraient à Villafranca et concluaient des préliminaires de paix portant que la Lombardie serait cédée à la France et rétrocédée à la Sardaigne; que TAutriche garderait la Yénétie; que cette province ferait partie de la confédération italienne, laquelle serait placée sous la présidence honoraire du pape; que le grand-duc de Toscane, et le duc de Modène rentreraient dans leurs Etats; que le Saint-Père serait invité à introduire dans les siens des réformes indispensables ; enfin qu'une amnistie serait accordée de part et d'autre aux personnes compromises à l'occasion des derniers événements.
Napoléon m débordé par la révolution italienne. — Celte convention fut pour l'Europe, et surtout pour la nation italienne, le coup de théâtre le plus imprévu. L'opinion générale fut que l'Autriche sortait peu amoindrie de la guerre, qu'à l'égard de la Péninsule sa position restait aussi menaçante que par le passé, puisqu'elle gardait le quadilatère de Yénétie et qu'elle allait entrer dans la confédération, où elle retrouverait la clientèle princière d'autrefois. Elle encourageait le grand-duc de Toscane, le duc de Modène, et leur fournissait des moyens d'action. Le peuple italien regardait Napoléon III comme un traître et demandait de toutes parts l'annexion au Piémont. A la nouvelle du traité, Cavour avait manifesté la plus violente colère. Dès le 13 juillet il avait bruyamment renoncé au ministère, oii Rattazzi fut appelé à le remplacer. Au fond il gardait tout son sang-froid. Simple particulier, il recouvrait toute sa liberté d'action et il en usa largement. C'est sous son inspiration que furent institués avant la (in de juillet les gouvernements provisoires de Florence, de Modène et de Bologne, indépendants en apparence, mais en réalité dirigés par la cour de Turin et qui, encouragés par le gouvernement anglais, plus favorable maintenant que Napoléon III à la cause italienne \ n'hésitèrent pas
1. John Russeli, chef du Foreign-Office, i)osa en principe, par une circulaire du 27 juillet, que les États romains devaient être évacués par les Français et que les populations de rUalie centrale devaient pouvoir disposer librement de leurs destinées. Il convenait à l'Angleterre d'exploiter le mécontentement des Italiens contre Napoléon lll et de favoriser la formation non d'une confédération vassale de la France, mais d'un grand État, indépendante la fois de TAutriche et de la France et capable, au besoin, de gêner ou d'inquiéter cette dernière puissance.
Histoire oémêralb. XI. 18
à provoquer, du 16 au 20 août, des plébiscistes d'annexion au royaume de Sardaigne.
Napoléon III, ami des Italiens et théoricien du suffrage universel, n'osant ni approuver les révolutionnaires de la Péninsule, ni les combattre, suppliait Pie IX d'entrer dans la confédération, de faire des réformes et d'accorder l'autonomie aux Légations. D'autre part, il envoyait en Toscane et en Emilie des agents diplomatiques pour engager les gouvernements provisoires à se soumettre de bonne grâce aux arrangements de Villafranca. Il publiait des notes dans le Moniteur, il écrivait à Victor-Emmanuel (20 octobre). Mais c'était peine perdue. La cour de Rome se refusait à toute réforme tant que les Romagnols n'auraient pas fait leur soumission. Les populations soulevées répondaient qu'on ne les avait pas consultées pour disposer d'elles dans les préliminaires de Yillafranca et qu'elles n'avaient que faire de celte convention. Le roi de Sardaigne représentait que, s'il se dérobait aux vœux des patriotes, il serait lui-même emporté par la révolution, que Garibaldi et ses amis feraient la république en Italie et que l'exemple serait peut-être contagieux*. S'il ne permettait pas à son parent, le prince de Carignan, de se rendre à Modène, où la Ligue de l'Italie centrale l'appelait à la régence, il y laissait aller à sa place Buoncompagni qui, au su de tout le monde, n'était qu'un agent du gouvernement piémontais. Bref, l'annexion était en réalité effectuée. Et juste à la même époque, les plénipotentiaires de la France, de la Sardaigne et de l'Autriche, réunis à Zurich, concluaient philosophiquement trois traités destinés à assurer l'exécution des préliminaires de Yillafranca (10 novembre). Il est vrai que ces conventions ne prescrivaient pas formellement, comme les préliminaires, la rentrée des souverains détrônés dans leurs États. Mais elles réservaient leurs droits en termes exprès. C'était à un congrès, provoqué par Tempereur des Français, à rendre sur
i. En septembre, les gouvernements de Florence, de Bologne et de Modène avaient formé une ligue et mis sur pied une armée qui, sous la direction révolutionnaire de Garibaldi, grossissait chaque jour. En octobre, Garibaldi faisait appel à ritalie entière, organisait une souscription pour l'achat d'un million de fusils et annonçait son intention de se diriger sur les Marches et sur les Deux-Siciles.
ce point un arrêt définitif. Mais ce congrès se réunirait-il? C'était déjà plus que douteux, TAnglelerre voulant que les Italiens fussent libres de ne pas reprendre leurs princes, les Italiens ne voulant à aucun prix desdits princes, et TAutriche subordonnant à leur restauration préalable sa participation au congrès.
Napoléon m, Gavour et le traité de Turin. — Napoléon III en rendit lui-même la tenue impossible en se tirant par un nouveau coup de théâtre de la situation ridicule où il s était placé. Jugeant les annexions inévitables, il pensa qu'il fallait s'accommoder aux circonstances et tâcher au moins d'en tirer quelque profit. II commença par répandre (décembre 1859) une brochure anonyme {le Pape et le Congrès), par laquelle le Saint-Père était invité à renoncer à la plus grande partie de son domaine temporel; puis il lui écrivit pour lui conseiller d'abandonner au moins les Romagnes (31 décembre). Le pape répondit par une violente encyclique où les adversaires de son pouvoir temporel étaient déclarés dignes des mêmes ana- Ihèmes que ceux de son autorité spirituelle (19 janvier 1860). Mais à la même époque Napoléon III, sans s'émouvoir, se mettait d'accord avec le gouvernement anglais sur le principe de non-intervention en Italie et sur la légitimité des annexions, au cas où elles seraient demandées par des assemblées régulièrement élues. D'autre part il préparait le retour au pouvoir de Cavour et la réunion à la France de la Savoie et de Nice, qu'il n'avait pas osé réclamer en 1859 et qui allaient être le prix de sa nouvelle complaisance. Bientôt l'homme de Plombières redevint premier ministre à Turin (20 janvier 1860). Dès le 27, il annonça l'intention de convoquer un parlement où les provinces du centre seraient représentées comme les anciennes provinces piémontaises; et, le 3 février, l'empereur exprimait publiquement l'idée que, si l'Italie centrale devait être réunie au Piémont, une rectification de frontières était due à la France du côté des Alpes.
Cette déclaration causa tout d'abord quelque mauvaise humeur en Angleterre, où l'on ne tarda pas, du reste, à s'apaiser, parce qu'on comprit que l'entente de l'Italie et de la France serait certainement refroidie par le sacrifice que cette dernière puissance exigeait de la première. Pour la même
raison TAulriche ne crut devoir mettre aucun obstacle à l'annexion de la Savoie et de Nice. Napoléon III n'eut donc bientôt plus pour effectuer cette réunion qu'à prendre quelques précautions rendues nécessaires par la position délicate de Cavour vis-à-vis de la nation italienne en général et du peuple piémontais en particulier. Ce ministre, pour ne pas perdre sa popularité dans son pays, voulait avoir Tair d'avoir en celte affaire la main forcée. L'empereur des Français se prêta à ce jeu en invitant, pour la forme, le roi de Sardaigne à renoncer à la Toscane, et à se contenter d'être le vicaire du pape dans les Légations. Le cabinet de Turin répondit en invoquant le principe de la souveraineté et le droit plébiscitaire; les populations de la Toscane, de l'Emilie, des Légations, invitées par ce cabinet à se prononcer, votèrent du 1 S au 20 mars, à la presque unanimité, la réunion de leur pays à la Sardaigne. Victor- Emmanuel déclara qu'il acceptait leurs suffrages, et le nouveau parlement fut convoqué le 2 avril. Dès lors il fallait bien que Cavour se décidât à abandonner Nice et la Savoie. Comme il feignait encore d'hésiter, Napoléon III lui envoya un agent spécial, Benedetti, qui avait pour mission de parler haut. Viclor- Emmanuel et Cavour eurent l'air de céder à une sorte d'ultimatum et conclurent enfin à Turin (24 mars 1860) le traité qui livrait les deux provinces sous la réserve que les populations seraient consultées. Elles le furent en effet et se donnèrent à la France par les plébiscistes du 15 et du 22 avril suivant.
La nouvelle armée du pape ; Lamoricière. — « Vous voilà maintenant nos complices », avait dit gaiment le rusé ministre au plénipotentaire français en signant le traité du 24 mars. Mot profond que la suite des événements n'allait pas tarder à justifier. Après ce qui venait de se passer en Italie, tout le monde sentait bien que les deux gouvernements de Rome et de Naples n'étaient plus sûrs du lendemain. Napoléon m eût bien voulu les préserver de la ruine; mais il voulait aussi qu'ils fissent eux-mêmes pour cela le nécessaire, et ces gouvernements, frappés de vertige, semblaient courir d'euxmêmes vers l'abîme. Le pape venait de lancer contre Victor- Emmanuel et ses fauteurs une excommunication qui n'était pas
sans éclabousser quelque peu Napoléon III (26 mars). Il ameutait contre ce dernier Tépiscopat français. Il organisait à grand bruit, pour pouvoir se passer des troupes impériales (que de son côté Tempereur était fort désireux de rappeler), une armée fanfaronne et violente, où affluaient les légitimistes français, où on înanifestait publiquement en Thonneur de Henri V. Il appelait à la commander un proscrit du Deux- Décembre, ardent ennemi de Tempereur, le général de Lamoricière. Il repoussait arrogamment une proposition de subside et de garantie lerriloriale, qui lui était adressée par le gouvernement français en même temps qu'une nouvelle demande de réformes (avril 1860). Aussi lempereur, très froissé, paraissait-il sur le point de rappeler ses troupes. Mais une fois qu'elles auraient quitté Tltalie, n'était-il pas à craindre que Cavour ne prît prétexte de quelques nouveaux cris de douleur pour procéder à de nouveaux afTranchissements et à de nouvelles annexions? Garibaldi en Sicile. — A Naples, on était encore moins raisonnable et moins accommodant qu'à Rome. Le successeur du roi Bombay jeune homme ignorant et borné, dominé par une camarilla féroce et lâche, ne voyait de salut que dans l'absolutisme, la délation, la terreur. Aussi dédaignait-il depuis un an les conseils de Napoléon III, qui l'engageait à doter ses sujets d'une constitution et à s'allier avec la Sardaigne. La fermentation était très vive dans tout le royaume. Bientôt la révolte éclata en Sicile (5 avril 1860). Ce mouvement fut le signal d'une campagne décisive entreprise peu après par le parti révolutionnaire en faveur de l'unité italienne. Garibaldi organisa ouvertement à Gènes, où les volontaires de tous les pays se rendaient à son appel, un corps expéditionnaire à la tète duquel il se proposait de gagner l'île insurgée. Cavour et Victor-Emmanuel, qui eussent pu l'en empêcher, fermaient les yeux, se réservant ou de le désavouer s'il échouait, ou, s'il réussissait, de substituer leur autorité à la sienne, sous couleur de garantir l'Italie et l'Europe de l'anarchie. Aussi le hardi condottiere put-il, dans la nuit du 5 au 6 mai, embarquer sa petite troupe (moins de 2000 hommes) sur deux navires que l'escadre piémontaise de Persano laissa complaisamment passer et qui, le 11, abor-
dèrcnt en Sicile. Là, Garibaldi réunit en peu de jours une véritable armée; toute la population était pour lui; il vola de succès en succès. Dès les premiers jours de juin, après une lutte acharnée, il était maître de Palerme, et avant la fin du même mois, Tîle entière, à Texception de Messine et de quelques points sans importance, avait passé sous son autorité.
La révolution à Naples. — A ces nouvelles, plusieurs puissances, la France entre autres, s'émurent et reprochèrent à Gavour ses complaisances pour Garibaldi. Il les nia, mais fit observer que si l'Autriche et la France n'empêchaient pas leurs sujets d'aller s'enrôler au service du roi de Naples ou du pape, il était naturel que la Sardaigne ne se montrât pas plus sévère pour ceux des siens qui allaient soutenir la cause d'un peuple opprimé. Quand le roi de Naples, qui venait d'invoquer les bons offices de Napoléon III, se décida, sur le conseil de ce souverain, à solliciter l'alliance de la Sardaigne, Gavour demanda s'il était raisonnable que Yictor-Emmanuel compromit sa popularité en Italie pour consolider le trône chancelant d'un de ses plus cruels ennemis. Toutefois il ne refusait point formellement le traité demandé. Mais il ne voulait le signer que si le roi de Naples accordait une constitution à ses sujets et la mettait effectivement en vigueur. Gette constitution, François II la publia (30 juin), mais personne ne la prit au sérieux. La camarilla du palais dissuadait le jeune roi de tenir sa parole et fomentait des manifestations absolutistes qui provoquaient de toutes parts des troubles de mauvais augure pour la dynastie. Dès la fin de juillet le roi remettait à une date indéterminée les élections parlementaires qu'il avait promises. G'était de sa part comme un suicide. Ses généraux, ses conseillers, ses parents même commencèrent à labandonner ou à le trahir. L'immense majorité de ses sujets tournait avec impatience ses regards vers le détroit de Messine.
Le hardi condottiere, invité officiellement par Victor-Emmanuel à s'arrêter, répondait qu'il était contraint, à son grand regret, de lui désobéir (27 juillet). Après ce refus catégorique, le roi se gardait bien d'insister. Le gouvernement français eût volontiers envoyé une escadre au phare de Messine. Mais l'An-
gleterre, ayant reçu du cabinet de Turin l'assurance qu'aucune nouvelle cession de territoire ne serait faite à la France, ne voyait nul inconvénient à ce que le Piémont réalisât de nouvelles annexions. Elle rappela que Napoléon III avait adhéré au principe de non-inlervention, et ce souverain, qui, à ce moment même, avait particulièrement besoin de rester en accord avec le cabinet de Londres \ s'abstint, en fin de compte, de barrer le passage à Garibaldi. Ce dernier put donc, le 8 août 1860, franchir le détroit de Messine. Le cabinet des Tuileries se contenta de rejeter sur l'Angleterre, par une note diplomatique, la responsabilité des événements graves qui pouvaient se produire en Italie. La cour de Londres, qui ne voulait rompre ni avec la France ni avec l'Autriche, se hâta de déclarer qu'elle regarderait comme illégitime toute attaque de Garibaldi contre Rome ou contre Venise. Mais qui pouvait répondre que celte éventualité ne se produirait pas? Garibaldi avançait rapidement vers Naples. François II, trahi de toutes parts, se retirait, le 6 septembre, dans la direction de Gaëte. Dès le lendemain, Garibaldi entrait triomphalement, sans escorte, au milieu d'une foule en délire, dans la ville de Naples, y instituait un gouvernement provisoire et annonçait l'intention de continuer sa marche vers le nord. Il disait qu'il proclamerait Victor-Emmanuel roi d'Italie du haut du Quirinal. Il semblait alors tout à fait dominé par le parti avancé. Mazzini était accouru à Naples. Ses amis affluaient autour du dictateur, et la révolution italienne commencée au nom de la royauté, menaçait de s'achever au nom de la république. Gavour et son m complice » ; — Castelfldardo et ses suites. — Gavour, fort désireux d'arrêter Garibaldi, qui pouvait perdre la cause italienne par ses témérités, avait envoyé devant Naples, avant même que François II s'en fAt éloigné, plusieurs navires et 2 à 3000 bersaglieri^ qui étaient descendus à terre après le départ du roi, mais n'avaient pu songer à barrer la route à l'armée révolutionnaire et à son chef. Il sut bientôt tirer de la complication même qu'il n'avait pu prévenir le plus merveilleux parti. Dès la fin d'août, il avait envoyé
' 1. A cause des afTairea de Chine et de Syrie.
vers Napoléon III, qui visitait alors la Savoie, son collègue le ministre Farini et le général Cialdini pour lui représenter qu*il était urgent d'arrêter Garibaldi, qui ne tarderait pas à marcher sur Rome; que la France, ne pouvant ni tourner ses canons contre la révolution italienne, ni permettre à l'Autriche d'opérer la contre-révolution, et ne voulant pas d'autre part s'engager dans une nouvelle guerre contre cette puissance, devait laisser à la Sardaigne le soin de sauver l'ordre monarchique. Il fallait que l'armée piémontaise se portât sur la frontière napolitaine et pour cela que, traversant les Marches, elle passât sur le corps de Lamoricière. Mais était-ce là une violation du droit des gens? L'armée pontificale ne menaçait-elle pas ouvertement les anciennes Légations et la Toscane? La population des Marches n'appelait-elle pas Victor-Emmanuel? Napoléon III se rappelait les engagements compromettants pris par lui envers Cavour et dont celui-ci avait la preuve; il avait moins que jamais à se louer des procédés du pape. Il donna donc à entendre qu'obligé de désapprouver en paroles la nouvelle politique piémontaise, cependant en fait il ne la contrarierait pas. « Fate presto^ faites vite », dit-il, et, comme pour échapper au spectacle des événements qui se préparaient, il partit au plus tôt pour un voyage en Algérie.
Faire vite, c'était bien l'intention de Cavour. Dès le 7 sej)tembre, le gouvernement pontifical fut sommé de dissoudre l'armée de Lamoricière et, avant même que son refus eût pu parvenir à Turin, Cialdini franchit la frontière de l'Ombrie. Peu après, les pontificaux étaient mis en déroute à Castelfidardo (18 septembre), puis leur chef, bloqué dans Ancône, était réduit à se rendre (29 septembre). Les Français occupant Rome et le petit territoire connu sous le nom de patrimoine de Sainl- Pierrey les Piémontais s'abstinrent d'y toucher; mais ils occu^ pèrent l'Ombrie, les Marches, et arrivèrent au commencement d'octobre sur la limite des Deux-Siciles.
Bien que le Piémont ne fût point en guerre avec le roi de Naples, cette limite fut aussitôt franchie. Les allures de Garibaldi inquiétaient de plus en plus le gouvernement sarde. Ce dictateur semblait vouloir retarder le plébiscite des Deux-Siciles
en faveur du Piémont jusqu'après la conquête de Rome. II gouvernait à tort et à travers, entouré d'une coterie révolutionnaire qui n'avait pour Cavour et même pour son roi qu'un fort médiocre attachement. Lui-même demandait le renvoi du grand ministre sarde. Pour déjouer ses menées, ce dernier venait de faire convoquer le parlement de Turin, dont le premier acte allait être d'autoriser le roi à annexer les provinces pontificales récemment occupées et le royaume des Deux-Siciles. Du reste, Garibaldi, attaqué par les troupes de François II, qui avaient repris l'offensive, venait de subir sur le Vulturne de sanglants échecs. Il n'avait dû sa demi-victoire du !•' octobre, devant Capoue, qu'à l'aide des bersaglieri venus de Naples. Il y avait donc, aux yeux de Cavour, doublement urgence à faire marcher Cialdini sur Naples. Dans une circulaire à l'Europe, le ministre sarde se justifia par cet argument que François II, en quittant sa capitale, avait de fait renoncé à sa couronne; que, par conséquent, on ne lui prenait rien; et que, d'ailleurs, il fallait bien préserver l'Italie de l'anarchie. A la nation italienne il tenait un autre langage : Victor-Emmanuel devait, disait-il, se conformer au vœu populaire qui l'appelait de toutes parts. Déjà ce souverain était en route pour les Deux-Siciles. Le 21 octobre, ce royaume se donnait à lui, ainsi que les Marches, par un plébiscite solennel. Quelques jours après, il rejoignait Garibaldi, qui, non sans quelque mauvaise humeur, mais très loyalement, lui cédait la place. Pendant ce temps, François II, débusqué du Vulturne par les Piémontais, allait s'enfermer dans Gaête, la seule place qui lui restât, et faisait mine d'y tenir bon, tout en essayant d'intéresser l'Europe à son sort par de violentes, mais inefficaces protestations.
L'Europe et le royaume dltalle. — Le gouvernement français, par convenance, manifesta son mécontement en rappelant de Turin son plénipotentiaire; mais il y laissa un chargé d'affaires, prouvant par là que cette rupture n'était pas sérieuse. Le cabinet de Berlin ne protesta que très platoniquement contre les derniers actes de Cavour et ne s'offensa point quand le ministre sarde lui répondit : « Je donne un exemple que, probablement, dans quelque temps, la Prusse sera très heureuse
d'imiter. > Mais le gouvernemeDt autrichien fit mine de saisir cette occasion pour commencer une guerre de revanche. Il eût certainement attaqué de nouveau Victor-Emmanuel s'il eût été assuré de l'assentiment de la Russie. Mais le tsar, bien que désapprouvant la spoliation du roi de Naples, ne lui eût promis une neutralité bienveillante que dans le cas où Victor-Emmanuel eût pris l'offensive, et de concert avec V empereur des Français. — Napoléon III lui ayant déclaré qu'il n'aiderait point la Sardaigne à attaquer l'Autriche et qu'il se bornerait à lui garantir, quoi qu'il pût arriver, le bénéfice du traité de Villafranca, Alexandre II, dans l'entrevue de Varsovie, détourna FrançoisnJoseph de prendre les armes (22-26 octobre) et ce dernier souverain, dont tous les États étaient en fermentation, ne crut pas devoir persister dans ses projets de guerre.
A la même époque (27 octobre), le gouvernement anglais, par l'organe de John Russell, se prononçait en faveur des peuples qui venaient de se donner à Victor-Emmanuel et soutenait cette thèse que les nations ont toujours le droit de changer de gouvernement. Cette profession de foi visait surtout Napoléon III, l'apôtre attitré de la souveraineté nationale et du suffrage universel, que Russell se donnait le malin plaisir de battre avec ses propres armes. L'empereur des Français manifestait encore une certaine sollicitude pour le roi de Naples, par égard pour le pape, qui avait hautement pris parti en faveur de François II, et aussi parce qu'il se réservait, en assurant à ce prince sa liberté personnelle, de troubler quelque peu la sécurité de Victor-Emmanuel. Une escadre française croisait devant Gaête et ne permettait pas à la flotte sarde de bloquer cette place par mer. Mais au nom du principe de non-intervention, l'Angleterre en demanda bientôt Péloignement, et Napoléon III, que les affaires de Chine et de Syrie obligeaient encore à de grands égards pour cette puissance, ne crut pas devoir lui refuser celle satisfaction (19 janvier 1861). Dès lors la place de Gaë te était perdue. Elle capitula le 13 février, et François II se retira aussitôt à Rome, auprès de Pie IX, qui tint à honneur de rendre au fils de Ferdinand II l'hospitalité que lui-même avait reçue à Gaête en 1848.
En contraste avec cette infortune royale, TEurope contemplait l'inouïe prospérité de la maison de Savoie. Toutes les provinces annexées au Piémont venaient d'être invitées à élire leurs députés; le premier parlement italien se réunissait à Turin (18 février 1861) et, peu après, proclamait Victor-Emmanuel roi d'Italie. La politique de Gavour avait porté ses fruits. L'unité politique de la Péninsule était un fait accompli. Sans doute Venise et Rome manquaient encore à la patrie reconstituée. Mais le grand ministre était plein de confiance dans l'avenir. Aussi ne craignit-il pas, le 27 mars, de faire proclamer en principe par la Chambre des députés que Rome était la capitale de l'Italie.
///. — Venise et Rome.
Pie IX et la politique du « non-possumus ». — Partisan de V Église libre dans VÉiat libre, Gavour ne désespérait pas d'amener le pape à résigner de bonne grâce ce qui lui restait de pouvoir temporel. Il lui faisait remontrer par l'abbé Stellardi, le docteur Pantaleoni, le P. Passaglia, que le sacrifice d'une étroite et embarrassante principauté serait amplement compensé pour lui par les garanties dont l'Italie entourerait son autorité spirituelle. C'était là une argumentation que le Vatican goûtait peu. Mais elle avait quelque succès aux Tuileries, car Napoléon III était plus que jamais désireux de mettre un terme à l'occupation de Rome. Il est vrai qu'il ne voulait à aucun prix se brouiller avec l'Eglise.
La mort de Gavour, arrivée presque subitement le 6 juin 1861 , étonna l'Europe et consterna l'Italie. L'empereur des Français ne voulant pas aggraver les difficultés qu'une telle perte pouvait causer à Victor-Emmanuel, se hâta de reconnaître officiellement le nouveau royaume. Il l'aida peu après, par la surveillance qu'il exerça dans l'État pontifical, à réprimer dans les provinces napolitaines le brigandage bourbonien, qui s'alimentait à Rome, grâce à François II et au pape, et dont Gialdini eut beaucoup de peine à triompher (juillet-septembre 1861). Ricasoli, successeur de Gavour au ministère, trouva le plus
énergique appui auprès du pape dans Tambassadcur de France à Rome, La Valette, qui, le H janvier 1862, fut chargé par son gouvernement de demander au Saint-Siège s'il ne pourrait, sans renoncer formellement à ses droits, « consentir à des transac-
tions de fait qui amèneraient le calme dans le sein de TEglise catholique et associeraient la papauté au triomphe du patriotisme italien ». Mais le secrétaire d'État du Saint-Siège répondit qu'à cet égard « aucune concession ne pourrait être faite par Pie IX ni par aucun de ses successeurs de siècle en siècle ».
Rattazzi et Garlbaldi en 1862. — Ce non-possumus provoqua naturellement en Italie une fort vive agitation. Le parti révolutionnaire reparut dans la rue et prépara une nouvelle prise d'armes. Le comité national du Provedimento annonça des manifestations menaçantes pour Venise et pour Rome. Garibaldi semblait sur le point de se remettre en campagne. Ricasoli fermait les yeux ou en avait l'air. Aussi le gouvernement français cessa-t-il de le soutenir et salua-t-il avec plaisir l'avènement de Rattazzi, qui prit sa place en mars 1862. Ce dernier, particulièrement cher à Napoléon III (comme à Victor-Emmanuel), mit tout d'abord quelque énergie a réprimer les menées des agitateurs. Aussi le cabinet des Tuileries crut-iJ devoir lui venir en aide en chargeant La Valette de proposer formellement au Saint-Siège un modus vivendi portant : que le statu quo territorial serait maintenu en Italie; que le pape, tout en réservant ses droits, se résignerait à ne plus les exercer hors du domaine de Saint-Pierre; que les relations seraient renouées entre Rome et Turin; que les puissances catholiques s'entendraient pour fournir au Saint-Père une liste civile convenable; enSn qu'elles lui garantiraient la possession de Rome et du territoire qui lui restait, ne lui demandant en retour que de doter ses sujets de réformes en rapport avec l'esprit moderne (30 mai 1862).
A ce programme Antonelli ne répondit encore que par un refus catégorique. Et en même temps. Pie IX, dans une allocution adressée à plus de 250 évoques, préludait aux anathèmes dont il devait deux ans plus tard foudroyer sans exception les principes de la Révolution (10 juin).
Ces manifestations irritèrent Napoléon III, qui redoubla de complaisance envers le cabinet de Turin. Grâce à lui le royaume d'Italie fut reconnu par la Russie en juin 1862, et peu après par la Prusse, si bien qu'on put prévoir dès cette époque Tétroile entente qui devait un jour s'établir entre la cour de Berlin et le gouvernement italien.
L'excellente position du ministère Rattazzi fut tout à coup dérangée par la folle équipée de Garibaldi, dont l'idée fixe était de marcher sur Rome et dont il ne fut bientôt plus possible de contenir l'impatience. Le 19 juillet, le hardi partisan débarquait en Sicile avec 1 500 volontaires. Peu après, il franchissait le détroit de Messine et annonçait l'intention de se diriger vers l'Etat pontifical. Le gouvernement italien se hâta de lui barrer la route, mais ne put l'arrêter qu'à coups de fusil. Garibaldi fut blessé et fait prisonnier à Aspromonte (27 août). Sa petite troupe se dispersa aussitôt. Le héros fut conduit à la Spezzia et, réduit à l'impuissance par sa blessure, ne tarda pas à être amnistié.
Napoléon m et la politique de réaction. — Le cabinet Rattazzi se prévalut peu après de la correction avec laquelle il venait de se conduire pour déclarer à l'Europe (par la circulaire du 10 septembre 1862) » que la nation tout entière demandait sa capitale, et que l'état de choses actuel, devenu intolérable, finirait par avoir pour le gouvernement du roi des conséquences extrêmes, qui compromettraient de la manière la plus grave la tranquillité de l'Europe et les intérêts religieux de la catholicité >. Cette mise en demeure, accueillie froidement par la Russie et par la Prusse, et avec défaveur par l'Autriche, provoqua les applaudissements du cabinet britannique, qui était bien aise de voir la France dans l'embarras. Quant à Napoléon III, il eût, au fond, voulu céder aux vœux des Italiens. Le prince Napoléon et ses amis l'y engageaient vivement. Mais l'impératrice, Walewski, les chefs du parti conservateur l'en détournaient de toutes leurs forces. Ils lui représentèrent que l'opposition cléricale qui s'était formée contre lui en France depuis 1859 pouvait détacher de lui une grande partie du pays aux élections de 1863. L'empereur fit donc volte-face, rappela
286 l'unité italienne
Benedelti de Turin et La Valette de Rome, donna le portefeuille des affaires étrangères à Drouyn de Lhuys, ministre agréable au Saint-Siège (15 octobre), et fit signifier au cabinet de Turin qu*il n^entendait pour le moment donner aucune suite aux propositions impliquées dans la circulaire du 10 septembre. Le , résultat de cette déclaration fut la chute du ministère Rattazzi
! (5 décembre). Victor-Emmanuel dut former un cabinet d*airaires
et prendre l'attitude du recueillement. L'entente franco-italienne sembla de fait rompue.
Nouvelle volte-face; convention du 15 septem- I bre 1864. — Pendant toute Tannée 1863 et une partie de la
suivante, le gouvernement italien (sous les ministères Farini et Minghetti) ne parut guère préoccupé que de difficultés intérieures (équilibre financier à établir, congrégations religieuses à supprimer, etc.). Dans le même temps, les grandes puissances portaient principalement leur attention sur les affaires de Pologne et de Danemark. On sait ce que ces affaires valurent au gouvernement français de déconsidération et de discrédit. Napoléon III manœuvra si mal qu'il s'aliéna tout à la fois la Russie, la Prusse et rAutriche et put craindre de voir ces trois cours reconstituer contre lui la Sainte-Alliance. N'ayant, pour bien des raisons, aucune assistance à attendre de TAngleterre, il ne vit plus à ce moment pour lui qu'une alliance possible, celle de Tltalie. C'est pourquoi il fit de nouveau volte-face et reprit avec le cabinet de Turin, en juin 186i, les négociations interrompues en 1862. Cette fois les agents de Victor-Emmanuel (Nigra, Pepoli, etc.), secondés par le prince Napoléon, par Benedetti, par La Valette, se gardèrent de demander Rome. Mais ils rappelèrent que Napoléon III avait promis de faire l'Italie libre jusqu à l'Adriatique, A cela l'empereur objectait qu'il ne pouvait essayer de lui donner Venise sans s'exposer à une guerre avec les trois puissances du Nord. Pepoli et Nigra n'insistèrent pas. Mais ils firent remarquer que si l'Italie n'attaquait pas, elle serait sans doute attaquée un jour ou l'autre par l'Autriche; qu'en ce cas il lui fallait une capitale vraiment stratégique, à l'abri d'un coup de main; que Florence, protégée par le Pô et les Apennins, lui donnerait plus de sécurité que Turin. Le gouvernement fran-
çais n'y contredit pas. Alors ils remontrèrent que la translation du gouyernement en Toscane produirait dans toute la Péninsule un fâcheux effet, et que si les Italiens, qui tenaient tant à Rome capitale, devaient subir encore une déception pareille, il était juste de leur donner une légère consolation en faisant cesser l'occupation de TElat pontiOcal par des troupes étrangères. Le pape, du reste, n'aurait rien à craindre pour ce qui lui restait de son domaine temporel; Victor-Emmanuel n'y toucherait pas et saurait au besoin le faire respecter. Napoléon III ne demandait qu'à se laisser convaincre. Voilà comment fut conclue la convention du 15 septembre 1864, par laquelle l'Italie s'engageait à ne pas attaquer les possessions actuelles du Saint-Siège et même à les défendre, la France promettant de retirer ses troupes à mesure que l'armée du Saint-Père serait organisée, mais dans un délai maximum de deux ans. Le pape restait libre de constituer cette armée comme il le jugerait bon, à condition pourtant qu'elle ne pût dégénérer en moyen d'attaque contre rilalie. Enfin l'Italie prendrait à sa charge une part proportionnelle de la dette des anciens Etats de l'Eglise. Un tel pacte dénotait bien des sous-entendus et des arrière-pensées. Si une révolution, qu'il lui élait si facile de provoquer, éclatait à Rome, le gouvernement italien se proposait évidemment d'occuper cette ville, sous couleur de rétablir Vordre. Mais en vue de cette éventualité le gouvernement français se réservait de son côté toute liberté pour une nouvelle intervention. La convention de septembre semblait pour le moment un gage de réconciliation entre l'Italie et Napoléon III; elle devait plus tard le brouiller sans retour avec cette puissance.
Pie IX et le Syllabus. — Cet acte, que l'empereur avait conclu sans consulter la cour de Rome, devait naturellement exaspérer le pape. Pie IX y répondit par une publication qui devait augmenter notablement les embarras de ce souverain. C'est en effet peu après (le 8 décembre 186i) qu'il lança l'encyclique Quanta cura^ suivie du SyllabuSy série de propositions qu'il anathématisait solennellement au nom de l'Eglise comme impies ou hérétiques. Cette double profession de foi, renouvelée du moyen âge, était la négation explicite de toutes les libertés
modernes. Elle condamnait, avec une franchise aussi brutale que naïve, les principes élémentaires du droit public que la France de 1789 a proclamés et qu*à son exemple la plus grande partie de TEurope (lltalie en particulier) a fini par adopter.
L'alliance italo-prassienne. — Ce manifeste, que Victor- Emmanuel affecta de dédaigner, mais dont Napoléon III se montra fort irrité (parce qull redoubla Taudace du clei^é français à son égard), resserra la nouvelle union franco-italienne. Pour faire prendre patience aux Italiens, dont Rome était toujours le plus cher désir, Napoléon III se montra bientôt assez disposé à leur faciliter Tacquisition de Venise, non point en faisant pour eux la guerre à TAutriche, mais en leur procurant l'alliance de la Prusse qui, la guerre des Duchés finie, avait hâte de chercher querelle à cette puissance. Victor-Emmanuel venait d'appeler à la tète du ministère le général La Marmora, dont la prussomanie était bien connue. Benedetti, ami éprouvé de l'Italie, venait d'être envoyé à Berlin comme ambassadeur de France (octobre 1864). M. de Bismarck et Napoléon III s'étaient entretenus déjà de grands remaniements à faire subir à la carie de l'Europe. Vers le milieu de 1865, le chancelier de Prusse, croyant pouvoir entraîner son maître à la guerre, adressa des propositions formelles d'union à La Marmora. Les conditions d'une alliance entre les cabinets de Berlin et de Florence furent rapidement débattues. Mais au moment de tirer l'épée, le roi Guillaume, retenu par des scrupules légitimistes et conservateurs, aima mieux traiter avec l'Autriche, qui, intimidée par l'entente italo-prussienne, consentit à la convention de Gastein (14 août 1865).
L'Italie, compromise inutilement et si cavalièrement abandonnée, témoigna d'abord une mauvaise humeur que partagea Napoléon III. Ce souverain se mit à négocier secrètement avec l'Autriche et s'efforça de lui faire comprendre que, pour n'avoir pas à lutter à la fois contre la Prusse et contre l'Italie, son intérêt était de céder à l'amiable la Vénétie à cette dernière puissance (septembre 1865). Mais François-Joseph repoussa cette proposition comme déshonorante. Par contre, M. de Bismarck revint peu après à Biarritz tenter l'empereur des
Français, qui, enlralné d*uae part par ce grand séducteur, se figurant, d*autre part, qu'il saurait le jouer quand il le voudrait et qu'il lui serait facile de prendre, au moment opportun, entre TAutriche et la Prusse, la position de médiateur souverain, consentit de nouveau à ce que Yictdr-Emmanuel s'alliât à GuiU laume pour la conquête de la Yénétie. La guerre austro-prussienne parut pour la seconde fois imminente quand on apprit l'arrivée à Berlin du général Govone, que La Marmora venait d'y envoyer sous prétexte d'étudier les fortifications prussiennes, mais en réalité pour traiter avec le gouvernement prussien (9 mars 1866). Mais cette fois l'Italie voulut prendre ses sûretés. Le pacte conclu le 8 avril 1866 portait qu'elle attaquerait l'Autriche avec toutes ses forces, mais seulement après que la Prusse aurait pris l'ofTensive. Cette dernière puissance choisirait son heure pour déclarer la guerre; mais si elle ne l'avait pas commencée dans un délai de trois mois, le traité serait considéré comme nul par le gouvernement italien. Les deux alliés promettaient de ne pas faire de trêve séparée et de ne déposer les armes que lorsque l'un aurait obtenue la Yénétie, et l'autre des territoires équivalents en Allemagne. Enfin, le roi de Prusse devait fournir à Yictor-Emmanuel un subside de 120 millions. Campagne de 1866 et annexion de Venise. — La guerre fut encore retardée par des complications diplomati* ques. La politique de Napoléon III devenait de plus en plus confuse et contradictoire. Il s'était remis à négocier mystérieu* sèment avec l'Autriche, et, grâce à un traité secret qu'il conclut avec cette puissance le 12 juin, il espérait amener l'Italie à faire sa paix séparée moyennant la remise de la Yénétie. M. de Bismarck, craignant que le cabinet de Florence ne se détachât de la Prusse, se décida enfin à brusquer l'ouverture des hostilités, qui commencèrent en Allemagne le 16 juin. Aussitôt les contingents italiens s'ébranlèrent, et pendant que Garibaldi, avec un corps de volontaires, allait essayer de pénétrer dans le Tyrol, deux grandes armées régulières attaquèrent de front la Yénétie, l'une par le Mincio, l'autre par le Bas-Pô (20 juin). Mais la première, et la plus considérable, qui marchait fort en désordre (sous La Marmora), subit presque aussitôt un revers éclatant
HlSTOmC QÊMiRALE. XI. ' v
sur les hauteurs déjà célèbres de Custozza, où Farchiduc Albert l'attaqua et la mit en pleine déroute le 24 juin. Ce début paraissait d'un fâcheux augure pour les Italiens. Mais fort peu de jours après, le triomphe éclatant de la Prusse à Sadowa (3 juillet) leur permit de relever la tète.
Le lendemain même de cette dernière bataille, TÂutriche, éperdue, se hâta de faire la part du feu en invoquant la médiation de Napoléon III et lui offrant la Yénétie pour qu'il la rétrocédât à l'Italie. L'empereur des Français eût bien voulu déterminer cette dernière puissance à poser les armes et dicter aussi la paix à la Prusse. Mais il eût fallu pour cela de sa part une démonstration militaire qu'il ne put ou n'osa faire. L'Italie profita de son inertie — ou de son impuissance — pour rester unie à la Prusse. Elle n'était pour son compte, malgré sou échec, nullement disposée à suspendre les hostilités. Si la Prusse eût été vaincue, il en eût été autrement et elle eût accepté avec empressement de Napoléon III la Vénétie, qu*il lui offrait. Après Sadowa, elle croyait devoir parler haut. Le souvenir de Custozza lui était cuisant. Il lui tardait de venger l'honneur de son drapeau. Elle voulait ne devoir la Vénétie qu'à la conquête. Celte province, du reste, ne lui suffisait pas. Les Italiens convoitaient Trente, et même Triesle. Ils reprochaient à la France de vouloir les humilier, les tenir en tutelle. Aussi repoussèrent-ils toute suspension d'armes et, dès le 8 juillet, ils s'empressèrent d'attaquer pour la seconde fois le territoire vénitien (où, du reste, ils ne devaient plus trouver d'ennemis). Mais si rien ne les arrêta sur terre, ils furent moins heureux sur mer, où leur flotte, dont ils comptaient se servir pour un débarquement en lUyrie, fut entièrement défaite à Lissa par Tamiral autrichien Tegetlhoff (20 juillet) '. Pour comble de déception, ils virent peu de jours après (26 juillet) la Prusse, qui, grâce à la complaisance inespérée de Napoléon III, n'avait plus rien à désirer en fait d'annexions territoriales, conclure avec l'Autriche, sans les consulter, les préliminaires
I. L*amiral Persano, qui ]a commandait, fut accusé de n'avoir pas fait son devoir dans celte journée, et, traduit plus tard devant un conseil de guerre, fui condamné à la dégradation.
de Nikolsbourg, que suivit bientôt la paix de Prague (24 août).
L'Italie n*apprit pas sans colère ce nouvel abandon. Elle prolesta; mais en vain. M. de Bismarck répondit qu'on lui avait promis de Taider à conquérir la Yénétie, rien de plus. Or la possession de ce pays lui était assurée. Napoléon III y envoyait le général Lebœuf pour en faire, après un plébiscite, remise aux Italiens. Force fut donc à Victor-Emmanuel de signer les préliminaires de la paix (10 août) et, quelque temps après (3 octobre 1866), le traité définitif qui les confirmait. La nation italienne ne dissimula pas sa mauvaise humeur. Elle parut surtout irritée, chose étrange, contre la France; et elle donna le triste spectacle d'un peuple recevant presque comme une offense d'une puissance amie le don d'un territoire qu'il n'avait pas su lui-même conquérir.
La question romaine en 1867. — Le souvenir de ses humiliations la rendait désireuse d'en effacer l'éclat par l'acquisition de Rome, à laquelle elle n'avait jamais renoncé. N'ayant plus que sa capitale à prendre pour compléter son unité territoriale, elle la demandait à grands cris et ne voulait plus attendre. Elle se montrait, au commencement de 1867, d'autant plus âpre et plus hardie dans ses revendications, qu'elle voyait Napoléon III achever de perdre dans de décevantes négociations avec la Prusse le peu de prestige et de crédit politique qu'il gardait encore avant Sadowa. Au plus fort de la crise du Luxembourg*, Rattazzi remontait au pouvoir à Florence (10 avril 1867). Ce ministre, qui plaisait à l'empereur, ne lui épargnait pas les protestations de dévouement. Mais, invité à s'unir à lui, il ne le payait que de bonnes paroles et déclarait qu'entre ses deux bienfaitrices, la France et la Prusse, il était bien difficile à l'Italie de prendre parti. De fait, il ne voulait servir ni l'une ni l'autre. Son objectif, c'était Rome. Garibaldi agitait ouvertement l'Etat pontifical, organisait de nouvelles bandes; et le ministre le laissait faire, se disant que le conflit franco-prussien lui fournirait sans doute l'occasion d'aller impunément planter sur les bords du Tibre le drapeau de l'unité italienne.
1. Qui faillit, on le sait, au commencement d'avril 1867, amener une collision entre la France et la Prusse.
Ce conQit fut, il est vrai, relardé par la conférence de Londres (mai 1867), et la maison de Savoie dut ajourner Texécution de ses projets; mais elle ne renonça pas à ses espérances. Du reste, le mouvement garibaldien ne s*arrètait pas. Le gouvernement prussien Tencourageait, parce qu'il était de son intérêt d*en* Iretenir la mésintelligence entre le cabinet de Florence et Napoléon IIL Rattazzi, pour sa part, ne le contrariait pas et, protestant de son respect pour la convention de septembre, représentait d*autre part à Tempereur des Français qu*il ne pouvait, sans provoquer une révolution, heurter violemment de front sa nation parce qu'elle demandait Rome pour capitale.
Napoléon III voulait en finir avec cette question romaine, son constant cauchemar. Mais personne ne Vy aidait. Il avait sans aucun succès, vers la fin de 1866, proposé un congrès aux grandes puissances pour la résoudre. La cour de Rome persistait à refuser à ses sujets toute réforme sérieuse. Pie IX, en juin 1867, faisait applaudir à 450 évèques les doctrines du Syllabus et parlait de convoquer un concile œcuménique pour faire ériger en dogme non seulement cette singulière politique, mais le principe de Tinfaillibilité du pape. Tant de provocations ne paraissaient pas lasser la complaisance du gouvernement français, qui, pour servir le Saint-Siège, prenait à cette époque de telles libertés avec la convention de septembre, que la cour de Florence fut bientôt en droit de lui adresser les réclamations les plus amères. Le souverain-pontife avait en effet à son service plusieurs milliers de Français, soi-disant volontaires, mais qui sortaient pour la plupart de notre armée et dont un certain nombre n'étaient même pas encore libérés du service; beaucoup de leurs chefs étaient des officiers attachés encore à nos régiments et qui, sans perdre leurs droits, étaient autorisés par le gouvernement impérial à passer sous les drapeaux du pape. C'était ce qu'on appelait la légion d'Antibes, car cette troupe s'était formée dans cette ville, publiquement; elle y avait son dépôt et continuait à s'y recruter. A ce moment même (juin-juillet 1867), un général français en activité de service * la passait ouvertement en revue à Rome, la réorganisait