‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 46 sur 176 · LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DE LA RUSSIE S · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DE LA RUSSIE S

d'Allemagne, ni surtout sur celles d'Orient, que le massacre des: Maronites vint remettre inopinément à Tordre du jour de la politique européenne. En somme, grâce surtout aux complica^ tions orientales, Tentenle franco-russe aurait survécu à la crise italienne, sans les troubles de Pologne. ')

Dès le début la cause polonaise trouva partout les sympathies les plus vives; en Allemagne, parce que les libéraux, qui y dirigeaient Topinion, détestaient la Russie; en Angleterre, parce qu'elle était la rivale traditionnelle ; en Autriche, parce. qu'on y était heureux de voir les Busses, eux aussi, aux prisés avec le principe des nationalités, et qu'on espérait en profiter pour les brouiller avec la France; en France, enfîn^ où, dé longue date, pour toutes Les nuances de l'opinion, la sympathie pour la Pologne était traditionnelle. Mais, en réalité^ la Russie n'avait rien à craindre : d'une part, elle avait l'appui de la Prusse, qui, dès janvier 1863, conclut avec elle une sorte d'alliance offensive et défensive contre les insurgés; de l'autre, elle savait fort bien qu'aucun gouvernement n'était désireux d'en arriver à une rupture, et que si l'Angleterre et l'Autriche manifestaient bruyamment leur polonophilisme, c'était surtout pour forcer la. France à sortir le sien, et ronâpre ainsi l'entente franco-russe; Ge fut, en effet, ce qui arriva : Napoléon III fut forcé par l'opinion à prendre fait et causé polir les Polonais. Le 10 avril, les trois puissances présentèrent au gouvernement russe des notes en faveur de la Pologne. Le résultat immédiat de cette intervention fut d'exaspérer l'opinion russe, qui voyait se reformer -^ du moins en apparence -7 la coalition de la guerre de Crimée, et de rendre toute conciliation impossible. Des moyens formidables furent accumulés en Pologne pour étouffer la révolte tandis que Gortchakof demandait aux puissances de lui faire connaître l'arrangement par lequel elles croyaient possible de rétablir la paix en Pologne. Il leur fallut plusieurs sentiaines pour se mettre d'accord sur les bases de cet arrangement, et quand, enfin (13 juillet), elles présentèrent des notes identiques, demandant pour la Pologne le rétablissement du régime de 1815, le vice-chancelier. russe était certain que leur accord en resterait là; d'ailleurs, 1^

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saison était trop avancée pour qu*une action contre la Russie fût possible. Il répondit donc, en demandant à. son tour la soumission préalable des insurgés et en excluant des négociations à venir les puissances qui n*avaient pas participé au démembrement de la Pologne. G*était une fin de non-recevoir, sous une forme particulièrement désagréable pour la France.

A ce peu sérieux duel diplomatique, Gorlchakof gagna de devenir, pour un temps, Thomme le plus populaire de la Russie après Katkof. En fait, les seules conséquences de la campagne engagée pour la Pologne furent la rupture de Talliance francorusse et la formation d*une entente russo-prussienne, a vrai dire, médiocrement avantageuse pour la Russie. Si la Prusse couvrait les frontières de la Pologne russe, qui n'étaient pas réellement menacées, elle était hors d'élat deiservir la Russie en Orient, à moins d'accroissements qui devaient compromettre les ii^lérêts de la Russie, beaucoup plus que les détrônements opérés en Italie après 1859.

On s'en aperçut quand éclata le conflit germano-danois. Sous une formé à peine différente, il était la répétition du conflit que Nicolas I" avait arrêté en 1849 et 1850, au proOt du Danemark. L'intérêt russe était toujours le même : il fallait éviter toute atteinte au statu quo^ tout transfert de territoires qui accroîtrait, sur la mer Baltique, le nombre des ports et l'influencé des Etals allemands. Seulement, on n'était guère en mesure, à Saint-Pétersbourg, d'arrêter la Prusse et l'Autriche puisqu'on ne pouvait plus grouper autour de soi les puissances médiatrices de 1850, la France et l'Angleterre. On intervint mollement, à Copenhague, pour y soutenir une transaction — l'union dynastique du Danemark et des duchés — que le ministère danois repoussa. Entre temps, on se laissa leurrer' par l'espoir que les duchés pourraient être attribués au duc d'Oldenbourg, un fîdèle client de la Russie. Quand enfin la vraie politique de la Prusse et de l'Autriche se dessina, il était trop lard pour agir efficacement : on se résigna au fait accompli, partie par impuissance, partie par complaisance pour la Prusse, et dans la pensée que la rivalité de plus en plus aiguë des deux grandes

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