‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 5)Chapitre 58 sur 176 · L'INDO-CHINE · texte numérisé non relu

L'INDO-CHINE

Siège de Saigon. — Saïgon est placé sur la rive droite de la rivière du même nom, un peu au-dessus de son confluent avec la Donnai, entre Tarroyo de l'Avalanche et Tarroyo Chinois qui établit une communication par eau avec Cholon, résidence des marchands chinois et centre principal du commerce des riz, distant de 5 kilomètres. La profondeur de la rivière permet l'accès aux plus grands navires. La garnison occupait le Fort- Neuf, bâti sur les débris de la citadelle de Saïgon, la ville de Cholon, et, entre les deux, une ligne de défense appuyée sur des pagodes fortifiées. Les Annamites essayèrent d*abord de couper cette ligne. Repoussés dans une attaque nocturne (3 juillet 1860), ils oi^anisèrent un blocus. Nguyen remuait la terre comme un Totleben à Sébastopol, « les forts poussaient comme des champignons >. Ses lignes se développaient sur un front de 16 kilomètres, tout hérissé d'obstacles, garni de tranchées, de redoutes et de forts. Il maîtrisait ainsi toutes les routes et enserrait étroitement les défenseurs de Saïgon. Pendant dix mois ils restèrent sans nouvelles du dehors.

Prise de Ki-Hoa. — Cependant la guerre de Chine avait pris fin. L'amiral Charner se hâta d'expédier des secours à Saigon et s'y porta lui-même, à la tête d'une division navale avec 3 000 hommes de débarquement (6 février 1861). Nguyen demeura immobile dans ses formidables positions de Ki-Hoa. Il fallut une vraie bataille pour le débusquer. Le 24, les gros canons de marine, dont on avait garni la ligne des pagodes, et les navires mouillés devant Saïgon ouvrirent le feu sur le centre ennemi; à droite, la flottille s'avança en remontant la rivière; à gauche, les colonnes d'attaque rompirent la circonvallation. Le 25, tandis que l'amiral Page éteignait l'un après l'autre les forts qui barraient la rivière, deux colonnes d'infanterie appuyées par l'artillerie de campagne se lançaient à l'assaut du camp retranché de Ki-Hoa. La colonne de droite, arrivée la première, escalade les remparts, mais, une fois dans l'enceinte, elle se heurte à un ouvrage intérieur à l'abri duquel les Annamites la fusillent. Au centre et à gauche, les obstacles accumulés, l'énergie de la résistance ont retardé les progrès de l'attaque. Enfin, au moment où le lieutenant de vaisseau Jaurès

enfonce à coups de hache les portes du fort intérieur, la deuxième colonne fait irruption à son tour. Tout ce qui n'est pas tué ou blessé prend la fuite, un millier d'hommes reste sur la place. Cette lutte acharnée nous a coûté 300 tués ou blessés.

Saigon ainsi dégagé, l'amiral mène vivement la poursuite. Il s'empare de Tong-Kéou, la ville du Tribut^ où sont les maga* sins de l'ennemi, pousse des avant-gardes jusqu'à Tay-Ninh, i la frontière du Cambodge. L'armée annamite s'est débandée. Mais ses débris essaient de se reformer, au nord à Bien-Hoa, sur le Donnai, au sud dans la forteresse de Mvtho, sur un des bras du Mékong. Pendant qu'une escadrille, soutenue par de l'infanterie, s'avance par l'arroyo de la Poste, qui prolonge jusqu'au Mékong l'arroyo Chinois, l'amiral Page franchit l'embouchure du grand fleuve et remonte jusqu'à Mytho, qu'il trouve abandonné par ses défenseurs. Suspendue par la saison des pluies, la campagne est reprise en décembre, sous le commandement d'un nouveau chef, le contre-amiral Bonard. Bien-Hoa est aussitôt enlevé. Au mois de mars suivant, nos troupes entrent dans la citadelle de Vinh-Long.

Traité de 1862. — Pendant ce temps la corvette le Forbin, croisant à l'entrée de la rivière de Hué, interceptait les arrivages do riz, une insurrection commençait au Tonkin. Tu-Duc demanda la paix. La corvette annamite Y Aigle des merSj remorquée par le Forbin, amena à Saigon ses envoyés, qui négocièrent avec l'amiral Bonard le traité du 5 juin i862. L'amiral réclama la cession des trois provinr.es de Saigon, Mytho et Bien-Hoa, l'ouverture des ports de Tourane, Balai, Quang-An, la promesse d'une indemnité de guerre de 20 millions, la liberté religieuse pour les missionnaires et leurs prosélytes indigènes. Les négociateurs annamites cédèrent sur tous les points. On n'attendait plus que l'échange des ralifîcations, quand, au mois de décembre, Tu-Duc notifîa au gouverneur qu'il n'avait jamais entendu céder ses provinces, mais seulement quelques ports pour y faire le commerce. Tout était remis en question. On connut bientôt la raison de ce changement d'attitude. La lettre royale était arrivée le 12, le 16 l'insurrection depuis longtemps préparée éclatait avec une telle soudaineté et un tel

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