FONDATION DU ROYAUME DE GERMANIE
de Pannonie {Ostmark)^ qui donnera naissance à V Autriche ^ et la marche de Carinthie, toutes deux protégeant la Bavière ; la marche de Bohême, contre les Tchèques; la marche de Thuringe ou de Sorabie, contre les Sorbes; la marche de Dante y contre les Danois; puis, sous Henri P% la marche de Slesvig, contre les Slaves du nord; au sud, la marche de Rhétie ^ . Il ne faudrait pas voir dans les duchés de simples expressions géographiques ou administratives. Entre les peuples qui les habitent les différences sont nombreuses : là sera toujours le véritable obstacle à l'unité allemande. La langue n*est pas la même, à ce point qu*on peut se demander si un Saxon et un Souabe se comprennent toujours. Le droit n'est pas le même non plus ; chaque peuple a sa loi : loi Salique, loi des Âlamans, loi des Bavarois, loi des Frisons, loi des Saxons. Pour ceux-ci il est même question du droit des Westphaliens, du droit des Angriens, du droit des Ostphaliens. Les Thuringiens, les Lorrains ont leurs coutumes; les Slaves^du royaume germanique ont aussi les leurs. Tous en sont jaloux; longtemps, à leur avènement, les rois devront confirmer les lois des Saxons. Aux élections royales, chacun des quatre grands peuples, Saxons, Francs, Bavarois, Souabes, est représenté par des seigneurs qui parlent en son nom; quelquefois les Lorrains, les Thuringiens sont aussi mentionnés. D'ailleurs on dit le royaume {regnum) des Saxons, le royaume des Francs •, des Bavarois, etc., et le roi lui-même emploie ces expressions. Dans certaines régions, les institutions du passé, l'état social se maintiennent avec une persistance qui frappe les hommes du moyen âge eux-mêmes. Ainsi, au x° siècle, l'auteur de la Vie de saint Libuin écrit : < Dans les anciens temps, la nation des Saxons était partagée, comme elle l'est encore aujourd'hui, en trois ordres : dans leur langue, ils sont appelés les edeling, les friling, les lassi; c'est-à-dire, en langue latine, les personnes nobles, ingénues, serviles. »
i. La Rhélic comprend les Grisons, le Tyrol, le Vorarlberg. « 2. Franconic.
//. — La royauté dans la maison de Saxe.
Conrad de Franconie et les Saxons. ^— Â la mort de
Louis TEnfant (911) s'arrête, en Allemagne, la succession carolingienne. Un Franc encore, Conrad, duc de Franconie, dont la famille était probablement alliée à celle d*AmuIf, devient roi avec le consentement des Saxons et des Souabes; mais il n'a aucune autorité et c'est en vain que, au synode d'Hohenaltheim (916), l'Eglise prodigue les menaces contre les seigneurs révoltés. Après avoir inutilement lutté contre le duc de Saxe Henri, le roi, au moment de mourir (décembre 918), aurait, selon l'historien saxon Widukind, ordonné à son frère Éberhard de porter à son adversaire les insignes royaux : « La fortune, lui dit-il, est passée du côté de Henri, la direction des affaires publiques appartient aux Saxons. Porte donc au duc la lance sacrée, les bracelets d'or, la chlamyde^ le glaive et le diadème des anciens rois, fais la paix avec lui afin de l'avoir toujours pour allié. Est-il nécessaire en effet que le peuple franc avec toi succombe devant lui? Henri sera vraiment roi et empereur de beaucoup de peuples. » Si ce discours n'est paîs authentique, du moins définit-il bien la situation de l'Allemagne à ce moment. La nonne Hrosvitha, dans son poème en l'honneur d'Otto P^ célèbre aussi le jour « où le roi des rois, qui règne au ciel, ordonna que le noble royaume des Francs fût transféré à la glorieuse nation des Saxons ». Ainsi les Saxons triomphaient des Francs, mais les nouveaux rois, descendants de Widukind, l'adversaire obstiné de Charlemagne, allaient recueillir tout l'héritage des traditions carolingiennes : ils devaient à leur tour en accepter jusqu'aux illusions, et placer sur leur tète la couronne impériale.
La maison de Saxe a régné en Allemagne de 919 à 1024. Son histoire se divise en trois périodes : une période de constitution, sous Henri P' (919-936); une période d'apogée, sous Otto P"" (936-973); une période de décadence, sous les successeurs de celui-ci.