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V. — Les premiers empereurs de la maison de Franconie

Avènement de la maison de Franeonie. — Avec Henri H s'éteint (1024) la maison de Saxe. Pendant un siècle elle a régné sur l'Allemagne, elle l'a sauvée des invasions, elle a travaillé à rapprocher les unes des autres les provinces qui la constituent. Mais son œuvre a été incomplète; les rois ne l'ont point poursuivie avec assez de continuité; TeusEenl-ils fait, ils n'auraient pu triompher du développement de la féodalité

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qui, favorisée par Tautonomie des duchés, arrivut à morceler ces duchés mêmes en uoe foule de seigneuries héréditaires. Entraînés au delà des monts, devenus empereurs, les princes saxons ont trop souvent oublié qu'ils étaient rois de Germanie; et, s*ils ont paru dominer la société chrétienne, leur puissance a été plus théorique que réelle.

A la maison de Saxe succéda la maison de Franconie. Le fondateur de la dynastie nouvelle, Conrad, descendait du mariage de Conrad le Rouge, un des plus vaillants guerriers d*Otto P', avec une des filles de Tempereur. Quant au nouveau roi, il avait lui-même épousé Gisèle, nièce de Rodolphe lU de Bourgogne, qui descendait de Charlemagne. Ainsi la maison de Franconie se rattachait à celles qui avaient déjà régné en Germanie. Elle conserva le pouvoir de 1024 à 112o. Ce fut pendant cette période que s engagea dans toute sa violence cette lutte entre le Sacerdoce et TËmpire, que la constitution de la société du moyen âge rendait pour ainsi dire inévitable. Les règnes des deux premiers empereurs franconiens, Conrad II (1024-1039), Henri III (1039-1056), en forment comme Tintroduction.

Politique de Conrad n : la petite féodalité. — Le biographe de Conrad II, son chapelain Wipo, a dressé en quelque sorte le procès-verbal de son élection, et ce texte fort important a été souvent invoqué depuis. L*élection eut lieu à Kamba, sur la rive droite du Rhin, en face d*Oppenheim (septembre 1024). Les hauts seigneurs, ceux que Wipo appelle « vires ac visceraregni », étaient présents ; en outr^ une foule nombreuse de Saxons, de Souabes, de Franconiens, de Lorrains, était accourue. Conrad avait pour rival son cousin, qui portait comme lui le nom de Conrad, mais qui était plus jeune. Tous deux convinrent d*accepter le vote. « L archevêque de Mayence, dont l'avis devait être demandé avant celui des autres, interrogé par le peuple, loua et choisit comme seigneur et roi Conrad Talné; sans hésiter, les autres archevêques et les autres membres dli clergé suivirent cet avis; puis les seigneurs, par province, répétèrent la même formule d*élection, et le peuple acclama. »

A Tintérieur de TAllemagne la politique de Conrad est très

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lEK^le i MÎsir. A son ayènemeot, deux psîssatices dominent : les grands dactiés et les grands érèebés. A ki hante féodalité lalqae, les empereors de la maison de Saxe ont clierelié à opposer la haute féodalité ecclésiastiqiie; mais la protection de TEglise est devenue étouffante; Conrad Toudrart, en s'appnyant sur la petite noblesse, tenir en éehec ces deux féodalités qni renserrent et Tannulent. Tandis qu'il lutte pour empêcher que le principe d'hérédité ne sapplique aux grands d»ehés, il l'admet pour les petits fiefs. En ontre, par une constitution fort importante, il établit que tous les petits seigneurs. Ions les chevaliers, s'ils sont convoqués un an et six semaines i I avance, lui devront le service militaire, même slls ne sont pas ses vassaux directs ; par là il tend à enlever aux durs les fidèles qai font leur force. Cette même politique, il la sait en Malie, ainsi qoe*le prouve une constitution de mai 1031 contre le pnissaiil archevêque de Milan, Héribert, qui est devenu le véritable souverain du nord de la péninsule. Héribert s'appuie sur la haute noblesse, les capiUmei; Conrad se fait le protectenr de la petite noUesse, les

D'ailleurs Conrad a la main rude et se fait craindre*. Il le montre lorsqi^h'il descend en Italie pour prendre, en 1026, la couronne royale è Pavie, en 1021 la couronne impériale à Rome. Dans cette dernière cérémonie paraissent i ses côtés le puisant roi, du Nord, Canut le Grand, et le roi de Bourgogne, Rodolphe III. Selon la coutume, pendant le conronnement, une querelle s'engage entre Allemands et Romains; un grand nombre de ceux-ci sont massacrés.

Fidèle aux traditions politiques de Charlemagne et des Otto, le nouvel empereur pousse plus au sud; il va recevoir l'hommage des princes de Bénévent, de Saleme, de Capoue : il veut déjouer ainsi les projets de Basile II qui, vainqueur des Bulgares en Orient, avait songé à restaurer la domination byzantine dans le midi de l'Italie et en Sicile. Cependant la soumission de la péninsule à l'empereur allemand n'était qu'apparente : Conrad II put le voir lors d'une nouvelle expédition (4037-1038). L'archevêque de Milan, Héribert, lui tient tête; emprisonné, il s'échappe, voit les bourgeois se ralliei* i lui,

force l'empereur. à lever le siège. A Parme, les Allemands, pour venger le massacre de quelques-uns des leurs, pillent la ville. Ces violences et ces cruautés ne faisaient qu'exaspérer la haine des Italiens contre l'étranger. D'ailleurs, partout dans les cités se manifestaient des tendances plus vives à l'indépendance : l'ère des grandes municipalités italiennes allait commencer.

En Allemagne, Conrad II est plus heureux. Son beau-fils. Ernest de Souabe, qui, pendant la première expédition d'Italie (1026-1027), avait cherché à soulever une partie de l'Allemagne, d'accord avec Conrad le Jeune, l'ancien rival de l'empereur, échoue et meurt misérablement (1030). Sur la frontière de l'est, le redoutable royaume de Pologne, fondé par Boleslav Chrobry, s'est affaibli par la discorde, et Mieczislav, après avoir lutté contre l'empereur, est obligé de traiter (1031). Si Conrad II échoue dans une guerre contre Etienne de Hongrie (1030), du côté de l'ouest l'Empire s'accroît d'un royaume tout entier.: Rodolphe III, roi de Boui^ogne, avait ordonné à son lit de mort que la couronne et la lance de saint Maurice fussent portées à l'empereur. Sacré au monastère de Peterlingen, près de Soleure (février 1033), Conrad II lutte contre Eude de Champagne, qui revendiquait la succession de Bourgogne, et le force à se soumettre. Ainsi l'Empire domine les vallées de la Saône et du Rhône : domination précaire, il est vrai, car jamais ij np put y triompher de l'indépendance des évoques, des seigneurs et des villes.

**^Henri m et F Allemagne. — Conrad II léguait donc à son fils, déjà .couronné roi de Germanie et roi de Bourgogne, des États agrandis (1039). Henri III avait été investi des duchés de Bavière, de Souabe; il y joignit la Carinthie : héritier d'une partie de ces anciens ducs qui avaient donné tant de mal à ses prédécesseurs, il tenait en échec la grande féodalité laïque. A l'intérieur, il triomphe de la révolta de Godefroi le Barbu, qui revendique la succession du duché de Lorraine; vaincu, . fait prisonnier, Godefroi obtient cependant .la Haute-Lorraine en 1046. Il se révolte de nouveau, l'année suivante, d'accord avec Baudouin de Flandre; en 1054, il épouse Béatrice, la

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