Immigrés d'Irlande
contre les autres, ne se laissèrent pas entamer. Au sud de la Sevcrn, les Domnonii et les Comubii défendirent pendant longtemps avec succès la péninsule de Cornouailles.
Le seul avantage positif que, pendant longtemps, les Anglo- Saxons réussirent à emporter sur leurs voisins celtiques, fut de les isoler les uns des autres. L*occupation par les Northumbriens de Chester, de Bangor, de Tîle d'Anglesey, coupa les communications entre les Bretons de Stratclud et ceux du pays de Galles. De leur côté, les rois saxons s*emparèrcnt du pays au sud de la Severn pt refoulèrent leurs ennemis derrière le Tamar. Ils n*allèrent pas plus loin. Un double sentiment soutint les Bretons dans leur longue résistance : la haine pour l'étranger, la foi dans l'avenir. Arthur, le héros chrétien qui avait, dit-on, porté la croix à la bataille de Bath, était le symbole même de leur indépendance; on croyait qu'il n^était pas mort, et qu'il secouerait un jour son sommeil séculaire pour reprendre la Bretagne aux Saxons. Les bardes entretinrent religieusement ces espérances orgueilleuses que l'avenir ne devait pas réaliser.
Le christianisme chez les Celtes. — Entre ces deux races ennemies, la différence de religion aigrissait encore les rancunes. Les Anglo-Saxons étaient païens, et les Bretons chrétiens. Nous ignorons à quelle époque le christianisme a été introduit en Bretagne ; c'est seulement au temps de la persécution de Dioclétien que nous en trouvons des traces en partie légendaires, avec saint Alban, le premier des martyrs bretons. L'histoire est courte et merveilleuse. Au moment où cette persécution sévissait, un clerc, Amphibalus, s'enfuit dans la maison d'un certain Albanus et le convertit. La retraite du clerc ayant été découverte, le prince envoya des soldats pour le saisir. A leur arrivée, Albanus se présenta devant eux, au lieu et place de son hôte, dont il avait revêtu la caracalle^ et, devant le juge, il s'avoua hautement chrétien. Mis à la torture, son courage ne se démentit pas, et il fut condamné à mort. Comme on le menait au supplice, on arriva près d'une rivière au cours très rapide. Soudain le lit se dessécha, pour laisser libre le passage; en présence de ce miracle, un des bour-
reaux se jeta aux pieds du martyr et confessa le vrai Dieu à son touri Puis on gravit la colline où le supplice devait avoir lieu ; elle était revêtue des fleurs les plus variées : € c'était un lieu d'une rare beauté, digne d'être consacré par le sang d'un martyr j>. Alban fut décapité avec le bourreau, que la grâce avait touché; mais le juge, frappé de leur sérénité devant la mort, ordonna de cesser les persécutions. Le martyre eut lieu le 10 des calendes de juillet, près de Terulamium, cité romaine bâtie sur les ruines d'un ancien fort de refuge breton. Dans le même temps, d'autres chrétiens furent hiartyrisés à Chester.' De nombreuses légendes de même style, quelques rares noms d'évêques, des restes douteux de pauvres églises, telles sont^ les traces incertaines qui nous resteiH de ce christianisme primitif. Il était comme à fleur dé terre : partout où les Anglo- Saxons s'établirent, il disparut. Il persista chez les Bretons indépendants, mais aflaibli et énervé. C'est d'Irlande que partit l'attaque contre le paganisme triomphant.
Saint Patrick. — Là, le christianisme, importé au plus tard au iV siècle, avait fait de rapides progrès. Le premier évêque d'Hibernie fut Palladius (431), qui fut martyrisé chez lés Pietés. Saint Patrice ou Patrick, dont le nom abrégé en Paddy est devenu l'appellation populaire de toute la nation irlandaise et qui en est resté le patron, en fut l'apôtre. Il naquit au pays de Galles, de parents païens. Son père, sénateur de Boulogne, s'appelait Calpurnius et son aïeul Politus. A seize ans, il fut enlevé par des pirates et conduit en Irlande avec un grand nombre de compagnons. C'est là qu'il connut la foi nouvelle. Puis il s'enfuit, visita la Gaule, l'Italie môme, où, dit-on, le pape Célestin I" l'ordonna prêtre. Il revint en Irlande (vers 432), apportant avec lui quelques ornements sacrés et surtout des livres. Pendant vingt-cinq ans, il parcourut le pays, évangélisant les chefs de tribu et le peuple, combattant la « fausse science » des druides, élevant des monastères (bangor) et des églises. Celle d'Armagh, la plus célèbre, devint la capitale religieuse de l'Irlande. Dans les monastères, il propagea l'étude des lettres latines, sacrées et même profanes; il en fit des foyers de lumière qui, pendant plus de trois siècles, jetèrent un vif éclat. Les savants et les
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lettrés dtt continent, chassés par les invasions, s*y réfugièrent, et la culture classique s'y perpétua, tandis qu*elle s'obseorcissait de plus en plus dans les contrées subjuguées par les Barbares.
Aussi ne faut-il pas s*étonner de la vénération que les Irlandais eurent toujours pour saint Patrick. Ses biographes lui attribuèrent un grand nombre de visions et de miracles. Il parlait souvent des tourments de Fenfer et des joies du paradis ; mais il rencontrait beaucoup d'incrédules. Un jour il se mit en prières. Jésus alors lui apparut, le mena dans un endroit désert et, lui montrant une grotte obscure : < Tout homme, lui dit-il, qui, en état de pénitence et doué d'une foi sincère, entrera dans celte caverne et y restera un jour et une nuit, y sera purgé de tous ses péchés; il y verra les tourments infligés aux méchants et, s'il persévère dans l'amour de Dieu, les joies des bienheureux. 9 Aussitôt Patrick fît construire un oratoire près de la caverne, entoura celle-ci d'un mur, installa des chanoines régu* liers et remit au prieur la clé de la caverne. Beaucoup de gens par la suite purent aller visiter ce Purgatoire de saini Pairick; leurs récits, maintes fois répétés et recopiés, arrivèrent jusqu'à Dante qui les a rendus immortels en les transformant dans sa Divine Comédie. Saint Patrick mourut vers 451.
Saint Colomba et Saint Colomban. — Un siècle plus tard, un Irlandais, Grimthan, reprit l'œuvre d'évangélisation. Né en 521 de la race royale des O'Neill, il fut l'élève de l'abbé Finman au monastère de Clonard. Persécuté par les gens de sa tribu, il se retira en 563 dans la petite île de Hii ou lona, où il établit une communauté de moines sur des ruines païennes. Puis il passa en Calédonie et décida le roi des Pietés d'Inverness à recevoir le baptême. Le druidisme, qui disparaissait on Irlande au moment où il quitta sa patrie, était encore tout-puissant en Ecosse. Un jour, nous raconte son biographe, un druide, pour l'empêcher de faire un voyage par mer, envoya un épais brouillard et un vent contraire. Saint Colomba, car on l'appelait ainsi, maintenant, à cause de sa douceur de colombe, entra, dans la barque devant une troupe de druides accourus pour jouir de son humiliation, adressa une prière à Dieu
el partit sans effort dans la direction voulue» laissant les païens stupéfaits de Tempire que son Dieu lui donnait sur les éléments. Saint Colomba est le fondateur de Téglise chrétienne d*Ecosse. On lui attribue la création de ' nombreux monastères. Les plus célèbres sont ceux de Darron et de Derry (aujourd'hui Londonderry). Il était passionné pour les manuscrits sacrés et profanes.
Un de ses compatriotes et contemporains, saint Colomban, né en 540 au pays de Leinster, moine à Bangor dlrlande, alla plus loin : il partit en 585 pour la France, et mourut à Bobbio, dans la Haute-Italie, après avoir prêché TEvangile dans les vallées de la Saône, du Doubs et du Rhin '. C'était un lettré. Il écrivait le latin avec une pureté dont les plus instruits des Oallo-Romains étaient incapables.
Le cbristiaaisme chez les Anglo-Saxons : Augustin «t Théodore. — Les Anglo-Saxons s*obstinaient à repousser toutes les tentatives d'apostolat faites par les moines irlandais. L'inimitié qu'ils nourrissaient contre les Celtes les rendait réfractaires. C'est Rome qui leur envoya les premières semences du christianisme.
La conquête chrétienne des royaumes de l'Heptarchie fut •commencée par le grand pape Grégoire P^ En 597, envoyés par lui *, Augustin et ses compagnons abordèrent dans l'île de Thanet, là même où les Saxons avaient mis le pied pour la première fois, un siècle et demi auparavant. Augustin s'établit à Cantorbéry, qui fut dès lors le siège primatial d'Angleterre, et mourut en 604. Un de ses compagnons, Paulinus, jeta les fondements du grand évêché d'York (627), la métropole de l'Angleterre septentrionale. Rochester, Londres, Dunwich, Dorchester, Lindisfarne, Lichfield, devinrent successivement le siège d'évêchés soumis au primat. Cette œuvre ne s'accomplit pas sans obstacles. La victoire resta enfin à la Croix : vers 660, le christianisme était librement admis dans tous les royaumes anglo-saxons C'est l'époque où le moine grec