‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos joursChapitre 122 sur 180 · Voir ci-dessus, chapitre v · texte numérisé non relu

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entrait enfin dans la grande famille des nations civilisées.

Pendant ce temps, une évolution semblable se produisit au sein de la société laïque; seulement elle fut plus lente, et s*accomplit au milieu des guerres et des massacres. Trois causes principales la dirigèrent : 1° Tidenlilé des institutions dans les royaumes; 2^ la réduction des sept Etats saxons à trois seulement; 3* une double invasion : celle des Danois, qui ne laissa plus subsister que Wessex, et celle des Normands, qui créa l'unité anglaise par la brusque soumission do tous les Anglais au même despote.

Rapports entre les Anglo-Sazons et les Celtes. — Les institutions anglo-saxonnes ont conservé avec une étonnante pureté celles de la Germanie primitive. L'Angleterre, en effet, occupe une place à part dans Thisloire des invasions. Là les Barbares ne s'introduisirent pas par de lentes infiltrations, comme sur le continent, mais par une conquête longue et sanglante; les Bretons furent les seuls peuples de Tancien empire d'Occident qui combattirent avec acharnement l'envahisseur et qui préférèrent émigrer plutôt que se soumettre. C'est un problème vivement discuté de savoir ce qu'est devenue la population bretonne dans les contrées occupées par les Barbares; mais, s'il est invraisemblable qu'elle ait été exterminée par eux, si l'anthropologie croit pouvoir affirmer son existence continue même à l'est et au sud, dans les pays entièrement conquis, si les linguistes et les jurisconsultes ont retrouvé dans la langue et les institutions de l'Angleterre des mots, des usages particuliers aux peuples celtiques, on peut affirmer que l'inlluence exercée par les vaincus sur les vainqueurs n'a pas laissé de traces appréciables. On peut en dire tout autant de l'innuence romaine, qui n'avait jamais dominé que parmi la population urbaine et qui disparut avec les villes abandonnées par les fonctionnaires romains et ruinées par les invasions.

Les institutions anglo-saxonnes; les terres et les personnes. — Dans cette Germanie nouvelle, qu'ils fondèrent de l'autre côté du Détroit, les Barbares prirent la possession de la terre pour base de tout droit constitutionnel. Le sol fut partagé en lots de grandeur variable, depuis ceux d'une seule hide, suffi-

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8ants pour nourrir une famille, jusqu*à ceux dès nobles, qui pouvaient couvrir tout un canton. Ces lots pouvaient se transmettre; le titre de propriété était constaté soit par le témoignage de la communauté, soit par un acte écrit {bocland). Quand, à Toccupation primitive, les lots eurent été distribués suivant le rang de chacun, une partie du sol resta indivise. (Tétait le bien commun de la tribu, de la nation (folcland); pour Taliéner, il fallait le consentement de rassemblée nationale. Si on le louait, le détenteur devait à TEtat une rente ou des services, dont le propriétaire du bocland était exempt, he folcland est uner institution propre à TAnglcterre ; il ne se retrouve, avec ses caractères spécifiques, chez aucun autre peuple germanique.

Sur ces terres vivaient plusieurs catégories de personnes. Les Anglo-Saxons eurent des esclaves en Angleterre comme ils en avaient en Germanie. C'étaient ou bien des esclaves de la race germanique, ou bien des Bretons faits prisonniers et vendus après une expédition heureuse. La présence de ces derniers n a guère été constatée dans la partie orientale de Tile, tandis qu'ils se rencontrent de plus en plus nombreux à mesure qu'on s'avance vers l'ouest; c'est même à cela qu*on a cru pouvoir mesurer le degré d'extermination dont les indigènes ont été victimes. Tous étaient d'ailleurs également considérés comme des choses, non comme des personnes. Parmi les hommes libres, on distinguait le ceorl^ possesseur d'une hide de terre, le noble (thegn), qui en avait au moins cinq, enfin le noble de race (etheling) ou de fonction (ealdorman).

Le lien politique de la famille, si fort en Germanie, s'était relâché en Angleterre. Sans doute, la famille percevait encore une part du wergeld pour le meurtre d'un de ses membres, fournissait les co-jureurs devant le tribunal, protégeait les mineurs; mais les affaires publiques se réglaient dans des associations tout artificielles. Le village (township) en était la forme la plus élémentaire. Il comprenait un certain nombre de maisons (ham) ou d'enclos fortifiés {(un), les terres lotisées, les prés communaux, les bois, marais, étangs et cours d'eau, où d'ordinaire les habitants exerçaient un droit d'usage illimité. Les affaires locales étaient réglées dans des réunions populaires

PÉRIOBB ANGLO-SAJCONNE &%Z

{gemotjj qui devuent poursuivre les criminelfi, rech^*cher les biens dérobés, exécuter les décisioos prises ou traosmises par les agents royaux, élire des délégués chargés de représenter le village auprès des autorités supérieures. Cette organisation primilive était la même dans les villes, distinguées des simples villages par une plus forte enceinte {burb)^ mais sans trsce apparente d*administraiion autonome.

Pouvoir des rois. — A la tète de TEtat était un roi, réputé héréditaire, chef de larmée et des fonctionnaires, juge d'appd en dernier ressort, gardien de la paix publique. U avait de nombreux domaijies comprenant, soit des terres dont il avait lenUère et libre disposition, soit des palais, des fermes, des villages, bourgs ou cités dont il possédait seulement lusufruit. Les revenus de ces domaines, était ses seules ressources permanentes; il y ajoutait une partie des amendes et autres fruits des cours de justice, les produits des naufrages, des trésors trouvés, des mines et salines; il avait le droit de gîte et de procuration. Sa personne, celle <te sa famille et de ses serviteurs étaient prot^ées par un ioergeld considérable. U s*entourait de compagnons (gesUhs)^ qui formaient sa garde et son conseil privé. Mais ses pouvoirs étaient très limités; car il n avait ni armée permanente ni impôts réguliers; il n*avait pas de chancellerie, pas de sceau, pas d'administration hiérarchisée; enfin, pour les affaires importantes, il était obligé de prendre conseil de ses < sages » ou wilan.

Lies assemblées. — La réunion de ces witan (le wilen€h gemot) ne ressemble à aucun degré i une assemblée populaire ni à une chambre de représentants du peuple. Elle comprenait, outre le roi, accompagné parfois de la reine et de son fils, les évèques, les principaux fonctionnaires, les compagnons du roi et les officiers de son palais; c'était donc la condition sociale de ces grands laïques et ecclésiastiques, ou le choix du roi, qui les désignait. Leur réunion n'avait rien de régulier; on ignore la manière dont ils délibéraient. Leur compétence était très étendue. Us disposaient en un certain sens de la couronne, car ils s'arrogeaient le droit de renverser le roi et de designer son successeur. Us votaient les lois en matière ecclésiastique et

laïque; il fallait leur consentement pour que le roi pAt aliéner les terres du folcland, ou établir un impôt extraordinaire ; peutêtre nommaient-ils les ealdormen et les évoques. Ils participaient à la déclaration de la guerre, à la direction de Tarmée et de la flotte» à la conclusion de la paix. D'ailleurs la loi ne limitait pas plus leurs pouvoirs que la prérogative royale. ^

Prépondérance du royaume de Wessex. — On a dit que le titre de Bretwalda fut donné à ceux des rois de THeptarchie qui régnèrent, pendant un temps plus ou moins court, sur toute TAngleterre. En réalité, on ne sait bien ni le sens originaire, ni la valeur historique de ce mot. Trois choses seulement sont certaines : la première, c'est que les royaumes de THeptarchie ont sans cesse combattu pour imposer chacun son hégémonie aux autres; la seconde, que celte. hégémonie fut exercée d'abord par la Northumbrie avec Oswy (mort en 670), puis par la Mercie avec Ofîa (mort en 794), avant de passer à Wessex ; la troisième, qu'à la fin du vni° siècle ces trois royaumes restèrent seuls. Les rois des moindres Etats disparurent en effet, soit que leur race ait été éteinte dans le sang, soit qu'ils aient passé à l'état de sous-rois ou de simples ealdormen.

Au commencement du ix° siècle, Wessex prit décidément la tète. Sa situation était éminemment favorable. Ses limites étaient les mieux protégées : au sud, il s'ouvrait largement sur la mer; au nord, une double rangée de collines boisées fermait les routes qui traversaient le fossé insuffisant de la Tamise supérieure et moyenne; ses flancs étaient garantis par les épaisses forêts de Sclwood et d'Andredeslag. Ces défenses constituaient une sorte de forteresse naturelle, qui déjoua longtemps les efforts des envahisseurs. En outre, Wessex n'avait pas d'ennemis redoutables dans son voisinage immédiat; tandis qu'au nord les Pietés et les Scots, à l'est les Scandinaves, à l'ouest les Celtes de Galles, de Stratclud, d'Irlande, pouvaient sans cesse pénétrer dans la Northumbrie ou la Mercie, Wessex se trouvait hors du grand chemin des invasions bretonnes et danoises. Plus compact que ses deux rivaux, le royaume fonde par Cerdic paraît avoir en outre possédé une administration pins perfectionnée. Sous Ecbert déjà, il était divisé en circonscrip-

tions gouvernées par des ealdoi^men héréditaires : c'étaient les pays qui deviendront plus tard les comtés de Somerset, de Devon et de Dorset, à Touest de la forêt de Sehvood; ceux de Wilts et de Hauts, à Test. L'avenir devait favoriser celui des trois grands royaumes qui était le mieux défendu par la nature, le plus éloigné des ennemis extérieurs et le mieux administré.

La grandeur de Wessex, ébauchée par Ini (688-725), commença réellement avec Ecbert. Chassé de son pays par des guerres intestines, Ecbert avait trouvé asile à la cour de Charlemagne; il en revint en 800, avec Talliance du grand empereur. Des guerres heureuses agrandirent son royaume : appelé au secours du roi d'Anglie orientale contre ies Merciens, il remporta sur ces derniers une victoire signalée à EUendune (823), et soumit la Mercie (825); les rois de Kent et d*Essex, clients de la Mercie, devinrent alors ses clients; Sussex et TAnglie orientale reconnurent sa supériorité; la Norlhumbrie lui paya tribut. D'autre part, il envahit le pays gallois, prit Chester et pénétra jusque dans Tîle de Mona (Anglesey), autrefois le centre de la religion celtique pour toutes les Iles Britanniques. Les Celtes de Cornouailles se soulevèrent; il les repoussa et les soumit (835). Il mourut plein de gloire, en 836, et fut considéré comme le huitième Dretwalda, A ce môme moment, l'arrivée des Danois arrêta les progrès des Saxons occidentaux; au lieu d'attaquer les autres, ils durent organiser chez eux là défensive.

///. — Période des invasions danoises.

Ravages exercés par les Danois. — Les immigrations des Scandinaves commencèrent peu de temps après que les immigrations germaniques eurent cessé pour toujours. Tandis que les uns allèrent prendre du service auprès de l'empereur de Constantinople, d'autres, les « Hommes du Nord », s'attaquèrent à l'empire franc dès le règne de Charlemagne ; d'autres, les « Hommes de l'Est », s'établirent en Irlande (depuis 795); d'autres enfin, les Danois proprement dits, abordèrent en Angle-

terre, appelés par les Celtes de Gomouailles. D'abord ce furent de simples incursions. Les Danois aimaient la mer pour ses caprices et la guerre pour le butin. Sur leurs grandes barques non pontées, ils naviguaient à la voile ou i la rame. Tous marins à la mer, tous soldats sur terre, ils ravageaient les côtes et repartaient quand il n'y avait plus rien a prendre. C'était leur < moisson d'été », qu'ils allaient dévorer chez eux pendant l'hiver. Ils mettaient à leur tète des viking^ ou rois de la mer, qui étaient des chefs de bande, non des conquérants. Le type légendaire de ces vikings est Bagnar Lodbrok, « le plus grand et le plus beau des guerriers », géant vêtu de peaux de bétes avec le poil en dehors, qui, après mainte heureuse expédition en Angleterre, finit par se faire prendre, et, jeté dans un tonneau rempli de vipères, mourut en chantant son chant de guerre.

La seconde période de l'invasion commença lorsque, voulant mettre leur butin en sûreté dans le pays même qu'ils avaient ravagé, les Danois y fondèrent leurs premiers établissements. Ethelwulf (836-857), le fils et le successeur d'Ecbert, les battit à plusieurs reprises, mais sans les déloger de l'ile Sheppey, tandis que les Normands s'emparaient de l'embouchure de la Seine et que les « Hommes de TEst », après avoir fondé Dublin, occupaient les Feroe, les Shetlands, les Orcades et les Hébrides.

Ces succès amenaient sans cesse de nouvelles recrues aux vainqueurs, tandis que les Anglais, cernés de toutes parts, ne pouvaient remporter que de stériles avantages. La première année du règne d'Ethelred, un fils d'Elhelwulf (866), une grosse flotte, commandée par huit rois et vingt /aHs', aborda sur la côte de l'Est-Anglie. Après avoir tiré leurs barques à terre et les avoir mises en sûreté derrière Tenceinte d'un camp, les Danois envahirent la Northumbrie, alors déchirée par la guerre civile. Une seule bataille, près d'York, les rendit maîtres du pays, qui fut dévasté. Les païens s'appliquèrent à détruire les églises. Les évêchés de Lindisfarne, de Lindsey, de Hexham, disparurent. Les célèbres monastères de Crowland, de Peterborough, d'Ely,

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