I. A peu près TéquiTalent de comte
furent réduits en cendres, et les moines massacrés. La contrée qui avait produit les deux plus ^ands écrivains de la période anglo-saxonne, Bède et Alcuin, fut rendue à la barbarie. Bientôt ce fut le tour de TEst-Anglie; le jeune roi Edmond fut pris par les Barbares et subit le martyre (20 novembre 870). L'année suivante, d autres Danois, conduits par Guthrun, remontèrent la Tamise et s'établirent à Reading. Elhelred, écrasé près de Mer ton, mourut de ses blessures (mai 871).
La résistance & rinva4ation danoise : exploits da roi Alfired. — Alfred, qui recueillit i vingt«deiix ans le sanglant héritage de son père Ethelwulf et de ses trois frères, tués à Tennemi, acheta la retraite des vainqueurs à prix d*argent. Les Danois allèrent alors saccager la Mercie qui fut, comme la Northumbrie et TAnglie, réduite à Thumiliante condition de roj-aume tributaire.
Cependant Alfred avait mis ce répit i profit. Une flotte équipée rapidement vainquit le roi Ubba et lui enleva une enseigne men^eilleusc que, dit-on, les trois filles de Lodbrok avaient faite en un seul jour : c'était un corbeau qui battait des ailes quand il partailpour la victoire. Mais, d*autre part, Guthrun revint en force vers le sud, prit Londres, envahit Wessex et vint hiverner sur le haut Avon. L'armée danoise, < T Armée », comme Tappelle énergiquement la chronique saxonne, chassa les habitants devant elle : « Beaucoup s'enfuirent au delà de la mer; les autres se soumirent pour la plupart, sauf le roi Alfred. Avec une poignée d'hommes, il se retira au milieu des bois et des marais. Vers Pâques, il construisit un fort a Athelney ; de là, avec une partie des hommes de Somerset, il sortit de temps en temps pour combattre l'Armée. Puis, dans la septième semaine après Pâques, il marcha vers la Pierre d'Ecbert, à l'est de Selwood. Là vinrent à lui tous les hommes de Somerset, tous ceux de Wiltshire, et cette partie des hommes de Uampshire qui étaient de ce côté de la mer; ils se réjouissaient de le revoir. Le jour suivant, il alla de cette station à Iglea (Ockley), et le jour d'après àEthandun (Eddington). Là il combattit contre l'Armée tout entière. Il la mit en fuite et la poursuivit jusqu'à sa forteresse, qu'il tint bloquée pendant quatorze
jours. Alors TArmée lui livra des otages, jura sur de nombreux serments de quitter son royaume et promit que son roi recevrait le baptême. Ils tinrent fidèlement parole. Environ trois semaines après, le roi Guthrun vint le trouver, avec une trentaine de guerriers choisis parmi les plus notables de TArraéc, à Aure, qui est près d'Alhelney. Le roi fut son parrain au baptême, qui fut célébré à Wedmore. Guthrun resta douze jours avec lui et reçut de nombreux présents » (878). C'est en ces termes simples et précis que la chronique saxonne raconte un des épisodes les plus mémorables des guerres danoises et Tévénement le plus glorieux du règne d'Alfred. La légende Ta défiguré en le poétisant.
La paix de Wedmore partagea l'Angleterre entre le roi des Danois et le roi de Wessex, par une ligne qui remontait la Tamise et son affluent, la Lea, rejoignait TOuse par Bedford, et gagnait enfin l'ancienne voie romaine appelée Watling-Street. L'Est-Anglie, Essex avec Londres, sa capitale ruinée, la Northumbrie tout entière, la moitié orientale de la Mercie composèrent le territoire danois, le Danelagh. Le reste appartint à Wessex, agrandi de Sussex, de Kent, de la'Mercie occidentale.
Des trois grands États saxons, Wessex demeura donc seul, avec le prestige de la résistance victorieuse qu'il avait opposée à l'ennemi. L'idée de patrie était née au sein des communes; la force des choses et l'influence plus grande encore du sentiment national se réunirent ainsi pour hâter la formation de l'unité politique en Angleterre.
Institutions du roi Alfred. — Alfred ne fut pas grand seulement parce qu'il n'avait pas désespéré et qu'il avait été heureux, mais encore et surtout parce qu'avec une intelligence supérieure il entreprit de réparer les désastres de l'invasion et de fortifier son royaume contre les périls à venir. Sur le front opposé à l'ennemi, des forteresses furent construites. Londres, enlevé à Guthrun après un soulèvement bientôt réprimé (886), fut « rendu habitable » et repeuplé; toute la vallée de la Tamise fut alors occupée par les Saxons. La Mercie occupée servit de barrière entre les Danois et les Gallois, toujours prêts à s'associer contre l'ennemi commun. Pour l'armée, on organisa la
levée en masse; le pays fut divisé en districts militaires ; chaque portion du sol cultivé comprenant cinq hides dut fournir un homme d*armes avec une solde et des vivres; chaque burh dut également un certain nombre de guerriers. Cette milice (fyrd) fut divisée en deux contingents : Tun pour le service actif, l'autre pour la défense des places fortes. C'était une armée vraiment nationale; elle protégea le pays sur terre, pendant qu'une flotte, concentrée dans des stations choisies, surveilla la mer. Le service militaire était une des trois obligations imposées à chaque propriétaire foncier. La trtnoda nécessitas comprenait encore l'obligation de contribuer à l'entretien des ponts et à la garde des fortifications. Alfred y tint fortement la main. Il rétablit l'ordre public, en faisant reconnaître la supériorité de la justice royale sur tous les autres tribunaux; l'ancienne jtjaîj: du peuple disparut pour faire place à Ivipaix du roi; toute violation de la loi fut punie comme une ofi'ense faite à la personne royale.
La civilisation anglo-saxonne sous le roi Alfred. — En même temps, les études furent remises en honneur. Alfred avait appris tard à lire, mais, s'il faut en croire un de ses biographes, il eut toujours depuis quelque livre avec lui. Comme Charleraagne, il établit une école dans son palais; il s'entoura de lettrés, comme Plegmund, archevêque de Cantorbéry, un des auteurs prétendus de la Chronique saxonne: il attira à sa cour les étrangers, comme le Gallois Asscr, moine de Saint-David, qu'Alfred nomma évêque de Sherborne, comme le Français Grimbaud, moine do Saint-Bertin, et le Saxon Jean, moine de Corvei, qui furent mis l'un et l'autre à la tête des monastères nouvellement fondés de Winchester et d'Athelney. Il voulait, disait-il lui-même, « que tous les jeunes gens nés libres jie son royaume, qui en avaient les moyens, fussent contraints à apprendre, jusqu'à ce qu'ils sussent lire dans la perfection l'écriture anglaise ; qu'ensuite ceux qui se destinaient à renseignement et au service divin fussent instruits dans la langue latine ».
Alfred lui-même se fit auteur : non qu'il ait composé un seul ouvrage original; il n'a jamais fait que des traductions, où il
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n'hésita pas, d'ailleurs, à faire entrer ses vves personnelles; mais il les rédigea dans sa langue maternelle : les cinq livres de la Consolation tirée de la philosophie par Boèce, Y Histoire uni* venelle d*Orose, continuée par \ Histoire ecclésiastique de Bède, le Manttel du pape Grégoire le Grand pour la direction des âmes {Cura ou Régula pastoralis). Par là il a mérité d*ètre considéré comme le fondateur de la prose anglaise. Il fit aussi consigner par écrit, dans cette même langue, les lois des divers rois saxons; on pourrait donc dire qu'il a fait rédiger le premier code de lois nationales, comme sans doute il a provoqué, directement ou indirectement, cette compilation historique appelée par les uns la Chronique anglo-saxonne y par les autres les Chroniques anglaises. C'est en effet une œuvre officielle, rédigée à Winchester, la capitale du royaume ; c'est aussi une œu^Te nationale, car elle ne raconte que les faits intéressant l'histoire des rois anglo-saxons. Composée à l'aide de documents intérieurs, de brèves annales locales, elle mit fin à l'existence de ces annales particulières, et devint par là même une preuve matérielle du progrès accompli vers l'unité. Elle témoigne encore d'un autre fait : comme il est extrêmement rare qu'elle note des événements de l'histoire continentale, elle atteste l'isolement où vécut l'Angleterre pendant toute la période saxonne. Cette vénérable chronique, la première de l'Europe qui ait été écrite dans une langue modei*nc, est exclusivement anglaise, comme Alfred est un roi exclusivement anglais
Nouvelles luttes contre les Danois. — Alfred put à peine consacrer quinze années à ce bienfaisant travail de rénovation politique et intellectuelle. Après Wedmore, les Danois s'étaient jetés sur la France. La grave défaite subie à Saucourt, ainsi que la paix imposée à Guthrun en 886, arrêtèrent pour un temps le» courses de pirates. Par malheur, les pays Scandinaves étaient, à ce même moment, travaillés par des mouvements intérieurs qui devaient amener de nouvelles migrations et de nouveaux ravages. C'est à la fin du ix« siècle que se formèrent les royaumes de Danemark, de Suède et de Norvège. Cette concentration du pouvoir en quelques mains produisit un double effet : d'abord, les petits chefs indépendants, impatients du joug imposa
par Fusnrpateor beoreox de la eouronne, se réfugièrent sur la mer et imprimèrent à la course un élan nouveau. Plus tard, les grands rois du Nord réussiront là où vont échouer ces chefs isolés, et emporteront les dernières résistances de TAngleterre aux abois.
A partir de 893, Alfred eut à combattre les Danois nouveaux venus; ils durent se retirer, après trois ans de tentatives inutiles pour fonder des établissements fixes sur le territoire saxon. En même temps-, les princes gallois qui, par haine des Anglais, étaient les alliés naturels des Danois, demandèrent la paix. Alfred put mourir tranquillement (28 octobre 901), laissant une mémoire qui, par un rare privilège, n a jamais été discutée : pour les historiens modernes, comme pour les chroniqueurs du moyen âge, il a toujours été Alfred le Grand.
Lies successeurs du roi Alfred. — Ses successeurs furent dignes de lui, et, pendant un siècle,. TAngleterre eut cette bonne fortune d'avoir à sa tète des princes qui s'illustrèrent en la défendant.
Edouard TAncien enleva aux Jutes l'île de Wight, battit Owen, roi de Gwent, en Galles septentrionale, conquit toute la Mercie danoise, éleva partout de nouvelles forteresses, enfin repoussa une coalition formée des princes gallois, des Bretons de la Clyde, du roi des Scols, des Danois : si bien que les vaincus le reconnurent comme leur « père et seigneur ». Il mourut peu après (925).
Son fils, peut-être illégitime, Alhelstan, lui succéda, non sans contestation. Il s'empara de la Northumbric. Au début de son règne, il avait porté le simple litre de « roi des Anglo-Saxons » ; il prit maintenant ceux de « monarque de toute la Bretagne », de « Basileus anglais, empereur des rois et nations habitant dans les limites de la Bretagne », etc. Aux grands witenagemois de son règne, parurent, en efl'et, des princes bretons, des jarls danois, des thegns de Northumbrie et d'Anglie. Son action se fit sentir même au dehors. Depuis que les hommes du Nord avaient arraché au faible Charles le Simple une partie de la Neustrie, l'Angleterre était soils la menace permanente des invasions normandes. Déjà Ethelwulf avait épousé Judith, fille de Charles
le Chauve. Athelstan renouvela ralliance française en donnant une de ses sœurs en mariage à Charles le Simple, une autre à Hugue le Grand, tandis qu'une troisième épousa Otto le Grand, duc de Saxe, plus tard roi et empereur d'Allemagne. Après le renversement de Charles le Simple, Athelstan recueillit son neveu Louis, qu'il aida à reprendre la couronne carolingienne, en 936. Louis d'Outremer pouvait être un allié précieux pour la grande île que tant de peuples se disputaient.
L'année qui suivit cette restauration, Athelstan eut à cotnhallre une coalition de Scots, de Bretons, de Danois northumbriens et irlandais. Il les rencontra non loin de la Tweed, à « Brunanburh ». Là fut livrée une des batailles les plus fameuses do l'histoire anglo-saxonne : a Le roi Athelstan, roi des comtes, celui qui donne l'anneau aux chevaliers, et Edmond, son frère, gagnèrent un durable renom à la pointe de leur épée. Là périrent maints guerriers, de dards lancés par-dessus les boucliers. Là tombèrent cinq rois que, sur le champ de bataille, les épées envoyèrent au sommeil éternel; et ils étaient jeunes; et sept des jarls d'Owen (de Cumberland), avec les Scots et les gens de la mer. Là, le prince des guerriers du Nord s'enfuit, avec une poignée d'hommes, vers la proue de son vaisseau. Là s'enfuit le chef aux cheveux blancs, le vieux Constantin (roi des Scots); et il n'eut pas lieu de se réjouir à la communion des épécs, car ses compagnons furent tués et son fils resta sur le champ de carnage, déchiré de blessures. Les hommes du Nord partirent sur leurs barques clouées, pour chercher au delà de la mer profonde Dublin e1 l'Irlande, couverts de honte. Jamais le pays n'avait vu pareil massacre ; jamais le tranchant du glaive n'avait abattu plus de guerriers, à ce que disent les vieux chroniqueurs, depuis que les Angles et les Saxons vinrent ici sur la lai^e mer, puissants forgerons de la guerre, qui enlevèrent le pays aux Welches conquis. » Quatre ans après cette brillante victoire, Athelstan mourut (941), emportant les regrets de tout son peuple. Il avait perfectionné l'oi^anisation de ses Étals, généralisé les associations pour le maintien de la paix {frithgilds), favorisé la réforme religieuse. A tous égards, il a mérité d'être ajipelé le premier roi d'Angleterre ; les titres
dont il se décora dans ses diplômes n'étaient pas pure vanité.
Saint Dunstan et la réforme de TÉglise. — La guerre contre les Danois fut Toeuvre glorieuse de la première moitié du x*" siècle, continuée avec succès par Edmond (941-946) et par Edred (946-955), frères d*Athelstan et ses successeurs.
La réforme de TEglise fut entreprise sous les auspices de saint Dunstan, ministre de quatre rois pendant la seconde moitié du x* siècle.
S*il faut en croire ses biographes, Dunstan était de sang royal. Il naquit, on ne sait quand, dans le voisinage de Glastonbury, lieu autrefois célèbre et très fréquenté à cause de son monastère, où Ton conservait le corps de saint Patrick, Tapôtre des Irlandais. C est là sans doute qu*il fut initié aux < sciences des philosophes ». Il apprit aussi la musique : < comme David », il sut pincer le psaltérion et la cithare, toucher Torgue, frapper des cymbales. Mais à toutes ces études « séculières », il préféra < la science de la piété contenue d^ns les livres évangéliques et apostoliques. En outre, il se rendit habile à tout faire de ses mains, à peindre, à former des lettres, à ciseler Tor et l'argent, à fabriquer tout ce qu'il lui plaisait avec le fer et l'airain. » Son oncle, Adhelm, archevêque de Cantorbéry, le présenta au roi Athelstan, dont il ne quitta plus le palais. < Là, tantôt se levant pour prier Dieu, tantôt s'asseyant pour juger les causes des hommes, il se conduisit avec sagesse et circonspection. Quand il voyait le roi fatigué des soucis de l'Etat, il jouait du tympanon ou de la cithare, ou de tout autre instrument de musique, et réjouissait les cœurs du roi et des grands. » Cette faveur lui fit des envieux; il dut quitter la cour et se réfugia auprès d'Elfegh, évêque de Winchester, qui lui conseilla de se faire moine. Le jeune homme était mondain, ardent; il songeait à se marier; après une courte mais vive résistance, il céda et prit l'habit monastique. D'ailleurs il ne resta pas longtemps au cloître : Edmond, successeur d'Athelstan, l'appela auprès de lui, lui donna la première place parmi ses palatins, et, sans doute pour récompenser ses services, lui fit don du domaine royal de Glastonbury. Dunstan y construisit une église et y réunit une communauté de moines.
Histoire oiMiitux. I. 38
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L'institutioii monastique éteit alors en pleine décadence : c Le nom même d*abbé était presque inconnu. Personne n*aTait TU de courents de moines ; ceux qui voulaient vivre en eénobites partaient seuls ou avec quelques compagnons, et allaient vivre à Tétranger. » C*est ainsi qu*avait vécu saint Patrick, ainsi que vivaient encore, i cette époque, les moines irlandais : nulle règle, nulle discipline. Ou bien encore c'étaient des prêtres séculiers, mariés pour la plupart, qui habitaient les bâtiments des abbayes et des cathédrales. Leurs mœurs étaient mauvaises et leur instruction nulle. Après Alfred, les études avaient tellement dégénéré c qu*aucun prêtre anglais ne savait ni écrire une lettre en latin, ni la traduire du latin ». Cependant, sur le continent, la fondation de Cluny (910) avait commencé la réforme monastique; la règle de saint Benoit y avait été rétablie dans ce qu'elle avait à la fois de sévère et d*utile : obéir et se taire, travailler et prier, donner laumône aux pauvres et Thospitalité aux étrangers. Le monastère de Fleury-sur-Loire adopta de bonne heure cette règle austère, et servit à son tour de modèle aux réformateurs anglais. Odon, évèque de Sherbome, refusa le siège de Cantorbéry parce qu'il n'était pas moine; Abbon de Fleury vint lui apporter lui-même Thabit monastique, et c'est alors seulement qu'Odon accepta. Oswald, neveu d'Odon, se fit moine à Fleury ; rappelé par son oncle, il fut un zélé propagateur de la réforme, à Worcester et plus tard à York. Pour réformer le clergé séculier, on remplaça par des moines bénédictins les chanoines des cathédrales. Dunslan favorisa ce mouvement; mais il était avant tout un homme d'Etat; la réforme, à ses yeux, ne devait pas seulement corriger les mœurs du clergé, mais aussi préparer des fonctionnaires instruits et disciplinés pour l'administration royale.
Lorsqu'Edred monta sur le trône (9i6), Dunstan, son compagnon de jeunesse, devint son principal ministre. Il se proposa d'organiser l'unité politique de l'Angleterre, si péniblement élaborée depuis un demi-siècle : chaque Etat devait garder son autonomie, sous l'autorité suprême du roi de Wessex; ce plan chimérique et dangereux fut traversé par la mort d'Kdred (955). A l'avènement d'Edwy, fils aîné d'Edmond, les nobles
saxons, qui regardaient les royaumes vassaux comme leur proie, s'emparèrent de Tesprit du jeune roi, qui chassa Dunstan de sa cour. Mais les Merciens et les Northumbriens se soulevèrent; ils prirent pour roi Edgar, frère d'Edwy, qui s'empressa de rappeler Dunstan. A la mort d'Edwy(959), Wessex reconnut Edgar. Dunstan fut nommé archevêque de Cantorbéry.
Saint Dunstan et le roi Edgar. — Edgar, jeune homme de seize ans a son avènement, régna d'abord sous la tutelle du primat. Il avait assez de valeur personnelle pour s'en affranchir bientôt; mais le roi et son ministre restèrent toujours unis. Leur œuvre, toute de paix et de réforme, fut si bien confondue qu'on ne saurait dire maintenant ce qu'il en faut attribuer au prince ou au prélat. Au point de vue ecclésiastique, il semble cependant que le roi ait été plus zélé que le ministre. Tandis qu'Edgar créait de nouveaux diocèses et fondait environ quarante abbayes, Dunstan conserva les chanoines à Londres, à Leicester, à Cantorbéry. Le vrai < père des moines » fut Ethelwold, le fondateur d'Abingdon. On ne peut douter néanmoins que Dunstan ait pris une part décisive aux résolutions du concile tenu en 964 à Winchester. L'élection des abbés et abbesses dut se faire conformément à la règle sacrée, avec le conseil et l'assentiment du roi; les évoques durent être élus, avec les mômes garanties, par leur chapitre monastique, ou, s'il n'y avait que des chanoines séculiers, par toute autre communauté de moines; enfin, l'évèque, une fois ordonné, devait vivre avec ses moines sous une règle aussi étroite que l'abbé régulier. D'autres préceptes déterminèrent les rapports des évèques avec le roi, la reine, les grands; leurs voyages, leur cortège, les festins qu'ils étaient tenus de refuser, etc. C'était le triomphe du monachisme.
Dans l'ordre laïque, l'idée de Dunstan fut remise en vigueur : l'hégémonie de Wessex fut proclamée; mais la Mercie, la Northumbrie, furent gouvernées par des ealdormen tout-puissants. C'étaient comme les duchés nationaux de l'Allemagne, et Dunstan voulut peut-être imiter les fôtes par lesquelles Olto P' avait célébré la restauration à son profit de l'Empire romain, quand il fit couronner solennellement Edgar à Bath
(973). Edgar fut d'ailleurs un roi pacifique. Une flotte nombreuse surveilla les côtes; presque chaque année elle faisait le tour de Tîle, emmenant parfois le roi, et Ton dit que, dans une de ces expéditions, il vainquit le roi de Dublin. La légende qui dépeint Edgar assis au gouvernail d*une barque remorquée sur la Dee par huit rois tributaires, n'est que rembellissemenl d'un fait véritable ; elle donne une idée juste du prestige de la royauté saxonne arrivée à son apogée.
Les rois Edouard et Ethelred. — Le « roi des Anglo- Saxons, maître des îles et des rois de la mer », emporta au tombeau la fortune de sa race (975). Il laissait deux fils de lits différents : Edouard et Ethelred. Le premier lui succéda, mais après une élection longtemps disputée, que Dunstan emporta enfin.
La minorité d'Edouard (il n'avait que treize ans) semblait promettre encore au prélat une longue influence; mais il avait des ennemis nombreux et, de plus, Edouard fut assassiné à l'instigation de sa belle-mère, après deux ans de règne (917); l'Eglise, qu'il avait servie, lui décerna l'épithèthc de martyr.
L'avènement d'Ethelred mit fin au ministère du grand prélat. Dunstan survécut encore dix ans à la perte de son pouvoir, tout entier au gouvernement spirituel de son diocèse et de sa province. Vieux, il revint aux occupations de sa jeunesse, à la musique, aux lettres, aux travaux de ses mains. On a dit de hii qu'il fut non le Grégoire VII, mais le Gerbert de son siècle. C'est le type le plus caractérisé du prélat anglo-saxon, dévoué sans doute à ses devoirs de prêtre, mais aussi serviteur empressé de la royauté. Esprit éclairé, ouvert à toutes les choses de l'esprit, réformateur modéré, il n'eut qu'une passion, celle du gouvernement; elle a rempli toute sa vie.
Recrudescence des invasions danoises. — Les invasions danoises reprirent au lendemain de la mort de Dunstan (988). Trois ans plus tard, Brithnorth; ealdorman d'Est-Anglie. fut vaincu et tué près de Maldon par une armée norvégienne. Elfric, ealdorman de Mercie, fit défection. Des pirates, venus sans doute d'Irlande, ravagèrent Cornouailles et Devon, p"*^ Dorset et Hampshire (998), puis Kent (999); l'entrée de la Medway fut forcée et le siège mis devant Rochester.
A ces terribles envahisseurs Ethelred ne sut opposer qu'une diplomatie lâche et insuffisante; il imagina, tour à tour, d'acheter leur retraite à prix d'argent ou de les prendre à sa solde. Le danegeld * fut levé pour la première fois en 991 ; puis, sur le soupçon que ces mercenaires préparaient la mort du roi et de ses witan, il les fit tuer. C'est le massacre de la Saint-Brice (13 novembre 1002). Son mariage avec Emma, fille de Richard le Bon, duc de Normandie, fut, au contraire, un acte de politique prévoyante; mais l'alliance normande ne suffisait pas pour sauver l'Angleterre, gouvernée par des ealdormen peu sûrs, sous un roi qui n'était jamais prêt. On le vit bientôt. Swein.ou Suénon « à la Barbe fourchue », roi de Danemark et conquérant de la Norvège, s'empara en 1003 d'Exeter et de Salisbury. En 1010, Cantorbéry fut mis à sac, et l'archevêque Elfeah égorgé après de longues souffrances. La retraite des pirates, achetée trois fois à prix d'argent, ne fit que les animer davantage. En 1013, Swein envahit la vallée de l'Humber; du coup tout l'ancien Danelagh fut reconquis. Puis Wessex fut envahi; Winchester, la capitale d'Alfred et d'Edgar, fut prise. Ethelred, après avoir croisé pendant quelque temps en vue des côtes, perdit courage, et se réfugia en Normandie avec sa femme et ses enfants.
Conquête de l'Angleterre par Canut '. — Quelques semaines après, Swein mourut subitement, à Gainsborough (févr. 1014). Les wilan rappelèrent Ethelred, qui rentra dans Londres. Avec son fils Edmond Côte de fer, il marcha contre les Danois et les força de se rembarquer. Le jeune Canut, que l'Armée avait pris pour chef d'une voix unanime, fit à l'Angleterre de sanglants adieux : les otages que son père s'était fait livrer eurent les mains, les oreilles et le nez coupés et furent jetés à la côte près de Sandwich. Puis il cingla vers le Danemark, partagea l'héritage de Swein avec son frère aîné Harald, et, après avoir assuré par là sa base d'opérations, revint en Angleterre. La lutte, concentrée dans la vallée de la Tamise, fut poursuivie de part et d'autre avec acharnement.