Plus exactement : Cnut
Ethelred étant venu à mourir (1016), les witan de Londres élurent Edmond, les autres choisirent Canut. Après s'être mesurés inutilement dans plusieurs rencontres, les deux rois se partagèrent le pays comme au temps d'Alfred; il fut décidé qu'Edmond c serait le roi suprême, et qu'il aurait Wessex, Essex, Est-Anglie ; Canut aurait la Mercie et la Northumbrie ». Mais Edmond mourut assassiné, peu après (30 nov..l016). Pendant son règne de sept mois, il avait livré cinq grandes batailles dont il avait gagné trois. Néanmoins, la terreur causée par les Danois était si grande et le sentiment national des Anglais si faible encore que, bien qu'Edmond laissât un frère et deux fils. Canut fut reconnu, d'un consentement unanime, roi de toute l'Angleterre (1017).
Canut commença par affermir sa domination par des meurtres politiques. Le frère d'Edmond fut mis à mort; ses deux fils, transportés en Norvège pour y subir le même sort, parvinrent à s'échapper, et trouvèrent asile auprès de saint Etienne, roi de Hongrie. Uhtred de Northumbrie, beau-père d'Edmond, fut invité aux fêtes du couronnement et assassiné dans le palais même du roi. En même temps, il fallait que Canut satisfit la flotte qui l'avait aidé à vaincre; pour cela, l'Angleterre dut payer un lourd danegeld (1018).
Gouvernement de Canut le Grand. — Mais Canut n'était cruel et avide que par nécessité : loin de tyranniser l'Angleterre, il en fut un des rois les plus glorieux et les plus bienfaisants. Il ne changea rien aux institutions saxonnes. A la mort d'Edmond, il prit la couronne à Londres, d'après les formes ordinaires. Dans un witenagemot tenu à Oxford, il renouvela les lois d'Edgar, qui ne faisaient aucune distinction entre les parties anglaises et danoises du royaume. L'organisation administrative ne fut pas modifiée : l'Angleterre, divisée en quatre ealdormanatSy fut gouvernée par des chefs aussi bien anglais que Scandinaves : à côté du Norvégien Éric (Northumbrie) et du Danois Turkhill (Est-Anglie), figurèrent Leofric en Mercie, et Godwine en Wessex. Ce dernier était de condition obscure; mais il était brave, éloquent, avisé, autant qu'actif et aimable. Son mariage avec la sœur d'un jarl, qui lui-même était beau-
frère de Canut, et ses grandes riches^s firent bientôt de ce Saxon le premier personnage de TAn^eterre après le roi. Le danegeld fut maintenu, et Canut, après avoir renvoyé en Danemark la plupart de ses vaisseaux, entretint une garde permanente de quelques milliers d*hommes. Ce sont les housecarU^ armés de la terrible hache danoise, qui disparaîtront seulement i la bataille de Hastings.
Ainsi appuyé et armé, Canut put donner à TAngleterre une paix durable à l'intérieur et à lextérieur. Justicier sévère et impartial, il parcourut souvent ses États, entouré de conseillers et de scribes, pour régler les différends sur les lieux mêmes. U protégea TEglise; il adopta les saints saxons : Dunstan, le roi Edmond d'Est-Anglie, Edouard le martyr, larchevèque de Cantorbéry Elfeah, furent particulièrement honorés, et une église fut élevée sur le champ de bataille d'Assandun où Edmond avait été vaincu.
Au dehors son action fut également active et toute pacifique : il renouvela Talliance de l'Angleterre avec la Normandie en épousant la veuve d'Ethelred, Emma, bien qu'elle eût le double de son âge; plus tard, il donna sa sœur Edith en mariage au duc Robert le Magnifique. En 1027, il fit un pèlerinage à Rome, où il répandit les présents et les aumônes. Il y négocia avec le pape, qui renonça aux sommes considérables qu'il tirait de chaque nouvel archevêque de Cantorbéry pour l'obtention du pallium ; avec l'empereur Conrad II, qui rendit au Danemark les pays situés au nord de l'Eider; avec Rodolphe, roi de Bourgogne, qui promit le libre passage à travers ses Etats aux sujets du roi d'Angleterre, aux marchands, aux pèlerins allant à Rome. Dans une lettre à son peuple, où il annonçait ces heureux résultats. Canut disait « qu'il avait voué sa vie à rendre la justice à tous, à gouverner en roi pieux et juste »; il enjoignait à tous ses agents pendant son absence < de ne faire tort à personne, riche ou pauvre », menaçant ceux qui seraient en faute de son implacable sévérité.
De Rome, il se rendit dans ses Etats du Nord. La mort de son frère Harald, en 1018, lui avait donné le Danemark; il conquit la Norvège en 1028; on dit que la Suède reconnut sa
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suprématie. En 1031, il envahit TEcosse, et força le roi Maicolm II à devenir son vassal. Le nord de TEurope sembla ne plus former qu'un seul Etat; l'Angleterre était à la tête de cette vaste agglomération de royaumes; c'est de Winchester que Canut les gouvernait tous. U envoya des missionnaires et des ouvriers anglais, pour répandre chez les Scandinaves la religion et les métiers en honneur chez le peuple que les Scandinaves avaient vaincu. En Angleterre même, les Danois n'eurent que des offices inférieurs ou furent peu à peu remplacés par des Anglais. Si Canut était venu deux siècles plus tôt, l'Angleterre de l'Heptarchie eût pu devenir une province danoise, comme la Bretagne celto-romaine était devenue une province saxonne; mais Alfred avait donné au pays l'unité, Athelstan et Edgar la richesse et la puissance; il n'était plus possible d'anéantir l'œuvre du temps. Canut ne pouvait se maintenir qu'en régnant en souverain anglais; il le comprit dès le début, et ce fut là son génie.
Canut mourut à quarante ans (novembre 1035). Sa famille ne devait pas durer un siècle, son empire même pas dix ans. II laissait deux fils : Harthacnut, qu'il avait eu d'Emma de Normandie, et qui lui succéda aussitôt en Danemark, et Harald « aux pieds de lièvre », qu'il avait eu d'Elgive de Northampton. Tous deux revendiquèrent la couronne anglaise et trouvèrent des partisans; personne d'ailleurs ne songeait aux enfants d'Ethelred; pas môme leur mère Emma, qui se déclara formellement pour Harthacnut. Les wilan assemblés à Oxford résolurent la difficulté en partageant le royaume. Harald eut le pays au nord de la Tamise; mais il mourut prématurément (1040), et Harthacnut resta seul roi. Il fut rapace, brutal et sanguinaire; il fit déterrer le cadavre de son frère, qui fut décapité et jeté dans un fossé. U imposa un lourd danegeld qu'il fit lever par ses housecarls. Winchester, qui se souleva contre ces féroces collecteurs d'impôt, fut incendiée et toute la contrée mise à sac. Le seul acte politique de son règne fut de rappeler de Normandie son demi-frère Edouard, et de le désigner pour son héritier éventuel. Il mourut peu après, frappé soudainement au milieu des fêtes données pour le mariage de son porte-étendard, Tovi
rOrgueilleux (1042). Edouard fut couronné sans contestation à Westminster (Pâques 1043).
Edouard le Confesseur. — Au milieu des chefs militaires danois et saxons qui avaient contribué à tenir sa famille en exil pendant vingt-cinq ans, ce dernier descendant de Cerdic faisait une étrange flgure, avec ses allures monastiques, sa frêle santé, ses goûts normands. On Ta surnommé le Confesseur à cause de sa piété, mais il ne sut pas régner. La situation extérieure était cependant favorable : le Danemark et la Suède, séparés de l'Angleterre, avaient recommencé leur lutte déjà séculaire. Au nord, l'usurpation du trône d'Ecosse par Macbeth, meurtrier de Duncan (1040), entrava pour un temps l'extension de l'Ecosse vers le sud; à l'occident, la victoire remportée par les Irlandais à Clontarf (lOli) avait brisé la domination des « Hommes de l'Est » ; au sud enfin, la Normandie était dévouée à un roi qui n'écoutait que les Normands. Mais à l'intérieur le pouvoir était aux mains des ealdormen : Siward au nord de l'Humber, Leofric en Mercie, Godwine en Wessex. Ce dernier, dont, en dépit de ses trahisons trop certaines et peut-être de ses crimes, on a prétendu faire un grand patriote, était de tous le plus riche, le plus puissant, le plus ambitieux. Il sut faire donner à son fils aîné, Swein, un ealdormanat comprenant Ilereford, Gloucesler, Oxford, Berks et Somerset; à son cadet, Harold, celui de l'Anglie orientale; à son neveu Beorn, celui de TAnglie moyenne. Sa fille Edith devint la femme du roi. Tostig, le plus jeune de ses enfants, épouse Judith de Flandre, opposant ainsi l'alliance flamande à la prépondérance des Normands.
Toutes ces mesures attestaient que Godwine se préparait à recueillir l'héritage d'Edouard, qui n'avait pas d'enfants. En vain un witenagemoi, assemblé à Londres (21 décembre 1051), le mit-il hors la loi : exilé en Flandre, il y leva des troupes, réussit à forcer l'entrée de la Tamise, fut admis à se purger par serment devant le witenagemoi complaisant, et reprit tout son pouvoir; ses fils, moins Swein, qui venait de mourir, recouvrèrent leurs gouvernements. Les Normands furent persécutés à leur tour. Robert de Jumièges, que le roi venait d'installer
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sur le siège priinatial de Cantorbéry, fut remplacé par Stigand dont rélévation parut à tous illégitime.
Le triomphe de Godwine était complet; mais il dura peu. Le comte mourut d'un coup d'apoplexie, à la table du roi, le 15 avril 1053. Il ne manquait pas de talent; mais il ne suffi! pas qu'il ait été l'ennemi des Normands pour passer aux yeux de la postérité comme le défenseur de l'élément saxon contre renvahissement des étrangers, et pour mériter d'être appelé c le père de la nation ».
Harold. — Son fils Harold lui succéda. Edouard, qui n'avait à lui reprocher aucune des perfidies si justement reprochées au défunt, put, avec moins de déshonneur, s'effacer derrière lui. Harold, de son côté, s'efforça de Jui plaire en le servant avec exactitude et sans morgue; mais, comme son père, il voulut assurer son pouvoir en mettant les grands commandements aux mains de ses frères. Après la mort de Siward (1055), il donna la Northumbrie i Tostig, au détriment de Waltheof, fils du défunt; après celle de Leofric (1057), il donna l'Anglie orientale à son second frère Gurth; il établit le troisième, Leofwine, sur un vaste comté embrassant tout le sud-est du royaume. En 1058, les trois quarts du pays lui appartenaient, directement ou non. Il usa d'ailleurs habilement de sa toute-puissance. Il était séduisant; sa haute taille attirait les regards et son affabilité lui gagnait les cœurs; il fit preuve à la fois d'énergie et d'équité. En 1063, provoqué par les incursions des Gallois, il mena contre eux une foudroyante campagne qui le conduisit jusqu'à la mer d'Irlande; deux ans plus tard, les Northumbres s'étant soulevés contre Tostig, il n'hésita pas à retirer le comté à son frère, qui n'eut plus dès lors qu'un souci : celui de se venger.
Harold visait-il au trône? En 1057 il avait rappelé de Hongrie Edouard, fils d'Edmond Côte de fer; mais le futur héritier d'Edouard le Confesseur était mort en arrivant en Angleterre, laissant un fils en bas âge. De ce moment, Harold put concevoir de grandes espérances. Elles se réalisèrent à la mort d'Edouard le Confesseur (6 janvier 1066). « Il prit la couronne », dit simplement la Chroniqtœ saxonne, et fut sacré roi dans les mêmes