Voir ci-dessuB, chapitres i et iv
en thèmes^ dont on trouve le tableau, moins net qu'on ne le désirerait, dans les écrits de Constantin Porphyrogénète
La division en thèmes a un caractère militaire, ce mot s*appliquant tout ensemble à la province et au corps de troupes qui la garde. Les thèmes sont gouvernés par des stratèges, à la fois généraux et gouverneurs, investis de pouvoirs considérables et qui correspondent directement avec Tempereur. Le nombre et les limites de ces circonscriptions ont varié selon les époques. Dans son livre Des Thèmes, Constantin Porphyrogénète en compte douze en Occident, dix-sept en Orient.
Ces thèmes se subdivisent en turmœ, qui se subdivisent ellesmêmes en vexilta ou bandi. Le turmarque est un fonctionnaire civil et militaire, subordonné au stratège. Pour quelques thèmes l'expression de stratège est remplacée par d'autres : comte de rOpsikion, domestique des Optimates, catépan ou catapan. Certains pays, du reste, ont une organisation spéciale, et ne forment pas de thèmes : la Bulgarie, conquise par Basile II, est administrée par des ducs ou pronoètes. On trouve aussi des ducs à Ântioche, reprise en 969, à Ëdesse, c'est-à-dire dans des villes et territoires militaires de la frontière. Aussi a-t-on comparé ces ducs byzantins avec les margraves ou comtes des marches de rOccident.
Les stratèges n'ont pas tous la même importance. Ils sont répartis en plusieurs classes que distingue le chiffre des traitements (le plus élevé parait correspondre à 200 000 francs de notre monnaie). Certains n'en reçoivent même pas ou se paient sur les revenus de leur thème. La durée des fonctions n'est, semble-t-il, soumise à aucune autre règle que la volonté de l'empereur, qui nomme tantôt des stratèges en titre, tantôt de simples délégués.
A côté du stratège se groupe son état-major : le domestique du thème est comme son lieutenant; le chartulaire du thème remplit les fonctions d'intendant militaire et relève à la fois du stratège et du logothète du militaire à Constantinople ; le comie de la tente surveille le service du quartier général; dans les thèmes maritimes on trouve un drongaire de la flotte. Puis viennent de nombreux fonctionnaires de second rang : les tur-
marques y les drongaires (qui commandent ordinairement à mille hommes), les comtes^ les centarques^ les casirophylaqties ou clisurarques (commandants de places), etc. Dans Tordre civil, les comtes des aqueducs, les inspecteurs des mines, les directeurs des manufactures impériales, les curateurs des palais et des domaines de l'empereur, les commerciaires, chargés de percevoir les impôts sur le commerce et Tagriculture, elc- En outre, dans chaque thème existe un fonctionnaire qui n'appartient pas aux premières classes de la noblesse administrative, mais dont les attributions sont fort étendues : c'est le protonotaire du thème. Indépendant, semble-t-il, du stratège, il relève du chariulaire du sacellum, grand-trésorier de l'empire ; il est chaîné des finances, perçoit probablement la plupart des impôts, surveille, les dépenses, fournit les vivres à l'armée. Souvent il a aussi le titre de Juge du thème et, par suite, est investi du pouvoir judiciaire.
La féodalité dans l'Empire grec : grands propriétaires. — Le pouvoir central se heurte, dans les provinces, à l'influence prépondérante des grands propriétaires. En Orient comme en Occident, une puissante aristocratie terrienne se forme aux dépens de la classe des hommes libres et des petits propriétaires. Toutetois, dans l'Empire byzantin, quelques-uns des caractères essentiels de la féodalité latine lui manquent.
On appelait ces grands propriétaires archontes, phylarques (chefs de tribu), dynates (puissants). Quand les Francs s'établirent plus tard dans le Péloponèse, ils y reconnurent des seigneurs, des sires; et cette oligarchie orientale, après avoir d'abord lutté contre les barons latins, s'entendit avec eux pour opprimer les petits propriétaires.
Ces dynates étendaient leurs domaines, tantôt en achetant les terres des petits cultivateurs, tantôt en les usurpant violemment. Souvent ceux-ci, pour obtenir leur patronat, se recommandaient à eux, devenaient simples usufruitiers. Les puissants arrivaient ainsi à posséder des cantons, même des provinces presque entières. Les fonctionnaires, les chefs militaires, que les Novelles comptent d'ailleurs parmi les dynates, faisaient parfois cause commune avec ces usurpateurs. Le pouvoir impé-
rial, inquiet, voulut protéger les petits propriétaires. Basile P% craignant qu'ils ne fussent effrayés par les frais des procès à soutenir avec les puissants, créa des revenus pour y subvenir en partie. Des Novelles de 922, renouvelées dans la suite, défendirent aux riches Tacquisition des biens des pauvres et des militaires dans des communes où ils n'avaient pas eux-mêmes des propriétés. Gomme cette prohibition n'était pas observée, Constantin VII prit, en 947, des mesures très sévères. Il décida que les puissants, qui, depuis son avènement, avaient continué, malgré les lois, à acheter les biens de petits cultivateurs, en seraient expulsés sans indemnité. Nicéphore Phocas, Basile II s'occupent encore de lutter contre ces envahissements.
Parmi les puissants qui compromettaient ainsi l'existence de la petite propriété, il faut mettre au premier rang les églises et les monastères, ces derniers surtout, qui s'emparaient à la fois de la terre et du cultivateur. Au x** siècle, Romain Lécapène, dans une Novelle de 93t, défend au paysan qui se fait moine de donner sa propriété au couvent. Nicéphore Phocas, reprenant les traditions des empereurs iconoclastes, publia deux Novelles, dont l'une prohibait la construction de nouveaux monastères, l'autre l'acquisition par les églises de nouveaux immeubles : « Les moines, dit-il, ne possèdent aucune des vertus évangéliques ; ils ne songent sans cesse qu'à acquérir de nouveaux biens terrestres. » Ce langage frappe d'autant plus que Nicéphore était dévot : avant de devenir empereur il avait été l'ami de saint Athanase, qui contribua tant à fonder dans la péninsule de l'Athos cette étrange république monacale qui y a survécu à l'Empire. Jean Zimiscès prit des mesures analogues. Ces tentatives furent vaines. Basile II revint à l'ancien droit.
La diplomatie. — Pour négocier avec les ennemis de l'Empire et les diviser, pour retenir les vassaux dans l'obéissance, Byzance avait besoin d'une diplomatie avisée, dressée à tout observer. Elle se recrutait parmi les fonctionnaires de la cour, mais sans qu'il soit question, dans Ibs documents, d'une organisation administrative spéciale, d'un corps diplomatique. Quand on envoyait des ambassadeurs à l'étranger, on leur demandait d'exposer la conduite qu'ils comptaient suivre, on
leur donnait des instructions. Dans son traité sur FAdmintstralion de VEmpire^ Constantin Porphyrogénète indique souvent comment les envoyés grecs doivent s'y prendre avec chaque peuple. Au reste nul scrupule : l'intrigue, le mensonge, la trahison sont armes légitimes. La diplomatie vénitienne dérive de la diplomatie byzantine, et c'est sur ce modèle que s*est formée toute la diplomatie italienne de la Renaissance.
Byzance était sans cesse visitée par des ambassadeurs venus de tous pays. On les accueillait avec beaucoup de courtoisie, mais encore plus de défiance, et, sous couleur d'hospitalité, on les soumettait à une véritable détention. Leurs allées, leurs venues, leurs relations étaient surveillées. On ne leur .montrait que ce qui pouvait les éblouir, les convaincre de la puissance et de la richesse de l'Empire.
La politique extérieure de Byzance n'abandonnait en théorie aucune de ses anciennes prétentions. Pour elle, l'Empire romain existait toujours et avec les mêmes frontières. Au X* siècle, Constantin Porphyrogénète écrit encore que Rome, bien que gouvernée par le pape, relève de Constantinople et que l'empereur est maître de la Méditerranée jusqu'aux colonnes d'Hercule. Pour affirmer cette suprématie on avait recours à des artifices parfois puérils : on maintenait les noms des thèmes de Sicile et de Langobardie, auxquels ne correspondaient plus de possessions réelles ; on faisait largesse des titres de dignités byzantines. L'histoire prouve cependant que ces fictions n'étaient pas sans valeur : en Occident, les rois germains avaient autrefois recherché ces titres honorifiques qui légitimaient leur autorité aux yeux des anciennes populations ; en Orient, plus d'un prince slave, russe, arménien, turc, arabe, était flatté d'occuper un rang dans la hiérarchie impériale.
L'armée. — Les armées byzantines ont soutenu bien des guerres, remporté bien des victoires; on comprend que leur organisation ait préoccupé vivement les empereurs.
Ces armées ont un grave défaut : elles se composent en grande partie de mercenaires. Il ne faudrait pas croire qu'il n'y entrât que des soldats recrutés à l'étranger, mais l'impôt du sang ne
frappait pas toutes les parties de TEmpire; il n'y avait ni service obligatoire ni tirage au sort. On distinguait une classe civile et une classe militaire
Pour recruter la classe militaire, il avait fallu lui assurer des avantages : de là Tinstitution des fiefs militaires. L'État concédait des terres {stratiôtica ktémata) à des bénéficiaires qui s'engageaient, en retour, à servir dans les armées. La plupart du temps, ces bénéficiaires n'étaient pas de race grecque : c'étaient des colons slaves, arabes, arméniens, mais sujets de l'empereur.
De nombreuses Novelles du x® siècle règlent la condition de ces terres, qu'on appelle souvent « terres impériales ». Elles avaient une valeur déterminée et pouvaient être retirées à ceux qui n'observaient pas fidèlement le contrat; elles étaient inscrites sur des registres particuliers, les registres militaires : dès lors elles devenaient inaliénables, et le fisc même ne pouvait les saisir. Elles se transmettaient par héritage, mais continuaient à être soumises à l'impôt du sang. De même, on ne pouvait les acquérir qu'à la condition de satisfaire aux obligations qui y étaient attachées. Il était interdit aux grands propriétaires, aux clercs, aux fonctionnaires, de les acheter. On ne connaît pas le nombre de ces fiefs d'une façon précise ; certains thèmes^ parmi les plus importants, devaient compter 4000 de ces tenanciers militaires, d'autres 2000 environ. Cette organisation présente des analogies avec le système féodal de l'Occident; les Latins en furent frappés, au xni* siècle, et considérèrent ces tenanciers comme des nobles. Il y avait cependant, entre eux et les barons latins, cette différence essentielle qu'ils relevaient directement de l'empereur. On ne trouvait pas en Orient cette hiérarchie de suzerains et de vassaux qui enlevait à un roi de France une grande partie de son pouvoir et des forces militaires du royaume. Comme le remarque le plus savant historien du droit byzantin, Zachariae de Lingenthal, « l'esprit oriental ne se prêtant pas à l'idée de la loi féodale, réciproque et héréditaire, l'institution du fief n'a pas pu prendre dans ces pays de racines profondes. »
L'institution des bénéfices militaires existait déjà dans l'an-
cien Empire. Les souverains byzantins reprirent de bonne heure cette tradition. Le thème Optimate, en Asie, tire son nom des soldats goths d'élite {oplati ou ojjtiniates)^ qui y avaient reçu autrefois des bénéfices militaires. Justinien transporte des Bulgares comme tenanciers militaires dans l'Arménie et le Lazique (530). Constantin Pogonat répartit 25 000 Mardaïtes du Liban en diverses provinces. Justinien II transplante en Asie Mineure 30 000 Slaves (687). Théophile (829-842) établit 14 000 Turcs en Macédoine et 30 000 Perses en divers thèmes. Constantin Porphyrogénète, dans son livre Des Cérémonies^ règle l'admission des prisonniers arabes comme colons militaires; quand ils auront reçu le baptôme, on leur accordera des terres, une indemnité pour s'établir; on facilitera leur mariage avec des femmes du pays; mais ils s'engageront au service militaire.
Presque toutes les nationalités étaient donc représentées dans les armées byzantines; les empereurs ne s'en préoccupaient pas, et volontiers laissaient arriver les étrangers aux plus hautes charges militaires. Parmi les généraux illustres du ix'', du x*, du XI* siècle, plus d'un n'était pas de sang grec. Il y avait surtout dès Arméniens et des Slaves, et aussi des Turcs et des Arabes. Les empereurs s'attachaient à donner à ces armées la science militaire; ils se faisaient eux-mêmes instructeurs, rédigeaient des manuels de tactique : Maurice, Léon VI, Constantin VII, Nicéphore Phocas en ont composé. Les Byzantins avaient des engins perfectionnés, des secrets redoutés, tels que le feu grégeois. Ils étaient très réputés dans l'art d'attaquer et de défendre les places fortes; leur architecture militaire devait exercer plus tard de l'influence sur celle des Croisés. L'Empire eut de grands hommes de guerre, dont quelques-uns arrivèrent au trône. Dans certaines familles, les talents militaires étaient héréditaires : tels furent les Phocas, les Curcuas, les Doucas, les Bryenne, les Comnène, etc. Malheureusement, entre ces généraux, les rivalités étaient fréquentes et les empereurs ne les évitaient pas assez, afin de pouvoir les opposer les uns aux autres. Plus d'une défaite fut la conséquence de ces dissentiments. En outre, on avait grand'peine à maintenir la discipline, à empêcher les pilleries. Les empereurs devaient
s*assurer par des dons la fidélité souvent douteuse des soldats. Les corps de troupes étaient répartis dans les thèmes sous le commandement des stratèges. Lorsqu'on réunissait toutes les forces de TOrient ou toutes celles de TOccident sous un seul chef, on rappelait domestique ou archégète ou stratilate d'Orient, d'Occident. En dehors de ces armées, cantonnées dans les thèmes, la garde impériale, à Gonstantinople, formait un corps d'élite en quatre cohortes : les excubiteurs, les hicanates, les numeri, les scholœ. Elle comprenait aussi des étrangers de toute provenance (Perses, Khazars, Normands, Anglais, Hon- , grois, Sarrasins, etc.), divisés en trois hétairies, sous le commandement du (jrand'hétériarque. Certains corps avaient des chefs spéciaux: le connétable pour les Francs, l'aco/y/e pour les Varègues.
Ibn-Khordadbeh, au x* siècle, évalue à 120 000 hommes les forces byzantines. En général, les armées qu'on voit figurer dans les campagnes comptent de 30 000 à 43 000 hommes. Constantin Porphyrogénète a conservé les états détaillés de diverses expéditions. On voit qu'on n'appelait chaque fois que les troupes de certains thèmes. Ainsi, pour reprendre la Crète aux Arabes, en 902, Léon VI avait demandé des contingents aux stratèges des Cibyrrhéotes, de Samos, de la mer Egée. Ces troupes, auxquelles on joignit 700 Russes, s'élevaient à 28 300 soldats. On avait pris en outre, dans divers thèmes, 6037 cavaliers. Quant aux renseignements qu'on possède sur l'organisation de la marine militaire, ils ont été encore trop peu étudiés pour qu'on se permette aucune conclusion précise.
Les empereurs considéraient comme un de leurs plus sûrs moyens de défense le célèbre feu grégeois. Constantin VII, dans son livre sur V Administration de V Empire^ expose longuement avec quel soin il faut en garder le secret. Si des peuples étrangers en font la demande, on leur répondra qu'un ange en a révélé la composition au premier empereur chrétien, saint Constantin avec défense de la divulguer. Ce sont de ces façons d'éconduire poliment les gens où excellait la diplomatie byzantine. Dans un autre chapitre du même ouvrage l'empereur écrivain * raconte
1. La même version se trouve déjà dans Théophane, chroniqueur du ix" siècle. Il rapporte l'invention à la quatrième année de Constantin Pogonat.
qu*un certain Galliniquc, de la ville d*Hiérapolis, apprit, sous le règne de Constantin Pogonat, à préparer le feu grégeois. On le lançait avec des siphons attachés à la proue des navires ou dans des grenades en terre cuite. Les renseignements que quelques écrivains byzantins donnent sur la composition du feu grégeois, les recherches faites à ce sujet par les savants modernes ont prouvé qu'il s'agissait d'un mélange de salpêtre, de soufre, de charbon et de matières résineuses.
Prospérité de TEmplre : le commerce. — Du milieu du IX® siècle au milieu du xi% l'Empire byzantin atteint, on l'a vu, à son plus haut degré de prospérité. Constantinople était alors, de l'aveu de tous, la première cité du monde. Depuis, la ville byzantine a malheureusement presque tout entière disparu : une partie de l'enceinte, quelques églises transformées en mosquées, comme Sainte-Sophie, subsistent seules. Pour se faire quelque idée de son étendue, du nombre des édifices répartis dans les quatorze régions dont elle se composait, il faut recourir aux textes. Du Gange, dans sa Constantinopolis chrisliana (xvn" siècle), a essayé de reconstituer la topographie de la ville, que de nouvelles recherches ont, sur certains points, complétée. On ne saurait entrer ici dans ces détails; mais il importe de faire observer que des institutions que nous croyons propres à nos villes modernes fonctionnaient déjà à Constantinople. Tel était par exemple le service de l'assistance publique, qui comprenait un grand nombre d'hospices, d'orphelinats, d'écoles, sous la direction du grand-orphanoirophe . Quand les étrangers arrivaient à Constantinople, les palais impériaux qui s'étendaient sur des quartiers entiers, les églises élincelantes de l'éclat des mosaïques, de l'or, de l'argent, les places et les rues décorées des chefs-d'œuvre de la sculpture antique, les plongeaient dans une admiration naïve. Aucune analyse ne vaut leur témoignage direct. Le Juif
Benjamin deJTudèle, qui parcourut le monde au xii^ siècle, écrit : c Les marchands viennent à Constantinople de tous côtés, de Babylone, de Sinéar, de la Médie, de la Perse, de tout le royaume d'Egypte, de la terre de Chanaan, du royaume de Russie, de la Hongrie, de la Patzinacie ', de la Bulgarie, de la Lombardie et de TEspagne. La ville est fort peuplée, à cause de la foule des marchands : en sorte qu'il n*y a point de cité au monde qui puisse lui être comparée, sauf Bagdad. > — «Il n'y a aucun temple dans Tunivers où Ton trouve autant de richesses que dans celui-là », dit-il à propos de Sainte-Sophie. Et s'il mentionne les jeux de l'Hippodrome - c On ne voit point de tel spectacle dans tout le monde. » Lui, d'ordinaire d'une déplorable sécheresse, se laisse aller à un véritable dithyrambe lorsqu'il évoque le souvenir des richesses de Constantinople : c C'est au palais (il s'agit du palais impérial des Blac bernes) qu'on apporte tous les ans les tributs de toute la Grèce. Les tours en sont remplies d'habits de soie, de pourpre et d'or. On ne voit nulle part ailleurs dans le monde de tels édifices ni de si grandes richesses. On dit même que le tribut de la seule ville de Constantinople monte à 20 000 florins d'or par jour, tant de ce qui provient des impôts sur les boutiques, sur les hôtelleries et sur les places des marchés, que de ceux que paient les marchands qui y abondent de tous côtés par terre et par mer. Les Grecs, habitants du pays, sont très riches en or et en pierreries; ils vont habillés de vêtements de soie garnis de franges d'or et d'ouvrages de broderie; à les voir dans cet équipage, montés sur leurs chevaux, on dirait que ce sont autant d'enfants de rois. Le pays est fort vaste, abondant en pain, en viande et en toutes sortes de denrées. Personne, dans toute la terre, ne les égale en richesse. »
Quand les Latins de la quatrième croisade arrivent devant Constantinople, leur étonnement se mêle de crainte : « Or pouvez savoir, dit Villehardouin, que moult esgardèrent Constantinople cil qui onques mais ne l'avaient vue. Ils ne pouvaient mie croire que si riche ville pust être en tout le monde,